Ale

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On pourra, au choix, dire que la musique de Sündenklang est soit l’évolution logique de la NDH, soit un condensé de tout ce qui a fait le genre (déjà presque trentenaire mine de rien !). On ne sera pas étonné de retrouver le chanteur de Stahlmann aux commandes de ce projet, qui garde des relents de techno (comme aux débuts de ce qu’on surnomme parfois le « dance metal »), mais aussi certains accents plus martiaux et costauds comme sur les titres « Staub » et surtout « Antiheld » peut-être les seuls morceaux s’inscrivant vraiment dans l’aspect très dur de coutume avec ce genre. Mais ce n’est pas pour rien que l’artiste préfère qualifier sa musique de « dark pop », tant l’album s’inscrit dans une atmosphère plus douce, plus poétique. Comme quoi surprise : l’allemand quant on ne le crie pas, peut aussi être très joli ! Mais ne pas le comprendre n’aide pas forcément à pleinement apprécier les titres plus orientés rap de l’album (car il y en a !). Aucun argument probant sur les paroles, mais les instrus sont assez convenues sur ces titres heureusement limités à un ou deux seulement. Par contre, ceux interprétés au piano sont vraiment beaux, en atteste « Du bist mein Licht » ou « Wenn alles brennt ». Il semblerait que les artistes NDH ont ce besoin de se diversifier depuis quelques temps et en conséquence : mieux vaut ne pas s’imaginer retrouver du Stahlmann (et encore moins du Rammstein) sur cet album. Cette concession faites, on en reste avec un tout délicieux tendre et poétique… tout en gardant un côté à part !

 

Clichés aidant, on ne sera guère surpris de savoir que le groupe vient de Russie…Et promis, c’est loin d’être une critique ! Les artistes russes ayant souvent un côté brut et DIY très plaisant (pas étonnant d’y retrouver du punk), tout en offrant une identité propre. Détricotant les genres sans pour autant revendiquer les réinventer, on pourra rapprocher le chant rappé et l’énergie du trio masqué à des groupes comme Die Antwoord, Shaka Ponk ou encore quelques lointains relents de Limp Bizkit. Prolifiques et éclectiques, on dénote toujours un certain plaisir d’écouter la musique de ceux qui cassent les codes. Car même lorsque c’est moins bien, c’est toujours intéressant. Ainsi dans le cadre de cet album, le milieu semble être là où la qualité réside : « Break the Mold » parait aussi simple qu’efficace : avec un refrain se résumant à ces trois mots et quelques bons gros riffs pour lancer le circle pit ! Et cela se poursuit sur les trois titres suivants : « Sound of Sirens » est hyper dansant tout en gardant une lourdeur bienvenue quand « Whack-a-Mole » et « Dirty White Sneakers » forment peut-être le parfait hybride de leur rap-metal. Les éléments electro sont par contre beaucoup plus clivants : la drum’n’bass de « Feed the Crocodiles » passe plutôt bien, mais « Never Walk Alone » semble tout droit sorti d’une mauvaise rave party… Un album imparfait donc, mais valant clairement la peine de s’y pencher. Ne serait-ce pour se rendre compte que la musique russe actuelle va bien plus loin que les clichés véhiculés par la hardbass !

Déjà à l’époque, cet album proposait quelque chose d’assez différent dans la discographie de BÖC. Avec des chansons écrites en vaste majorité par l’auteur de science-fiction John Shirley, des titres tantôt plus axés Heavy Metal (« See You In Black », « Hammer Back » …), tantôt gravés dans la funk (« Damaged », « Real World » …) clairement on s’écarte de ce qui a fait le sel du groupe. Cela ne veut pas dire que les fans de la première heure ne pourront se satisfaire de titres comme « X-ray Eyes », « Still Burnin » ou « Power Under Despair », s’inscrivant davantage dans ce hard rock onirique et incisif dont ils sont coutumiers. On ne regrettera que deux choses majeures, dont l’une récente : l’absence de nouveautés. Les dernières sorties du label Frontiers forment un beau mélange de titres culte et de pépites oubliées mais se contentent de ça, sans bonus ou exclusivités. Le deuxième regret concerne, justement, le manque de titres vraiment marquants sur cet album… Déjà arrivés après la guerre en 1998 (le heavy metal étant déjà en grande perte de vitesse à l’époque), les différents titres de l’album paraissent manquer de peps, de créativité, d’inspiration. Se renouveler ou continuer à faire ce qui plait aux fans à toujours été un dilemme pour tout artiste, mais force est de constater que cet album n’a pas forcément bien vieilli. Pas mauvais, mais plutôt oubliable donc.

