24.09.22 12:19

Uncomfortable Knowledge

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Le quintet français Uncomfortable Knowledge nous dévoilait il y a un an son premier album « Black Queen » un condensé de Sludge et Post Hardocre qui ne laisse pas insensible. Au travers de cette interview, Adrien Tirel (guitariste) nous présente ce projet dans les moindres détails avec passion et motivation pour la suite de l’aventure.

Pour commencer, est-ce que tu peux me présenter le groupe Uncomfortable Knowledge ? Comment l’aventure a commencé ? Je suis Adrien, je suis guitariste rythmique et je suis celui qui compose les instrumentaux des morceaux dans le groupe. Je travaille un peu à la manière d’un beatmaker dans le Hip-Hop, j’écris les instrumentaux puis je les propose et chacun fait ses parties sur cette base-là. Ensuite, nous arrivons à faire évoluer les titres en version finale que nous pouvons entendre sur l’album « Black Queen ». J’ai commencé à travailler sur ces titres-là courant 2019, au début j’étais tout seul sur le projet. Depuis vingt ans j’ai toujours eu le rôle de chanteur dans mes groupes, là, je n’avais pas envie d’écrire des textes et de chanter donc je me suis mis à la guitare électrique. J’ai travaillé cet instrument durant quelques années et j’ai créé les titres que j’ai proposés autour de moi à des personnes qui me sont chères. Le bassiste c’est mon petit frère, le chanteur c’est un ami que je connais depuis quinze ans, le guitariste je le connais depuis qu’il a seize ans. Puis, le batteur c’est le dernier qui est rentré dans l’équipe et il s’intègre rapidement et merveilleusement bien. Nous sommes un projet familial et notre objectif c’est de travailler sur un système d'autoproduction, un peu comme à la Fugaz. J’étais fan de cette époque, les gars faisaient tout d’eux-mêmes du début à la fin. Il y avait un vrai souci du détail, de l’esthétique, de rationalité technique et financière … Tu te demandes comment tu peux construire l’entreprise autour du groupe. Il y a toujours le côté managérial et production qui est passionnant dans l’aventure. Effectivement, il n’a pas que le côté artistique à prendre en compte et pour faire exister tout cela, il faut être créatif. Voilà, les éléments pour te donner le socle de tout cet ensemble. Aussi une de nos particularités, nous avons intégré dans l’équipe, ce sont nos sixième et septième membres, Clément et Christopher qui sont nos vidéastes. Ils réalisent nos clips, nous travaillons ensemble sur la création, les scripts … Nous faisons tout ensemble jusqu'au décor puis ils font la prise d’angle et le montage.

C’est intéressant cette formation atypique, nous allons y revenir par la suite. Comme tu m’expliques, le groupe fonctionne en autoproduction, avez-vous déjà tous eux des groupes avant Uncomfortable Knowledge ? Moi, en ce qui me concerne, pour te donner un ordre d’idée, j’ai quarante-sept ans et je travaille depuis mes dix-sept ans dans des groupes. J’ai environ trente ans de musique derrière moi et j’ai fait pleins de projets dont un entre 1994 et 2006 qui a un peu fonctionné qui s’appelait Œdipe. J’étais le chanteur du groupe. Nous avons fait deux albums et de nombreux concerts en France et en Europe, c’était une belle aventure. Mon frère c’est aussi sa passion, il est bassiste, il doit avoir cinq à six groupes et d'années d’expériences derrière lui. Guillaume, le chanteur, il avait un groupe qui s’appelait Right To The Void, dans le style Death influencé à la Black Dahlia Murder, c’est très technique, très rapide et très fourni. C’est un hurleur de Death mais là dans l’idée dans l’album « Black Queen » on est tous à côté de nos pompes (rires), moi qui n’étais pas guitariste, je le suis maintenant. Le chanteur, il n’est pas du tout dans le même registre de ce qu’il a fait avant, quand tu écoutes Uncomfortable Knowledge et Right To The Void c’est deux mondes différents. Il se réinvente donc totalement :  techniquement, artistiquement au niveau de son interprétation et l’écriture des textes. Puis le bassiste, son registre ce n’est pas du tout le Metal, il est très Groovy, il joue tout aux doigts quasiment. Ce n’est donc pas du tout l’archétype des groupes de Metal même si objectivement, je ne crois pas qu’on soit un groupe dans ce genre. Personnellement, je ne pense pas qu’on soit un groupe de Metal car il n’y pas de plan à la double, il n’y a pas growls ça reste soft dans le registre de musique extrême. Je pense que nous faisons partie des gentils (rires).

