Ale

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Si vous êtes peut-être, comme moi, amateur de questions que personne ne se pose (comme par exemple « que veut dire OJM ? » ou encore « est-ce que les albums live rencontrent un nouveau public maintenant que les concerts sont proscrits ? » ), vous êtes au bon endroit pour rester sur votre faim. Mais je peux néanmoins partager une anecdote intéressante sur le fait que « Vincebus Eruptum » est un fanzine italien, lui-même nommé en référence à un titre du groupe de rock psyché « Blue Cheer ». C’est d’ailleurs pour célébrer les dix ans de ce magazine (et promouvoir leur dernier album, « vrai » album, en date, « Volcano ») qu’a eu lieu leur concert au Rocket Club. Ce qui remonte… également à dix ans. Donc cette sortie CD commémore les vingt ans du fanzine, vous suivez ? Bref, trêve de background, il est tant de parler musique. Et on commencera par saluer les deux titres « longs » du concert, à savoir « Ocean Hearts » et « Desert » qui donne toute leur signification Stoner (et même un brin psyché) du groupe. Un chant caverneux, une guitare qui groove sévère… Ils forment de plus de beaux entractes aux autres titres, nettement plus typé garage rock justement ! Nettement plus courts, mais aussi plus effrénés et puissants, c’est le noyau dur du concert… Même s’ils paraissent moins tranchants, plus homogènes et de fait, moins marquants aussi. Ils font le taf dirons-nous, et sont bien pêchus comme il faut ! Mais il n'y a pas photo, c’est « Desert » le clou du spectacle. Il paraît plus diversifié à lui tout seul que le reste du CD ! On passe facilement par quatre ambiances, très vastes, jonglant avec les sonorités et les rythmiques pour nous fournir à ce qui s’apparente à une démonstration de force. On aurait presque aimé que tout l’album soit du même acabit, tout en gardant l’intime conviction que les morceaux garage ne sont certainement pas à jeter, ni même à considérer comme simples fillers. Ils sont bien fichus et ont leur place dans l’attirail d’OJM, ils sont simplement « moins bons » et mémorables. Ce qui n’empêche pas « 2012 » d’être plus calme et de poser une atmosphère bien sentie, ou « Give Me Your Money » d’être un joli petit pétard festif et frénétique. Au final, on dira surtout que ce live au Rocket Club démarre vraiment dans sa deuxième moitié, où il devient alors une vraie petite merveille. Et surtout on retiendra que si cela m’a moins surpris que mes dernières chroniques sur de récentes productions italiennes, cela ne m’ôtera pas l’idée qu’ils sont capables de tout faire ces gens-là…

Sans aller dans les détails plus ou moins légaux et complexes (même si la mention « pays » en atteste quelque peu), on se contentera de dire que le groupe propose ici une nouvelle salve après les deux premières incursions début d’année passée avec son nouveau chanteur Stéphane Gerbaud (qui apparemment, serait resté longtemps dans l’ombre après ses participations à Anorexia Nervosa et Necromancia !). Bref, même si le nom de l’album demeure assez nul (jamais deux sans trois, mais pour le coup…), on se dit qu’il est finalement assez bien choisi : il est d’une immanquable continuité à la saga débutée il y a plus de cinq ans de cela. Les thématiques sont nombreuses dans le genre et on n’est guère étonné de retrouver celle du cauchemar pleinement personnifié pour un troisième tour de carrousel (ou de train fantôme, c’est de circonstance). Le titre est ici en un seul morceau et non divisé en deux comme pour le précédent : sans doute plus logique, il faut bien le dire. Un peu moins long aussi, mais gardant l’essentiel d’une bonne recette. Le titre est très atmosphérique, avec des teintes lugubres et obscures, parfois même réellement inquiétantes et oppressantes. On nous offre que très peu de répits durant ces trois quarts d’heure d’intensité hypnotique, flirtant parfois avec le réel malaise, mais toujours calmé par le travail fait sur l’ambiance, notamment à l’aide de « bruits » rajoutant une couche de « réel », d’autant plus immersive. Malgré ces petits instants d’accalmie, notamment lorsque la voix du sieur Gerbaud se met à jouer des coudes pour écarter la guitare, on admettra tout de même que cette longue virée cauchemardesque est tout de même un peu longue, au point d’être un peu lassante dans son dernier quart (même ce que l’on qualifierait d’outro s’éternise pendant bien trois minutes !) Pour le reste, les fans du bonhomme seront contents de retrouver ce troisième opus, dans la digne lignée du second plus encore que du premier et qui pose la question : est-ce qu’on doit s’attendre à une tradition annuelle désormais ?

