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Interviews (47)

03.07.22 15:49

Ça a l’air grave - Jason

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Souvent incompris, parfois même moqués voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur laquelle le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

Dans la foulée de l’interview qu’il nous avait accordée pour le MA15 (téléchargeable gratuitement via ce site, faut-il vous le rappeler ?), le chanteur et bassiste de Misery Index, Jason Netherton, a bien voulu répondre à quelques questions concernant son instrument de prédilection. Entretien à l’image d’un bon jeu d’instrument à grosses cordes : simple et efficace.

Comment en es-tu arrivé à jouer de la basse ? C’était à la fin des années 80. Jeune, j’ai grandi dans le Maryland et beaucoup de metalheads s’essayaient aux instruments. C’était souvent la guitare et la batterie mais pour ma part, j’ai voulu essayer la basse et je pense que c’était peut-être à cause de Steve Harris d’Iron Maiden. Ce mec rendait la basse cool. Il était tellement en avant que ce soit sur scène ou dans le mix que ça donnait l’impression que c’était une sorte d’arme secrète du groupe. Je me suis finalement rendu compte que cet instrument collait davantage à ma personnalité. Donc j’ai commencé à prendre des cours et j’ai joué dans un groupe de metal local.

Pour toi c’est quoi un bon bassiste et/ou une bonne ligne de basse ? C’est un peu un exercice d’équilibriste. Si je prends mon cas, ce que je fais est relativement « rigide ». Il n’y a pas beaucoup d’espace pour ce qu’on pourrait appeler de l’expérimentation si tu veux. C’est juste notre style. On joue une sorte de hardcore infusé au death metal californien. Pour moi le mieux est avant tout de voir comment tu peux servir le morceau pour qu’il sonne du mieux possible. Tu dois faire attention à la puissance mais tu dois aussi surtout être attentif et à l’écoute du jeu de tous les autres instruments tout en sachant que la basse joue principalement avec la batterie. Tu dois absolument coller à l’espace qui t’est dédié. Le principal n’est pas de te montrer mais d’être au service de la chanson et d’insérer dans cet espace ce qui est nécessaire. C’est tout ce que je peux te dire (rires).

Par rapport à la batterie justement, comment décrirais-tu la relation musicale qu’Adam et toi avez dans Misery Index ? Disons que dans ce qu’on fait on a des genres de « templates ». La plupart du temps on suit la guitare mais dans certains passages il y a justement plus d’espace pour que les choses s’ouvrent un peu. Adam et moi pouvons créer certaines fondations rythmiques qu’on peut tenir ensemble. Adam a toujours été un batteur qui occupait le terrain mais ces dernières années, il s’est un peu retenu et ça me laisse un peu plus de place. En tout cas, on bosse bien ensemble.

Depuis 2021 tu as un deal avec la marque Warwick. Tu peux nous parler du modèle Streamer que tu utilises ? J’ai une Streamer classique et un modèle custom allemand. J’utilisais des ESP auparavant. Mais lors de la dernière tournée que nous avons faite avant le COVID avec Napalm Death, Shane (Embury) m’a fait accrocher à Warwick (le bassiste de Napalm Death est endorsé par la marque depuis de nombreuses années – ndr). J’ai commencé à m’y intéresser et j’ai beaucoup aimé ce que la marque proposait. Shane m’a introduit auprès d’eux et ça s’est fait comme ça.  

20.06.22 16:15

Massive Charge

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Incorrigibles comme nous sommes, mais néanmoins soucieux d’un éventuel effet promo à retardement, c’est seulement maintenant que nous vous proposons cet entretien avec Matthieu, fondateur, batteur et dernier membre originel de Massive Charge, à l’occasion du 3e album du groupe « For Those We Hate » sorti le 19 novembre dernier. Mais comme ils ont mis 10 ans à sortir ce nouvel opus et qu’en plus, ils sont bien éduqués, ils ne nous en voudront certainement pas de publier ce papier avec quelques mois de retard… enfin, on l’espère.

« Charge This World » est sorti en 2011 et votre nouvel album, « For Those We Hate » est seulement sorti fin 2021. Que s’est-il passé durant cette période de 10 ans ? Il s’est passé beaucoup de choses en fait. Déjà après « Charge This World », on a pas mal joué. En parallèle, Vinc (ex-guitariste) continuait à composer des trucs de son côté. Mais en 2015 il est parti. Il avait monté un projet thrash, commençait à apprécier davantage jouer ce style que du grindcore et avait aussi surtout le syndrome de la page blanche, il n’arrivait plus à composer. Donc on s’est séparés d’un commun accord. On voulait intégrer un peu de chair fraîche et c’est Jérôme Point, l’actuel guitariste de Loudblast, qui l’a remplacé. Mais Jérôme jouait à cette époque-là dans No Return, qui tournait pas mal, et donc ça avançait assez lentement. Ça a duré plusieurs années et quand il a intégré Loudblast, là on ne le voyait plus. Il se consacrait pleinement à ça et n’avait plus vraiment de place dans son planning pour Massive Charge. Donc il est parti et Vinc est revenu parce que ça lui manquait. Il est revenu une petite année, a composé quelques trucs et on avait aussi gardé des anciens stocks parce que Jérôme est parti avec tout ce qu’il avait écrit. On est donc repartis de zéro. Ensuite, même chose qu’en 2015, Vinc a dit qu’il n’y arrivait plus. Et il est reparti. On a auditionné quelques guitaristes par la suite, mais ça ne collait pas. J’en ai eu un peu marre de ne pas jouer parce que même si auparavant j’ai joué avec Kaliyuga, quand on a décidé de remettre Massive Charge sur les rails, j’ai quitté Kaliyuga, mais donc comme ça n’a finalement pas repris avec MC, je me suis retrouvé sans groupe. J’ai posté quelques annonces comme quoi j’étais un batteur qui cherchait un groupe de grind ou de death. J’ai été sollicité plusieurs fois dont une fois par Gino, donc l’actuel gratteux de MC. Dans un premier temps il m’a proposé un projet qui ne me tentait pas du tout. Et en parlant avec lui, il me dit qu’il n’a pas que ça et il me fait écouter un projet grind qu’il a sur le côté. Et il s’est avéré que ça sonnait exactement comme MC. Je lui ai donc proposé de mon côté en lui disant que plutôt que de partir sur un nouveau truc, moi j’avais quelque chose qui existait et que je voulais remettre sur pied. Il ne connaissait pas, mais quand je lui ai fait écouter, il m’a dit « banco ». On l’a auditionné et validé tout de suite et dès qu’il est entré dans le groupe, il a commencé à composer des tonnes de trucs. De ce fait-là, avec les anciens morceaux de Vinc et ce que Gino avait fait de son côté, on a rapidement eu de quoi faire un album. Il faut dire aussi qu’on lui avait envoyé des riffs en vrac que Vinc avait écrit et lui avait brodé autour pour achever les morceaux. En quelques mois l’album était donc composé. Concernant Ptiot à la basse, on a dû se séparer de lui pour des raisons internes et on a assez vite recruté Emy qui était la chanteuse de Kaliyuga parce qu’elle jouait aussi de cet instrument à côté et en plus il nous fallait quelqu’un capable de faire des backings, et elle a accepté.

Si je comprends bien, vous avez pas mal galéré, mais vous vous en êtes bien sortis quand même ? Oui parce qu’on a quasiment dû repartir de zéro, donc au final, on s’en sort.

Avant d’attaquer le sujet de votre nouvel album, j’aurais voulu revenir un peu avec toi sur les retours que vous aviez pu avoir à l’époque sur « Charge This World ». Tu peux nous en parler ? Ils ont été excellents. Ça nous a emmenés un peu partout. On a fait des tas de dates grâce à cet album notamment à l’Obscene Extreme (le festival grindcore le plus important en Europe – ndr), mais aussi un peu partout en Europe. On a aussi eu des chroniques un peu partout aussi notamment grâce à Charlélie Arnaud qui parlait de nous dans Rock Hard ou toi dans (feu) Hard Rock Magazine.

Je trouve intéressant qu’on ait abordé le changement de line-up plus haut, notamment au niveau de la guitare, parce qu’on retrouve dans ce nouvel album « For Those We Hate » l’identité et la singularité des compos qu’on pouvait déceler sur « Charge This World ». Et je me demandais comment vous étiez parvenu à conserver cela en changeant de compositeur. Quelle est la méthode ? Ben en fait c’est comme je te disais, quand il m’a fait écouter la première fois ce qu’il faisait dans son projet grind, ça sonnait à fond Massive Charge. Donc dès le départ je me suis dit qu’il avait la patte pour composer des trucs qui pouvaient nous correspondre. Maintenant c’est clair que comme je suis dans le groupe depuis le début, je connais les codes des compositions de MC donc je lui indiquais quels types de riffs devaient être joués et avec quels tempos. Je suis plus solfège que guitare et donc je lui donnais les types d’accords à jouer. Je lui ai précisé qu’il fallait justement garder cette identité, car on y tenait, mais après, je lui disais qu’il avait carte blanche pour y mettre sa patte. Il a très vite compris dès le départ et maintenant quand il nous envoie quelque chose qu’il a composé, généralement dès le départ c’est déjà validé à 80%. Il suffit juste de retoucher quelques petits trucs dans la structure, mais dans l’ensemble il a assimilé la manière de faire et se l’est même appropriée. Ça devient automatique.

Quand tu parles que vous vous envoyez des morceaux, ça veut dire que vous travaillez beaucoup à distance ou vous êtes assez proches géographiquement les uns des autres pour pouvoir vous voir régulièrement ? On est relativement proches. Disons que la plus grande distance qu’il peut y avoir entre 2 des membres, ça doit être une centaine de kilomètres donc ce n’est pas la fin du monde. Ce qui fait qu’on peut répéter. On est un peu éparpillés dans le Grand Est de la France, mais on n’est pas très loin non plus. Et on répète dans un endroit central par rapport à tout le monde. Mais pour ce qui est de la compo, Gino écrit des trucs dans sa tête (rires), il reproduit ça à la guitare et enregistre de son côté. Une fois qu’il a de quoi faire un morceau entier avec des riffs qui s’enchaînent bien, il nous l’envoie. On donne chacun notre avis. Généralement comme je le disais, on ne change pas grand-chose à part peut-être un peu la structure ou certains riffs. Et quand tout le monde a validé, on bosse chacun de notre côté et ensuite on se retrouve en répétition pour voir ce que ça donne en live. On essaie de se voir environ 2 fois par mois.

« For Those We Hate » comporte pas moins de 17 morceaux. Entre le moment où vous avez écrit les morceaux et celui où vous êtes entrés en studio, le travail a été rapide ou vous avez plutôt fait ça de manière posée ? C’est allé assez vite en fait…

… Gino est arrivé en 2020 ? Oui c’est ça, et Emy est arrivée 2 ou 3 mois après. Donc c’est allé assez vite parce qu’en mai 2020, j’étais en studio pour la batterie. Il y a eu le gros confinement du début de la pandémie et dès qu’on a pu ressortir un peu, je suis vite allé enregistrer mes parties. Ensuite on a été reconfinés.

On parlait avant des codes de compositions de Massive Charge. À ce propos, comment tu décrirais ce que vous voulez transmettre musicalement ? Au niveau du style, si c’est de ça dont tu parles, ce serait un savant mélange de Napalm Death et de Misery Index pour certains riffs avec aussi tous les papas du grind, Terrorizer, Brutal Truth… On essaie juste de ne pas tomber dans la copie ou la redite parce que ce ne serait pas marrant et n’aurait surtout aucun intérêt. Finalement, ce qu’on essaie de faire c’est du Napalm Death en un peu plus brutal.

Et au niveau des textes, c’est toujours le chanteur qui s’en charge ? Oui c’est lui qui écrit quasiment tout. Ici j’ai écrit des paroles pour un morceau, mais pour le reste c’est Jérémy qui s’occupe de tout. Maintenant pour être franc, on n’attache pas énormément d’importance aux textes parce qu’au final on enfonce presque des portes ouvertes. On parle des dérives de la société, de ce qui va mal, des abus de pouvoir … mais ça ce sont des trucs dont parlent presque tous les groupes de grindcore. D’autres groupes ont un côté engagé que nous on n’a pas parce qu’on ne veut pas faire de politique avec notre musique. En même temps, ce sont des textes qui collent bien avec la musique qui va derrière et puis ce sont des trucs que pense Jérémy. Mais en gros, on n’essaie pas de faire quelque chose d’ultra chiadé, il faut que ce soit direct.

Le titre de l’album « For Those We Hate » est adressé à quelqu’un en particulier ? Non pas spécialement. Je ne sais plus vraiment comment est venu ce titre, mais c’est une trouvaille de Jérémy. Il faut juste savoir que ce qu’on fait pour chaque album, c’est de lui donner un nom qui n’est pas le titre d’un des morceaux. Le titre est plutôt cool et correspond finalement bien aux paroles de Jérémy puisqu’il parle de tous ceux qui font de la merde et donc ceux qu’il n’aime pas. Mais ça s’arrête là.

Vous êtes sur M.U.S.I.C. Records. En quoi consiste le deal avec ce label ? Jusqu’à présent on était uniquement autoproduits. Maintenant on ne l’est plus qu’à moitié puisque le deal est de leur donner un produit fini, mixé, masterisé et avec l’artwork, et eux s’occupent du pressage et de la distribution (comme pour la plupart des groupes undergrounds actuellement – ndr).