Oui, mais je pense qu’il y a quand même une technicité qui se ressent dans votre jeu : Tout à fait, nous cherchons à amener l’intensité émotionnelle, ce que nous avons envie c’est de vibrer et de le faire ressentir. C’est ce qui nous plaît, nous en fichons s’il y a des pogos ou non. L’idée c’est que les gens tripent au niveau émotionnel. Moi, j'estime avoir fait mon travail quand les gens me disent qu’ils ont tripés. C’est ce que nous cherchons dans nos compositions et nos créations. Nous voulons raconter une histoire émotionnelle et ne pas être brutal, puissant ou power même s’il y a des moments très lourds dans notre musique. Je pense que nous sommes totalement sur quelque chose d'intense.

Tout à fait, il y a sûrement des influences post metal et rock qui se ressentent … Effectivement, je suis un grand fan de Neurosis, j’ai tous leurs albums, j’adore aussi Cult Of Luna et j’écoute beaucoup The Ocean Collective. Tous ces groupes font partie de mes influences et références. Je connais très bien Hypno5e ce sont des très bons copains, je les ai programmés plusieurs fois, j’ai écouté tous leurs albums et j’adore leurs designs. On retrouve aussi un côté cinématique dans ce groupe, on n’est plus dans la chanson, on est presque dans l’expression des images et cela les suscite. Dans la construction de mes morceaux, j’essaie de garder une simplicité de structure. L’idée c’est que les compositions ont l’air simple, que l’auditeur rentre vite dedans et après, il y a toujours une phase de déconstruction où il y a des méandres. Il y a un côté un peu brumeux et boueux qui s'installe. C’est ce que j’appelle Sludge car on nous catégorise dans le Hardcore Sludge. Il y a dans cet esprit des riffs très Hardcore et puis il y a des méandres un peu boueux mais sans tomber dans le côté sombre du Sludge. Nous pouvons nous qualifier de Sludge positif. Nous retrouvons aussi un peu de Doom dans les compositions, j’adore ce style, ce n’est pas surchargé. Nous avons des copains à Nîmes et Montpellier que nous connaissons très bien dans le genre c’est le groupe Verdun. Nous allons faire des plateaux de tournée plus tard avec eux et j’adore aussi leur musique, c’est lent, c’est lourd puis il y a du suspense sans que cela soit surchargé.

Ces influences que tu me cites, cela me parle totalement et surtout, tu m’évoques Hypno5e avec leur côté cinématographique. Est-ce qu'à terme, tu aimerais vraiment lier la musique de Uncomfortable Knowledge avec des vidéos et de jouer avec ce côté artistique ? Tout à fait, si nous arrivons à faire exactement ce que nous voulons sur ce premier album, nous allons faire au total cinq clips. Il y en a un qui va bientôt sortir, c’est un clip live puis nous sommes sur la création d’un cinquième que nous allons sortir à l'automne prochain. Nous allons le tourner en juillet sur le titre qui s’intitule « Mirror ». Nous avons eu l’idée d’un personnage qui va parler à son reflet dans l’eau. Cela reflète un dialogue avec soi-même, c’est une espèce de discours intérieur quand tu te parles franchement sans te mentir. Nous sommes en train de travailler sur comment nous allons mettre le projet en image. Depuis le début le groupe à exister en image avant d’exister sur scène, nous avons sorti trois clips avant de faire notre premier concert. 

