20.06.22 16:15

Massive Charge

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Incorrigibles comme nous sommes, mais néanmoins soucieux d’un éventuel effet promo à retardement, c’est seulement maintenant que nous vous proposons cet entretien avec Matthieu, fondateur, batteur et dernier membre originel de Massive Charge, à l’occasion du 3e album du groupe « For Those We Hate » sorti le 19 novembre dernier. Mais comme ils ont mis 10 ans à sortir ce nouvel opus et qu’en plus, ils sont bien éduqués, ils ne nous en voudront certainement pas de publier ce papier avec quelques mois de retard… enfin, on l’espère.

« Charge This World » est sorti en 2011 et votre nouvel album, « For Those We Hate » est seulement sorti fin 2021. Que s’est-il passé durant cette période de 10 ans ? Il s’est passé beaucoup de choses en fait. Déjà après « Charge This World », on a pas mal joué. En parallèle, Vinc (ex-guitariste) continuait à composer des trucs de son côté. Mais en 2015 il est parti. Il avait monté un projet thrash, commençait à apprécier davantage jouer ce style que du grindcore et avait aussi surtout le syndrome de la page blanche, il n’arrivait plus à composer. Donc on s’est séparés d’un commun accord. On voulait intégrer un peu de chair fraîche et c’est Jérôme Point, l’actuel guitariste de Loudblast, qui l’a remplacé. Mais Jérôme jouait à cette époque-là dans No Return, qui tournait pas mal, et donc ça avançait assez lentement. Ça a duré plusieurs années et quand il a intégré Loudblast, là on ne le voyait plus. Il se consacrait pleinement à ça et n’avait plus vraiment de place dans son planning pour Massive Charge. Donc il est parti et Vinc est revenu parce que ça lui manquait. Il est revenu une petite année, a composé quelques trucs et on avait aussi gardé des anciens stocks parce que Jérôme est parti avec tout ce qu’il avait écrit. On est donc repartis de zéro. Ensuite, même chose qu’en 2015, Vinc a dit qu’il n’y arrivait plus. Et il est reparti. On a auditionné quelques guitaristes par la suite, mais ça ne collait pas. J’en ai eu un peu marre de ne pas jouer parce que même si auparavant j’ai joué avec Kaliyuga, quand on a décidé de remettre Massive Charge sur les rails, j’ai quitté Kaliyuga, mais donc comme ça n’a finalement pas repris avec MC, je me suis retrouvé sans groupe. J’ai posté quelques annonces comme quoi j’étais un batteur qui cherchait un groupe de grind ou de death. J’ai été sollicité plusieurs fois dont une fois par Gino, donc l’actuel gratteux de MC. Dans un premier temps il m’a proposé un projet qui ne me tentait pas du tout. Et en parlant avec lui, il me dit qu’il n’a pas que ça et il me fait écouter un projet grind qu’il a sur le côté. Et il s’est avéré que ça sonnait exactement comme MC. Je lui ai donc proposé de mon côté en lui disant que plutôt que de partir sur un nouveau truc, moi j’avais quelque chose qui existait et que je voulais remettre sur pied. Il ne connaissait pas, mais quand je lui ai fait écouter, il m’a dit « banco ». On l’a auditionné et validé tout de suite et dès qu’il est entré dans le groupe, il a commencé à composer des tonnes de trucs. De ce fait-là, avec les anciens morceaux de Vinc et ce que Gino avait fait de son côté, on a rapidement eu de quoi faire un album. Il faut dire aussi qu’on lui avait envoyé des riffs en vrac que Vinc avait écrit et lui avait brodé autour pour achever les morceaux. En quelques mois l’album était donc composé. Concernant Ptiot à la basse, on a dû se séparer de lui pour des raisons internes et on a assez vite recruté Emy qui était la chanteuse de Kaliyuga parce qu’elle jouait aussi de cet instrument à côté et en plus il nous fallait quelqu’un capable de faire des backings, et elle a accepté.