Pour l’enregistrement de ce nouvel album, vous êtes allés dans le même studio que pour le précédent ? On a fait un copier-coller de « Charge This World ». C’est-à-dire que la batterie a été enregistrée au Fucking Hostile Studio dans le coin de Nancy, la guitare et la basse ont été enregistrées directement chez les musiciens. Ils ont fait ça tranquillement chez eux. Ensuite tout a été envoyé à Vinc, notre premier guitariste, pour le mixage, car on a gardé de bons contacts avec lui. Et c’est aussi lui qui s’est chargé de l’enregistrement des voix. Et quand le tout était mixé et dans la boîte, on a envoyé ça au Walnut Groove Studio (tenu par Axel, ex-Carnival In Coal, ex-Wormfood… - ndr) pour le mastering, comme pour les précédents albums aussi. Une fois que tout était fait, on a envoyé au label et c’était parti. Comme on est un peu reparti de zéro, on a dû payer l’enregistrement, le mixage et le mastering. Du coup ça devenait un peu compliqué de devoir remettre de notre poche pour payer le pressage en plus. C’est donc pour ça qu’on a commencé à chercher un label. J’ai dû envoyer des demandes à une cinquantaine de labels estampillés grind ou metal et finalement M.U.S.I.C. Records est le seul à avoir répondu positivement.

C’est la première fois que j’entends parler de ce label. Tu le connaissais toi ? Pas du tout. On est tombé sur eux parce qu’ils ont signé Depraved, et le batteur de ce groupe est le frère de notre chanteur.

Vous avez quand même pas mal rebondi en 10 ans. Je suppose que l’envie d’abandonner s’est fait ressentir plus d’une fois. Complètement. Tu sais, quand tu auditionnes des gens qui ne savent pas reproduire les riffs tels que Vinc les jouait, tu te dis qu’il était trop fort et que tu ne trouveras pas quelqu’un de son niveau. Gino est parvenu à ce que ça sonne. Mais Vinc avait une main droite hallucinante, il maîtrisait les allers-retours comme personne.

Tu disais avoir mis des annonces pendant cette période de 10 ans pour trouver un groupe dans lequel jouer. Tu as eu d’autres expériences musicales ? Les annonces que j’ai publiées l’ont été seulement quelques mois avant qu’on ne décide de reformer Massive Charge. C’était sur la fin, quand je croyais que MC serait mort que je me suis dit que j’allais essayer de me trouver un autre groupe. Maintenant c’est vrai qu’entre-temps j’ai joué dans Human Scum. On appelait ça du grind-prog (rires). C’était le projet de Mahdi, un pote tunisien, qui avait déjà eu des groupes un peu connus comme Vomit The Hate. Et là il voulait monter ce projet-là de grind avec des touches de death-prog. Le mélange était super sympa. À la basse, il y avait un autre Tunisien qui s’appelait Nidal. Ça n’avait pas trop mal pris, mais il y a eu des prises de tête entre les 2 et Mahdi a fini par se barrer en Allemagne. Et Nidal dans son coin a créé un autre truc qui s’appelait Kaliyuga avec Emy et il a voulu que j’en sois le batteur. Mais par la suite, pour des raisons personnelles je suis parti. Finalement après tout le monde est parti de Kaliyuga.

Et Kaliyuga officiait dans quel style ? Je dirais un mélange de grind, de powerviolence, de black et de crust. Et Emy était au chant uniquement. Franchement c’est un groupe qui démoule pas mal.

Vous avez sorti quelque chose ? On a sorti « Once Upon A Time » en 2016. On peut l’écouter sur Youtube.

Actuellement, dans Massive Charge, vous avez d’autres projets parallèles ? Moi, non. Jérémy, notre chanteur, est batteur dans Growls. C’est un groupe de Rennes dans lequel il y a le tout premier chanteur de Massive Charge à la basse. À la guitare, il y a Alex, qui ne joue que dans ce groupe-là et au chant c’est Zorro qui chantait dans Untamed. Emy, de ce que je sais, actuellement elle ne joue pas dans un autre groupe, mais bon, elle en a eu 50000. Et Gino a toujours des tas de trucs à droite à gauche, mais surtout des projets solo. Il a notamment un projet black qui s’appelle Epine. Mais je ne saurais pas en dire plus parce que lui aussi a déjà eu énormément de trucs. En tout cas, il est très actif.

Pour revenir un peu sur l’album, quels sont les premiers retours que vous avez pu en avoir ? Ils sont excellents, ça rappelle d’ailleurs un peu la période à laquelle « Charge This World » est sorti. C’est un peu le même engouement et ça fait super plaisir. Je voudrais qu’on ait toujours plus de visibilité, mais là on commence quand même à en avoir pas mal y compris au Québec. Il y a un média québécois qui s’appelle Metal Minded qui nous épaule vachement. C’est un podcast. Ils font des reviews, des interviews et organisent aussi des évènements. Il y a encore des trucs à venir avec eux. On a eu pas mal d’interviews et de chroniques avec à chaque fois de bonnes notes donc ça fait plaisir. Ça commence aussi à rebouger niveau live parce qu’on a des dates prévues et d’autres qui n’attendent qu’à être confirmées.

À ce propos, quelles sont les dates ou les éventuelles tournées prévues ? On fait notre release party prévue le 16 avril avec Inhumate, Gummo et Deathwhore. Le 21 mai, on joue avec Blockheads, LMDA et Exorbitant Prices Must Diminish qui est un groupe suisse avec le batteur de Nostromo. Ensuite on a quelques dates ou éventuellement une voir plusieurs tournées, mais ce ne sont encore que des discussions.

Vous faites tout vous-mêmes ou vous bénéficiez des services d’un booker éventuellement ? Tout est fait maison.

Le label n’intervient pas pour vous trouver des plans ? Non, mais par contre en fin d’année, le label va sortir un split 5 groupes dont nous. Donc on a enregistré 2 nouveaux titres. Par contre, comme je ne suis pas sûr des autres groupes, je ne préfère pas donner de mauvais nom.

Vous faites partie de cette scène française qui regorge de talents ces dernières années. Comment toi tu vois cette scène grindcore ? Il y a de bons groupes en France quand même avec par exemple ceux qu’on a cités déjà comme Inhumate, Blockheads, Gummo ou LMDA, qui sont à moitié français. Eastwood est dans ce cas-là aussi. Après il y a les Chiens, Whoresnation et compagnie. J’ai l’impression qu’il y a une très bonne qualité de groupes générale en France. Par contre, je trouve que le public ne bouge pas encore assez. Des mecs se décarcassent pour organiser parfois des dates de fous et il n’y a quasi personne au final. En septembre dernier, pour fêter le déconfinement, des gars s’étaient bougés pour organiser un petit festival en extérieur à la campagne sur 2 jours. Il y a avait du grind, du death, des groupes locaux et ils étaient limités au nombre d’entrées parce que pour des raisons d’assurance, il ne pouvait pas y avoir plus de 60 personnes sur le site, tout en sachant que les membres de groupes et l’orga comptaient aussi, ce qui laissait une quarantaine de places à vendre. Mais ils n’ont même pas rempli ça. Nous on a passé un super bon moment, mais à côté de ça, c’était triste de voir que des gens se bougent pour organiser, mais que le public ne se bouge pas pour venir alors que ce sont sans doute les mêmes personnes qui avaient gueulé pendant 2 ans en disant qu’ils voulaient revenir voir des concerts. Il faut voir la suite, mais moi ça me fait un peu flipper.

C’est assez peu proportionnel au final la différence entre le nombre de groupes de qualité qui existe en France et le public qu’ils parviennent à attirer en live. Oui, mais j’ai aussi l’impression que c’est parce que, ces 2 dernières années, les gens ont pris l’habitude de consommer la musique en digital à la maison et ils ne se bougent plus. S’ils trouvent un bon groupe, ils vont l’écouter dans la bagnole ou chez eux au casque, ils vont se prendre des superbes vinyles qu’ils écouteront tranquillement, mais tu ne vois pas ou plus ces gens-là aux concerts.

C’est peut-être le revers de la médaille effectivement. Et toi, les 2 dernières années, tu les as vécues comment d’ailleurs ? Outre le fait que tu aies été occupé avec le fait de remonter Massive Charge et d’enregistrer ce dernier album, est-ce que musicalement, tu es quelqu’un qui travaille beaucoup l’instrument et qui a senti une différence ? Non, je ne travaille que quand on répète. Mais c’est vrai que j’ai fait quelque chose qui m’a beaucoup servi tout de même. Un soir où je n’avais rien à faire, j’ai réservé notre local et pendant 4 heures, j’ai bossé la technique du « heel toe » à la double pédale. C’est la technique qui te permet de taper 2 fois sur une pédale en alternant le talon et la pointe du pied. Ça permet d’atteindre des tempos très rapides. D’ailleurs sur l’album il y a des parties à 260 bpm et grâce à cette technique, j’ai pu les faire sans trop me fatiguer. C’est chiant à bosser, mais quand tu l’as, ça va tout seul et tu as même l’impression de tricher tellement ça te parait facile. C’est pour ça que sur « For Those We Hate », il y a pas mal de parties de doubles parce que je sais les reproduire maintenant, chose qui était plus compliquée sur « Charge This World ».

Quelle(s) évolution(s) pourrais-tu tirer entre les 2 derniers albums que ce soit du point de vue des line-ups ou des enregistrements ? Comme j’ai dit, les enregistrements de « Charge This World » et de « For Those We Hate » ont été quasiment des copiés-collés donc à ce niveau-là il n’y a pas eu vraiment de changement. J’ai déjà vu une évolution me concernant en tout cas parce que sur ce dernier album, il y a énormément de D-Beat, chose qu’il n’y avait pas du tout sur le précédent, et ça c’est quelque chose que j’ai développé dans Kaliyuga. Il y a aussi le fait que les compos sont plus rapides. Sur « CTW » on était à du 240 (bpm), alors qu’ici on varie entre 240 et 260 en sachant que généralement c’est du 250. On a essayé de faire un truc un peu plus bourrin. Des évolutions il y en a forcément puisqu’il s’est quand même passé 10 ans, et quand tu pratiques ton instrument, il y a des choses que tu laisses, d’autres que tu gardes… Il y a d’office une évolution naturelle due au fait qu’on ait continué à jouer entretemps. Je ne vais pas relever de points positifs ou négatifs entre les 2 albums. Je dirais juste que sur le dernier, il y a plus de techniques, ce qui peut peut-être faire perdre un peu du charme parce que ça donne un côté un peu plus clinique alors que le précédent était plus « roots » et notre premier « Silence » l’était lui complètement. Donc on a perdu un peu de ce côté-là, mais au profit d’une plus grande technicité et d’un côté plus mature que j’ai quand même tendance à préférer.

Et quand tu regardes par rapport aux débuts de Massive Charge, est-ce que l’amour du grindcore est toujours intact ou il a évolué d’une manière ou d’une autre avec l’âge ? Je dirais que l’amour de la musique en général a évolué pas mal. Tu découvres des tonnes de groupes, tes goûts changent, tu t’ouvres, tu te mets à écouter des trucs que tu n’aurais pas écouté avant. C’est un peu comme quand tu es gamin et que tu n’aimes pas les haricots verts. À 20 ans tu te dis que tu vas y regoûter et au final tu te rends compte que ce n’est pas si dégueu. En plus, le fait d’écouter d’autres choses te fait aussi évoluer dans ta manière de composer et rend ton jeu plus riche.

Quels sont justement les autres styles ou groupes qui te parlent particulièrement ? Je me suis vachement ouvert à un style qui me parle beaucoup c’est le death metal progressif un peu mélodique, des trucs genre The Faceless. Quelque chose de bien bourrin, mais avec des passages en chants clairs avec de la mélodie et des parties bien composées. C’est quelque chose que je n’aurais peut-être pas écouté avant. C’est pareil pour le black metal. Quand j’étais jeune je mettais carrément un veto sur le style, je ne voulais même pas en entendre parler. Alors que maintenant il y a pas mal de groupes que j’aime comme Borknagar, Enslaved ou encore Dimmu Borgir. En tout cas je me surprends à écouter des trucs que j’aurais eu honte de dire que j’écoutais auparavant.

On s’enrichit en ouverture d’esprit en vieillissant finalement. C’est ça. Et ce sans renier ta colonne vertébrale.

Ça m’a fait plaisir en tout cas de décortiquer un peu ce dernier album et l’histoire du groupe avec toi, mais peut-être qu’il y a des choses dont on n’a pas parlé et que tu voudrais mettre en avant. Si c’est le cas, je t’en prie. Je voudrais juste retaper sur le clou en disant que les 2 loulous qu’on a trouvés, Emy et Gino, sont vraiment au top et collent parfaitement dans le line-up aujourd’hui. On a vraiment trouvé 2 bons éléments pour relancer un truc cool.

29.01.22 18:10

Rage Of Light

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Après leur premier album Imploder en 2019, Rage Of Light est de retour avec Redemption. Assurément plus mature et dense dans les sonorités, il marque aussi l’arrivée de Martyna au chant. Jonathan Pellet, nous partage davantage de détails sur cet album et l’univers du groupe.

Pour commencer, est-ce que tu peux rapidement présenter Rage Of Light ? Comment le projet est né ? On définit notre style comme étant un mélange de trance metal / death metal mélodique. Mais je crois que c’est un peu difficile de coller une étiquette sur notre musique. Il y a beaucoup d’éléments électro en général, notamment des sonorités dubstep sur certains morceaux. Les voix sont également très contrastées vu que notre chanteuse alterne voix claire et voix death.

Votre nouvel album « Redemption » est sorti depuis plus d'un mois, quels sont les premiers retours que vous avez reçus ? Les retours sont vraiment incroyables. On a également reçu de nombreuses chroniques très positives de différents médias. On a été très touchés de voir tout le soutien suite à la sortie de cet album forcément un peu spécial, avec le changement de chanteuse et le fait que nous n’avions rien sorti de nouveau depuis le précédent opus.