Dans la vie, je suis chargé d’accompagnement artistique au Paloma et je travaille surtout ce qui est création et accompagnement des jeunes artistes. À ce titre-là, j’ai beaucoup accompagné des jeunes générations car effectivement, je suis de la vieille école, j’ai quarante-sept ans, je suis dans le milieu depuis un petit moment et j’ai toujours travaillé à l’ancienne. J’ai attaqué en 2012 cette aventure et j’ai énormément travaillé avec des groupes de Rap, de Reggaeton ou encore de Hip-Hop, j’ai donc abordé des artistes qui sont totalement à l’inverse de mes prérequis. Car, ils existent avant tout sur internet à travers des vidéos, ils vont faire dix mille vues puis ils vont faire des concerts. Mais de par mon expérience, c’est plutôt, tu répètes, tu crées ton répertoire, tu fais des concerts pendant deux ans et ensuite, tu espères sortir ton premier album. Ainsi, nous pouvons dire avec Uncomfortable Knowledge, nous avons fait du Hip-Hop dans la stratégie managériale et surtout numérique. Nous avons en premier lancé nos réseaux sociaux avec notamment Instagram et YouTube. Puis, nous avons sorti trois clips sans distribution, juste pour partager de l’image ceci nous a permis de créer une base afin de préparer le terrain pour la sortie de l’album. Pour celui-ci, nous avons signé un contrat de distribution avec un label numérique qui se nomme : Le Pool Agency et ceci nous permet d’être présent sur toutes les plates-formes. Nous sommes sur quelque chose pour lequel nous payons pour être distribués en numérique c’est-à-dire une relation de label. De ce fait, il ne travaille pas du tout sur nos projets de distribution physique et le pressage, pour cette partie, nous sommes autoproduits. Pour l’instant nos disques sont uniquement disponibles sur nos concerts, vous ne pouvez pas les trouver en magasins. Tu vois globalement, la démarche que nous avons prise est très Hip-Hop (rires).

Oui, surtout que le Metal ça reste encore Old School, nous avons des difficultés à rentrer dans les nouvelles mœurs. Nous pouvons affirmer que c’est un challenge de s’essayer à cette stratégie ? Oui tout à fait, c’était l’idée de ne pas perdre de temps et de ne pas se sentir obligé d’utiliser les mêmes canaux. Puis, nous avons vu juste car après il y a la COVID qui est arrivée, de ce fait, nous avons revu notre stratégie de travail afin de le faire à distance en faisant des appels vidéo. L’album fut travaillé de cette façon chacun produisait ses lignes de chez lui, ensuite, nous nous l'envoyons et nous centralisons le tout. Nous travaillons avec un grand studio en Italie qui se nomme The Grid Production. Johnny s’est occupé de mixer l’album et il a compris l’esprit que nous recherchons avec quelque chose de très organique et de chaud. Nous avons donc enregistré les prises de tout le groupe et nous les avons envoyées afin d’effectuer le mixage dans ce studio. Puis c’est Chris Donaldson, il est canadien et il fait partie du groupe Cryptopsy qui nous a fait le mastering qui est totalement analogique. Le rendu donne des sonorités qui sont très épaisses et très chaudes, néanmoins, l’album n’est pas agressif, celui-ci est davantage puissant et intense. Je suis assez fier du résultat obtenu même si on est conscient qu’il y a quelques défauts et d’ailleurs nous travaillons déjà sur le second album. 