La sortie sur album du concert donné en petit comité afin de célébrer l’un des albums les plus cultes de BÖC (et donc, du hard rock tout court) était assez inespérée. Fort heureusement, nous ne sommes nullement déçus malgré son caractère très épuré. Ce dernier est aussi une grande force : si ce n’est les applaudissements de la foule qui lient chacun des titres, on aurait du mal à croire que le tout provient d’un live tant le son est pur. Cela paraîtra sans doute un peu étrange d’entendre « Don’t Fear The Reaper » avec un chant si clair (d’autant plus quand « The Revenge of Vera Gemini » propose cette reverb onirique si caractéristique). À l’inverse, nous avons sans doute là la meilleure version de « E.T.I. », difficile à croire que le groupe ait pu l’interpréter avec autant d’énergie quarante ans après ! Mais le vrai cadeau lié à cet album, ce sont les redécouvertes de titres peut-être oubliés. Le tragico-romantique « Sinful Love », aussi entraînant que déprimant. L’avant-gardiste « Tattoo Vampire », d’une puissance rarement vue à l’époque. Et l’étrangement pro-carniste « Tenderloin ». Non, toujours pas de quoi se réjouir pour les fans absolus du groupe… Mais sans doute la meilleure version d’un excellent album pour les autres. Non pas que l’original vieillissait… Mais une nouvelle couche de peinture fait toujours du bien.

Elay Arson représente beaucoup de choses. Un projet de vie mené par deux comparses, aussi prolifique qu’extrêmement personnel (4 albums et 2 EP depuis 2016 quand même, toujours garnis d’un riche background !), mais surtout la meilleure jonction entre la synthwave et le metal. Même le ténébreux et agressif Perturbator aux racines black metal ne peut se targuer de mettre la guitare au centre de ses productions comme le fait Elay Arson. Et cela donne beaucoup de couleur à sa musique, beaucoup de particularités très sympathique… Et dans un genre qui semble peiner à se renouveler depuis son boom dans le début des 2010s, c’est véritablement salvateur. Cela se traduit véritablement sur Dusk Incarnate, qui développe une belle palette de sonorités assez différentes de ce que l’on entend habituellement dans la darksynth. Si les vocals ne sont plus si rares (en atteste la présence de Megan McDuffee, très régulièrement invitée par les artistes oeuvrant dans le style), que dire d’un presque Thrash « Code Name Dusk Incarnate » ? D’un « Classified Debriefing » qui fait pleuvoir les gros riffs sans jamais les étouffer sous un synthé typique de la synth. Ou même d’un « Cocaine Nightmare », nettement plus doux, presque innocent. Dans la veine de ce que propose FM-84 ou le titre « Sunday Lunch » de Carpenter Brut. Parlant de ce dernier, le très groovy « Laser Castle » met en avant une basse peut-être moins folle que « Disco Zombi Italia », mais tellement agréable qu’elle suffit à prouver que c’est un instrument trop peu mis en avant dans le genre… ou dans la musique en général ! Quoiqu’il en soit, malgré leurs nombreuses sorties, le duo ne lasse fort heureusement pas encore. La présence d’invités reconnus y étant peut-être pour quelque chose. Que ce soit en tant que passerelle d’un genre à l’autre ou comme curiosité mixant les styles, la musique d’Elay Arson vaut le détour.