Une nouvelle fois, l’Italie démontre toute sa pluralité et sa richesse en matière de metal. Et après Aborym il y a peu, on reprend une cuillérée d’indus avec Seth Borsellini, astucieux pseudonyme en référence au dieu égyptien du chaos (déjà, ça annonce la couleur). Il est également vétéran du groupe « Sfregio », ou « balafre » en français, groupe de Thrash plutôt décalé qui aura sorti trois albums, ainsi que de « November Guns », groupe de reprises des Guns’n’Roses. Pourquoi citer de cette façon le CV du bonhomme ? Et bien pour montrer qu’il n’en est pas à son coup d’essai pardi ! Néanmoins, on est loin de ce à quoi l’homme nous avait habitués jusqu’ici. Exit les shorts et les cheveux longs, maintenant c’est crâne rasé et long manteau à la Matrix. Et de fait, le « mood » (ha ha) de l’album est bien différent du reste de ses œuvres. On reconnaît là le côté très mutagène de l’indus, permettant de diversifier les ambiances et les rythmes pour faire plus ou moins ce que l’on veut. On ne prétendra pas que le style est véritablement réinventé avec cette première incursion dans le genre, mais on a au moins droit à quelques chouettes variations entre les dix titres (onze en comptant l’intro). Ainsi le single « Taste My Hell » est très NIN dans son instru, et très Manson dans son chant. Le tout étant plutôt costaud tout en gardant un côté émotionnel fonctionnant assez bien. La plage tutélaire est quant à elle plus brute, plus crue. Plus directement « indus » dirons-nous. Avec un peu de reverb rajoutant un aspect éthéré à l’ensemble, avec en plus un refrain assez diablement entraînant. Alors que « That Fog » est plus minimaliste, plus lourd, plus « martial ». On ne va pas faire toutes les pistes, mais disons qu’il y a à boire et à manger et que ça ne donne pas mal du tout, surtout pour une première d’un artiste touche-à-tout (bien qu’il ne s’agisse pas d’un one-man-band, contrairement à ce que son nom voudrait faire croire !). Ce n’est pas encore parfait, il manque sans doute de titres vraiment mémorables, mais on salue la prise de risques. À voir maintenant si on aura droit à un second essai pour sublimer l’ensemble ou bien si, au contraire, Monsieur Borsellini tentera encore quelque chose de différent par la suite. En tout cas, son parcours est digne d’intérêt.

Je n’ai pas souvenir de chroniques de ma part honorant le travail d’artistes néerlandais. De Belges néerlandophones, certainement. Mais mes connaissances de la scène musicale des Pays-Bas s’arrêtent beaucoup plus au sein des genres très divers d’electro (plutôt véloce et crasseuse, de l’ordre du gabber et assimilé) que du metal, du rock ou dans le cas présent : du punk. Mais comme on a déjà pu longuement vérifier que l’envie de gueuler, faire la fête et parler de ses problèmes ne connaît pas de frontières, il parait bien malencontreux de partir sur de quelconques préjugés à l’ère où toute la musique du monde et de toutes les époques est à une portée de clics. Et donc, que donne ce premier EP, sortant sur l’aptement nommé « Rebellion Records » ? Et bien ça groove sévère ! On est sur quelque chose d’assez facile à appréhender, de plutôt agréable à passer dans sa voiture de manière posée. Les plus puristes trouveront à râler en affirmant qu’on se retrouve moins dans le punk d’antan, pur jus, avec des voix éraillées, de la grosse disto et une production dégueulasse qui fait le charme… Mais inutile de faire une division binaire entre « vieux » et « nouveau » punk, ce serait précisément antipunk ! Parce que la charnière située fin des 90 s/début des 2000 s regorgeait de groupes intéressants, peut-être plus radiophoniques, mais dont les valeurs et les messages n’étaient pas (toujours…) édulcorés pour parler de grosse teuf, de chagrin d’amour ou de désobéir aux parents uniquement. On pouvait aussi parler de la peur de l’inconnu approchant, de l’ennui d’une banlieue calme ou de ses doutes. Et c’est peut-être ça la grande force du punk : pas tant de pouvoir faire « n’importe quoi », mais surtout de pouvoir faire « tout ». Et si l’on ne prétend pas non plus que Savage Beat réinvente la roue pour proposer l’avant-garde de la troisième vague du punk, on se dira qu’un album nommé « New World » en plein milieu de pandémie n’a sans doute rien d’anodin… Pas convaincu ? Est-ce que des noms aussi équivoques que « Trapped », « Killing Time » ou « All Bars in Town » laissent toujours place au doute ? (Sur) interprétation personnelle ou pas, les cinq titres tombent en tout cas clairement à pic. Tant pis pour les éternels insatisfaits : le riff de « League of Fools » ainsi que ses chœurs sont trop bons et accrocheurs pour bouder son plaisir. Le bridge du titre qui ouvre l’album aussi. Et de façon générale : en à peine un gros quart d’heure, Savage Beat apporte une patate d’enfer et une grosse banane sur notre visage. Dernière interprétation et puis j’arrête : peut-être doit-on y sentir un énième parfum de nostalgie, si tenace qu’on le sent partout, mais qu’on ne peut s’empêcher d’accueillir dans nos narines de temps à autre. Car oui, ce petit goût de jeux de bagnoles ou de skateboard sur PlayStation 2 n’est peut-être pas étranger à cette critique dithyrambique. Mais je reste confiant sur le fait qu’il est impossible de vomir un tel EP, si débordant d’énergie et de bonne humeur. Tout n’est pas objectif… Mais il est subjectivement impossible de ne pas taper du pied avec « New World » ! Du coup, leur nom ne paye peut-être pas forcément de mine (on imagine davantage un qualificatif pour un sample plutôt pas mal qu’un groupe de petits gars survitaminés), mais leur musique est plutôt efficace et même assez propre pour un genre aussi abonné au DIY au point d’en faire une religion. À voir s’ils ont gardé quelques cartouches pour l’après-pandémie. On est en tout cas assez impatients d’avoir un album plus long, un poil plus varié et ça fera complètement mouche !

