17.07.21 14:21

Crescent

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Rares sont les groupes égyptiens qui arrivent à sortir des albums, encore plus ceux qui réussissent à tourner en Europe. Animés par les feux d’une volonté de fer et d’une passion pure pour leur art musical, Ismaeel Attallah (voix/ guitare) et Youssef Saleh (voix/guitare) réussissent cet exploit dans un contexte national pas du tout propice à sa réalisation comme nous le découvrons dans cet entretien.

Votre album est un concept autour du thème des Feux d’Akhet. Pouvez-vous élaborer ? Quelle est cette grande volonté divine que ces Feux représentent ? C’est en fait un concept à plusieurs sens qui sont dérivés de la perception qu’en avaient les anciens. D’un point de vue semi-littéral, les Feux d’Akhet représentent les « feux » de l’horizon, c’est-à-dire le lever de soleil. Une autre interprétation voit dans ces Feux la volonté de Ra qui emplit l’horizon. Pour nous, ils signifient les deux et nous y voyons la représentation de la volonté absolue de sculpter sa propre gloire pour s’élever vers les cieux. Chaque chanson de l’album traite de l’une de ces significations, en y intégrant aussi l’Histoire et l’aspect politique qui se cachent derrière certains éléments mystiques ou religieux de la mythologie.

L’artwork sur la pochette, faite par Khaos Diktator, est impressionnant. Pouvez-vous nous la détailler ? Nous sommes contents qu’elle te plaise. Khaos Diktator a fait un super travail, c’est sûr. La pochette s’inspire, et est en fait une recréation, de la palette de Narmer (ndlr : découverte archéologique vieille d’approximativement 5000 ans). C’est l’une des plus importantes reliques de l’Egypte antique dont elle illustrerait la première unification de la Basse et Haute-Égypte sous un même roi. Qu’elle soit historiquement exacte n’est pas important pour nous. Elle représente le début de quelque chose de colossal qui a pavé la voie de tout ce qui suivit en Egypte. Cela fait partie de cette grande volonté divine et dont traite l’album.

Est-ce que les récents changements dans le line-up ont eu un impact sur la musique du nouvel album ? Les nouveaux musiciens ont-ils été impliqués dans l’écriture ? Ismaeel a écrit l’album il y a à peu près deux ans et nous répétons depuis pour l’apprendre et le peaufiner, d’abord avec l’ancien line-up puis avec le nouveau. Tout était donc déjà prêt quand Julian et Stefan nous ont rejoints. Julian a certes enregistré les lignes de batterie mais elles ont été composées par notre ancien batteur, Amr.

Crescent est depuis ses débuts à la recherche de son identité sonore, qui évolue de fait à chaque album. Êtes-vous à présent satisfaits et est-ce que cette recherche prend avec « Fires of Akhet » ? En ce qui concerne la recherche que tu mentionnes, nous avons trouvé notre son il y a déjà longtemps mais c’est quelque chose qui se développe sans fin. Nous sommes donc très satisfaits de tous les albums que nous avons sortis jusqu’à présent. Nous sommes mus par l’envie d’évoluer et de ne pas nous répéter bien que nous pensons avoir atteint un niveau élevé qu’il ne sera pas facile de dépasser. Nous ne ferons cependant pas de nouvel album si nous avons le sentiment que nous ne pouvons pas nous développer au-delà du précédent.

Comment est la scène metal en Egypte ? Et plus spécifiquement, comment est celle du metal extrême ? Il y a beaucoup de groupes qui essayent de sortir des albums et d’être bookés pour des concerts dont la grande majorité demeure sans succès. Il n’y a pas réellement de scène en Egypte pour supporter les groupes et la plupart des fans n’ont pas cette culture d’appuyer les groupes. Cela est principalement dû à leur jeune âge. Pour couronner le tout, cela fait un moment que plus aucune salle n’organise de concerts de metal, encore moins de metal extrême, par peur des retombées politiques ou d’être pris comme bouc émissaire par des journaux minables dans des histoires vides de sens. La situation est devenue très difficile pour les groupes de metal extrême en Egypte. En ce qui concerne les festivals, c’était possible bien que compliqué par la difficulté de trouver des techniciens et professionnels fiables.

Vous êtes le premier groupe égyptien de metal extrême à s’être produit à l’étranger (par exemple : Wacken Open Air en 2014). Est-ce que cela vous met sous pression ? Nous sommes en effet les premiers à nous être produits dans des festivals réputés et dans autant de pays européens mais nous ne sommes pas les premiers à avoir joué à l’étranger. Cela n’a jamais été un sujet de pression ou de label : nous nous concentrons juste sur la production de l’album et nous faisons notre concert avec toute la passion qui nous anime lorsque nous nous produisons dans des festivals européens. La seule pression que nous pouvons ressentir est celle liée à la logistique et à l’organisation des vols qui peuvent être stressantes.

Vous allez jouer au Dark Easter Metal Meeting en avril 2022 (Munich). Allez-vous en profiter pour faire une tournée en Europe ? Nous en discutons avec le groupe et les agents. Nous verrons bien ce qu’il adviendra car il est bien difficile de prédire ce qui va se passer. Nous ne pouvons qu’espérer au mieux.

Le mot de la fin est pour vous. Nous voulons juste ajouter à ceux qui apprécient écouter notre type de musique de traiter cet art avec le respect et le sacré qui lui est dû. Nous, et beaucoup d’autres musiciens de Black/Death metal, investissons esprit et âme dans la musique. Par conséquent, les auditeurs devraient prendre le temps de digérer l’œuvre avec tous ses ingrédients, et ne pas la traiter comme du fast food. Gardez la flamme haute et à bientôt !

 

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  • Crédit photo: D.R.
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