Justement, comment se déroule le processus de composition entre vous ? Comme je te l’avais expliqué, quand je compose un titre je fais uniquement la guitare et la batterie, ça permet d’avoir la structure et la chanson au complet. Puis, j’envoie ceci à toute l’équipe, mon frère s’occupe des basses, sa méthode permet d’apporter de la fraîcheur et de la surprise. Ensuite, je retravaille la partie de la batterie en fonction de la basse. Globalement, le résultat rebondit très bien avec la guitare mais parfois moins avec les batteries donc je les retravaille pour les faire correspondre avec la basse. Ceci apporte par moment des deux aspects groovy atypiques sur certains des morceaux, nous pouvons retrouver ça sur notre morceau « Colors ». Ceci permet d’amener un aspect aux morceaux que nous ne trouvons pas dans ce style en règle générale. Puis le chanteur vient avec ses textes et nous travaillons tous les deux. Il pose ainsi ses idées puis petit à petit, nous trouvons l’aisance du morceau et nous partons sur cette base-là. Après cette étape, nous allons en répétition et nous jouons les morceaux.  Par la suite, généralement, les lignes que j’ai créées en studio vont évoluer, ceci va devenir plus fluide et simple alors, je peaufine des détails. De ce fait, nous ré-enregistrons tout, nous sommes encore dans une phase de pré-maquette et nous nous retrouvons avec un morceau fini en phase deux. À partir de cette étape, nous travaillons à fond et ensuite nous allons passer en phase trois, nous réenregistrons en définitive pour faire mixer et masteriser.

Le groupe s’est donc formé l’an dernier, vous avez déjà sorti un album et le second est en préparation … Vous êtes donc un groupe studio ou vous auriez préféré faire plus de concerts si c’était possible ? Nous sommes clairement un groupe de live mais de l’autre côté nous sommes aussi un groupe de studio, je pense qu’il n’a pas de préférence. Pour le live, nous revivons pleinement la camaraderie mais aussi le rapport avec le public qui est très fort. Si tu as l’occasion de nous voir en live, tu verras que nous sommes sérieux sans se prendre au sérieux. Néanmoins, nos concerts sont très travaillés et nous organisons beaucoup de résidences. J’invite des amis pour nous coacher car je tiens beaucoup à avoir un regard extérieur sur ce que nous produisons. Nous avons une équipe technique qui est avec nous qui est très compétente. Puis, nous avons un ingénieur du son qui est monstrueux et qui produit un son comme nous le cherchons afin que ça ne soit pas trop agressif. Certes, il y a toujours à améliorer mais franchement pour un jeune groupe nous arrivons déjà à quelque chose de convaincant et de solide. Ensuite, c’est une longue quête, comme tu l’as dis-nous sommes un groupe récent et notre premier album, nous l’avons sorti le 25 septembre 2021, nous avons travaillé un an dessus. Puis par le hasard de la vie fait que j’ai eu des soucis de santé assez importants ces derniers mois donc j’étais arrêté et j’étais chez moi. Néanmoins, vu que je suis une personne hyperactive, je n’ai pas supporté de rester dans cette situation donc je me suis soigné mais en même temps, j'ai créé, j’ai managé, j’ai écrit, j’ai réalisé …  J’ai utilisé mon temps de manière productive, puis, je pense de manière nerveuse et physiologiquement, j’avais beaucoup de choses à évacuer, de ce fait le second album est né. Nous allons retrouver des morceaux peut-être plus sombres mais aussi un côté plus sobre et plus post même si nous avons toujours les gros riffs hardcore toujours avec de la simplicité. Je pense globalement qu'il y a une profondeur supplémentaire, que c’est plus posé et plus mélodieux. Nous avons déjà cinq morceaux sur lesquels le chanteur a fait ses voix et six autres où il faut poser les bases. Puis, le reste c’est de la surprise, j’attends que les autres membres me surprennent afin de revisiter les morceaux pour passer en phase deux. Je pense que nous allons vers une sortie d’album pour autonome 2023. Effectivement, j’aimerais trouver une équipe et un label qui va nous permettre de le sortir avec plus de résonance que le premier. Même si je dois dire que je suis très agréablement surpris de l’album de ce premier album : “Black Queen”. Il y a Marion Notte que je remercie car elle nous aide beaucoup sur de multiples aspects, nous avons fait avec elle les relations presses et je trouve que nous avons réussi à intéresser pas mal de journalistes qui nous ont fait de bons retours. Je prends toujours le temps de discuter avec les personnes qui viennent nous interviewer car je considère que c’est une chance de susciter leur intérêt. Mais aussi d’avoir cette opportunité d’expliquer ce que nous faisons, pour quel objectif et comment nous le mettons en place. 