2021 fut une année mouvementée pour Rage Of Light avec le départ de Mélissa. Tu peux m'en dire plus sur l'intégration de Martyna dans le groupe ? Elle vous a rejoint assez rapidement ? Pour les auditions, nous avions donné deux morceaux à enregistrer : un ancien (I Can, I Will) et un nouveau (Breaking Infinity). Lorsque nous avons reçu les versions de Martyna, nous avons immédiatement eu un coup de foudre musical. Son talent et sa créativité nous ont vraiment impressionnés. Lorsque nous avons pu faire sa connaissance, en visioconférence vu qu’elle habite aux Pays-Bas, nous nous sommes super bien entendus. À partir de là, tout est allé très vite. C’était comme si on se connaissait déjà ; nous avions de nombreux points communs notamment au niveau de nos expériences de vie.

Comment s'est déroulé le processus d'écriture de ce nouvel album ? Il fut déjà composé avant l'arrivée de Martyna ou elle a pu aussi apporter sa contribution ? Les premiers morceaux ont été écrits en 2020. Au moment des auditions, un peu plus de la moitié de l’album avait déjà été composé. Martyna a clairement pu écrire ses lignes de voix et ses paroles pour la grande majorité des titres. C’était très important pour nous qu’elle puisse composer et amener sa créativité dans le groupe. Pour trois morceaux, des idées existaient déjà et elle a décidé de les garder, vu qu’ils correspondaient bien.

Vous avez à nouveau contribué avec Vladimir Cochet pour le mixage de cet album. Comment s'est déroulée cette collaboration ? Nous aimons beaucoup travailler avec Vladimir. Cela fait plusieurs années que nous travaillons avec lui pour Rage Of Light mais aussi avec d’autres projets. C’est quelqu’un de très à l’écoute, qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes. Il a toujours de très bons conseils et il possède une très grande expérience au niveau de l’enregistrement, du mixage et du mastering. Nous avons également pu compter sur ses autres talents de photographe et de réalisateur pour un clip.

Comment décris-tu Redemption pour donner envie à nos lecteurs de l'écouter ? Nous pouvons affirmer qu'il sonne plus mature et abouti ? Je partage cet avis. Je dirais qu’il forme un ensemble plus cohérent que notre précédent opus, « Imploder », car nous avions inclus dans ce dernier plusieurs titres qui avaient été écrits, voire sortis, plus tôt. « Redemption » est presque un album concept, même s’il n’a pas été initialement pensé comme tel. Et paradoxalement, cet album rassemble plusieurs titres très différents les uns des autres et explore des horizons plus larges que le précédent. À écouter si vous aimez les contrastes dans le metal, la fusion avec des sonorités électro, des sonorités planantes, tout en gardant le côté puissant et épique !

Comment vous est venue l'envie de développer ce style de Trance Metal ? Ado, j’ai pas mal écouté de trance et d’électro sous l’influence de mon grand frère. Lorsque je me suis intéressé au metal et notamment au metal mélodique, je me suis très vite dit que mélanger ces deux styles pouvait donner quelque chose de très intéressant. Les sons que l’on peut trouver dans ces deux genres peuvent être très complémentaires.

Pouvons-nous dire avec la technicité et la densité des morceaux j'ai l'impression qu'on retrouve aussi des influences progressives dans votre son ? Tout à fait. Cela fait partie de notre volonté d’explorer différentes choses, au niveau de la structure des morceaux, des changements de tempo, etc. Il peut bien sûr y avoir un côté très direct sur certains titres, mais d’autres sont clairement plus complexes.

J'imagine que vous avez des inspirations diverses et variées, quelles sont-elles ? De mon côté, en plus de la scène trance / EDM européenne du début des années 2000, mes premières sources d’inspiration ont longtemps été des groupes de metal symphonique, de power metal ou de death metal mélodique. Mais je suis quelqu’un qui aime écouter beaucoup de styles différents et j’aime trouver de l’inspiration dans de la musique qui n’a a priori rien à voir avec le metal.

Votre premier album Imploder est sorti sur Napalm Records. Pour Redemption, vous avez choisi de le sortir en tant qu'indépendant. Comment tu m'expliques ce choix ? Napalm Records n’avait malheureusement pas les disponibilités pour sortir notre album avant de nombreux mois. Durant ce laps de temps, nous n’aurions pas non plus eu la possibilité de sortir des singles indépendants. Cela nous posait problème d’être inactifs pendant tout ce temps, d’autant plus avec le nouvel élan suscité par l’arrivée de Martyna.

Dans ses débuts Rage Of Light a sorti des reprises de musiques à la base pop. Tu penses que c'est quelque chose que tu aimerais refaire ? Oui, je pense d'ailleurs à un projet qui me permettrait d’en faire plus régulièrement. Le problème, avec Rage Of Light, c’est que je n’ai pas envie que l’on finisse par être catalogué comme un groupe de reprises… Mais c’est quelque chose que j’aime effectivement beaucoup faire.

Revenons à votre nouvel album Redemption, le tout premier single que vous avez sorti pour celui-ci est « Lead The Riot » . De quoi parle ce morceau ? « Lead The Riot » parle du côté sombre des réseaux sociaux, des discours haineux, du racisme, du cyberharcèlement, et de comment nous pouvons y faire face, nous révolter face à ces problèmes.

Vous avez sorti trois clips avec une production travaillée et soignée notamment pour « Breaking Infinity », tu peux m'en dire plus sur le sujet ? Premièrement merci, vu que nous avons réalisé et produit ces clips nous-mêmes !  À titre personnel, j’aime beaucoup la vidéo. Je m’y intéresse depuis plusieurs années maintenant et je trouve vraiment très enthousiasmant la possibilité de concevoir de A à Z un clip vidéo, en mettant en images nos propres musiques. Cela part souvent de discussions que l’on a entre nous, parfois de délires un peu absurdes, et cela évolue en quelque chose de plus ou moins réalisable. « Breaking Infinity », c’est clairement le clip le plus ambitieux qu’on a réalisé ; nous avons dû tourner dans quatre lieux différents et avons dû notamment construire une douche pour la scène finale où l’actrice se fait ensevelir par du sable !

J'aime beaucoup les détails de la pochette de l'album, peux-tu m'en dire plus sur le sujet ? Qui l’a conçue et ce qu'elle représente ? Nous avons présenté les thèmes et le concept de l’album à Gustavo Sazes, un artiste très talentueux qui avait déjà réalisé la pochette de notre premier album, en lui laissant la liberté de créer ce que cela lui inspirait. L’oiseau que l’on voit semble soit être emprisonné dans ce paysage cristallisé, figé dans le temps, soit être en train de se libérer, voire de renaître tel un phénix. Cela résonne particulièrement bien avec les thèmes de l’album : la rédemption (bien sûr), la résilience, vaincre ses démons intérieurs, suivre ses rêves malgré les choses ou les personnes qui nous tirent vers le bas, trouver qui l’on est vraiment …

Quels sont vos projets à venir ? Est-ce que vous envisagez de faire des concerts prochainement ? Nous allons sortir encore quelques vidéos en lien avec « Redemption », tout en travaillant sur notre set live dans l’optique de faire, si possible, des concerts cette année. Nous allons également nous remettre à composer pour sortir du nouveau contenu cette année déjà. Nous souhaitons clairement continuer sur cette belle lancée et ne pas nous arrêter en si bon chemin ! 

Pour finir je vous laisse le mot de la fin… Un grand merci à toi et à Metal Art pour cette interview ! Nous vous souhaitons à vous et à toutes les personnes qui nous soutiennent une excellente année 2022 en espérant qu’elle vous apporte beaucoup de bonheur !

22.01.22 11:19

Order

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Formé en 2013, ORDER a débuté sa carrière par un drame, le décès à 45 ans de son membre fondateur René Jansen en 2014, trois mois après qu’une leucémie lui ait été diagnostiquée. Le groupe a sorti un solide premier album en 2017, « Lex Amentiae », avant de franchir une étape supplémentaire avec le récent « The Gospel ». Le batteur Manheim, passé par MAYHEM comme Messiah, le chanteur du groupe, se livre sans fard et révèle les sujets abordés dans sa dernière production.

Tout d’abord, peux-tu nous dire comment vit la Norvège par temps de pandémie ? Nous sommes au milieu de la vague Omicron et nous avons donc dû nous confiner de nouveau… enfin pas nous confiner, mais subir des restrictions sur tout, notamment les événements culturels, les restaurants et les bars. C’est frustrant mais la Norvège est un pays bien géré avec de nombreuses ressources pour faire face à ces problèmes. Il y a d’énormes compensations pour les entreprises et les travailleurs affectés par les restrictions. Tous ceux qui voulaient être vaccinés – ce qui chez nous représente plus de 90 % des adultes – a reçu deux doses… et nous sommes en route pour la troisième. Nous ne pouvons donc pas nous plaindre même si certains, surtout parmi les artistes, vivent une période rude.

Comment ORDER est-il né ? Nous nous sommes rencontrés en studio de répétitions durant l’été 2013 quand Anders a lancé l’idée de former un groupe avec lui et René, de CADAVER, ainsi que Billy et moi. J’étais concentré sur des collaborations et des spectacles de musique bruitiste, expérimentale et d’avant-garde - l'une de mes passions. Billy était dans son groupe Punk. C’était bien de jouer de nouveau du Metal. C’était comme revenir à la maison ! Nous avons alors décidé de voir où cette aventure pourrait nous mener.

Comment avez-vous surmonté le décès de Rene Jansen ? Il est toujours difficile de voir partir un ami. Quand René est mort, nous avons traversé une période durant laquelle nous nous sommes demandés si nous devions continuer ou pas. Ce décès aurait pu facilement marquer la fin du projet mais je suis content que nous ayons décidé de poursuivre. Je sais que c’est ce que René aurait voulu. L’un de ses derniers souhaits était que nous jouions à ses funérailles. Je suis fier que nous l’ayons exaucé. C’était une grande émotion de dire ainsi au-revoir à un ami proche.

« The Gospel » est un titre étrange pour un album de Metal extrême… Peut-être, oui. Il a été choisi comme une conséquence des paroles des chansons. Le mot « gospel » est utilisé comme un message, le gospel de ORDER, en fait. Quand nous composions nos morceaux, j’ai réalisé que toutes les paroles que j’avais écrites tournaient autour de la douleur et de la souffrance liées à notre condition humaine, qu’il est impossible de séparer de notre marche vers notre perte. Le message est que la peine est réelle et que nous devons vivre pour la supporter. Les paroles de la chanson éponyme ont été écrites par Billy. Elles ne concernent pas cette souffrance mais racontent une histoire – un gospel - qu'il a imaginée : comment certaines personnes se trouvent, se connectent et créent quelque chose dont on se souvient. The Gospel a un double sens, que j’apprécie. Bien sûr, c’est une évidence que l’usage chrétien de ce mot est si fort qu’il faut voir dans ce titre un jeu de mot.

Es-tu d’accord si je dis que « The gospel » est une version améliorée de « Lex Amentiae » ? J’aime « Lex Amentiae », c’est un bon album avec quelques bonnes chansons. Malgré tout, c’est une collection de chansons qui n’a pas la tension et la force de l’ensemble de « The Gospel ». Alors que « Lex Amentiae » est un pas vers l’aboutissement de notre potentiel, je pense que « The gospel » est un concept album puissant qui touche le but que nous nous étions fixé quand nous avons commencé cette aventure. Avec ce disque, je crois que nous sommes parvenus à plonger au plus profond de nous-mêmes, à la fois pour les paroles et la musique. Nous avons réalisé un intense album personnel. Dans ce sens, je suis d’accord avec toi : « The gospel » est une version améliorée de « Lex Amentiae ».

« The gospel » est un disque rempli de haine, d’angoisse, de colère. D’où vous viennent ces sentiments ? Je crois que les paroles de l’album parlent de sentiments que nous avons tous. Le désespoir, la souffrance, la solitude de traverser la vie. Ces paroles sont personnelles, je pense donc qu’elles reflètent surtout mes combats intérieurs et mes pensées mais je suis persuadé qu’elles représentent quelque chose d’universel, éprouvé par tous les humains . L’album commence avec le tout début de de la vie, dans le morceau « Pneuma », quand les choses sont incertaines mais merveilleuses. Ensuite, avec « Rise », nous commençons à nous réveiller, à nous confronter à des personnes qui tentent de supprimer ton chemin et ta volonté. Nous passons ensuite à travers les parties émotives de la vie, ce qui est difficile. « Bringer Of Salt » se rapporte à la tempête qui se rapproche de nous durant le voyage de la vie : la mort. « It Burns » , c’est  à propos du désespoir et de la douleur ressentis quand on brûle de l’intérieur. « Gal.lu » fait référence au vieux mythe, tiré des premières civilisations connues, de ce démon qui nous tourmente. « Descend » explique que nous sommes les architectes de nos souffrances. Nous chantons ensuite que, en tant qu’individus et qu’espèces, nous sommes menés par le désir de procréer et de propager la vie. Ma douleur est peut-être la partie la plus directe et la plus simple de mes paroles mais cet aspect direct exprime comment nous nous sentons quand la souffrance est si intense que nous ne pouvons que hurler. Dans « Tomb », nous exprimons que, quand nous sommes au cœur de tout cela, nous nous retrouvons seuls à lutter. L’album s’achève sur le morceau qui avait ouvert le disque, sauf qu’il reflète désormais une vie vécue. La vie, bien sûr, c’est aussi d’autres choses, les amis, la famille, l’amour, mais ce n’est pas de là que vient notre inspiration ! Je suppose qu’il nous est naturel d’exprimer des sensations liées aux parts les plus sombres de la vie.