Si je comprends bien, vous avez pas mal galéré, mais vous vous en êtes bien sortis quand même ? Oui parce qu’on a quasiment dû repartir de zéro, donc au final, on s’en sort.

Avant d’attaquer le sujet de votre nouvel album, j’aurais voulu revenir un peu avec toi sur les retours que vous aviez pu avoir à l’époque sur « Charge This World ». Tu peux nous en parler ? Ils ont été excellents. Ça nous a emmenés un peu partout. On a fait des tas de dates grâce à cet album notamment à l’Obscene Extreme (le festival grindcore le plus important en Europe – ndr), mais aussi un peu partout en Europe. On a aussi eu des chroniques un peu partout aussi notamment grâce à Charlélie Arnaud qui parlait de nous dans Rock Hard ou toi dans (feu) Hard Rock Magazine.

Je trouve intéressant qu’on ait abordé le changement de line-up plus haut, notamment au niveau de la guitare, parce qu’on retrouve dans ce nouvel album « For Those We Hate » l’identité et la singularité des compos qu’on pouvait déceler sur « Charge This World ». Et je me demandais comment vous étiez parvenu à conserver cela en changeant de compositeur. Quelle est la méthode ? Ben en fait c’est comme je te disais, quand il m’a fait écouter la première fois ce qu’il faisait dans son projet grind, ça sonnait à fond Massive Charge. Donc dès le départ je me suis dit qu’il avait la patte pour composer des trucs qui pouvaient nous correspondre. Maintenant c’est clair que comme je suis dans le groupe depuis le début, je connais les codes des compositions de MC donc je lui indiquais quels types de riffs devaient être joués et avec quels tempos. Je suis plus solfège que guitare et donc je lui donnais les types d’accords à jouer. Je lui ai précisé qu’il fallait justement garder cette identité, car on y tenait, mais après, je lui disais qu’il avait carte blanche pour y mettre sa patte. Il a très vite compris dès le départ et maintenant quand il nous envoie quelque chose qu’il a composé, généralement dès le départ c’est déjà validé à 80%. Il suffit juste de retoucher quelques petits trucs dans la structure, mais dans l’ensemble il a assimilé la manière de faire et se l’est même appropriée. Ça devient automatique.

Quand tu parles que vous vous envoyez des morceaux, ça veut dire que vous travaillez beaucoup à distance ou vous êtes assez proches géographiquement les uns des autres pour pouvoir vous voir régulièrement ? On est relativement proches. Disons que la plus grande distance qu’il peut y avoir entre 2 des membres, ça doit être une centaine de kilomètres donc ce n’est pas la fin du monde. Ce qui fait qu’on peut répéter. On est un peu éparpillés dans le Grand Est de la France, mais on n’est pas très loin non plus. Et on répète dans un endroit central par rapport à tout le monde. Mais pour ce qui est de la compo, Gino écrit des trucs dans sa tête (rires), il reproduit ça à la guitare et enregistre de son côté. Une fois qu’il a de quoi faire un morceau entier avec des riffs qui s’enchaînent bien, il nous l’envoie. On donne chacun notre avis. Généralement comme je le disais, on ne change pas grand-chose à part peut-être un peu la structure ou certains riffs. Et quand tout le monde a validé, on bosse chacun de notre côté et ensuite on se retrouve en répétition pour voir ce que ça donne en live. On essaie de se voir environ 2 fois par mois.

« For Those We Hate » comporte pas moins de 17 morceaux. Entre le moment où vous avez écrit les morceaux et celui où vous êtes entrés en studio, le travail a été rapide ou vous avez plutôt fait ça de manière posée ? C’est allé assez vite en fait…

… Gino est arrivé en 2020 ? Oui c’est ça, et Emy est arrivée 2 ou 3 mois après. Donc c’est allé assez vite parce qu’en mai 2020, j’étais en studio pour la batterie. Il y a eu le gros confinement du début de la pandémie et dès qu’on a pu ressortir un peu, je suis vite allé enregistrer mes parties. Ensuite on a été reconfinés.