Nous pouvons aussi évoquer la pochette de ce premier album « Colors » dans laquelle nous avons beaucoup de détails. Est-ce que tu peux m’en dire plus sur le sujet ? Encore une fois, c’est issu d’une rencontre, le créateur de cette pochette se nomme Reuben Bhattacharya et il vit en Inde. Nous l’avons rencontré au travers de Hypno5e que nous avons évoqué au début de cette interview. Reuben a réalisé les visuels de ce groupe pour un projet de live streaming produit à Paloma durant le confinement. J’ai adoré ses réalisations, je trouve cela mystique à souhait. Avec le chanteur, nous avons regardé son travail et nous avons trouvé ça intéressant, puis nous nous sommes rendus compte que Reuben avait travaillé pour Slipknot, Iron Maiden et pleins d’autres projets … Il fait en autre des séries de t-shirts en fait, il ne fait pas que les pochettes pour ces grands groupes mais des projets intermédiaires pour eux. Et aussi chacune de ses réalisations sont adaptées et c’est totalement différent en fonction des groupes. Reuben n’impose pas sa pâte à tout le monde, il est capable de s’adapter à l’univers du groupe et c’est cela que nous avons adoré. Nous l’avons contacté puis envoyé l’album en preview car il n’était pas encore sorti avec les textes anglais et il a adoré. Il était très touché notamment par le texte de « Black Queen » celui-ci fut écrit par le chanteur et c’est une lettre dédiée à sa mère qui est décédée d’un cancer quand il était jeune. En effet, il a très mal vécu cette situation car il n'a plus avoir de dialogue comme elle est partie trop tôt. Puis, tu verras dans le second album, il y a encore du lien parce qu'un morceau évoque la réponse imaginée par sa mère à sa lettre.

Nous retrouvons dans nos paroles les thématiques de la famille qui nous construit et nous détruit mais aussi cet aspect générationnel. Si tu lis nos textes, tu retrouveras aussi la question de l’amitié et de la fidélité … Nous sommes un peu candides sur ces thèmes- là (rire). Mais c’est toujours traité de manière détournée par le chanteur avec de la poésie, notamment dans « Colors », ici, cela parle d’amitié avec les couleurs qui marient ensemble ou non. Quand nous sommes amis, les couleurs se marient, cela donne un tableau magnifique. Puis les couleurs ont changé, cela donne quelque chose de pas très joli et cela ne fonctionne plus …

Tout cela pour t’évoquer que Reuben fut touché par l’écriture du chanteur avant tout et l’écriture des compositions dans un second temps, je pense. Puis, il nous a exprimé ce qu’il voulait apporter dans la conception de la pochette car à la base « Black Queen », nous la voyons comme la carte de Tarot. Il nous a demandé pourquoi ce concept et il a apporté ses idées. Reuben voyait plutôt un côté classicisme et romantique à la française, puis il y a eu une série d'échanges par écrit avec le chanteur pour expliquer le contenu des textes et la symbolique qu’il souhaite exprimer. Si tu regardes la pochette en détail, tu remarqueras l’oiseau dans la main avec une mâchoire en os, puis tu as la mort mais aussi la vie en même temps. C’est la beauté car il y a le destin de l’enfant qui est dans la main de la mère amenée par l’oiseau. Il y a toute une symbolique autour des thématiques que nous retrouvons dans nos textes qui sont retranscrits par l’imagination de Reuben qui a fait un travail magnifique. C’est une peinture originale qui a réalisé dont le modèle c’est sa femme, nous sommes encore sur cette thématique familiale.