Encore un groupe « punk » finalement plus axé sur la pop que la rapidité chaotique et hargneuse du punk originel… Ceci étant dit, cela ne doit pas empêcher d’analyser l’album pour ce qu’il est. Et si les thématiques sont plus mielleuses et les sonorités plus douces, il y a également de la beauté dans la simplicité et le « easy-listening ». Ce qui est plus dommageable, ce sont les constructions très convenues du groupe. Après le raz-de-marée incarné par la seconde vague punk des années 90/début 2000, qui a vu pléthore de groupes naître et succomber presque aussitôt, difficile de ne pas être un peu déçu par le côté hyper-prévisible d’un album sorti bien quinze ans après la tempête. On ne peut pourtant pas dire que le groupe n’ait rien à raconter : les émotions telles que l’amour ou la mélancolie pouvant bien remplacer les revendications politiques tout en restant résolument punk. Mais ici, tout paraît fade. Ce n’est pas mauvais mais rien ne se démarque. ET pour un genre qui nous a abreuvé de refrains aussi débiles que diaboliquement entraînants, c’est une vraie déception. De plus, si le groupe paraît très sympathique en plus d’avoir de belles intentions, ils n’en sont pas à leur coup d’essai…Aussi, si l’indulgence est de rigueur lors d’un premier projet, on est en droit de se demander si ce n’est tout simplement pas le style du groupe qui perdure. Consistant sans doute. Mais trop lisse aussi.

Passer du doom au hard blues, on a connu d’autres reconversions plus étonnantes encore. Tandis que le sobriquet du groupe se réfère uniquement au prénom de son frontman plutôt qu’à une sordide expérience oubliée. On ne pourrait d’ailleurs pas en être plus éloigné, puisque son rythme s’illustre davantage dans le registre blues que hard (rock ?). Preuve en est sur l’instrumental et très sympathique « Blues Asteroid », ou le mélancolique « Swamp King » donnant envie de siroter un whisky haut-de-gamme ou un cocktail élaboré en nous caressant l’échine de ses riffs langoureux. Le blues arbore une incroyable classe, ce n’est pas nouveau. Ce que l’on aurait aimé (et encore ?) c’est peut-être de s’axer plus dans ce côté hard. Pas nécessairement en vélocité, qui aurait sans doute dénaturé ce côté élégant et maitrisé, mais peut-être en grossissant le trait, en s’octroyant éventuellement des sonorités plus stridentes, plus tranchantes par moment. Au risque de perdre ce côté sobre et sombre ? Peut-être… En vérité, il n’y a pas grand-chose à redire sur cette écart blues-y. Il ne réinvente pas la roue, mais Alberto le fait tellement bien qu’on ne peut que se poser dans son canapé, casque sur les oreilles en profitant du moment.

Dans la famille des styles improbables, optons cette fois pour l’adventure rock. De quoi découvrir des terres inexplorées du monde de la musique ? Nous n’irons pas jusque-là, mais il faut avouer que les vocals d’Alexanderson ont un petit côté troubadour, presque médiéval, qui rajoute un cachet particulier à la musique rétro et colorée du groupe. On se croirait presque sur du Rainbow croisé à du Blue Light Orchestra ! « Tear of a Traitor » en est sûrement l’exemple le plus parlant. Peut-être plus classique, mais tout aussi agréable : la douceur d’un « Carry On », véritable invitation à un road trip nocturne. Et les trois derniers titres aux noms poétiques, « Labyrinth of Distant Echoes », « Blinded by the Emerald Mist » et « Fading Hero » prennent des airs d’épopée tant par leur durée que leurs sonorités : la première est plus tranquille, on est loin d’une montée progressive en intensité et force. Ici, tout est calme sans jamais être mou ou ennuyeux. La seconde plus péchue, s’emballant au milieu pour se calmer selon une trajectoire « en cloche ». Finalement, ils ne l’ont peut-être pas volé leur classification dans le genre du rock aventureux… On a l’impression d’avoir vécu un sacré trip avec le groupe en clôturant l’album. Nul doute qu’un soupçon de « space rock » n’y soit pas étranger non plus, surtout sur le titre qui clôt l’album ( « Fading Hero » donc). Dans le domaine du rock et ses dérivés, la nostalgie est omniprésente. Mais certains genres sont moins exploités que d’autres. De quoi savourer encore un peu plus ce nouvel album des suédois !