On parlait avant des codes de compositions de Massive Charge. À ce propos, comment tu décrirais ce que vous voulez transmettre musicalement ? Au niveau du style, si c’est de ça dont tu parles, ce serait un savant mélange de Napalm Death et de Misery Index pour certains riffs avec aussi tous les papas du grind, Terrorizer, Brutal Truth… On essaie juste de ne pas tomber dans la copie ou la redite parce que ce ne serait pas marrant et n’aurait surtout aucun intérêt. Finalement, ce qu’on essaie de faire c’est du Napalm Death en un peu plus brutal.

Et au niveau des textes, c’est toujours le chanteur qui s’en charge ? Oui c’est lui qui écrit quasiment tout. Ici j’ai écrit des paroles pour un morceau, mais pour le reste c’est Jérémy qui s’occupe de tout. Maintenant pour être franc, on n’attache pas énormément d’importance aux textes parce qu’au final on enfonce presque des portes ouvertes. On parle des dérives de la société, de ce qui va mal, des abus de pouvoir … mais ça ce sont des trucs dont parlent presque tous les groupes de grindcore. D’autres groupes ont un côté engagé que nous on n’a pas parce qu’on ne veut pas faire de politique avec notre musique. En même temps, ce sont des textes qui collent bien avec la musique qui va derrière et puis ce sont des trucs que pense Jérémy. Mais en gros, on n’essaie pas de faire quelque chose d’ultra chiadé, il faut que ce soit direct.

Le titre de l’album « For Those We Hate » est adressé à quelqu’un en particulier ? Non pas spécialement. Je ne sais plus vraiment comment est venu ce titre, mais c’est une trouvaille de Jérémy. Il faut juste savoir que ce qu’on fait pour chaque album, c’est de lui donner un nom qui n’est pas le titre d’un des morceaux. Le titre est plutôt cool et correspond finalement bien aux paroles de Jérémy puisqu’il parle de tous ceux qui font de la merde et donc ceux qu’il n’aime pas. Mais ça s’arrête là.

Vous êtes sur M.U.S.I.C. Records. En quoi consiste le deal avec ce label ? Jusqu’à présent on était uniquement autoproduits. Maintenant on ne l’est plus qu’à moitié puisque le deal est de leur donner un produit fini, mixé, masterisé et avec l’artwork, et eux s’occupent du pressage et de la distribution (comme pour la plupart des groupes undergrounds actuellement – ndr).

Pour l’enregistrement de ce nouvel album, vous êtes allés dans le même studio que pour le précédent ? On a fait un copier-coller de « Charge This World ». C’est-à-dire que la batterie a été enregistrée au Fucking Hostile Studio dans le coin de Nancy, la guitare et la basse ont été enregistrées directement chez les musiciens. Ils ont fait ça tranquillement chez eux. Ensuite tout a été envoyé à Vinc, notre premier guitariste, pour le mixage, car on a gardé de bons contacts avec lui. Et c’est aussi lui qui s’est chargé de l’enregistrement des voix. Et quand le tout était mixé et dans la boîte, on a envoyé ça au Walnut Groove Studio (tenu par Axel, ex-Carnival In Coal, ex-Wormfood… - ndr) pour le mastering, comme pour les précédents albums aussi. Une fois que tout était fait, on a envoyé au label et c’était parti. Comme on est un peu reparti de zéro, on a dû payer l’enregistrement, le mixage et le mastering. Du coup ça devenait un peu compliqué de devoir remettre de notre poche pour payer le pressage en plus. C’est donc pour ça qu’on a commencé à chercher un label. J’ai dû envoyer des demandes à une cinquantaine de labels estampillés grind ou metal et finalement M.U.S.I.C. Records est le seul à avoir répondu positivement.