Quand il nous l'a envoyé, nous n'aurions pas imaginé ça et nous sommes tombés amoureux de l’illustration. Puis quand nous avons dévoilé la preview de la pochette sur Facebook, nous avons eu tellement de retour, il me semble en termes de commentaire et de j’aime, nous avons quadruplé voir quintuplé comparé à d’habitude notre fréquentation sur notre page. Nous nous sommes donc dits que Reuben avait vraiment tapé juste. La pochette c’est quelque chose d'essentiel pour nous, nous sommes déjà sur le projet du second album avec lui. Actuellement, nous rédigeons la note d’intention sur le contenu de l’album et ce que nous évoquons pour lui donner la matière afin qu’il imagine la suite. Toutefois, nous avons comme postulat la base esthétique et graphique et nous le laissons trouver ses marques car nous avons une totale confiance en lui. Tout comme Johnny et Chris Donaldson, puisqu'ils ont compris l’essence de notre travail et ils n'ont pas besoin qu’on leur explique. Il y a ainsi un travail esthétique qui s’est fait avec eux, quand nous créons de notre côté, nous les incluons totalement dans le processus créatif de manière indirecte et c’est évident que ça résonne.

Je vois, il vous aide à construire l’image artistique d’album en album. Justement pour la prochaine question, je souhaitais évoquer les thématiques des paroles que tu as déjà mises en avant avec notamment le côté familial. Est-ce qu’il y a d’autres sujets que tu évoques ? Alors ce n’est pas moi qui les évoque, c’est Guillaume, notre chanteur qui écrit ses textes et ses thématiques. Néanmoins, pour les morceaux Guzzlers » et « Only War » c’est deux textes que j’avais écrits en français puis Guillaume les a traduits et retravaillé afin de démarrer le projet. Je lui ai passé les textes afin qu'ils se les aprioris et qu’ils deviennent les siens. Effectivement, le résultat traduit, réécrit et retravaillé en anglais ils n’ont plus rien avec mon écriture initiale. 

Je peux te parler de « Guzzlers » qui évoque l’avidité humaine qui mange toutes les ressources, puis quand tu regardes le clip, la thématique est mise en évidence. La traduction du morceau signifie le glouton. C’est celui qui a toujours faim, qui va prendre les ressources, il s’en fiche du reste et il pense qu’à lui, donc le Guzzlers c’est l’humanité. Avec « Only War » c’est évoquer quand la guerre psychologique intérieure fait rage entre deux mondes car tu sais quand tu fais les choses mal mais que tu ne peux pas t’empêcher et tu t’en rends compte. Concernant les autres morceaux, ce sont effectivement les thématiques que nous avons abordées précédemment. Guillaume ne pouvait pas être présent pour l’interview, néanmoins c’est une personne qui parle très bien de ses textes et j’essaie de faire honneur à son écriture et poésie même si ce n’est pas du tout moi qui les écris. J’essaie de relater, il aurait sûrement pu te donner des éléments davantage percutants. C’est une personne droite, gentille et très honnête, puis les relations familiales et amicales sont des aspects essentiels dans sa vie. Les thématiques des amitiés trahies et la relation parentale lui sont très proches et cela fait partie complètement de l’univers du groupe. Dans les derniers albums que j’ai composés avec mes précédents groupes, étonnamment les thématiques c’était les mêmes, ceci se relie à des moments de la vie quand je suis devenue père ou encore le deuil car j’ai perdu un de mes parents … Nous nous comprenons très bien avec Guillaume sur ces ressentis et dans l’écriture parce que nous avons fait face à des événements et des expériences de la vie qui se rejoignent. Puis, généralement, mes productions vont coller avec ses textes, comme la pâte de fond est la même, nous avons à peu près les mêmes brèches dans la porcelaine (rires).  