Si la setlist de ce concert n'est pas la plus originale, on ne prétendra pas non plus en être surpris. Tant parce que cela fait bien longtemps que BÖC n'a plus sorti de nouveaux titres que parce qu’ils sont toujours aussi diablement efficaces plusieurs décennies après leur sortie. On appréciera ainsi cette version ultra-longue de "Godzilla" de plus de douze minutes ! Mais aussi d’autres aussi bons que puissants : « Buck's Boogie », « Burnin' For You » ou encore « Harvester Of Eyes » font partie de ces titres que l'on n'a de cesse de redécouvrir. Que dire aussi de "Black Blade", morceau tout aussi geek que Godzilla mais bénéficiant d'une aura bien moindre alors qu'il a tout du "crowd pleaser" ? Les morceaux du groupe ont toujours brillé davantage par leurs instrus que par leurs vocals souvent plus minimalistes, mais ces dernières rajoutent toujours un cachet particulier c'est clairement le cas sur cette chanson. La joie de n'avoir pratiquement QUE de la musique, donc avec très peu d'intervention du groupe entre chaque morceau, est vraiment plaisant. Tant pis pour ceux qui voulaient entendre quelques anecdotes... Le groupe donne tout ce qu'il a sans fioritures, et c'est bien pour ça qu'on est là ! Si on pourra reprocher au groupe de ne sortir que des productions sans réelles surprises ces dernières années, on se réconfortera en disant que presque aucun titre n'a pris de coup de vieux. C'est toujours aussi jouissif d'entendre Cities On Flame With Rock And Roll ou Me262. Même si on trouvera toujours LE titre qui manque... Pour nous, ce sera "Astronomy" cette fois-ci.

Et une énième ressortie pour ce désormais bien culte "classic" ! En ce sens, difficile de feindre la surprise : la tracklist est le même concentré de gourmandise que l'on attend d'un groupe mythique comme BÖC. On a « Don't Fear The Reaper » (évidemment), « Godzilla » (peut-être dans la meilleure version jamais sortie), « Burning for You » (qu'on a du mal à écouter sans penser à un certain groupe suédois...), et quelques morceaux tout aussi excellents peut-être un brin moins connu : « Harvester Of Eyes », « Astronomy » ou « M.E. 262 ». Non finalement, outre le manque de nouveautés, ce qui est préjudiciable à l'album c'est peut-être d'avoir gardé en l'état les deux curieux "TV mix" en queue de peloton. S'ils permettent de pleinement apprécier l'instrumental des deux titres, on se rend bien compte de l'importance capitale des vocals dans la genèse des titres Godzilla et Don't Fear The Reaper. Ce n'est tout simplement pas pareil sans. Que dire de plus ? Il s'agit des meilleurs titres d'un des meilleurs groupes de hard rock, vieux de plus de cinquante ans. Les fans absolus n'y verront aucun intérêt. Les non-initiés y trouveront l'essentiel d'un groupe n'ayant plus rien à prouver. GO-GO-GODZILLA !