Imaginez ma surprise en recevant l’album du sextuor (un mot qu’on n’utilise pas souvent ça) et en découvrant un côté black assez présent et totalement assumé… Loin d’être un défaut, bien entendu, surtout lorsqu’il est bien fait. Et surtout, cela m’apprendra à me rattacher avec tant de véhémence aux petites cases que constituent les genres (quoiqu’en faisant son vieux con, on pourrait dire que la présence de vocals éloigne du post-metal stricto sensu, mais c’est de la mauvaise foi). Bref, encore une raison d’aimer les Italiens et leur propension à sortir des morceaux riches, complexes… longs ! Une véritable obsession à ce stade. Et pourtant, rien à voir avec les sonorités oniriques plongeant l’auditeur dans un état de transe et la douce poésie des quelques autres groupes et albums découverts cette année. Ici, les influences sont clairement à trouver dans le metal extrême et assimilés : outre le black et le post déjà abordés, rajoutons un soupçon de hardcore et peut-être une pointe de doom ? Un brillant melting pot, une fois encore maitrisé impeccablement. Est-ce que c’est le fait de s’être entouré de beau monde depuis leurs débuts, en ce compris lors de l’enregistrement de ce premier album ? Le fait d’employer TROIS guitares ? Ou la fougue de la jeunesse, tout simplement. Peut-être un peu de tout… et là aussi, un melting pot gagnant. Rajoutons en plus que les lascars pensent déjà à la suite, au point de considérer « Endless Inertia » comme un teaser, une mise en bouche. Une sacrée vantardise qui fait espérer beaucoup ! Mais pour l’instant, toute l’attention revient à ce premier opus, fort sympathique, fort dynamique et généreux, qui cache un bel élan de lyrisme tout de même pour quiconque ose creuser et percer la carapace abrasive de « La Fin » (qui termine même son album par une « Eulogy »… En plus, ils ont de l’humour !). Et justement, le mot de la fin… c’est d’aller y jeter une oreille curieuse et attentive. Pondre de tels albums d’emblée, ça n’arrive pas systématiquement.

Cette chronique cristallise plusieurs remarques transversales faites au cours de nombreuses critiques passées de votre serviteur. Pour Die Grüne Welle et Serum 114, je questionnais par exemple la scène punk allemande, d’apparence très intéressante, mais très méconnue au détriment des deux mastodontes britanniques et américaines (et chez nous, un peu franco-belge aussi). J’évoquais lors de de multiples chroniques de post-punk ou de prog telles que pour San Leo, Plight Radio ou Threestepstotheocean la longueur des morceaux, au point d’affirmer qu’il serait plus simple de parler de « passage » préféré plutôt que de titre. Enfin, dans ma récente chronique sur le dernier né de Bearings, les nombreuses « écoles » du punk étaient rappelées, avec le côté fun, revendicatif, référentiel, nerveux ou émotif. Et c’est avec un certain amusement que les pensées se bousculent à ce sujet : vingt titres, dont certains ne font qu’à peine plus d’une minute. Un exemple parfait de la scène punk allemande. Et surtout : un style résolument old-school et pour cause : il n’y avait que ça à l’époque. Car après cette intro bien trop longue, il faut mentionner le plus singulier et remarquable de cette ressortie : l’originale a vingt-sept ans ! Et le groupe lui-même n’existe plus depuis presque deux décennies. Et c’est sans doute là que l’idée d’une ressortie prend tout son sens : vouloir célébrer un groupe potentiellement oublié, remettre au goût du jour une musique que toute une génération ignore. Et le fait qu’il s’agisse d’un live, en pleine pandémie et alors qu’un show punk est une véritable expérience entre blagues vaseuses, échanges de chopes et côtes cassées… y’a un côté doux-amer qui se mêle à la nostalgie. Il convient d’éviter l’hypocrisie en reconnaissant que oui, là aussi comme pour Bearings, ça traite beaucoup d’amour… Mais absolument pas de façon analogue ! Chez The Bates, on parle plutôt de filles. De celle que l’on déteste, celle dont l’amitié est moins bien que le béguin, mais mieux que le vide, celle qu’on aimerait se faire… Loin du côté un peu larmoyant des groupes plus pop qui suivront. Y’a des chansons s’apparentant à de grosses vannes. D’autres qui permettent de se la péter en gueulant très vite pendant une minute trente presque sans reprendre son souffle, ou de jouer de la guitare bardée de grosse disto, juste pour voir. En ce sens, les vingt morceaux sont très variés et s’enchaînent rapidement et logiquement, rien à redire. On pourra même chipoter un peu en se disant qu’avec des titres d’une ou deux minutes, ça fait un peu court le concert… Mais l’énergie est si communicative qu’on sera juste heureux de voir un tel vestige subsister et ressortir aujourd’hui. Et si cette chronique copieuse ne semble s’adresser qu’à ceux souhaitant revivre des souvenirs ou aux curieux, désireux de  découvrir à quoi ressemble le punk allemand, on veut adjoindre une troisième catégorie : les kepons tout court. The Bates se payent même le luxe (contrairement à leurs compatriotes susmentionnés) de chanter majoritairement en anglais. Alors aucune excuse pour ne pas redécouvrir ce groupe culte, et ses tout de même DIX albums.