Si nous pouvons résumer, c’est des valeurs fortes que vous partagez et que vous réunissez dans ce projet ? Si tu le veux, nous n’avons pas créé ce projet pour percer, moi, j'ai quarante-sept ans comme je te l’ai évoqué et si je devais percer, ça fait longtemps que cela aurait dû arriver (rire). Pour moi, le carrosse est redevenu une citrouille depuis très longtemps. Le défi pour nous c’est avant tout de créer un objet artistique et d’avoir une richesse humaine qui l’entoure, se sentir bien et vivre une aventure. Après, celle-ci prendra la dimension qu’elle prendra, comme on le dit toujours, nous ne sommes jamais à l'abri d’un succès. Tu vois demain, si je peux arrêter de travailler et de faire des tournées, des concerts et vivre du groupe pour le reste de ma vie, bien sûr, nous avons tous le même rêve au fond de nous car nous sommes des musiciens et depuis tellement d’années, nous avons forcément ce virus-là. Mais ce n’est pas ça le plus important, c’est surtout que nous soyons bien et de vivre cette aventure dans une espèce de tendresse, de confiance, de bienveillance et de partager des moments autres. Effectivement, ceci génère plein de moment où nous ne parlons pas que de la musique, par exemple, nous allons faire des grillades mais aussi quand nous tournons les clips, nous allons prendre trois jours durant lesquels nous allons fêter … Il n’y a pas vraiment d’enjeux à l’exception des deadlines que nous nous sommes fixées. Néanmoins, nous avons envie d’avoir de la qualité et nous travaillons beaucoup pour cela et cela nous prend du temps en investissement, en énergie mais aussi, il faut tenir l’effort dans la distance, rester concentré et faire une bonne promotion… Il faut aussi être proche de notre public. Nous avons en peu de temps un public qui nous suit, qui nous répond, qui nous interroge sur la suite et ils viennent aux concerts. Nous avons six concerts au compteur (NDLR : cette interview fut réalisée en Février depuis que le groupe a effectué de nouveaux concerts mais aussi des festivals comme le Cabaret Vert) et nous avons déjà fait deux sold-out sur des jauges de 300 à 400 personnes. Nous sommes assez surpris, car nous sortons un peu de nulle part, par la fréquentation et de l’accueil aussi des programmateurs parce que nous arrivons à jouer dans des SMAC. Nos clips aussi sont bien reçus et je pense que l’univers du groupe est bien perçu et que nous arrivons à convaincre, je suis le premier surpris et pourvu que ça dure. 

C’est génial que ça se porte bien ! Surtout pour les concerts car je constate les jauges surtout pour les petits groupes même quand ils produisent de la qualité cela a du mal à se remplir donc c’est prometteur de faire des sold-out. Nous sommes les premiers surpris mais c’est une réalité et nous le prenons. Je pense que l’effort que nous mettons dans nos créations artistiques, l’approche émotionnelle, l’imagerie de nos clips et notre musique touchent les gens. Je pense qu’ils se retrouvent parce que nous ne sommes pas dans une structure formelle, nous sommes dans la profondeur et non dans la forme. Je dirais que nous sommes un groupe de fond que de forme, en tout cas c’est l’intention. Nous ne jouons pas de notre attitude. Notre façon d’être et celle que nous faisons percevoir au public c’est ce que nous sommes vraiment. 