“Hellyeah” ! Voilà ce qu’on a envie de lâcher en découvrant le nouvel album du supergroupe. Alors qu’arriver au sixième album pour ce genre de formation est déjà plutôt surprenant, voir cet album sortir malgré l’immense et tragique perte que représente le décès de Vinnie Paul force le respect.  Et avec une telle qualité, ça paraitrait presque insolent... Si cela n’en faisait pas l’hommage ultime. C’est que Hellyeah s’est grandement bonifié avec les années, et que les cloisonner au seul genre du Heavy serait infiniment réducteur. Injectant une bonne dose de groove, avec quelques pincées de thrash ou de nu par-ci, par-là, il y a une richesse bienvenue dans les quelque dix morceaux proposés : c’est sage, mais intense. L’album démarre en furie, avec le single “333” : il illustre parfaitement ce mix heavy et groovy... avec une bonne grosse patate bien agressive. “At Wick’s End” illustre mieux ce côté nu-metal tout droit sorti de la charnière 90s-2000s... Lourd, impactant avec une voix tantôt éraillée, tantôt plus mélodique (lors du refrain). Idem pour “Boy”, en plus enragé encore. On dirait presque du rap-rock !  Que dire de “Perfect”, pour le coup hyper dansant, donnant envie de sauter partout tant par son bridge aux riffs des plus délicieux que par son chorus simple et efficace. Même le morceau de clôture, à défaut d’être original (une balade acoustique), est plutôt joli et apporte une accalmie sympathique à un album qui nous hurle au visage pendant la demi-heure qui précède. Malgré un début de carrière plutôt décevant qui aura sans doute refroidi les fans les plus assidus, ce nouvel opus (et le précédent) démontre que Hellyeah mérite à être réhabilité. À voir si l’aventure continuera sans Vinnie, et s’ils pourront reproduire ce coup de maître sans ses talents...

En voilà un nom d’album pas du tout à rallonge ! Blague à part, la Suède nous prouve une fois encore qu’elle dispose de nombreux atouts pour séduire le mélomane, et ce dans tous les genres. On a ici droit à du bon rock à l’ancienne, dans le registre pêchu et hyper-catchy qui fait de chaque morceau une dose de puissance absolument jouissive. Pour un premier album, c’est déjà très peaufiné, très efficace. Le genre de morceaux qui accompagnent un road trip, ou qu’on apprécie en savourant un burger en chemise à carreaux… Même la voix d’Erik Linder semble tout droit sortie d’un jukebox ! Tandis que la gratte de ce dernier, adjointe à celle de Kristian Rigo groove sévère et propose de jolies prouesses tant mélodiques que simplement classes et énergiques. Parce que c’est surtout ça : leur musique est COOL. Même leur logo l’est, même leur dégaine… Et leurs prestations lives semblent l’être tout autant. Et ça se ressent parfaitement sur des titres comme « Rock’n’Roll Degenerate », « The Tourist » ou encore « Dog on a Leash » (dont l’intro vous rappellera peut-être quelque chose…). On regrettera peut-être, et c’est le plus dommage que les morceaux restent somme toute assez similaires, fonctionnant sur un même schéma. Ils sont tous très sympathiques, mais pas vraiment uniques… Rendant difficile la sélection d’un ou deux morceaux vraiment excellents. Mais on ne boudera pas son plaisir : certes, il s’agit là d’un énième groupe voulant faire du neuf avec du vieux, mais leur fougue est tellement communicative qu’on est tout simplement happé pendant tout l’album et sa patate. L’album se clôt d’ailleurs par « Frenetic Magnetic », l’un des premiers singles du groupe, au bridge délicieux qui clôt en beauté un album qui ne s’arrête jamais. Et avec un nouvel LP déjà prévu pour février 2020, on attend le quatuor au tournant !

S’il serait très tentant de gonfler la note du groupe pour la simple audace de faire du punk rock à l’ancienne à une époque où le côté pop, plus commercial, est venu se greffer dans la musique des anciens porteurs d’iroquoises, on ne sera guère étonné de retrouver des vétérans de Mucky Pup ou Murphy’s Law derrière ce premier EP. Pourtant, il est difficile de ne pas s’avouer quelque peu déçu par cette première offrande affublée du nom « Kings Never Die ». Si les quatre morceaux se suivent et ne se ressemblent pas, on pourrait même être désarçonné par ce manque de liant entre les titres qui composent la galette. « Before my Time » s’inscrit dans un style plutôt Thrash, manquant un peu de peps, mais clairement pas d’impact et de force. « Never Know What You Might Find » est certainement leur meilleur titre, puisque rajoutant cette hargne, cette adrénaline manquant au morceau précédent. « Raise A Glass », donnant son titre à l’EP, est un curieux patchwork entre un titre punk rock et une chanson à boire, qui s’intensifie progressivement. Dommage cependant que le refrain fasse totalement retomber le soufflé… Gageons que les mêmes vocals, chantées plus vite auraient donné un résultat nettement plus appréciable. Enfin, « The Juice » combine les qualités et les défauts des deux titres précédents : à la fois costaud et explosif, il devient par moment mollasson et sans reliefs. Il suffit de voir ces deux derniers tiers, pratiquement dénués de paroles : c’est long…très long. Difficile donc, de pleinement recommander cette première prod des Kings qui est tout juste sympathique, mais très rapidement oubliée.