Votre musique est un voyage à travers les différentes époques du Black Metal : de la plus ancienne, quand il était proche du Death, à la plus moderne, avec des touches industrielles. Je suis d’accord. Nous faisons avant tout de la musique pour nous-mêmes. Il est naturel de trouver de la continuité dans ce que nous composons. Nous sommes issus de la période où sont nés le Black et du Death norvégiens. Avec ORDER, nous essayons de rester fidèles à notre passé sans être nostalgiques. Nous créons de la musique contemporaine qui reflète là où nous en sommes aujourd’hui.

Il y a une grande variété de vocaux sur « The Gospel » ; C’est dû au fait que Messiah n’est pas le seul à chanter. J’ai fait les voix sur « It Burns », « Gal.lu », « Descend » et « Pneuma II » en plus d’appuyer le chant sur quelques autres morceaux. La réalisation  de « The Gospel » a été très intense. Nous avons laissé aller les choses comme elles venaient.

Il est difficile de ne pas parler de MAYHEM. Que représente  désormais ce groupe pour Messiah et toi ? J’aime MAYHEM et ce que fait ce groupe. Je suis ravi que Necro soit capable de mener à bien sa carrière depuis si longtemps.

Comment perçois-tu « Deathcrush » aujourd’hui ? Je suis toujours fier de ce que nous avons réalisé avec « Deathcrush ». J’aime ces chansons. Avec ORDER nous en jouons quelques unes en concert. Je vois toujours Nécro pour les répéter. Qu’il y ait autant de personnes dans le monde qui les écoute et les apprécie autant me fait me sentir humble et reconnaissant.

Sera-t-il possible de voir ORDER sur scène ? Eh bien, la pandémie est toujours un problème, notamment parce que la plupart des festivals et des salles ont déjà leur programmation avec les reports de 2020. Quoi qu’il en soit nous venons juste de finir notre tournée norvégienne et nous jouerons en avril à l’Inferno Festival. En octobre, nous avons bouclé une mini tournée de trois dates. En dehors de ça, nous n’avons rien d’arrêté. Nous travaillons sur une possible tournée dans les Balkans et en Amérique du Sud. Espérons que les deux se réaliseront. J’espère aussi que nous pourrons nous produire en Belgique et ailleurs en Europe mais ce sera difficile en 2022.

Pour conclure, quels sont tes albums de Black préférés ? Question difficile ! J’en aime tant mais, si je peux choisir un album de MAYHEM

Bien sûr ! Alors je suis sûr de ne pas me tromper en disant que « Mysteriis » en fait partie car il est une référence du genre. Si je devais en citer un autre, ce serait « Hellfire » de 1349.

15.01.22 15:14

Blockheads

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Sans vouloir exagérer en parlant directement de légende, il est un fait certain que Blockheads s’est positionné, en 3 décennies de carrière, comme l’un des pionniers incontestables d’une scène grindcore française qui, depuis une bonne dizaine d’années maintenant, se place comme une référence au vu de ses qualités et de sa diversité. Alors quand l’occasion est donnée de s’entretenir avec l’un de ses membres, on la saisit. À l’occasion de la sortie de « Trip To The Void », petit chef-d’œuvre qui aura indéniablement marqué la fin d’année 2021, c’est Raph (guitare ou basse selon les occasions) qui nous a accordé l’entretien qui suit et ce sans compter ses heures. Une interview fleuve mais aussi et surtout une rencontre humaine riche entre 2 passionnés. 

Qu'est-ce que vous avez foutu ces 8 dernières années ? This World is Dead est sorti en 2013. Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour proposer un nouvel album ? Cette question revient régulièrement. Et c’est normal. On est pas mal répartis, avec Xavier à Annecy et nous autres en Lorraine. Ça nous donne un rythme de répétition quand même restreint. Parfois, on doit consacrer des répétitions entières au live. Ceci dit, on est aussi, on va bien l’avouer, assez lents. On jette pas mal de riffs. On peut être assez exigeants avec les apports des uns et des autres. Et puis l’album a été enregistré il y a plus d’un an, aussi. Le mix et Le master ont pris pas mal de temps.

Pour quelles raisons ? Ça vient de problèmes que vous avez rencontrés ou de ce côté exigeant dont tu parles ? Le mix, au départ, était confié à William de Gadget. Il a fait du bon boulot, honnêtement. Le problème est que ça sonnait très « moderne », très metal. Et on savait dès le départ qu’on ne voulait pas du tout sonner comme ça. Il a vraiment travaillé, nous a envoyé pas mal de versions différentes, toutes très bonnes, mais à côté de ce qu’on cherchait. Steph Tanker du Disvlar Studio, qui avait enregistré le disque, a finalement accepté de reprendre le mix et le master. Ça a été plus simple. Il y avait moins de distance et il nous connaît bien. Tout ça a pris des mois mais ça valait le coup.

Et avec lui, l'enregistrement en tant que tel a mis combien de temps? Quand on entend parfois le côté "urgent" de certains morceaux, j'imagine que ça n'a pas dû traîner. Au total, je dirais 7 jours, batterie comprise. Même si les prises de batteries ont été faites un peu avant le reste. Ça nous a permis de justement prendre un peu de temps, refaire, refaire et refaire. Steph est quelqu’un de super exigeant avec lui-même. Il a une oreille très sûre et c’est un bien meilleur guitariste qu’aucun d’entre nous ne le sera jamais. C’est ce qui nous a servi. Il est très exigeant en retour aussi. Mais dans le bon sens. Il nous a vraiment poussés techniquement plus loin que ce qu’on aurait pu faire sans lui. En plus, c’était un peu comme être à la maison. On a vraiment passé ces jours-là ensemble du lever au coucher. Ça reste une très belle expérience

Vous aviez déjà travaillé avec lui auparavant ? Jamais! Et c’est assez étonnant, une entente aussi immédiate. Mais Steph est vraiment adorable.

Parfois le feeling ne s'explique pas et c'est tant mieux. Ça contribue à la magie et là vraisemblablement ça vous a permis de sortir quelque chose de très abouti. Je vous ai découvert il y a 15 ans avec l'excellent "Shapes Of Misery" (2006) et j'ai toujours trouvé le groove dans votre grindcore hyper intéressant. Mais ici j'ai vraiment l'impression que vous êtes montés encore d'un cran en termes de balance entre ce groove et votre côté très brutal. Quand on entend "Cages", "Trip to the Void" ou "Flesh Furnace", les combinaisons fonctionnent à merveille. Ah et bien merci, déjà! J’aime bien quand on parle aussi de ce groove un peu latin que Nico arrive à caser par moment. Je te mentirais en te disant que ça sort tout seul, même si Nico est super surprenant dans certains choix de patterns de batterie. Mais on a essayé d’équilibrer les titres, individuellement, même ceux de 25 secondes. Ça explique aussi la lenteur du processus, étant donné qu’on compose essentiellement en répétition. Mais on a toujours aimé aussi les groupes et les titres très lourds, le sludge, le doom, la noise 90s, et Godflesh. Ça se retrouve par bribes, même dans un disque un peu « compact » comme celui-ci.

Je voulais justement te demander quels étaient les autres styles musicaux dont vous étiez friands dans le groupe et si certains de ces autres styles (ou groupes) avaient une influence sur votre manière d'écrire vos morceaux. Ce qui est assez intéressant pour les uns et les autres, c’est qu’on écoute tous pas mal de choses différentes, mais pas forcément les mêmes. Ça permet de brasser pas mal d’influences, de la powerviolence au sludge justement, mais aussi en ayant parfois certains réflexes de jeu piqués chez Helmet ou Unsane et ce côté un peu sec sur certains riffs. Évidemment ça ne saute pas aux oreilles, mais c’est bien là.

Toujours pour rester dans la composition et la production, pourrais-tu me dire si un groupe comme Blockheads, qui comptabilise déjà presque 30 ans de carrière, avait adopté d'autres méthodes en fonction des évolutions techniques qu'on a pu connaître ces dernières années en matière de home studio, de matériel... En gros, est-ce que Blockheads reste dans une optique "traditionnelle" de composition ou vous vous aidez d'autres outils pour travailler mais sans dénaturer ce côté brut de décoffrage que vous avez ? En partie. Maintenant on garde des traces de tout. Fred (guitare) se charge de monter ça chez lui, ce qui permet de ne pas perdre de riffs, ce qui pouvait arriver, et d’avoir une idée plus précise du morceau, à froid. Il y a évidemment le piège qui consiste à vouloir retravailler sans cesse un titre, mais globalement ça nous aide. Pour la composition en elle-même, Fred apporte la grande majorité du matériel, j’en apporte aussi, et on retravaille tout ça ensemble au local avec Nico (batterie) et Erik (basse), qui a un rôle énorme pour la structure des titres. En général, on retravaille les riffs ensemble, avec un jeu de Ping-pong entre nous trois ou quatre, et on garde la meilleure version. Encore une fois, c’est long mais dynamique. Et pour revenir à ta question, on ne compose que très rarement un titre à la maison. Ça reste démocratique comme démarche.

"Trip to the Void" est une véritable invitation à l'asphyxie et au ramassage de baffes. 25 titres, moins d'1/2 heure et la messe est dite. Quel est le secret de cette énergie pour un groupe de presque 30 ans? Vous ne laissez que les blancs entre les morceaux pour que l'auditeur reprenne son souffle. Je pense que c’est aussi notre album le moins « optimiste ». La période n’incite pas vraiment à l’être, il faut dire. Ça se reflète dans la musique. Ce serait un peu cliché, mais c’est en partie vrai, il y a une colère et un pessimisme latents derrière tout ça. C’est sans doute ce qui explique la densité du disque, même si ça n’est pas forcément conscient. Mais je comprends le côté asphyxie dont tu parles. Ça peut aussi rebuter mais c’est le résultat de ces années qui viennent de s’écouler.

L'album m'a parfois aussi fait penser au "Behold The Failure" (2009) des Suisses de Mumakil qui m'avait fait un peu le même effet à l'époque. En plus c'est un groupe avec lequel vous vous entendiez plutôt bien vu le fait que vous aviez sorti 2 splits avec eux. Des amis, on peut même dire ça.

Vous vous complétiez en quelques sortes même si chacun à son tour en remettait une couche par rapport à ce que l'autre proposait et inversement. C’était un peu la rencontre de l’horlogerie suisse et de la massue gauloise oui (rires).

L'intro de l'album est empruntée au 1984 de George Orwell. Il s'agit de la même phrase d'ailleurs que sur l'intro du morceau « Do Not Speak » de Anaal Nathrakh (sur « Domine Non Es Dignus » - 2004). Tu peux nous expliquer ce choix et en même temps les thématiques développées dans l'album? Ce choix est lié à notre amour commun pour ce livre. On savait qu’on allait s’en servir d’une manière ou d’une autre (je parle du livre). Fred a trouvé cet extrait et on a décidé d’ouvrir et de fermer le disque avec. J’avoue que je n’écoute jamais Anaal Nathrakh donc tu m’apprends qu’ils l’ont utilisé aussi. Mais la phrase est forte, et explicite, ça ne m’étonne pas forcément. Pour l’album en lui-même, nous traitons de thèmes d’actualité, comme la montée de l’extrême droite, du racisme, l’individu dans une société segmentée qui a perdu le sens du collectif, les inégalités sociales, l’aliénation par le travail... L’angle est peut-être parfois plus abstrait ou personnel, mais on écrit sur ces choses depuis très longtemps. Je ne sais pas ou plus si ça a une utilité, mais je ne me vois pas parler d’autre chose dans le groupe. C’est en nous et ça ne partira plus.

Y a-t-il des morceaux qui te tiennent plus à cœur que d'autres? Oui, on a tous nos « chouchous ». Pour ce qui me concerne, ce sont « The Devourer » qui évoque les morts en Méditerranée, un sujet qui me tient à cœur, et « Flesh Furnace », parce que c’est le morceau à part sur l’album. On a pu expérimenter un peu, et tenter une bribe de mélodie dedans. C’est aussi le titre avec le texte le plus abstrait, mais j’aime beaucoup les images qu’on a mises dedans. J’ai un amour particulier pour « Conscience Cleaner » aussi, pour le break, pour le côté jusqu’au-boutiste du morceau.

Le visuel de l'album est une véritable œuvre-d’art. Qui est derrière sa réalisation et quelle symbolique peut-on y voir ? La photo est une œuvre de Roberto Campos, un photographe mexicain qui l’a créée en lien avec son modèle. Visiblement, cette photo a une signification particulière pour le modèle, mais il n’a pas été plus loin dans ses explications quand j’en ai parlé avec lui, après la sortie de l’album d’ailleurs. C’est la seule proposition qui ait emporté l’adhésion de tout le monde dans le groupe. Et c’est vrai que c’est une photo très forte, très graphique, et très chargée émotionnellement. D’ailleurs l’intérieur du livret est tiré de la même session, mais sans modèle. C’est sans doute l’artwork dont nous sommes le plus fiers, je pense. La signification est justement assez ouverte. J’ai tendance à y lire les derniers moments de ce qui nous reste d’humanité avant le grand vide, mais c’est très personnel. On peut aussi y lire la crise de l’individu isolé des autres, peut-être, ou encore une prise de position en soutien au féminisme, ce qui serait cohérent avec ce en quoi nous croyons. Pas de réponse définitive donc, mais c’est l’intérêt des œuvres d’art aussi.

« Trip To The Void » est sorti via 2 labels différents en fonction des formats, Lixiviat Records et Bones Brigade. Un seul ne pouvait pas tout sortir ? En fait quand on a réfléchi à quel label pouvait sortir l’album, on a assez vite pensé à Lixiviat parce qu’on savait qu’ils faisaient du bon boulot. Mais eux travaillent essentiellement du vinyle. Et en discutant, la solution de le sortir avec eux et Bones Brigade, qui sort principalement du CD, a émergé puisque les 2 labels ont l’habitude de bosser ensemble. Ce sont des passionnés et ça a été super simple finalement. On est très contents. Et puis il faut dire qu’avec Bones Brigade, c’est une longue histoire.