Vous souvenez-vous de cette drôle d’époque d’internet où tout était qualifié « d’epic » ? Phénomène assez inexplicable s’apparentant plus ou moins à un synonyme de « cool » ou de « génial », on le casait pour un peu tout et rien. Et dans le cadre de la musique de Viking Queen… On doit admettre que c’est un peu ça aussi, à moins qu’il ne s’agisse d’un pléonasme ? Le Heavy, genre pionnier et très métamorphe à ses débuts, a une belle proportion de groupes lyriques et grandiloquents et en ce sens, Viking Queen ne paraît pas se démarquer outre mesure. Là où on sera peut-être légèrement plus surpris, c’est dans le fait de retrouver de la mythologie nordique (à l’ancienne donc, où le folk et le power n’avaient pas encore tout grignoté !), mais également d’y retrouver une voix féminine. On aimerait ne plus avoir à en faire un argument coup de poing, mais ça fait toujours rudement plaisir d’entendre le travail de musiciennes. Dernier élément, et non des moindres, c’est le côté assez sentimental de l’album, semblant presque proposer une succession de balades entrecoupées de quelques riffs hargneux alors qu’on a davantage l’habitude de l’inverse. Le morceau « Knives through my heart » (l’un des meilleurs de l’album d’ailleurs) aurait clairement pu clore un album de Heavy classique. Ici, c’est le troisième titre de l’album. On retiendra par conséquent surtout cela de cette première production de Viking Queen : une voix magnifique, un rythme plus posé… qui n’excluent malheureusement pas une courte lassitude en milieu de parcours. C’est que malgré ces petites touches perso, cela reste du heavy plutôt convenu. Bon, mais pas transcendant. Nul doute que selon votre niveau de fanatisme, l’album récoltera un demi-point de plus ou de moins. Nous choisissons donc de couper la poire en deux.

Commençons par une digression : l’artwork est absolument magnifique. Onirique, surréaliste, pastel… Il fait forte impression. Et on se demande si ce n’est pas pour cela que le quintet l’a choisi, plus que pour « illustrer » leur musique. Quiconque suit mes chroniques depuis un moment sait que je ne porte pas le pop-punk dans mon cœur : le genre me parait souvent trop creux et superficiel, parlant de problèmes un peu légers, bien que très humains. Un plaisir coupable m’anime quant aux groupes plus hargneux, plus axés sur la crise d’adolescence que les déceptions amoureuses… et encore plus pour les groupes qui ne se prennent pas au sérieux et qui peuvent faire un titre prônant leur fanatisme envers une personnalité ou exprimant une galère du quotidien (quand ce n’est pas une simple invitation à boire comme un trou et faire la fête). Malheureusement pour moi, Bearings se situe plutôt dans la catégorie mièvre… Nul doute que cela plaira à toute une tranche d’aficionados, mais voir une bonne moitié des morceaux traitants d’amours imparfaits, perdus ou déplorables, fini par être lassant, surtout lorsque les paroles ne se démarquent pas de celles de la palanquée de groupes du même acabit. C’est nettement cynique, mais aborder ses expériences passées est une solution de facilité, certes qui marche toujours bien, mais qui témoigne d’un certain défaut d’inventivité. Rassurez-vous cependant, il s’agit en fait de l’unique critique réellement négative (et encore, fortement subjective) de l’album. Certes, il manque un peu de peps, mais cela ne semble pas être la dynamique poursuivie non plus. Il fait le café, clairement, et les instrumentales, bien que sans véritable éclat non plus, sont tout à fait correctes. Votre avis dépendra donc grandement de ce que vous recherchez : les jeunes adultes languissants de leurs années lycée y retrouveront sûrement de très bons souvenirs. Les autres se diront qu’il s’agit « juste d’un album de plus ». Agréable en écoute passive, sympa au milieu d’une playlist, mais assez oubliable en dehors peut-être des fans les plus chevronnés.

Et dire qu’on s’amusait du dernier opus de San Leo et de ses deux titres de plus de vingt minutes… Je pense qu’on ne fera pas plus outrancier que le morceau unique de Shores of Null (à moins de caser l’intégralité d’une discographie sur un seul et unique disque ?). Trêve de plaisanteries nulles, il s’en passe des choses tout du long de ces 38 minutes, qui prennent par moment des relents de black ou même de grunge ! Passant du chant growlé au chant clair, de mélodies lancinantes et calmes à des pics de vitesse et de force. Il paraît délicat de vous spécifier des extraits de l’album autrement que par « début, milieu, fin », alors retenez que le morceau est d’un équilibre effarant. Avec une telle durée, il aurait été aisé de craindre quelque chose d’interminable, de long ou de lent… Ou peut-être au contraire, un titre partant dans tous les sens, ne sachant pas où il va et finissant par perdre l’auditeur. Il n’en est rien. C’est un travail méticuleux que propose le quintet. Chaque passage est à sa place et si certains éléments reviennent périodiquement, c’est toujours à bon escient et au bon moment. Rien ne paraît décousu ou répétitif. Et s’il est amusant de parler de « moment préféré » pour qualifier ce genre de morceau très long, cela semble presque malvenu ici (comme pour San Leo, encore une fois) : couper dans le lard pour avoir plusieurs morceaux liés entre eux n’aurait que peu d’intérêt, précisément à cause de ces passages répétés, mais aussi de la progression cohérente et naturelle du titre. Oui, c’est long, oui c’est un format peu commun… Mais on ne le verrait pas fait d’une quelconque autre manière. Un bel exercice de style, qui se démarque des deux précédents albums du groupe, au format plus classique… mais à la musique tout aussi sublime et sombre. Lors d’une précédente chronique, je plaisantais sur l’attrait apparent de l’Italie pour la musique progressive, où les instruments et l’atmosphère ont la part belle (post-rock, psyché, doom…), et ce n’est pas Shores of Null qui me persuadera du contraire. On ne s’en plaindra certainement pas : le résultat n’est pas des plus accessibles, mais il frappe directement nos sentiments de manière presque primale. À écouter au casque et au clame !