Si la longue histoire du rock et du metal nous a prouvé que faire de la musique en famille, c’est fantastique, il est cependant toujours délicat de juger des morceaux chantés dans une langue que l’on ne comprend pas. Il reste les instrus donc, et ça tombe bien : ce live de Madsen se montre plutôt généreux avec ses vingt-deux titres (sans l’intro). Si le sentiment général vis-à-vis de l’album donne envie de les ranger dans la vaste famille des groupes rock jeunes, dynamiques et un peu pop ayant pullulé depuis le début des années 2000, ce serait se montrer bien snob et réfractaire à ce côté justement très pêchu et communicatif de la musique de ces mêmes groupes. Madsen n’est pas en reste : ils jouent avec leur public et le font très bien. Chaque titre transpire le peps et l’énergie : « Lass die Musik an » et son refrain aussi simple à retenir qu’efficace, le côté plus heavy de « Rückenwind » ou encore le côté lancinant de « Kompass », on peut reprocher aux frères Madsen un chant peut-être moins agréable pour les non-germanophones, mais clairement pas leur versatilité au niveau de leur répertoire. Que dire encore de « Goodbye Logik », avec sa longue intro instrumentale ? Ou « Nachtbaden », encore et toujours d’une patate exemplaire ? On ne peut pas dire que Madsen réinvente le rock, ou qu’il en a la prétention. Mais ce qu’il fait, il le fait bien. Et si cet album live n’apportera sans doute pas énormément à ceux ayant déjà entendu « Lichtjahre », le simple fait d’avoir le groupe au plus près de leur public, qui galvanise avec force des artistes toujours aussi fougueux quinze ans après leurs débuts, rend l’album très appréciable.

21.01.20 17:41

CB3 - "Aeons"

Cinq titres pour un LP, c’est dans la norme. Mais quand on parle de rock psyché, on se doute qu’on va avoir de la matière à se mettre sous la dent malgré tout… Et pas qu’à cause de la longueur des morceaux ! Si les vocals sont généralement en retrait dans le genre, le trio de Malmö choisit carrément de les occulter. Pour mieux se focaliser sur la musique ? On peut en tout cas le croire ! Le cosmique et onirique « Zodiac » parait court et intense pour du psyché, mais donne déjà le ton de la claque à venir, notamment par ses cordes hypergraves qui offrent un sacré impact ! Les deux titres suivants, « Sonic Blaze » et « Acid Haze » forment véritablement l’épine dorsale du LP : le premier offre un travail hallucinant sur les percus et donne une atmosphère qui groove tout en ayant beaucoup de corps et de versatilité. Le second commence de manière très cinématographique, voire guerrière. Il est beaucoup plus lent, mais beaucoup plus dense aussi : les riffs déchirant le lointain jusqu’à s’emballer au milieu du morceau et enfin revenir à une cadence plus musclée, plus rythmée. Les riffs stridents laissant leur place à des accords plus rapides et graves. Avec un peu plus de neuf minutes, ce titre est d’une versatilité exemplaire. Les deux titres suivants sont également très bons, mais moins mémorables que ces deux joyaux incroyables. Rappelant quelques titres de Death in Vegas par moment, Pink Floyd évidemment, mais clairement dans leur propre niche, on ne saurait que trop recommandé l’écoute de cette petite bombe suédoise !