C’est vrai que vous avez déjà sorti quelques trucs chez lui. Oui, on a déjà collaboré plusieurs fois avec lui. Ça fait toujours plaisir de croiser Nico. C’était la bonne solution par rapport à un label plus gros comme Relapse parce que déjà tu peux communiquer en français, tu n’es pas dans un roster de 150 groupes et tu ne te retrouves pas à être la 19e roue du carrosse (rires).

Relapse avait sorti votre précédent album « This World Is Dead » et comme vous n’en aviez sorti qu’un seul avec eux, je voulais justement te demander si c’était parce que vous aviez été déçus par la collaboration. Je pense que c’est plutôt l’inverse en fait (rires). Mais c’est plutôt normal. On n’a absolument aucune amertume là-dessus parce que déjà, ils ont travaillé l’album. Çà, il n’y a pas de problème…

… C’est vrai que généralement, il n’y a pas vraiment de sortie sur Relapse qui passe à la trappe. Ils bossent leurs sorties, ça c’est une évidence. Après je pense que Relapse est plus adapté à des groupes qui vendent et tournent plus que nous. Parce qu’arrivé à la cinquantaine, c’est compliqué de se débloquer 3 semaines pour aller tourner aux États-Unis. Alors que quand tu sors un album chez Relapse, c’est ce que tu devrais faire finalement. On leur a proposé cet album mais ils ont été très clairs avec nous et ne l’ont pas pris. Je pense qu’ils ont écoulé le pressage du précédent mais ils ne l’ont pas repressé. Ce qui est logique. Quand tu fais du grind old school tu ne vas pas en vendre des palettes. Personne ne se fait d’illusions là-dessus. On n’est pas comme Full Of Hell qui a un côté beaucoup plus moderne dans son grindcore. Il faut quand même apprécier le style pour ce qu’il est. Mais ça me parait logique encore une fois. Les mecs de Relapse, ils vivent de ça, ils paient leur loyer et bouffent avec le salaire que leur fournit le label. Tu as des contingences qui ne sont pas les mêmes. Donc ça ne m’a pas choqué.

Vous prenez ça avec une certaine sagesse dans un sens. Vous gardez les pieds sur terre. Oui il faut. En plus, on ne veut pas se prendre pour des gens qu’on n’est pas non plus. On n’a jamais été autre chose qu’un groupe de grind et s’il y a bien une musique de niche, c’est bien celle-là.

Mais tu ne peux quand même pas nier que Blockheads, d’un point de vue grindcore français et européen, est un groupe qui compte ? C’est super difficile d’avoir du recul par rapport à ton propre groupe et de voir comment tu es perçu. On est là depuis 30 ans, on a beaucoup tourné, je crois qu’on a un capital sympathie parce que les concerts sont ce qu’ils sont (rires) mais après il y a d’autres groupes comme ça. Si tu prends Agathocles, çà aussi c’est un groupe qui compte. Ils vendent des paquets d’albums…

… Oui mais ils ont 15 sorties par an… C’est vrai qu’ils sortent beaucoup de splits et nous on n’en sort pas tellement. J’ai énormément de respect pour Agathocles. Mais ça restera toujours comme les Québécois de Archagathus, qui est fortement inspiré d’Agathocles d’ailleurs, qui vont à fond dans leur truc. Ça restera toujours confidentiel. Pour moi ce n’est ni bien ni pas bien, c’est un état de fait. Je ne fais pas partie des gens qui pensent que tout doit rester underground pour l’underground puisque quand on fait de la musique c’est quand même pour que les gens écoutent ce qu’on fait. Après il y a le facteur réalisme qui fait que ça reste une musique qui n’est pas facile d’accès. Pour plein de gens, ça restera toujours du bruit. Et le corollaire de ça c’est que tu n’en vendras jamais beaucoup. En soi ce n’est pas grave, nous on le fait.

Et quand tu le fais, tu le sais finalement. Bien sûr, et encore une fois on n’a zéro problème avec ça. C’est juste comme ça. Nous on est contents de tourner et de sortir des disques et c’est le plus important je pense.

Est-ce que le fait d’avoir 2 labels qui sortent « Trip To The Void » sous différents formats vous fait bénéficier de canaux de distribution plus larges ? Je pense que les 2 travaillent avec les mêmes distributeurs pour tout ce qui est commerces, magasins de disques… mais ont peut-être effectivement des canaux différents pour envoyer aux distros (personnes ou structures qui vendent albums et merchandising de différents groupes via internet ou directement lors de concerts – ndr). Ce qui est sûr c’est que les 2 ont communiqué sur l’album. Maintenant la coopération de labels pour sortir un disque fait partie du côté culturel de la scène crust ou punk hardcore. C’est rigolo que tu me poses la question parce que je ne me l’étais jamais posée comme ça effectivement. Mais il fallait ça de toute manière. Comme je te disais, Lixiviat travaille essentiellement le vinyl et c’est intéressant parce qu’ils travaillent toujours avec le même presseur, Vinyl Record Makers dans l’ouest de la France, qui a un comportement intéressant parce qu’en ce moment le marché du pressage vinyl est assez tendu. Il y a un manque de matière première et les majors font presser des trucs en grosse quantité. Mais eux n’ont jamais laissé tomber les indépendants. Moi ça me fait plaisir de travailler avec quelqu’un qui ne laisse pas de côté les labels DIY pour faire du repress de Sheila.

C’est du circuit court. Il y a un peu de ça. Et puis c’est aussi à chacun son domaine d’expertise. Lixiviat pour le vinyl et Bones Brigade pour le CD. 

L’album est aussi disponible en streaming ? Oui, il est écoutable sur les plateformes. Quant à notre Bandcamp, il faut qu’on remette le tout un peu d’équerre mais a priori début 2022 tout devrait être rentré dans l’ordre à ce niveau-là. Pour ma part j’écoute assez peu de musique via ces canaux-là et donc on était assez contents que les labels s’en occupent parce que sinon je pense qu’on n’aurait pas su comment faire.

Qu’est-ce que ça représente d’ailleurs à l’heure actuelle un label de grind pour un groupe comme le vôtre en termes d’investissements, que ce soit financier ou autre ? Est-ce qu’ils ont participé, par exemple, à l’enregistrement ? Non, l’enregistrement on l’avait fait avant d’avoir un label. Donc eux se sont occupés du pressage, de la distribution, de la promo… Et c’est bien comme ça. Les labels qui paient les enregistrements maintenant, ça devient de plus en plus rare.

Pour en revenir au format vinyl, je serais assez curieux de voir le rendu de votre pochette dessus. Elle doit être superbe. Ouais elle claque. J’en suis super content. En plus le papier n’est pas tout à fait mat mais est un peu velouté je dirais. Il est très légèrement brillant mais à peine. Et comme les couleurs sont assez froides, ça rend super bien. Et c’est un gatefold, donc l’intérieur c’est juste une photo en plan large du marécage mais que le photographe a prise avant d’y installer le modèle. Donc c’est juste le marécage vide mais sans rien d’autre, pas une lettre, rien du tout. Comme je le disais, je pense que c’est le premier artwork pour lequel personne n’a rien eu à redire. On a eu beaucoup de questions là-dessus parce que c’est un artwork qui ne fait pas grind.

C’est justement ça qui est intéressant. Ben ouais. Tu vois quand Xav (chant) nous a montré la première fois la photo au local à l’arrache sur son téléphone, l’un d’entre nous a dit « waw, elle est chouette la pochette du nouveau Emma Ruth Rundle ». Et ce n’est pas faux. Ça pourrait être une pochette de post-rock. C’est pour ça qu’on a choisi de ne pas mettre de logo dessus.

La photo parle d’elle-même et c’est vrai que ça dénote avec les visuels précédents. Si on prend celui de « This World Is Dead »  avec ce paysage de désolation, la photo était très belle mais elle collait complètement au sujet. Ici, c’est un peu comme si vous preniez l’auditeur à contrepied. Est-ce que selon toi ce ne serait pas un peu une manière de vous réinventer dans un style qui a trop souvent été cloisonné ? Oui, c’était un peu l’idée qu’il y avait derrière tout ça. Tu sais là on approche de la cinquantaine. Tu as vu la vitesse à laquelle on sort des disques (rires). En fait on ne sait pas mais celui-ci pourrait bien être le dernier. Après on fera des splits, et on en fera plus qu’avant, c’est sûr. Mais donc on voulait vraiment sortir l’album qu’on voulait et ne pas tourner en rond notamment au niveau de la pochette. On avait envie de se faire plaisir. Celle-là a été un peu trouvée par hasard mais c’est un bon hasard. On a eu d’autres propositions avant mais à chaque fois, l’un d’entre nous avait quelque chose à redire, alors que là tout le monde a fermé sa gueule. C’était ça qu’il nous fallait. On a seulement envoyé un mail au photographe Roberto Campos, qui était content apparemment parce qu’il écoutait du métal mais il n’avait jamais travaillé avec un groupe je crois.

Ce que je trouve intéressant c’est cette espèce de dichotomie avec « Trip To The Void » qui est peut-être votre album le plus frontal et le plus violent dans tout ce qu’il représente et paradoxalement, c’est celui qui possède la pochette la plus belle. Je pense que c’est en tout cas l’album où Nico (batterie) s’est le plus lâché. Mais on n’a pas fait exprès. On ne s’est pas dit au début qu’on ne voulait que des morceaux courts. Ils sont juste sortis comme ça. C’est un album compact, on est en-dessous de la demi-heure.

Tu es à nouveau dans le groupe depuis 2017. Oui. J’étais arrivé en 2002 pour remplacer Payot à la basse et je suis parti en 2008. Mais j’étais toujours resté en contact avec le groupe et les mecs m’ont rappelé pour me dire qu’Erik (basse, chant) avait un boulot qui lui prenait pas mal de temps et ils m’ont proposé de revenir mais à la guitare cette fois. Et pour les concerts où Erik ne savait pas être là, l’idée était de faire ça à une guitare et moi je prenais la basse plutôt que d’annuler la date. Je trouve que c’est une bonne solution, ça permet d’être souple.

On parlait avant des labels et des tournées et on se rend compte que Blockheads ne tourne pas vraiment beaucoup. C’est plutôt un choix de votre part dû à l’âge et aux occupations de chacun comme tu le disais avant ou un manque d’opportunités ? Comme on a tous des tafs et des gosses, c’est assez difficile de mobiliser 2 semaines. Et aussi, par rapport aux enfants, on refuse catégoriquement de partir et de demander à nos femmes qu’elles s’occupent d’eux pendant 2 semaines. Personne ne voudrait le faire et il y aurait aussi une incohérence par rapport à ce qu’on défend concernant l’égalité homme – femme. Je ne critique absolument pas les groupes qui tournent en disant ça mais pour nous c’est important d’être là. Et puis il y a aussi un autre truc qui fait que le groupe dure, c’est qu’on s’est toujours dit que le jour où Blockheads deviendrait une contrainte, on perdrait ce côté familial. On essaie de faire au mieux, on va essayer de tourner un peu en octobre-novembre prochain. On a une date à Strasbourg en février, une autre à Dijon et si tout se passe bien, il devrait y avoir une date à Londres en septembre.

Pour tout ça, vous avez un booker ? On n’a pas vraiment de tourneur pour l’instant. Peut-être qu’on sera obligés d’y passer pour la tournée d’octobre par rapport à certaines salles mais on ne sait pas encore.

Je voulais faire le rapprochement entre Inhumate et vous. À quelques années près vous êtes de la même génération et à l’occasion d’un petit festival grindcore organisé en Belgique par « Stooph », le batteur d’Insane Order (le We’re Not Worthy Fest les 22 et 23.10.21 au Canal 10 à Hautrage – ndr), j’ai eu l’occasion de revoir Inhumate. Et on s’est dit avec quelques copains après ça que les mecs d’Inhumate, au même titre que Blockheads, avaient beau avoir l’âge qu’ils avaient, ils montaient sur scène et donnaient encore une leçon de grindcore à tout le monde. En tant que « chefs de file » d’une scène grindcore française qui regorge de qualités, j’aurais voulu avoir ton opinion sur l’évolution de cette scène et connaître un peu les groupes que tu mettrais en avant pour l’illustrer. La question est compliquée pour moi parce que pas mal de personnes sont des potes…

… Je sais, je suis désolé mais démerde-toi (rires). Je vais essayer d’être le plus objectif. La scène grind française est pour moi ultra vivante. Et qualitativement, elle est vraiment chouette. Il y a des groupes dont je suis ultra fan, comme Whoresnation. S’il y a bien un mec qui a compris comment balancer des riffs grind et les jouer c’est Lopin. C’est du grind comme moi je l’entends. Leur dernier « Mephitism » (2018) est une baffe. Il y a Chiens évidemment et leur dernier qui est monumental (« Trendy Junky » - 2019). Leur batteur Sacha est pour moi un des meilleurs du genre avec un jeu plus rock. Il y a Warfuck évidemment mais aussi Gummo, Tina Turner Fraiseur, Vomi Noir… Je ne sais plus s’ils existent encore mais j’avais pris une tarte monumentale au Moshfest de Montpellier il y a quelques années avec Riposte, un groupe de powerviolence de Paris. Il y en a vraiment plein. Et c’est super que la scène soit comme elle est maintenant parce qu’à un moment j’allais dans les concerts grind et je ne voyais pas tant de jeunes que ça. Alors que maintenant le public se rajeunit un peu. On n’est pas dans la transmission de savoir ou quoique ce soit mais ça ferait chier que la scène grindcore s’éteigne d’elle-même faute de nouveaux combattants (rires). Je ne veux pas passer pour le mec chauvin mais moi j’y trouve plus mon compte au niveau qualité et diversité avec les groupes français, ou francophones en général parce qu’il ne faut pas oublier le Canada. Il y a Grist aussi ou encore Bain De Sang, avec notre ancien guitariste Raph, Doomsisters, dans un style plus grind sludge. Il y a Gros Sel aussi qu’on oublie souvent.