Déjà évoqué dans deux précédentes chroniques, le label M&O Music nous enthousiasme de plus en plus avec ses groupes créatifs et originaux. Cette fois-ci au programme : un curieux mélange psyché/folk qui attise forcément l’attention. Je l’avoue : j’ai un faible pour les singularités, surtout quand le bilan vient estomper d’éventuelles craintes d’un résultat bancal ou trop étrange pour son propre bien (ou pire encore : quand on tente un fourre-tout visant à appâter tout le monde). Ceci étant dit, où est le psyché, où est le folk rock ? Et bien sans exagération : ça se retrouve un peu sur chacun des sept titres, qui déploient malgré tout des atmosphères originales. Le titre « Constellations » est légèrement plus pêchu, alors que le morceau « Love and the Moon » sent bon le soleil et les vacances… quoi de plus approprié avec le froid approchant ? Tandis que « Toward Glastonburry » martèle son identité folk avec vigueur, « Epipsychidion » (à vos souhaits) ressemble à un voyage onirique. Ils ne nous mentaient pas en évoquant leurs inspirations poétiques et le spleen animant leur musique, d’ailleurs pour l’anecdote, le nom du groupe provient du poète anglais « Percy Bysshe Shelley »… Ce n’est pas une mouvance que l’on retrouve chez tous les groupes ! Mais le résultat est saisissant et envoûtant, et c’est même rassurant de voir que la chanson peut encore être tout simplement… belle. Pas forcément triste, énervée, revendicatrice ou raconteuse de vie. Il y a encore des titres magnifiques de façon intrinsèque, sans devoir passer par le full instrumental pour forcer les gens à se déconnecter et à écouter. Nul doute que le duo de voix aura, en ce sens, joué un grand rôle. Ils mettent déjà la barre bien haut avec seulement deux albums… Hâte de voir où leurs idées les mèneront ensuite.

10.12.20 14:42

VESTA - "Odyssey"

L’une des grandes découvertes de 2020 pour votre serviteur, c’est clairement la scène post-rock italienne. Elle est d’une jeunesse vigoureuse, d’une pluralité riche et d’une poésie très plaisante. Pour Vesta, il s’agit déjà de leur deuxième opus, et il donne très envie de redécouvrir le premier. Comme il est de rigueur dans le style, le groupe déploie des mélodies très hétérogènes sur chaque morceau, qui pourtant se montrent lancinantes, répétitives… et par là même, envoutantes dans leurs motifs, leurs patterns. Dans la quête toujours plus fascinante d’expérimentation, également caractéristique de tous les genres en « post… », on trouvera ici une place assez importante de la basse par exemple, en attestent des titres comme « Breach » ou « Borealis ». On saluera aussi le côté plus lourd, plus franc des instruments que dans nombre d’offres du style (d’où le sobriquet de « post-metal », lui collant finalement assez bien). Très atmosphérique, très polymorphe et proposant un cran de puissance, de vitalité sans être brutale ou violente.  Ce sont peut-être ces morceaux moins électroniques, plus « durs », plus « metal » qui pourront plaire à une audience moins habituée… Tout en ne perdant pas ceux qui apprécient être transportés par la douceur des rythmes de « Tumae » ou « Supernova ». Une excellente pioche, pour un tout aussi remarquable exemple du savoir-faire italien en la matière.

Alors qu’une précédente chronique s’amusait de la nécessité des fans de prog à citer des PASSAGES favoris plutôt que des titres, San Leo ne facilite absolument pas la tâche. Deux titres seulement, chacun de plus de vingt minutes, et croyez bien qu’il s’en passe des choses en autant de temps, confirmant une fois encore le côté très « fourre-tout » du genre post-rock (et l’amour passionnel qui l’unit à l’Italie, accessoirement). Le duo, qui se réinvente beaucoup au gré des albums, nous propose ici une musique moins riche que complète (les deux n’étant pas mutuellement exclusifs, loin de là). On croirait presque qu’ils aient voulu jongler avec tous les codes : entre des rythmes mystiques presque tribaux mêlés à des riffs violents, au formidable travail sur les percussions et ce côté éthéré si cher à ce genre des plus planants… Il y a beaucoup de matière. Plusieurs fois, on s’attend à ce que le morceau s’arrête… Alors qu’il reste en fait encore quinze, douze, dix minutes d’une véritable expérience sonore quasi-synesthésique. S’il n’est pas rare de se projeter images et scénario en présence de musique, la grande force de San Leo est de nous permettre d’imaginer un film entier, avec ses hauts et ses bas, ses accalmies et ses moments culminants. On aurait sans doute pu diviser, fractionner les deux titres comme pour « compartimenter » leurs temps forts, les réécouter indépendamment voire les réarranger. Mais cela aurait finalement autant de sens que de changer l’ordre des scènes d’un film : pour un résultat tantôt amusant, tantôt surprenant… Cela n’aurait jamais autant de saveur que de l’expérimenter de la façon dont l’auteur l’a voulu. Et en tant que telle, plus encore que d’habitude, une oreille active et immersive est une nécessité. Nul doute que ça n’en fait pas l’album le plus facile à écouter en boucle, ou même le plus radiophonique. Mais comme toute expérience un peu à part, un peu « englobante » voire « envahissante », elle mérite une attention particulière… que l’on appréciera revivre après l’avoir laissé décanter un petit peu !