L’histoire est commune : un groupe des 80s ayant subi plusieurs changements de line-up, ayant perdu son éclat sur leurs dernières productions et pourtant toujours là, à carburer pour sortir des nouveaux sons bien loin de leur âge d’or. On saluera d’ailleurs Peavy, seul membre d’origine du trio. Concernant l’album lui-même… Il est somme toute assez convenu, sans fulgurance, mais tout à fait sympathique. Les thèmes de prédilection du groupe, tantôt lorgnant faire la fiction, tantôt s’attachant à des thématiques plus humaines, sont bien retranscrits. Le premier s’illustrant magnifiquement sur le titre « Chasing the Twilight Zone », samplant le fameux générique de la toute aussi célèbre série de Rod Serling. Certainement l’un des meilleurs morceaux de l’album tant par sa puissance que pour l’incorporation astucieuse du sample. La deuxième thématique s’illustre davantage sur « Shine a Light », « HTTS 2.0 » ou « Don’t Let Me Down ». Malheureusement, si musicalement on ne peut rien reprocher à ces titres, les paroles, elles, sont plutôt plates… Voire un peu niaises. On reprochera aussi un milieu d’album traînant en longueur : rien de mal à caser une balade ou deux, mais celles-ci semblent presque prises en sandwich entre le début et la fin, bien plus musclées. Il aurait peut-être été préférable de les mettre en clôture d’album que de les entasser ainsi en son centre. Il n’empêche que si l’album manque de relief, tant dans le genre que dans la discographie du groupe, il n’a rien de foncièrement mauvais et saura satisfaire le fan de heavy n’ayant rien à se mettre sous la dent.

Pour les non-initiés fans d’Alestorm, la musique de l’équipage (ce n’est pas rien de le dire… plus de trente membres !) de Ye Banished Privateers est beaucoup moins dans le délire de la boisson et du gros metal et beaucoup plus dans les chansons de galérien, inspirées bien souvent de faits historiques revisités. Et la formule demeure inchangée pour ce quatrième album, traitant de thèmes lourds de la vie de marin avec des sonorités folk plus « traditionnelles » que leurs comparses. Que dire de l’entrainant, mémorable et magnifique « Hush Now My Child », l’un des morceaux forts de l’album ? Que dire de « Flintlock », plus posé, mais véritable conte en plein milieu de l’album ? Ou encore « Elephant’s Dance », gigue plus stéréotypique de récit de pirate, mais diablement efficace. La variation dans les vocals, tantôt masculines, tantôt féminines… Tantôt mixte, tantôt chœurs ! Avec un tel line-up, autant mettre à profit l’ensemble des talents à disposition. On saluera aussi le travail réalisé sur l’ambiance, l’atmosphère de l’album. Bruits de vagues et de mouettes à profusion, c’est peut-être convenu, mais ça marche. Et c’est peut-être le meilleur résumé de ce nouvel album : oui, c’est des chants de pirate comme on les imagine, comme le veulent les clichés. Mais quand c’est aussi bien fait, on ne va tout de même pas cracher dessus. Et après tout… Vous connaissez beaucoup de groupes récents opérants dans ce style si singulier ? Un album à écouter et à chanter, en sirotant un bon rhum brun !

Se lancer dans le heavy à l’heure actuelle est soit un pari un peu fou, soit le projet de vrais passionnés. On serait bien tenté de prétendre que Turbokill fait les deux ! Il serait sans doute illusoire de chercher encore de la nouveauté dans un genre si surchargé, et le groupe ne s’en encombre pas (y compris jusque dans le line-up classique : une guitare rythmique et des vocals indépendante du lead guitariste !). Et ce n’est pas plus mal : l’album se révèle aussi fun que sympa, ne dérogeant certes pas aux codes, mais les appliquant avec justesse, précision et talent. Le titre éponyme donne une patate monstre, tant par sa rapidité et un refrain honteusement entraînant. Le morceau suivant, « War Thunder » est encore plus véloce et décape par l’adrénaline pure proposée tout du long de ses quatre minutes. « Pulse of the Swarm » se veut plus lourd et cru, presque groovy dans les guitares… et clairement martial pour la batterie ! La grande force (et principal plaisir) de la musique de Turbokill c’est justement de puiser dans toutes les caractéristiques du genre pour nous livrer une sorte de « best-of » de tout ce qui s’est fait de mieux. En cette période d’amour inconditionnel pour les 80s, c’est de rigueur ! Et quand on entend « Turbokill » (le morceau !), semblant tout droit sortir du dernier album de Judas Priest, on se dit que c’est de toute façon un genre condamné à répéter son âge d’or… Pour le meilleur comme pour le pire ! En tout cas, pour un premier album, Turbokill s’en sort impeccablement. À voir s’ils vont poursuivre la route de l’hommage assumé ou creuser leur propre style. Quoiqu’il en soit, le produit fini demeure fort sympathique et atteste de tout l’amour du quintette pour ce genre, épique et mélodieux comme il se doit.