Pour terminer je voulais te demander un peu ce qui se profilait à l’horizon pour Blockheads. Tu as parlé de quelques dates et de faire un peu plus de splits qu’avant… Oui on a recommencé à composer et je pense qu’on va essayer de faire des splits avec des copains, mais je ne sais pas encore avec qui ni qui va les sortir. Mais là ce qui est vraiment cool, c’est qu’on a trouvé un bon endroit pour enregistrer pas loin de chez nous, dans des conditions idéales et chez un mec qui nous connait. Enregistrer chez Steph Tanker, au Disvlar Studio, c’est un peu comme enregistrer chez soi.

24.11.21 14:44

Nanowar of Steel

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Nanowar, comme pas mal de groupes de rock/metal parodiques, a connu le succès un peu tardivement avec un album plus facile d’accès, parlant à un plus grand nombre. Ultra Vomit a eu son Panzer Surprise, Nanowar a eu son Stairway to Valhalla. Voir donc le quintet revenir à la charge avec un album respirant totalement l’italianité était quelque peu surprenant. Si cela a été le point d’ancrage de l’interview, une analyse approfondie des paroles rend compte d’idées parfois drôlement engagées, enracinées dans l’histoire et la culture historique et moderne d’un pays pas toujours bien connu au-delà des cartes postales. On en a discuté avec Edoardo, alias « Gattopanceri666 »

Salut ! Bravo pour ce nouvel album ! Pour directement lancer mon pavé dans la mare, je voulais comprendre pourquoi vous vous êtes mis en tête de sortir un album 100% italien, avec des chansons traditionnelles, des références et même un chant totalement lié à l’Italie ! Après avoir explosé avec « Stairway to Valhalla », c’est un choix audacieux ! Pourquoi avoir décidé de faire ça maintenant ? Hello ! Cela fait partie de notre projet à long-terme, celui de commencer une école de langue itinérante pour apprendre l’italien autour du monde. Après tout, nous n’avons aucun talent hormis celui de parler notre langue maternelle, c’est la seule chose que l’on peut offrir ! Donc on s’est dit que l’on pourrait en profiter en donnant envie aux gens de l’apprendre. Ainsi, les gens viendront nous voir en concert, mais la leçon ne durera qu’une heure et demie !

Je vois ! Et votre label s’est-il opposé à cette idée de sortir un album purement italien ? Avez-vous rencontré le moindre obstacle vis-à-vis de ça ? Ils nous ont juste dit « scusa ragazzo no parlo italiano pizza mafia arrivederci » [sic] !

L’album conserve malgré tout votre humour si particulier qui a su plaire aux gens. Même en ne parlant pas italien, j’ai trouvé « La Polenta Taragnarok » et « Gabonzo Robot » vraiment funs tout en étant sympas à écouter par exemple. Était-ce votre espoir pour vos fans ne parlant pas forcément votre langue ou non-familiers avec la culture italienne ? Oui, c’était notre façon de penser. Mais comme je le disais, on espère surtout que nos fans viendront assister à nos cours… c’est-à-dire nos concerts !

Puisqu’on en parle, vous avez sorti un clip pour « La Polenta Taragnarok » il y a quelques semaines. En fait, vous avez sorti pas mal de vidéos pour vos deux derniers albums ! Est-ce un exercice que vous appréciez particulièrement ? Comment se passe la réalisation d’un clip pour Nanowar ? Je trouve d’ailleurs que “Norwegian Reggaeton” est toujours l’un des meilleurs clips de votre vidéographie ! On aime bien sortir des clips parce qu’en plus de notre statut de professeurs d’italien, nous avons toujours rêvé d’être youtubeurs. Et si je peux te révéler un secret ancestral : pour être un bon youtubeur, il faut sortir des vidéos ! C’est uniquement pour cela qu’on le fait. Dans tous les cas, notre processus de création se passe à peu près comme ça : « On a une idée ! Est-ce qu’elle est stupide ? Oui ! Est-t-elle bizarre ? Oui ! Est-t-elle gênante ? Oui ! Est-t-elle coûteuse ? Oui ! Alors c’est parti, on fait ça ! »

Dans « L’assedio di Porto Cervo », une amie italienne (qui m’a beaucoup aidé à préparer cette interview !) m’a dit qu’elle parlait énormément d’antifascisme, avec de fameux boulets rouges tirés sur l’extrême droite. Et je n’évoque même pas « La Marcia Su Piazza Grande » qui en parle encore plus ! Je ne vais pas m’avancer outre-mesure puisque je connais très peu la vie politique italienne, mais je suis surpris de trouver des thématiques aussi fortes dans vos chansons. Je suppose que ce sont des sujets qui vous tiennent beaucoup à cœur malgré tout ? Mon amie se demandait aussi pourquoi parler de la Sardaigne en particulier ? Je suppose que t’évoque plutôt « La Marcia su Piazza Grande » en parlant de chanson anti extrême droite ? Il y a un peu de ça, je veux dire se moquer de la rhétorique fasciste, mais ce n’est pas le plus important pour nous. On voulait surtout se marrer. Je veux dire… La chanson parle de Giancarlo Magalli, un présentateur italien très connu (et quelqu’un d’assez simple et amusant de ce qu’on en sait). Et ouais, on en a fait un dictateur fasciste ! Simplement parce qu’on trouvait ça drôle d’en faire un dictateur sans pitié. Quant à la Sardaigne… Et bien l’album parle du pays dans son entièreté, donc on DEVAIT parler de la Sardaigne, il s’agit probablement de la plus belle région d’Italie.

Il y a aussi votre premier single « Der Fluch des Kapt’n Iglo »… Pourquoi avoir choisi de faire un clip pour la version allemande du titre et non l’italienne ? D’ailleurs, j’ai eu l’impression à la lecture des paroles d’une pique lancée à la pêche intensive et aux géants de l’agroalimentaire. En comparaison à Stairway to Valhalla, on dirait que vous vous lâchez davantage sur les idées politiques ! En fait, on a fait deux vidéos pour la chanson… En allemand comme en italien ! J’avoue ne pas trop comprendre ce que t’entend par chanson politique, sauf si t’estimes qu’il est politique de faire une chanson sur un vieux mec qui vend des bâtonnets de poissons surgelés !

Oh désolé ! Ceci dit, je suis aussi étonné de trouver un titre en allemand et même un autre en espagnol sur un album aussi « italien ». Bien qu’impressionné par les capacités de votre école de langue, je me demande les raisons de ces auto-reprises : un défi ? Pour la frime ? Avez-vous beaucoup de fans dans ces pays ? Tout simplement parce que ça sonnait bien et que ça paraissait avoir du sens ! J’ai vécu en Allemagne et en Espagne et j’étais familier avec le Kapt’n Iglo. Et aussi parce qu’en Espagne, il est courant de se moquer des petits vieux qui passent leur journée à épier les sites de construction… Une curiosité que l’on retrouve aussi chez les vieux italiens ! Cela nous semblait pertinent de traduire cet humour dans ces deux langues.

Pour revenir une fois encore sur « La Polenta Taragnarok », c’est un titre qui a fait mourir de rire mon amie italienne, alors que moi j’étais juste occupé à kiffer le morceau sans rien comprendre ! Elle paraît aussi être la chanson la moins directement critique de l’album. Oh c’est très clairement la chanson la plus importante de notre album parce que d’une part Giorgio Mastrota, le héros de notre enfance, nous accompagne au chant dessus. Et d’autre part parce que nous vendons de la polenta sur notre webshop ! Ce n’est d’ailleurs pas une chanson très politique selon ta définition car elle ne parle pas de fish sticks.

Pour aborder le dernier clip, celui sur Gabonzo Robot, j’ai cru comprendre qu’il mettait en scène un robot très connu en francophonie également. On l’appelle « Goldorak » ici ! Néanmoins, votre robot ne paraît pas très sympathique… Qui est-t-il précisément ? Il fait référence à quoi ? Gabonzo est un robot qui est apparu pour la première fois dans les bande-dessinées de Dr.Pira en 1999. C’est un robot avec une grande éthique, qui détruit tout et tout le monde, sans se soucier de leur âge, de leur genre, leur ethnie, leur santé physique, leur nombre de jambes ou leur groupe préféré. C’est le robot du futur, qui permettra d’atteindre la société la plus parfaite possible.

Vous avez réuni une liste impressionnante d’invités pour l’album aussi ! Fleshgod Apocalypse, Trick or Treat, Frozen Crown… L’album est très clairement italien à 300% ! Comment sont nées ces collaborations, qui a contacté qui ? Était-ce chouette à faire ? C’était super plaisant ! On était déjà en contact avec la plupart d’entre eux, donc ça s'apparente plus à une réunion de famille. C’était un honneur de pouvoir réunir autant de musiciens de talent pour chanter des bêtises.

J’espère que c’est une fausse impression, mais j’ai souvent la sensation que la musique « parodique » ou « comique » est souvent mise à l’écart et même diminuée par l’industrie et les mélomanes, comme s’il n’y avait rien au-delà de la blague. Est-ce quelque chose que vous avez déjà ressenti en tant qu’artistes ? Est-ce qu’on a pu diminuer votre talent en tant que musiciens à cause de ce que vous faites ? On a pu ressentir cela par le passé, mais les temps changent. Les gens pensaient que nous étions de piètres musiciens, mais maintenant ils apprécient le côté fun de notre musique. Et ils ne peuvent alors plus dire que nous sommes de mauvais musiciens parce que ce serait discriminatoire envers tous les musiciens officiant dans ce genre-là ! En mode « quoi, tu trouves notre musique fun mais on est de mauvais musiciens ? Cela n’a aucun de sens si toi tu kiffes ! » Et comme le plus important dans la vie c’est de voir nos opinions validées par les autres, surtout sur les réseaux sociaux, on se dit que le résultat en vaut la chandelle !

…d'accord ! Je n’ai pas tout suivi mais je pense que nous sommes d’accord ! En tout cas c’est une idée d’autant plus idiote quand on réalise à quel point l’album est diversifié et recherché, puisque vous avez mélangé plusieurs styles très différents de musique traditionnelle italienne. Puisque je suppose que vous n’êtes pas de tous les coins d’Italie, comment vous y êtes vous pris pour aligner autant de genres sur un seul album ? Est-ce que vous avez dû apprendre de nouveaux instruments ou de nouvelles techniques ? Oui… on a eu à écouter beaucoup de musique de merde que l’on déteste ! C’était la pire chose de tout le processus créatif !

Une autre couche de difficulté est peut-être venue du Covid aussi, non ? Comment vous y êtes vous pris pendant cette période ? Cela m’a changé en critique très bruyant vis-à-vis des politiques mises en place pendant cette période, notamment en ce qui concerne les confinements… Et sur bases scientifiques hein ? Enfin, mis à part cela, cela nous a surtout permis de donner naissance à plusieurs nouvelles idées débiles…Certaines se retrouvant sur ce nouvel album, et d’autres qui se retrouveront sur le prochain !

Je suis celui qui s’est occupé de chroniquer vos deux derniers albums pour Metal’Art, donc j’ai pu avoir un regard (et une oreille !) rapproché de vos dernières productions. J’ai remarqué que vos deux pochettes sont assez similaires, avec un air de bande dessinée symbolisant l’intégralité des éléments de l’album. Qui s’est occupé de ces artworks et avez-vous un mot d’ordre précis vis-à-vis de ceux-ci ? Les deux pochettes (et la plupart d’entre elles en fait) sont dessinées par notre chanteur, qui est illustrateur professionnel. Il a fait beaucoup de bandes dessinées ! Et c’est devenu notre propre style, notre marque de fabrique.

C’est une question un peu bizarre, surtout avec l’album qui vient de sortir, mais vous pensez qu’on pourrait voir un Volume 2 avec des chansons italiennes plus modernes ? Avec des reprises de groupes de metal italiens par exemple ? Cela pourrait être cool comme ça pourrait ne pas l’être tant que ça. Je crois que ça dépend beaucoup de notre inspiration, si l’on parvient à rassembler suffisamment d’idées pour produire un autre album en italien. Mais si ce n’est pas le cas, alors ça n’arrivera pas, tout simplement.

Enfin, nous avons une diaspora italienne assez importante en Belgique, notamment suite au passé que nous avons en commun. Est-ce qu’un nouveau concert chez nous est éventuellement prévu bientôt ? Avez-vous quelque chose à dire à vos fans belges ? On adore le Manneken Pis, nous pensons qu’il s’agit du monument ultime, le meilleur de tous les temps ! On adorerait revenir chez vous, je pense que notre dernier concert doit remonter à 2009 ! Et pour les fans, je ne dirai qu’une chose : « Bilbo Baggins Carabiniere ! » [sic]

 

Merci à Danai pour l’aide précieuse apportée à la réalisation de cette interview !

14.11.21 13:23

Park Rock Festival

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Tous les festivals rock sont en Flandres ! Tous !? Non ! Il existe dans nos contrées, un festival rock, géré par des passionnés, qui ne demande qu'à ravir vos yeux et vos oreilles. Sa potion magique :  c'est vous et votre motivation ! C'est pour cette raison que le Park Rock Festival a créé la "Winter Edition" les 11 et 12 décembre de cette année. Nicolas Sand, organisateur, va nous accompagner pour un petit tour du propriétaire.