Si votre serviteur se demande ce que donnerait un album de gros metal relatant des aventures historico-légendaires liées à la piraterie, tout en étant plus sérieux et plus lourd… chose qui serait tout à fait envisageable pour un groupe français, pays fortement attaché aux histoires de trésors, de flibuste et de coups de sabre, il n’aura pas sa réponse cette fois ! Et en même temps, il y a un petit quelque chose, un petit goût de « revenez-y » qui place le line-up toulousain un peu à part des Alestorm ou Rumahoy, qui ont déjà bien poncé le « genre » au point de laisser l’impression d’une blague un brin trop longue. Non pas que Barbar’O’Rhum (qu’on nommera BOR à partir de tout de suite) mette le fun au placard, bien loin de là. Suffit d’écouter « Pénurie de Rhum » ou « Frères de Bitte » (sans commentaire !) pour s’en assurer, clairement, il y a une tradition du chant populaire, teinté de grivois et qui donne envie de rejoindre la fête. Mais véritablement… Il y a autre chose. Peut-être est-ce le caractère très cosmopolite de leurs titres, qui attribue vraiment de la couleur à un album riche de onze titres ? Peut-être est-ce le fait de chanter en français, donnant une proximité forcément subjective, mais néanmoins sincère qui confère aux titres et à leurs paroles une aura de sympathie bienveillante ? Peut-être en outre est-ce l’étonnante maturité de cet album, comportant de nombreux morceaux très longs, où les instruments ont bien le temps et l’opportunité de se montrer, de s’exprimer. Loin de nous l’idée de prétendre que les autres groupes n’ont pas à cœur certains choix artistiques pertinents et un travail certain en plus de leur volonté de proposer des titres funs et « à boire », mais chez BOR… C’est poussé à son paroxysme. C’est fun, mais nullement parodique (encore que, n’en déplaise aux mauvaises langues, pour bien parodier… il faut bien connaître le sujet de base). Et les notes de l’équipage sur la conception, l’inspiration des chansons en atteste amplement : il y a eu de la réflexion derrière tout ça, beaucoup de références… et un désir de diversité de plaisir d’écoute, par-dessus la simple autodérision et l’invitation à se murger. Mention spéciale d’ailleurs pour le morceau qui clôt l’album, « Les P’tits Rafiots », qui propose « La rencontre improbable entre une Comptine française sur le thème maritime, un morceau de Musique classique d’Antonio Vivaldi et deux Jigs irlandaises très connues du milieu pour un final explosif » … pour une fois, le groupe fait pratiquement sa propre critique, mais ce serait difficile de mieux le qualifier, et d’expliquer en quoi c’est si bien ! Je n’aurai pas forcément cru rédiger ma plus longue critique sur du pirate metal et encore moins sur un groupe qui m’était encore inconnu, mais rien que pour m’avoir remémoré les années Naheulband, Fatals Picards et Celkilt… La casquette du chroniqueur se voit balayée par une bourrasque. Bravo, les gars, vous êtes peut-être les meilleurs dans ce que le genre produit actuellement.

Avec un nom pareil, on aurait pu s’attendre à un  groupe d’indie rock bien sympatoche, ou alors, un du kepon bien vénère et caustique, mais il n’en est rien. Au contraire, c’est vraiment une petite perle sombre que nous livrent les danois pour ce premier album (un premier EP était sorti il y a pratiquement deux ans). C’est au demeurant un cas à part en termes d’obscurité, puisque les paroles ne font ni un étalage de dépression, ni d’une multitude d’horreurs. Et la musique elle-même ne parait pas lourde ou oppressante. Cela provient d’ailleurs, des voix peut-être. Il faut dire que ce duo masculin-féminin est particulièrement réussi, et on regrettera juste qu’ils n’apparaissent jamais ensemble. Pour l’aspect instrumental, on croirait entendre des relents post-rock (ou post-metal, pour les plus tatillons), tout en ayant un côté très pêchu, énervé… Clairement loin du profil contemplatif que l’on attribue souvent au genre. De quoi retrouver le côté goth ? Oui ! en atteste un titre tel « Mountain of Despair », très mégalo, presque cataclysmique. Alors qu’un titre comme « Lay Down » correspond plus à ce côté post-rock, plus tendre, lancinant… Nous accordant presque une pause, un instant d’accalmie en plein milieu de l’album. Presque… Car cela reste caverneux, lointain, quasi hors du temps et du monde. On traverse beaucoup d’émotions sur cet album, et ce dès le titre d’ouverture « Where’s The Thunder » qui pourrait presque passer pour un petit morceau de pop-rock des années 90 si ce n’était pour cette guitare éthérée, nous transportant ailleurs. Indubitablement, nous avons là un album réussissant l’exploit d’être créatif et original tout en étant accessible et agréable pour (pratiquement) toutes les oreilles. Si les « catastrophes naturelles » (Tormenta signifiant « tempête ») ne sont pas aussi abrasives que prévu, elles méritent amplement votre attention.