Nous avons évoqué de nombreux projets entre les clips à venir, les concerts et la production du second album. Y a-t-il d’autres projets que tu n’as pas encore évoqués ? Dans un premier temps, nous allons continuer à faire vivre le premier album qui est sorti le 25 septembre 2021, ceci reste assez récent. Là, nous sommes encore en train de faire une interview pour en parler et j'espère qu’il aura d’autres retombées par la suite.  Puis, nous allons sortir un dernier clip pour cet opus en septembre. Nous allons continuer le travail et l’objectif maintenant c’est de défendre “Black Queen” sur scène, je commence à boucler des dates pour cet automne. Ceci va permettre de jouer entre septembre et décembre comme ça nous allons tourner une bonne année avec cet opus ce qui est plutôt positif pour un démarrage. Si nous arrivons à faire une quinzaine de concerts sur ce premier album, je trouve ceci plutôt cohérent et convaincant pour un groupe totalement autoproduit qui n’a ni label et ni tourneur et qui fait tout lui-même avec ses petits bras (rires).  Puis, nous avons mis à jour notre dossier de presse et quand nous avons fait le récapitulatif de toutes les chroniques, les interviews et les relais de news je trouve ça très positif. Nous allons pouvoir se regorger de satisfaction (rire) et en parallèle nous allons s'occuper du second album et son processus créatif. Ceci nous demande beaucoup de travail, de concentration et de disponibilité. Il ne faut pas qu’on se noie car nous travaillons tous à côté, nous avons nos familles, nos enfants et il ne faut qu’on perde le fil de nos vies individuelles. Il ne faut pas que le groupe cela devienne quelque chose qui va nous perdre, il faut que ça nous rende fort et l’équilibre est là.  Nous ne sommes pas dans une course à la réussite (rire), nous sommes dans une démarche de construction sereine mais solide.  Nous avançons petit à petit et je vois bien ce projet se développer sur le moyen voire sur le long terme. Je me dis pour le moment que le second album est encore tôt, nous l’envisageons plutôt à partir de 2023 puis peut-être en 2004 voire 2005 pour le troisième. Effectivement, nous allons passer l’hiver à produire le prochain album. Nous allons arriver dans la phase deux avec la composition et le maquettage mais aussi préparer, répéter et travailler les nouvelles compositions. Ceci va nous permettre de passer en phase 3 à l'automne 2023 entre les concerts que nous allons consacrer entre l’été et jusqu’en juillet, je pense.  Nous verrons bien de quoi est fait l’avenir (rire) mais en tout cas, j'ai déjà pleins d’idées pour la suite. Je commence déjà doucement à gratter des compositions pour le troisième album tandis que celles du second album sont déjà quasiment composées.

C’est génial d’être autant inspiré, puis j'imagine d’avoir cette constante pour sortir des albums sans un laps de temps important permet d’assurer la visibilité du groupe  ? Oui, cela joue, et nous allons garder à l'esprit de sortir des singles avec un clip avant de sortir un album. Nous prévoyons de sortir le prochain dans les alentours du printemps 2023 afin de booker des dates par la suite dans l’idée. Je construis donc des relations de travail avec des bookers indépendants. Effectivement, comme nous travaillons tous à côté, je ne vois pas faire appel à un tourneur et lui expliquer que nous ne pouvons tourner que pendant les week-ends et les vacances scolaires car nous avons chacun nos contraintes. De mon côté je booke aussi en m’occupant de toute la production, des tournées, les contrats, enfin toutes les choses administratives (rires). Je travaille aussi avec deux personnes dans différents coins de la France qui ne sont pas professionnels dans le métier même mais qui sont passionnés et ils ont la niaque et cette envie de travailler. Je leur fournis différents outils comme notre kit de démarchage, notre dossier de presse, nos vidéos … Ceci permet d’avoir une image professionnelle auprès des programmateurs, qu’ils aiment ou non notre musique. La démarche est présente jusque dans les supports de communication, tout est réfléchi un minimum en amont.

 Je pense que nous avons fait le tour des sujets, car c’était très riches. Je te laisse donc le mot de la fin pour conclure cette interview : La musique et les groupes c’est avant tout quelque chose qui doit servir à nous construire et pas à réussir. Moi, le groupe cela m’a tout appris. Je n’ai pas fait d’étude et je n’ai pas de diplôme en particulier. J’ai arrêté les études en seconde avec perte et fracas puis j’ai monté un groupe de Punk. Je ne regrette pas car cela m’a appris la relation sociale, à voir une vie sociale, de la promotion, de la comptabilité, à chercher des relations, à construire des projets, à composer des morceaux, à monter des groupes ... Les groupes m’ont tout apporté dans la vie. Je trouve que la chance d’un groupe c'est d'abord ça. Le succès, c’est génial si cela arrive mais ce n’est pas l’essentiel dans une quête c’est la construction.

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  • Crédit photo: Yves Mallet
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