Comment est né le Park Rock Festival ? Il a été créé par des jeunes de l’entité de Saint-Ghislain qui voulaient faire un festival dans le parc. Ça a commencé par un petit truc genre boy-scout et d’année en année ça a grandi. En ce qui me concerne, j’ai repris le festival pour la 15e édition en 2018, puis la 16e. Pour la 17e édition en 2020, ça a été annulé à cause du COVID, rebelote cette année et donc la 17e édition devrait avoir lieu en 2022 si tout va bien. L’idée de faire une édition d’hiver était déjà dans les cartons et on s’est dit que tant qu’à attendre un an pour la faire, autant la faire maintenant. On profite d’un subside qu’on a reçu pour l’annulation du festival pour la deuxième année consécutive. Subside qui était donné si on faisait un festival à jauge réduite, répondant aux conditions sanitaires et donc nous voilà !

Le concept de Winter Edition va perdurer ? Nous, on aimerait bien ! On va voir comment se passera cette première édition et comment réagira la commune même si avec Rock Nation, ils nous font confiance. L’idée est en effet d’avoir un Park Rock Winter et un Park Rock Summer.

La structure du festival est toujours la même: un premier jour de tribute bands et un deuxième jour de groupes originaux ? Avant c’était une journée et ce n’était que de la compo. L’organisateur mélangeait beaucoup de styles différents : du death au blues en passant par de la pop et du reggae. Il y avait vraiment de tout. Quand on a repris le festival avec Rock Nation, notre volonté, car on avait remarqué que la commune n’aimait pas trop les “extrêmes”, était de les gommer et de garder un festival rock, d’où le nom. On va essayer de développer la fréquentation qui a toujours plafonné entre 800 et 1200 personnes. L’idée est d’atteindre un premier palier à 1500 et puis 2000 et donc de le faire grandir. Pour que ce soit efficace, je sais que le tribute marche toujours bien et a franchement la cote. Je me suis donc dit pourquoi ne pas profiter de l’infrastructure, qui coûte quand même bonbon, une soirée de plus et faire la veille une soirée tribute. Attention, il s’agit de tributes, ce sont des groupes hommage et pas des groupes cover généralistes qui font du Claude François et du Deep Purple dans le même set....et un Johnny ! (rires) Cette structure a bien fonctionné les deux premières années et on attend avec impatience de faire l’édition suivante sous la bannière Rock Nation. On a d’ailleurs utilisé le même concept pour la Winter Edition parce qu’on sait que ça marche. On va continuer un petit peu avec cette formule, mais je ne te cache pas que, comme on a surnommé ça le “Park Rock Legends Tribute Night”, j’ai déjà dans l’idée de garder le “Park Rock Legends”, mais de supprimer “Tribute Night” et de ne faire venir que des “Legends“ du rock comme Thunder, Bad Company. Un peu comme a fait le Golden Age Festival à Liège. On aurait donc un jour de légendes du rock au sens large et le Park Rock Festival pour les découvertes et les groupes actuels. Voilà un peu l’idée que l’on voudrait développer, mais on va déjà reprendre là où l’on s’est arrêté, même un peu en arrière, puisque pour la Winter Edition on parle d’une jauge de 300 places par jour seulement.

Tu nous as parlé de l’agence Rock Nation, dois-je comprendre que beaucoup de groupes viennent de là ? On a placé évidemment quelques groupes comme tout agent organisateur, mais on a toujours essayé de garder une parité entre les groupes Rock Nation et les autres. Ce n’est pas le Park Rock Nation Festival. Pour l’édition hivernale, par exemple, pour les tributes c’est vrai qu’ils sont quasi tous dans l’agence sauf un, mais pour les compos il n’y en a que deux. C’est aléatoire et notre but n’est pas de faire repasser tous les ans les mêmes groupes.

Comment définirais-tu le Park Rock ? Quelle serait sa particularité ? L’environnement : c'est un très beau parc ! Quand tu es dedans, tu te sens bien et un festival pour moi c’est ça : c’est une atmosphère et il faut s’y sentir bien. La particularité c’est qu’en gommant certains trucs, on veut rester un festival rock à tout prix. On a l’impression que tous les festivals de rock comme Dour, Les Ardentes sont devenus des festivals électro-rap enfin tout ce qui est à la mode. Y’a plus beaucoup de festivals de rock généraliste. Il y a du hard, du metal, de l’extrême, mais ce n’est pas la même chose et j’ai envie de garder cette spécificité-là. Si je pouvais faire monter Little Richard, je le ferais ; pour montrer que le rock est parti de fous furieux comme ça. Je pourrais parler des développements que l’on essaye de faire : des animations pour enfants, faire travailler des artistes locaux, faire des expos. On n’a pas encore eu le temps de faire tout ce que l’on voulait, on a eu que 2 éditions jusqu’à présent. Mais on a déjà fait un atelier de lutherie sauvage pour les enfants : avec un bout de bois et de la corde, ils faisaient une harpe, avec des capsules un tambourin! C’est un festival familial un peu comme l’on fait avec la salle Zik Zak. Donc pour résumer : familial, rock et bel endroit !

La dernière question c’est une carte blanche qui t’es offerte pour un sujet non abordé, mais dont tu voudrais parler. Ça peut paraître bateau, mais je trouve important de le souligner. Je t’ai parlé de la ville de Saint-Ghislain depuis le début, le Bourgmestre Daniel Olivier, soutient ce festival. La commune nous subsidie de manière conséquente pour un festival de village. Je trouve ça assez rare pour le souligner et d’avoir tous ces gens du Bourgmestre, des Échevins jusqu’aux ouvriers qui s’occupent de l’électricité ou du transport qui se dévouent pour le festival, c’est impressionnant. Je ne suis pas pour ce genre de message, mais je suis à chaque fois ébahi par ce soutien et cette énergie. La première année de notre reprise, le Bourgmestre voulait que l’on garde un concours musical, j’étais pas trop pour parce que pour le concours t’as que les musiciens , leurs potes et leurs familles dans la salle. On faisait ça en intérieur et il faisait 35° dehors. Le bourgmestre qui avait déjà un certain âge, est resté du début à la fin assis dans la salle malgré la chaleur pour regarder tous les groupes. C’est pour bien montrer à quel point il soutient ce festival et une commune qui soutient le rock mérite qu'on le souligne !

05.09.21 09:46

Ça a l’air grave - Aaron

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Souvent incompris, parfois même moqués voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur laquelle le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

C’est le très sympathique et disponible Aaron, bassiste et chanteur de Red Fang, qui nous a accordé quelques instants de plus dans la foulée de l’interview qu’il nous a accordée pour le MA9 (que vous pouvez retrouver en pdf sur ce site, faut-il encore vous le rappeler ?) à l’occasion de la sortie du dernier album des Américains, « Arrows ». Certes brefs, ces quelques mots ne sont toutefois pas dénués d’intérêt en ce qui concerne la vision du bonhomme.  

 

Comment as-tu commencé la basse ? C’était par nécessité. En secondaire, avec un ami, on avait monté un groupe dans lequel on jouait tous les deux de la guitare. J’ai déménagé avec cet ami à Portland et on a cherché d’autres musiciens. On a trouvé un batteur et j’ai switché moi-même vers la basse, ça me paraissait plus simple comme ça. Donc j’ai commencé la musique en tant que guitariste.

Selon toi, quel est le rôle de la basse et du bassiste dans un groupe ? Disons que la plupart du temps je vois le rôle de la basse comme étant une troisième guitare plus lourde et plus grave tout simplement. Je joue donc avec pas mal de distorsion et, en règle générale, je suis la structure mélodique de la guitare. Pour moi, la basse doit être capable de donner le ton du morceau. Mais avant toute chose, le bassiste doit être parfaitement calé rythmiquement avec le batteur, c’est le plus important. Par exemple, dans Red Fang, John (Sherman – batterie) et moi passons beaucoup de temps à définir ensemble une ossature rythmique qui définit le feeling du morceau en fonction des riffs de guitare.

Donc le batteur et le bassiste sont les meilleurs amis du monde ? (rires) Oui tout à fait….ou en tout cas ils doivent être connectés télépathiquement.

Pourrais-tu nous présenter en quelques mots le matériel que tu utilises ? Ma basse est une G&L SB-1, c’est une basse de type « Precision » (un des modèles Fender les plus populaires). Je la joue sur un ampli Sunn Beta Bass. Ce sont des amplis à transistor originaires d’ici en Oregon. Et c’est de lui que vient la distorsion. Et la tête est simplement reliée à un box 4x12. J’ai aussi des micros assez lourds et je suis assez dur avec mes cordes.

Tu joues toujours au médiator ? Presque toujours. Sur certains morceaux, il m’arrive de jouer aux doigts et de switcher sur le mediator pour les parties plus lourdes.

Quels sont tes influences en matière de basse ? Y a-t-il un ou plusieurs bassistes que tu apprécies particulièrement ? Pour ce qui est du bassiste qui a influencé ma manière de jouer, je dirais Rob Wright de NoMeansNo (groupe punk canadien fondé en 1979). Je lui dois beaucoup en termes de son mais il faut dire qu’à ce niveau-là il était lui-même influencé par Lemmy (Motörhead – ndr). Sinon il y a certains bassistes que j’adore comme, par exemple, David Wm. Sims de The Jesus Lizard.

Parmi les morceaux de Red Fang, y a-t-il un titre que tu apprécies particulièrement pour sa ligne de basse ? Un des morceaux les plus funs à jouer est « Throw Up » (sur « Murder The Mountains » sorti en 2011) mais si je dois me pencher sur une ligne de basse, je dirais celle de « Black Hole » qui est un titre qu’on a écrit il y a bien longtemps, en 2007 ou 2008 (bonus track du même « Murder The Mountains »). Il y a aussi une autre partie basse que j’apprécie bien, c’est sur « The Smell of the Sound » (sur le précédent album « Only Ghosts ») parce qu’il s’agit d’accord à la basse. Enfin je ne sais pas si mes parties de basse sont vraiment cools non plus (rires).

17.07.21 14:21

Crescent

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Rares sont les groupes égyptiens qui arrivent à sortir des albums, encore plus ceux qui réussissent à tourner en Europe. Animés par les feux d’une volonté de fer et d’une passion pure pour leur art musical, Ismaeel Attallah (voix/ guitare) et Youssef Saleh (voix/guitare) réussissent cet exploit dans un contexte national pas du tout propice à sa réalisation comme nous le découvrons dans cet entretien.

Votre album est un concept autour du thème des Feux d’Akhet. Pouvez-vous élaborer ? Quelle est cette grande volonté divine que ces Feux représentent ? C’est en fait un concept à plusieurs sens qui sont dérivés de la perception qu’en avaient les anciens. D’un point de vue semi-littéral, les Feux d’Akhet représentent les « feux » de l’horizon, c’est-à-dire le lever de soleil. Une autre interprétation voit dans ces Feux la volonté de Ra qui emplit l’horizon. Pour nous, ils signifient les deux et nous y voyons la représentation de la volonté absolue de sculpter sa propre gloire pour s’élever vers les cieux. Chaque chanson de l’album traite de l’une de ces significations, en y intégrant aussi l’Histoire et l’aspect politique qui se cachent derrière certains éléments mystiques ou religieux de la mythologie.

L’artwork sur la pochette, faite par Khaos Diktator, est impressionnant. Pouvez-vous nous la détailler ? Nous sommes contents qu’elle te plaise. Khaos Diktator a fait un super travail, c’est sûr. La pochette s’inspire, et est en fait une recréation, de la palette de Narmer (ndlr : découverte archéologique vieille d’approximativement 5000 ans). C’est l’une des plus importantes reliques de l’Egypte antique dont elle illustrerait la première unification de la Basse et Haute-Égypte sous un même roi. Qu’elle soit historiquement exacte n’est pas important pour nous. Elle représente le début de quelque chose de colossal qui a pavé la voie de tout ce qui suivit en Egypte. Cela fait partie de cette grande volonté divine et dont traite l’album.

Est-ce que les récents changements dans le line-up ont eu un impact sur la musique du nouvel album ? Les nouveaux musiciens ont-ils été impliqués dans l’écriture ? Ismaeel a écrit l’album il y a à peu près deux ans et nous répétons depuis pour l’apprendre et le peaufiner, d’abord avec l’ancien line-up puis avec le nouveau. Tout était donc déjà prêt quand Julian et Stefan nous ont rejoints. Julian a certes enregistré les lignes de batterie mais elles ont été composées par notre ancien batteur, Amr.

Crescent est depuis ses débuts à la recherche de son identité sonore, qui évolue de fait à chaque album. Êtes-vous à présent satisfaits et est-ce que cette recherche prend avec « Fires of Akhet » ? En ce qui concerne la recherche que tu mentionnes, nous avons trouvé notre son il y a déjà longtemps mais c’est quelque chose qui se développe sans fin. Nous sommes donc très satisfaits de tous les albums que nous avons sortis jusqu’à présent. Nous sommes mus par l’envie d’évoluer et de ne pas nous répéter bien que nous pensons avoir atteint un niveau élevé qu’il ne sera pas facile de dépasser. Nous ne ferons cependant pas de nouvel album si nous avons le sentiment que nous ne pouvons pas nous développer au-delà du précédent.

Comment est la scène metal en Egypte ? Et plus spécifiquement, comment est celle du metal extrême ? Il y a beaucoup de groupes qui essayent de sortir des albums et d’être bookés pour des concerts dont la grande majorité demeure sans succès. Il n’y a pas réellement de scène en Egypte pour supporter les groupes et la plupart des fans n’ont pas cette culture d’appuyer les groupes. Cela est principalement dû à leur jeune âge. Pour couronner le tout, cela fait un moment que plus aucune salle n’organise de concerts de metal, encore moins de metal extrême, par peur des retombées politiques ou d’être pris comme bouc émissaire par des journaux minables dans des histoires vides de sens. La situation est devenue très difficile pour les groupes de metal extrême en Egypte. En ce qui concerne les festivals, c’était possible bien que compliqué par la difficulté de trouver des techniciens et professionnels fiables.