C’est la première fois que j’entends parler de ce label. Tu le connaissais toi ? Pas du tout. On est tombé sur eux parce qu’ils ont signé Depraved, et le batteur de ce groupe est le frère de notre chanteur.

Vous avez quand même pas mal rebondi en 10 ans. Je suppose que l’envie d’abandonner s’est fait ressentir plus d’une fois. Complètement. Tu sais, quand tu auditionnes des gens qui ne savent pas reproduire les riffs tels que Vinc les jouait, tu te dis qu’il était trop fort et que tu ne trouveras pas quelqu’un de son niveau. Gino est parvenu à ce que ça sonne. Mais Vinc avait une main droite hallucinante, il maîtrisait les allers-retours comme personne.

Tu disais avoir mis des annonces pendant cette période de 10 ans pour trouver un groupe dans lequel jouer. Tu as eu d’autres expériences musicales ? Les annonces que j’ai publiées l’ont été seulement quelques mois avant qu’on ne décide de reformer Massive Charge. C’était sur la fin, quand je croyais que MC serait mort que je me suis dit que j’allais essayer de me trouver un autre groupe. Maintenant c’est vrai qu’entre-temps j’ai joué dans Human Scum. On appelait ça du grind-prog (rires). C’était le projet de Mahdi, un pote tunisien, qui avait déjà eu des groupes un peu connus comme Vomit The Hate. Et là il voulait monter ce projet-là de grind avec des touches de death-prog. Le mélange était super sympa. À la basse, il y avait un autre Tunisien qui s’appelait Nidal. Ça n’avait pas trop mal pris, mais il y a eu des prises de tête entre les 2 et Mahdi a fini par se barrer en Allemagne. Et Nidal dans son coin a créé un autre truc qui s’appelait Kaliyuga avec Emy et il a voulu que j’en sois le batteur. Mais par la suite, pour des raisons personnelles je suis parti. Finalement après tout le monde est parti de Kaliyuga.

Et Kaliyuga officiait dans quel style ? Je dirais un mélange de grind, de powerviolence, de black et de crust. Et Emy était au chant uniquement. Franchement c’est un groupe qui démoule pas mal.

Vous avez sorti quelque chose ? On a sorti « Once Upon A Time » en 2016. On peut l’écouter sur Youtube.

Actuellement, dans Massive Charge, vous avez d’autres projets parallèles ? Moi, non. Jérémy, notre chanteur, est batteur dans Growls. C’est un groupe de Rennes dans lequel il y a le tout premier chanteur de Massive Charge à la basse. À la guitare, il y a Alex, qui ne joue que dans ce groupe-là et au chant c’est Zorro qui chantait dans Untamed. Emy, de ce que je sais, actuellement elle ne joue pas dans un autre groupe, mais bon, elle en a eu 50000. Et Gino a toujours des tas de trucs à droite à gauche, mais surtout des projets solo. Il a notamment un projet black qui s’appelle Epine. Mais je ne saurais pas en dire plus parce que lui aussi a déjà eu énormément de trucs. En tout cas, il est très actif.

Pour revenir un peu sur l’album, quels sont les premiers retours que vous avez pu en avoir ? Ils sont excellents, ça rappelle d’ailleurs un peu la période à laquelle « Charge This World » est sorti. C’est un peu le même engouement et ça fait super plaisir. Je voudrais qu’on ait toujours plus de visibilité, mais là on commence quand même à en avoir pas mal y compris au Québec. Il y a un média québécois qui s’appelle Metal Minded qui nous épaule vachement. C’est un podcast. Ils font des reviews, des interviews et organisent aussi des évènements. Il y a encore des trucs à venir avec eux. On a eu pas mal d’interviews et de chroniques avec à chaque fois de bonnes notes donc ça fait plaisir. Ça commence aussi à rebouger niveau live parce qu’on a des dates prévues et d’autres qui n’attendent qu’à être confirmées.