Un nom de groupe énigmatique sortant un album-concept au nom limpide. Un quatuor venu d’Italie qui nous délivre pour ce second opus un concentré de post-punk, de hardcore et une bonne dose de screamo… Tout un programme donc, et un bon melting pot comme on apprécierait en voir davantage. Focalisés sur « la futilité de l’existence » (selon les dires du groupe et comme le nom de l’EP le laisse présager), les titres sont au moins aussi équivoques : « Void and Pain », « Faded Colors » … Aucun doute : les thèmes abordés seront plutôt mélancoliques et sombres. Mais c’est parfaitement contrebalancé par la voix de Davide Giaccaria : à la fois juvénile et surprenamment puissante. Ce contraste est d’autant plus réussi que les instrus n’hésitent pas à balancer de la distorsion ou une batterie aussi soutenue que marquée. Notamment sur la fantastique intro de « Counterpoison » (qu’on aurait presque voulu plus longue… mais serait-ce bien raisonnable ?). Autre prouesse instrumentale sur le bridge de Mountains : précédé par un (trop court !) solo de batterie totalement fou de Marco Mei, il nous délivre ensuite une salve de gros riffs qui collent au corps, rapidement rejoint par les vocals hargneux de Davide. Si on a souvent du hardcore une image testostéronée et violente, la musique de JX Arket est plus fragile, plus sensible. Cela ne plaira pas forcément aux afficionados les plus brutasses, mais comme entrée en matière ou simple praline tragique, le jeune groupe fait très bien le taf. Hâte d’en découvrir davantage ! 

Comment dire qu’avec un tel pedigree pour chacun des membres du groupe, sortir un tel album laisse forcément un petit goût amer dans les oreilles. Passons outre la pochette (qui on l’espère, est emprunte d’autodérision) et concentrons-nous sur le nœud du problème : l’album est creux, l’album est plat, l’album n’a rien de spécial. Que les thèmes abordés choisissent de cracher sur la religion et la guerre ne pose aucun souci : cela relève pratiquement du folklore thrash, au même titre que les riffs agressifs ou l’abus de la double grosse caisse. Non ce qui pose problème, c’est d’avoir un tel bagage et de proposer des morceaux si insipides. Jamais à jeter, mais jamais vraiment bon non plus, les morceaux défilent sans que l’on ait vraiment envie d’y retourner. On headbang mollement sur des compositions assez peu inspirées, parfois sauvées par des textes incisifs qui n’hésitent pas à donner des coups là où ça fait mal (notamment « Blackend Cloth », critique acerbe de la pédophilie dans l’Église). En revanche, certains morceaux nous plongent vraiment dans l’incompréhension. Pourquoi « Angels and Demons » se pose comme une balade à la limite du Glam par exemple ? « 18 oz of Chrome » en revanche, est franchement pas mal et propose quelques bonnes idées… Mais il est beaucoup trop long, et finit par devenir répétitif au fil de ses sept minutes. Les morceaux de plus de trois minutes réussissent rarement au Thrash pur, et Wreck-Defy en fait les frais. S’il s’agissait du premier album un peu bancal de jeunes zickos, le bilan serait plus clément. Mais avec Greg Christian à la basse et Alex Marquez à la batterie, le jugement mérite plus de sévérité. Même pas digne d’être une curiosité, on ne garde qu’un album fade.