Vous êtes le premier groupe égyptien de metal extrême à s’être produit à l’étranger (par exemple : Wacken Open Air en 2014). Est-ce que cela vous met sous pression ? Nous sommes en effet les premiers à nous être produits dans des festivals réputés et dans autant de pays européens mais nous ne sommes pas les premiers à avoir joué à l’étranger. Cela n’a jamais été un sujet de pression ou de label : nous nous concentrons juste sur la production de l’album et nous faisons notre concert avec toute la passion qui nous anime lorsque nous nous produisons dans des festivals européens. La seule pression que nous pouvons ressentir est celle liée à la logistique et à l’organisation des vols qui peuvent être stressantes.

Vous allez jouer au Dark Easter Metal Meeting en avril 2022 (Munich). Allez-vous en profiter pour faire une tournée en Europe ? Nous en discutons avec le groupe et les agents. Nous verrons bien ce qu’il adviendra car il est bien difficile de prédire ce qui va se passer. Nous ne pouvons qu’espérer au mieux.

Le mot de la fin est pour vous. Nous voulons juste ajouter à ceux qui apprécient écouter notre type de musique de traiter cet art avec le respect et le sacré qui lui est dû. Nous, et beaucoup d’autres musiciens de Black/Death metal, investissons esprit et âme dans la musique. Par conséquent, les auditeurs devraient prendre le temps de digérer l’œuvre avec tous ses ingrédients, et ne pas la traiter comme du fast food. Gardez la flamme haute et à bientôt !

 

20.06.21 11:30

King Buffalo

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Malgré une pandémie rude à plus d’un titre et particulièrement frustrante, le trio derrière King Buffalo n’a clairement pas chômé puisqu’il prévoit non moins de trois albums avant la fin de l’année. Avec un style inclassable et des textes pesants et difficiles, le groupe nous fait part de son spleen, marqué par une période de grands bouleversements. C’est le guitariste et chanteur Sean McVay qui a répondu à nos questions portant autant sur le travail de Beksinski que sur la morosité ambiante découlant de leurs chansons aux titres mystérieux.

Félicitations pour ce nouvel album ! Le premier truc qui m’a surpris en me renseignant sur sa conception est qu’il s’agit vraisemblablement du premier opus d’un trio prévu pour cette seule année 2021. La pandémie vous a inspiré tant que ça ou particulièrement ennuyé ? Que pouvons-nous attendre sur ces albums à venir ? Une sorte de « trilogie » cohérente ou au contraire des titres très différents ? La pandémie a réduit à néant tous nos projets de tournées pour 2020 et il fallait donc trouver une alternative pour rester productif. Comme en plus le nombre d’infections était plutôt bas au sein de notre ville, on a pu se permettre quelques jam sessions… tout en gardant le masque ! On a rapidement accumulé des heures et des heures de nouveau contenu potentiel, ce qui a rapidement fait germer l’idée de produire trois albums pour contenir tout cela. Chacun d’eux aura un style et une ambiance différente, tout en ayant un « scénario » plus global.

Vous vous considérez apparemment comme un projet « heavy psych rock », mais cet album comporte aussi des touches prog marquées. Était-ce un choix délibéré et conscient ou plutôt une évolution naturelle de votre son ? Quel a été votre état d’esprit sur la façon de concevoir l’album ? Je pense que c’était une évolution naturelle. Nous sommes fans de tout type de musique aux relents progressifs, et on tente perpétuellement de nous surpasser et de faire évoluer notre son. Pour l’album, on s’est penché un peu plus sur des rythmes hors du commun ainsi que des sonorités uniques.

J’ai également remarqué que malgré une atmosphère assez inquiétante planant sur la plupart des titres de l’album, chacun des titres « sonne » assez différent l’un de l’autre. « Locusts » paraît presque mystique, tandis que « Hebetation » est plus pêchu avec des riffs et une batterie plus marqués. Comment parvenez-vous à rester cohérent en déployant une telle versatilité ? Hmm… Je dois dire ne pas savoir si on s’en est vraiment préoccupés. On apprécie simplement varier les plaisirs et expérimenter avec des sons nouveaux. Mais au final, ce sont toujours les mêmes mains et les mêmes esprits qui les sortent ! Ce serait difficile de produire quelque chose qui ne sonne pas comme du King Buffalo. On essaye simplement d’avancer sans spécialement se soucier du reste, à moins que cela ne se mette à sonner vraiment bizarre !

Je suppose que la pandémie a également permis un mix intéressant de frustration et de créativité pour tout un panel d’artistes. Vos chansons paraissent assez pessimistes, parfois même nihilistes. Si certaines d’entre elles forment une sorte de poésie noire, un titre comme « The Knocks » paraît carrément dépressif ! Idem pour « Burning ». Êtes-vous attirés par des thématiques plus moroses ? Qu’est-ce qui inspire vos textes ? Est-ce que vous vous sentez bien, personnellement ? Lorsque nous écrivions l’album, j’étais dans une période assez difficile. J’ai eu des soucis familiaux qui trainaient déjà depuis quelque temps, tout en devant vivre avec l’état de plus en plus lamentable et même horrifiant de la culture et de la vie politique américaines… Si on rajoute une pandémie d’ordre mondial et tout cela mis ensemble a pas mal joué sur ma santé mentale. Si j’avais voulu écrire quoique ce soit d’autres lors d’une telle période, le résultat aurait été faux, malhonnête et forcé. Alors j’ai simplement voulu écrire sur ce que j’observais et ressentais. Je suis quelqu’un de plutôt intimiste, donc partager ces sentiments à la face du monde était aussi difficile qu’effrayant. L’album n’est pas qu’une façon de grandir en tant que groupe, mais aussi pour moi, à titre personnel. L’expérience fut très cathartique.

Puisque j’évoquais « The Knocks », elle paraît avoir quelques congruences avec « Silverfish », notamment dans leurs sonorités. Était-ce une manière consciente de les connecter ? Oui. Ces deux chansons prennent place dans l’esprit du protagoniste de l’album. Elles ont la même tonalité et utilisent un effet similaire au niveau de la guitare, afin de les placer dans le même « contexte ». « The Knocks » est la pleine continuation de « Silverfish ».

Les titres de vos chansons sont également plutôt cryptiques, parfois même obscurs. J’ai écouté l’album trois fois et j’admets ne toujours pas comprendre pourquoi « Locusts » ou « Loam » par exemple. Sans nous donner toutes les clés, pouvez-vous nous expliquer comment un titre se rattache au contenu d’un morceau ? Comment choisissez-vous leurs noms ? Et bien, je ne veux pas en dire trop justement, pour éviter de forcer une interprétation plutôt qu’une autre ! Je dirai que pour « Locusts », on évoque l’idée d’une force écrasante, agissant comme une peste accablant les gens qu’elle est supposée servir. « Loam » est un synonyme de « soil » (ndlr: "souiller"), et c’est un aspect crucial de cette chanson. Trouver des noms pour un morceau est toujours un procédé particulier, et c’est généralement ce que l’on fait en dernier. En fait, la plupart de nos chansons n’ont même pas de titre finalisé lorsque nous nous accordons sur le titre de l’album ! En général, je préfère trouver un titre provisoire qui annonce la couleur du morceau… et ce dernier fait le reste, imposant de lui-même le titre final.

J’ai pu comprendre au fil d’interviews que tout le monde n’aime pas forcément parler en termes de « genres » et choisissent au contraire de simplement faire ce qu’ils ont envie de faire. Néanmoins, j’avoue avoir été un peu surpris en entendant des paroles, du texte en lançant l’album ! Le côté prog ou un peu post-rock m’a habitué à une place plus secondaire des paroles. Disons que votre musique pourrait sans doute s’écouter sans elles, mais ce n’est pas du tout une critique ! La voix plus douce et grave rajoute un côté plus « chaleureux » malgré vos thématiques difficiles. Est-ce que les paroles étaient planifiées d’emblée ? Est-ce que vous considérez que vos titres seraient « diminués » sans elles ? J’adore la musique instrumentale, mais je pense qu’avoir des paroles aide à avoir un effet plus structurant, plus lisse. Les paroles « guident » l’auditeur et permettent un scénario plus clair, plus profond. Je ne dirai pas que nous misons tout là-dessus en tant que groupe, mais cela reste un élément important de notre musique. Après, je suis le chanteur…donc, prenez ça avec des pincettes ! [rires]

Un petit mot sur l’artwork : il impressionne d’emblée, et j’ai immédiatement reconnu la patte de Zdzisław Beksiński ! Pourquoi avoir choisi cet artiste et cette toile en particulier ? Qu’est-ce qu’elle raconte sur l’album ? C’est Scott, notre batteur, qui nous a suggéré de nous pencher sur le travail de Beksiński pour la pochette de l’album. C’est un grand fan et c’est lui qui nous a fait connaître l’artiste, dont nous avons fini par égrainer chaque peinture. On était très impressionnés ! L’image que nous avons choisie paraissait englober la thématique et le feeling de l’album parfaitement.

Évoquons brièvement le clip que vous avez sorti récemment. J’ai plusieurs questions à son sujet : premièrement, pourquoi avoir choisi « Silverfish » pour cet exercice ? Est-ce que d’autres vidéos sont prévues pour la sortie de l’album ? Et ce monochrome est plutôt stylé aussi ! Il convient bien au ton sombre et mélancolique de l’album… Est-ce la raison de son utilisation ? Aviez-vous, en tant que groupe, beaucoup de libertés créatives au moment de réaliser le clip ? Nous avions la sensation très tôt lors de l’enregistrement que « Silverfish » avait le potentiel d’être super cool, et que le titre passerait super bien en tant que single. Pour le clip par contre, nous n’avons pas eu beaucoup d’influence sur sa création. On a demandé de l’aide à Mike Turzanski, un artiste et ami que nous estimons beaucoup, et c’est lui qui a élaboré tout le concept et les visuels du clip. On lui a pleinement fait confiance, on savait qu’il pouvait se lâcher, même en ne sachant pas exactement à quel résultat s’attendre. Il nous a simplement envoyé la première ébauche de vidéo après avoir filmer nos scènes, et on était convaincus. Le résultat nous convient parfaitement !

À propos du scénario lui-même, on peut voir la tête et le visage de notre protagoniste se couvrir progressivement de plus en plus de « nerfs », en même temps que le tempo de la chanson s’accélère et devient plus fort et bruyant. Est-ce une façon d’afficher visuellement et auditivement qu’une situation vous rend de plus en plus fou ? « Staring at the cracks in the wall » (ndlr: "regarder les fissures dans les murs") ressemble à quelque chose que l’on a tous du faire lors de cette pandémie ! Comme je disais plus haut, je n’étais pas au top de ma forme lors de l’enregistrement de l’album. J’ai eu l’impression de m’éteindre en quelque sorte, de me réfugier dans mon for intérieur. Et même si chacun à ses propres raisons de se sentir comme cela, je me suis dit que cette sensation devait être assez universelle, au point de permettre à d’autres de se retrouver au sein de la chanson.

J’ai pu remarquer qu’une nouvelle tournée était déjà prévue pour vous. Elle débute dès septembre si je ne dis pas de bêtises ? J’imagine que le public a dû vous manquer ! Qu’est-ce qui les attend, maintenant que vous avez la possibilité de vous produire à nouveau ? Je pense que je peux m’exprimer au nom de tout le groupe en disant qu’on est plus qu’impatient de retrouver les salles. C’est le délai le plus long que nous avons connu entre deux concerts en treize ans. Notre premier concert de reprise va certainement nous paraître très spécial.

J’ai aussi vu que vous aviez proposé plusieurs « lockdown sessions » pendant la pandémie. Même si cela ne remplace bien sûr pas un vrai concert, était-ce une activité qui vous a plu ? Comment les fans ont-ils réagi ? Le succès était au rendez-vous ? Oui, les retours que nous avons eus étaient phénoménaux ! On a reçu un feedback très positif, aussi bien de nouveaux que d’anciens fans.

La pandémie s’est beaucoup invitée dans cette interview et de nombreuses autres, mais est-ce qu’elle a eu un impact « pratique » dans la conception de l’album ? Vous nous avez dit qu’elle vous avait inspiré thématiquement, mais est-ce que le processus d’enregistrement fût bouleversé aussi ? Le processus était clairement différent. Comme je l’évoquais, au début, nous avions la possibilité de nous retrouver avec quelques précautions minimes, car les chiffres liés au COVID étaient bas de notre côté. Mais après quelque temps, le risque paraissait devenir non nécessaire alors que nous avions la possibilité de travailler à distance. Généralement, je taillais dans diverses idées avant de les envoyer aux autres, puis nous répétions chacun séparément. Idem lors de l’enregistrement : nous nous sommes occupés chacun de notre partie individuellement. Lors des finitions, il n’y avait que moi (puisque je suis aussi l’ingénieur du son et producteur du groupe) et alors soit Dan ou Scott. Mais puisque les choses reviennent petit à petit à la normale, on a pu à nouveau se voir tous ensemble et en personne pour l’enregistrement des albums deux et trois. C’est quand même bien mieux !

Enfin, je me souviens d’un concert joué à l’Ancienne Belgique en 2018. Avez-vous des souvenirs du public belge ? Est-ce qu’un nouveau concert dans notre pays vous paraît plausible ? Le public était fantastique et la salle incroyable. Le son surtout était impeccable, tandis que les fans étaient très accueillants… et nous ont permis de tester de super bières belges bien sûr. C’est toujours assez difficile de planifier quoique ce soit en Europe pour le moment, mais je suis sûr qu’on finira par revenir en Belgique très bientôt.