À ce propos, quelles sont les dates ou les éventuelles tournées prévues ? On fait notre release party prévue le 16 avril avec Inhumate, Gummo et Deathwhore. Le 21 mai, on joue avec Blockheads, LMDA et Exorbitant Prices Must Diminish qui est un groupe suisse avec le batteur de Nostromo. Ensuite on a quelques dates ou éventuellement une voir plusieurs tournées, mais ce ne sont encore que des discussions.

Vous faites tout vous-mêmes ou vous bénéficiez des services d’un booker éventuellement ? Tout est fait maison.

Le label n’intervient pas pour vous trouver des plans ? Non, mais par contre en fin d’année, le label va sortir un split 5 groupes dont nous. Donc on a enregistré 2 nouveaux titres. Par contre, comme je ne suis pas sûr des autres groupes, je ne préfère pas donner de mauvais nom.

Vous faites partie de cette scène française qui regorge de talents ces dernières années. Comment toi tu vois cette scène grindcore ? Il y a de bons groupes en France quand même avec par exemple ceux qu’on a cités déjà comme Inhumate, Blockheads, Gummo ou LMDA, qui sont à moitié français. Eastwood est dans ce cas-là aussi. Après il y a les Chiens, Whoresnation et compagnie. J’ai l’impression qu’il y a une très bonne qualité de groupes générale en France. Par contre, je trouve que le public ne bouge pas encore assez. Des mecs se décarcassent pour organiser parfois des dates de fous et il n’y a quasi personne au final. En septembre dernier, pour fêter le déconfinement, des gars s’étaient bougés pour organiser un petit festival en extérieur à la campagne sur 2 jours. Il y a avait du grind, du death, des groupes locaux et ils étaient limités au nombre d’entrées parce que pour des raisons d’assurance, il ne pouvait pas y avoir plus de 60 personnes sur le site, tout en sachant que les membres de groupes et l’orga comptaient aussi, ce qui laissait une quarantaine de places à vendre. Mais ils n’ont même pas rempli ça. Nous on a passé un super bon moment, mais à côté de ça, c’était triste de voir que des gens se bougent pour organiser, mais que le public ne se bouge pas pour venir alors que ce sont sans doute les mêmes personnes qui avaient gueulé pendant 2 ans en disant qu’ils voulaient revenir voir des concerts. Il faut voir la suite, mais moi ça me fait un peu flipper.

C’est assez peu proportionnel au final la différence entre le nombre de groupes de qualité qui existe en France et le public qu’ils parviennent à attirer en live. Oui, mais j’ai aussi l’impression que c’est parce que, ces 2 dernières années, les gens ont pris l’habitude de consommer la musique en digital à la maison et ils ne se bougent plus. S’ils trouvent un bon groupe, ils vont l’écouter dans la bagnole ou chez eux au casque, ils vont se prendre des superbes vinyles qu’ils écouteront tranquillement, mais tu ne vois pas ou plus ces gens-là aux concerts.

C’est peut-être le revers de la médaille effectivement. Et toi, les 2 dernières années, tu les as vécues comment d’ailleurs ? Outre le fait que tu aies été occupé avec le fait de remonter Massive Charge et d’enregistrer ce dernier album, est-ce que musicalement, tu es quelqu’un qui travaille beaucoup l’instrument et qui a senti une différence ? Non, je ne travaille que quand on répète. Mais c’est vrai que j’ai fait quelque chose qui m’a beaucoup servi tout de même. Un soir où je n’avais rien à faire, j’ai réservé notre local et pendant 4 heures, j’ai bossé la technique du « heel toe » à la double pédale. C’est la technique qui te permet de taper 2 fois sur une pédale en alternant le talon et la pointe du pied. Ça permet d’atteindre des tempos très rapides. D’ailleurs sur l’album il y a des parties à 260 bpm et grâce à cette technique, j’ai pu les faire sans trop me fatiguer. C’est chiant à bosser, mais quand tu l’as, ça va tout seul et tu as même l’impression de tricher tellement ça te parait facile. C’est pour ça que sur « For Those We Hate », il y a pas mal de parties de doubles parce que je sais les reproduire maintenant, chose qui était plus compliquée sur « Charge This World ».