Si cela faisait longtemps que votre serviteur n’avait plus chroniqué de Power, il suffit d’en avoir entendu une fois dans sa vie pour remarquer que Terra Atlantica coche toutes les cases. Rien de neuf donc ? Pas vraiment… Mais rien de vraiment fade ou de mal-fait non plus, au contraire ! Oui, ça parle de mythologie en chant clair. Oui, ça offre des bridges aussi nombreux que techniques, où les riffs pleuvent. Et oui, il y a un côté délicieusement cheesy totalement jubilatoire. Et n’est-ce pas finalement en outre pour ça qu’on aime le Power ? On retrouve d’ailleurs moins le côté suédois et davantage l’école allemande, à la Blind Guardian ou Helloween. Logique. L’aspect théâtral, grandiloquent… presque classique qui s’en dégage. Même si Terra Atlantica semble varier les plaisirs en proposant parfois des titres plus hard, plus posés ou avec des atmosphères différentes (alors que le groupe continue d’imaginer l’Atlantide, cette fois-ci de manière anachronique, telle qu’elle serait au XIXe Siècle : certains titres ont plutôt une ambiance fantasy ou médiévale). Que dire de plus ? Pas grand-chose. L’album fait le café, le fait très bien et plaira assurément aux amoureux de bon Power bien fait. C’est varié, c’est technique, c’est épique, c’est lyrique… Le groupe aime ce qu’il fait et fait ce qu’il aime. Et on ne leur en tiendra pas rigueur, loin de là.

Explosivement engagée, la musique de Tarah Who ? (du nom de la front-woman, pour la petite info) dispose de cet écrin de créativité permis non seulement par la sortie d’un premier EP (on se cherche toujours un peu plus qu’après vingt ans de carrière), mais aussi, et surtout par leur style de prédilection… qui choisit justement de faire fi des codes établis et de finalement proposer à peu près ce qu’on veut de musicalement intéressant et audacieux. Comme toujours, on ne prétendra ni que le groupe réinvente un genre entier, ni que ce qu’il soumet n’est que bouillie sonore. Au contraire, on sera flatté de constater qu’il est sans cesse possible de surprendre en empruntant des sentiers que l’on n’a plus foulés depuis longtemps, et que sur un seul et unique EP, on peut avoir des titres aux ambiances très marquées. « Copycat » est une petite bombe d’énergie, « Numb Killer » est un plaidoyer rageur tandis que « Hurt » se veut plus posé et émotionnel. L’ensemble révélant en tout cas l’intégralité des talents du duo. Car oui, il n’y a que deux têtes pensantes derrière le projet ! Mais elles sont très clairement d’une versatilité à toutes épreuves et d’une patate exemplaire. Ce premier EP a tout d’une carte de visite, sur presque tous les points : versatilité, puissance, habileté d’écriture et personnalité. Il n’est pas forcément facile d’accès, mais à défaut de se savourer comme une petite praline, on dira qu’il s’avale tel un shot qui retourne le bide. Faites-en ce que vous voulez !

Outch… Avoir l’impression d’écouter une parodie alors que ce n’est pas du tout le cas, c’est clairement une critique très rude. Et pourtant, on peine à trouver des éléments vraiment intéressants dans la musique de Stälker. Même ce qui n’est pas trop mal, comme les bridges ou les thématiques développées, me semble finalement assez convenu et sans éclat. Sur un album d’à peine neuf titres, on a souvent le sentiment que les morceaux sont relativement interchangeables, si ce n’est parfois pour une intro plus atmosphérique comme sur la plage tutélaire ou le côté pesant, presque lugubre sur « The Cross ». On aurait peut-être aimé un peu plus d’audace et de variété de la sorte, quitte à perdre un brin ce côté pétaradant et « speed » stricto sensu. Non pas qu’il ne soit pas agréable de se voir secouer dans tous les sens par la musique, mais un peu de diversité fait toujours plaisir. Pour moi, le gros point noir, qui passera forcément par plus ou moins de subjectivité, reste le chant de Daif… Une voix éraillée et tranchante est souvent de rigueur dans le Speed, et plus besoin de prouver que partir dans les aigus donne des résultats habituellement très convaincants, mais ici, cela devient rapidement lassant…  Et provenant d’un fan absolu de Judas Priest, ce n’est pas rien de le dire. Loin de nous l’idée de remettre en cause le talent brut du chanteur (tenir un album entier en hurlant de la sorte est déjà une prouesse des plus respectables !), mais moduler légèrement son style et faire preuve d’un peu plus de parcimonie dans l’utilisation des aigus serait un gros plus à l’avenir, peut-être justement, à réserver en tant que climax ? C’est finalement bien dans la retenue que brillent ces poussées de puissance après tout… On n’imaginerait pas tout l’album « Painkiller » hurlé avec la même intensité ! Un constat assez rude pour un résultat assez décevant, presque énervant… Notamment en rajoutant que chaque membre dispose d’une petite expérience au sein de groupes variés. Mais Stälker est encore très jeune, et un faux pas ne doit certainement pas signer le terme d’un projet au terreau convenable. Il y a de la place pour du Speed Old-School et les bases sont fixées. Plus qu’à trouver le bon équilibre entre hommage et recherche de sa propre identité.