Quelle(s) évolution(s) pourrais-tu tirer entre les 2 derniers albums que ce soit du point de vue des line-ups ou des enregistrements ? Comme j’ai dit, les enregistrements de « Charge This World » et de « For Those We Hate » ont été quasiment des copiés-collés donc à ce niveau-là il n’y a pas eu vraiment de changement. J’ai déjà vu une évolution me concernant en tout cas parce que sur ce dernier album, il y a énormément de D-Beat, chose qu’il n’y avait pas du tout sur le précédent, et ça c’est quelque chose que j’ai développé dans Kaliyuga. Il y a aussi le fait que les compos sont plus rapides. Sur « CTW » on était à du 240 (bpm), alors qu’ici on varie entre 240 et 260 en sachant que généralement c’est du 250. On a essayé de faire un truc un peu plus bourrin. Des évolutions il y en a forcément puisqu’il s’est quand même passé 10 ans, et quand tu pratiques ton instrument, il y a des choses que tu laisses, d’autres que tu gardes… Il y a d’office une évolution naturelle due au fait qu’on ait continué à jouer entretemps. Je ne vais pas relever de points positifs ou négatifs entre les 2 albums. Je dirais juste que sur le dernier, il y a plus de techniques, ce qui peut peut-être faire perdre un peu du charme parce que ça donne un côté un peu plus clinique alors que le précédent était plus « roots » et notre premier « Silence » l’était lui complètement. Donc on a perdu un peu de ce côté-là, mais au profit d’une plus grande technicité et d’un côté plus mature que j’ai quand même tendance à préférer.

Et quand tu regardes par rapport aux débuts de Massive Charge, est-ce que l’amour du grindcore est toujours intact ou il a évolué d’une manière ou d’une autre avec l’âge ? Je dirais que l’amour de la musique en général a évolué pas mal. Tu découvres des tonnes de groupes, tes goûts changent, tu t’ouvres, tu te mets à écouter des trucs que tu n’aurais pas écouté avant. C’est un peu comme quand tu es gamin et que tu n’aimes pas les haricots verts. À 20 ans tu te dis que tu vas y regoûter et au final tu te rends compte que ce n’est pas si dégueu. En plus, le fait d’écouter d’autres choses te fait aussi évoluer dans ta manière de composer et rend ton jeu plus riche.

Quels sont justement les autres styles ou groupes qui te parlent particulièrement ? Je me suis vachement ouvert à un style qui me parle beaucoup c’est le death metal progressif un peu mélodique, des trucs genre The Faceless. Quelque chose de bien bourrin, mais avec des passages en chants clairs avec de la mélodie et des parties bien composées. C’est quelque chose que je n’aurais peut-être pas écouté avant. C’est pareil pour le black metal. Quand j’étais jeune je mettais carrément un veto sur le style, je ne voulais même pas en entendre parler. Alors que maintenant il y a pas mal de groupes que j’aime comme Borknagar, Enslaved ou encore Dimmu Borgir. En tout cas je me surprends à écouter des trucs que j’aurais eu honte de dire que j’écoutais auparavant.

On s’enrichit en ouverture d’esprit en vieillissant finalement. C’est ça. Et ce sans renier ta colonne vertébrale.

Ça m’a fait plaisir en tout cas de décortiquer un peu ce dernier album et l’histoire du groupe avec toi, mais peut-être qu’il y a des choses dont on n’a pas parlé et que tu voudrais mettre en avant. Si c’est le cas, je t’en prie. Je voudrais juste retaper sur le clou en disant que les 2 loulous qu’on a trouvés, Emy et Gino, sont vraiment au top et collent parfaitement dans le line-up aujourd’hui. On a vraiment trouvé 2 bons éléments pour relancer un truc cool.

Lu 220 fois Dernière modification le 20.06.22 16:19
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