Un avantage considérable qui marque d’emblée lorsque l’on écoute Calarook c’est qu’ils se démarquent du genre déjà saturé (car très spécifique) du pirate metal. Comment ? Par un chant plus costaud, plus agressif, faisant même du pied au growl parfois. Par des titres très variés également, beaucoup moins festifs que ce que l’on peut retrouver chez Alestorm ou Rumahoy par exemple. Ici, ça tape souvent dur, ça laisse pleinement la place aux instruments (les bridges sont souvent longs et très réussis) et surtout : les paroles parlent davantage de personnages, de créatures ou de batailles de légendes (en mode folk ou power plus que « pirate » stricto sensu). Rassurez-vous, il y a quand même quelques titres qui traitent de biture et de sujets plus loufoques… On reste sur un style très fantasmé, très propice au fun et aux folles histoires. C’est avant tout une question de présentation. Que ce soit « The Undying Sailor » qui clôt l’album avec grand fracas, « Paul the Parrot » pour la touche plus amusante ou encore l’épique plage tutélaire, y’a clairement matière à non seulement passer un bon moment décomplexé, mais surtout… à apprécier, sans une once d’ironie, certains titres de l’album pour leur qualité et  leurs refrains aussi bêtes qu’inoffensifs (et facile à mémoriser). Aucune attaque contre le genre : c’est sa force, après tout. Quant à Calarook, et bien qu’il paraisse difficile de citer le moindre pirate suisse, ils ont clairement tout compris. Car non contents de proposer un premier album de bonne facture, ils prouvent qu’il est possible de réinventer un style trop souvent perçu comme une blague… Peut-être aussi parce qu’il n’avait jusqu’à présent que trop rarement pris le risque de montrer qu’il pouvait être plus que ça.

Une nouvelle sortie du trio est toujours une petite révolution dans le genre aujourd’hui teinté de nostalgie juvénile qu’est la pop-punk. En effet, ils aiment prendre leur temps entre chaque album et chacun ira de sa petite théorie pour l’expliquer : faire languir les fans, prendre le temps de peaufiner leur travail… Ou simplement l’envie de se reposer et de prendre le temps de faire les choses bien. Peu importe au final. L’idée reste que même en arrivant un peu sur le tard, The Lawrence Arms demeure un groupe représentant dignement le deuxième âge d’or du punk, plus commercial certes, mais toujours aussi pêchu et énergique. Et plutôt que de réinventer le genre, c’est presque sous des allures de best-of que « Skeleton Coast » débarque dans nos tympans. On croirait parfois entendre plusieurs chanteurs selon les morceaux ! Et c’est cette versatilité qui fait tout le sel de cette nouvelle mouture. Difficile de dresser des comparaisons entre « Ghostwriter », « Last Last Words » ou encore « Lose Control ». Le groupe nous transporte au sein de plusieurs atmosphères, plusieurs émotions. Et si on peut regretter un manque de grosse colère, ce qui se répercute aussi sur les thèmes de l’opus (plus poétiques que réellement revendicatifs), ça donne aussi un formidable contrepied à un genre qui gueulait tantôt sur l’oppression, tantôt sur les problèmes de l’adolescence… C’est que les punks aussi, peuvent faire preuve de lyrisme !

Que ce drôle de melting pot de genres ne vous effraie pas : il est finalement assez peu explicite sur ce que représente vraiment le nouveau projet de Jaani Peuhu, déjà bien rodé grâce à ses groupes Iconcrash et Swallow The Sun. Fort de ces expériences, et de son propre aveu, il envisage de proposer sa propre version d’un « nouveau Doom » avec Mercury Circle. Pari réussi ? Carrément ! Même si on retrouve davantage d’éléments de post-rock que de synth proprement dit (ne vous attendez pas à du Perturbator, ni à du doom hyper lourd et macabre !). Seul le chant nous rappelle que nous ne sommes pas dans du post-rock stricto sensu. L’album commence, quant à lui, de façon mystique, presque hors du monde, avec « Oil of Vitriol »… avant de s’emballer sur le dernier tiers du morceau. Le titre suivant, « The Beauty of Agony », est plus bavard, mais tout aussi grandiloquent, tandis que « Black Flags » propose une accalmie des plus mélancoliques, presque trip-hop en vérité ! Sans doute le titre le plus surprenant de l’EP. « The Last Fall » aurait pu, bien justement, être le morceau de clôture avec son rythme lancinant, mais il précède en réalité « New Dawn » au titre presque antonyme, pour une atmosphère et une construction somme toute similaire. Une belle petite collection qui vous tiendra en haleine près d’une demi-heure (et oui, on parle de morceaux assez longs et structurés !)  Mentionnons pour finir l’artwork de l’EP, aux airs un peu vaporwave et qui doit être du plus bel effet en format physique. Une très agréable surprise !