Ale

Ale

Voilà encore un groupe qui a choisi la carte de l’anonymat pour porter son bien mystérieux projet. L’originalité est sans doute un peu passée maintenant, mais c’est raccord avec ce que le « collectif » entend proposer. Et pour le coup, que ce soit sur son premier ou sur ce nouvel album, Circle of Sighs étonne totalement en nous transposant dans de multiples réalités, façonnées par des sonorités multiples et des plus surprenantes. Narci apparaît cependant un peu plus lumineux, peut-être un peu plus triste aussi que Salo, qui était largement plus enfoncé dans un Doom poisseux, collant et lugubre. Narci accentue les nappes de synthé, avec même un peu de piano et de cuivres pour agrémenter le tout. Les titres sont parfois un peu plus verbeux aussi, comme « Roses Blue », atmosphérique à souhait, se voulant à la fois mélancolique et trippant. Le titre d’ouverture « Spectral Arms », étonne déjà par sa longueur (avec dix minutes, c’est le morceau le plus long de l’album), mais aussi par sa dualité entre ce piano vanté plus haut, lui conférant une certaine douceur, pour ensuite mieux nous frapper par ses riffs lourds et lents. Rajoutons-y quelques enregistrements vocaux pour agrémenter certains titres, et on se retrouve avec un album plutôt frais, plutôt audacieux et surtout versatile. Une bonne raison de suivre ces mystérieux musiciens masqués de près.

À l’exercice de la cover, il y a généralement deux écoles : celle qui préfère préserver toute l’aura de l’artiste originel en ne touchant pas trop à leur style. Et celle qui, au contraire, choisit un titre pour mieux le tordre et se le réapproprier (il existe une troisième école qui dit que les covers sont pour les groupes fainéants en panne d’inspiration mais il ne faut pas les écouter). Grande chance : cet album-hommage propose les deux, et pour cause : ce sont quinze artistes différents qui se sont essayés à l’exercice, proposant des approches très différentes au sein du domaine particulier de la reprise. Tout ne se vaut pas forcément, mais aucun titre n’est foncièrement mauvais ou inintéressant. Disons plutôt que certains hommages sont plus audacieux et créatifs alors que d’autres sont plus convenus, tout en parvenant à bluffer, sonnant fortement comme le groupe d’origine (évoquons par exemple « Marian » par Columbia Obstruction Box » ou « Lucretia My Reflection » par Dan Swanö). Non, les deux seuls vrais bémols, bien que minimes, sont plutôt la présence de plusieurs titres en doublon comme le mythique « Temple of Love », « More » ou « This Corrosion ». Bien sûr, le résultat n’a rien de totalement comparable, mais on aurait apprécié un projet à la « Dirt Redux », sorti l’année dernière pour commémorer Alice in Chains, où chacun des groupes invités avait proposé un titre unique, ou encore le tout aussi fameux « For The Masses » célébrant Depeche Mode. Ce qui nous amène au deuxième défaut de la galette : presque tous les titres existent depuis plusieurs années (exceptions notables pour Columbia Obstruction Box et Cadaverous Condition & Kara Cephe). Mais là aussi, bien malintentionné sera celui qui se détournera de l’album pour ces raisons : à moins d’être fan absolu du groupe et d’avoir sillonné les tréfonds de YouTube, la plupart des reprises faisaient office de rareté. Et pas seulement parce qu’il est rare qu’une reprise fasse grand bruit, loin de là : entre les titres jamais sortis, ceux de groupes moins reconnus ou tout simplement passés sous les radars, il y a certainement des vieilleries inconnues qui vous attendent. En soit, plus que de plébisciter l’un des groupes les plus célèbres de la scène gothique, ou même de redécouvrir certaines chansons moins connues de leur catalogue, l’idée est plutôt de regrouper sur un même disque ces nombreux hommages, et aussi de sécher nos larmes en nous rendant compte que, si le groupe est bien vivant et actif sur la scène live, il reste silencieux aux prières de fans désireux d’un nouvel album depuis trente longues années. Tant pis… Il faudra encore se rendre en live pour espérer grappiller quelques nouveaux sons. Et pour les autres, « Black Waves Of Adrenochrome » devrait et devra satisfaire votre soif de Sisters of Mercy. Comme quoi, la vie n’est que trop rarement bien faite !

En substance, cet album-hommage n’est « rien d’autre » qu’un bon album punk. Mais mieux que cela, il accomplit tout ce que demande un opus de reprises réussit : mélange de morceaux iconiques et plus méconnus, alternance de reprises touchant à peine aux originales et d’autres s’emparant de ces chansons pour mieux les tordre, alternance de titres bourrins et d’autres plus posés… Et on peut en plus rajouter qu’avec un tel panel de noms (un par titre), on nous gratine en plus d’une synthèse de multiples genres de punk, avec les innombrables affreux petits rejetons qu’on lui connaît. Héritiers de la première vague, déconneurs adulescents du pop-punk et même un peu de ska… Nul doute que les plus ronchons trouveront quand même l’une ou l’autre reprise valant bien l’originale par sa créativité ou son énergie. On pourrait s’étonner qu’un groupe n’ayant eu « que » quinze ans de carrière, et ne paraissant pas être une institution punk ni franco-française, ni internationale, se dote de tels éloges en (au moins) deux albums. Mais pour les plus « américains des punks français », j’ai presque envie de dire : justement. Quel intérêt de sortir un best-of d’un groupe mythique dont la réputation n’est plus à faire ? Dès l’instant où l’on peut au contraire afficher à la face du monde ce qu’il a pu rater et qui, alors que la seconde vague américaine avait déjà débuté, jouait un hybride très sympa de vieux et de nouveau punk. Puis bon… Quinze ans dans le punk… C’est pratiquement une carrière entière !

En clair, cet opus n’est pas tant un incontournable qu’une porte d’entrée formidable à la discographie du groupe… même si ce n’est pas lui qui joue dessus ! Les plus fanatiques trouveront quant à eux des versions alternatives de très bonnes factures, dont beaucoup ont été enregistrées par des groupes français en plus ! Comme quoi il est bon de rappeler que même en 2021 : « punk’s not dead » … et ce, pas même en France. Ce n’est là que le premier volume ?? Mais sortez-donc vite le deuxième bon sang !

20.06.21 11:30

King Buffalo

Malgré une pandémie rude à plus d’un titre et particulièrement frustrante, le trio derrière King Buffalo n’a clairement pas chômé puisqu’il prévoit non moins de trois albums avant la fin de l’année. Avec un style inclassable et des textes pesants et difficiles, le groupe nous fait part de son spleen, marqué par une période de grands bouleversements. C’est le guitariste et chanteur Sean McVay qui a répondu à nos questions portant autant sur le travail de Beksinski que sur la morosité ambiante découlant de leurs chansons aux titres mystérieux.

Félicitations pour ce nouvel album ! Le premier truc qui m’a surpris en me renseignant sur sa conception est qu’il s’agit vraisemblablement du premier opus d’un trio prévu pour cette seule année 2021. La pandémie vous a inspiré tant que ça ou particulièrement ennuyé ? Que pouvons-nous attendre sur ces albums à venir ? Une sorte de « trilogie » cohérente ou au contraire des titres très différents ? La pandémie a réduit à néant tous nos projets de tournées pour 2020 et il fallait donc trouver une alternative pour rester productif. Comme en plus le nombre d’infections était plutôt bas au sein de notre ville, on a pu se permettre quelques jam sessions… tout en gardant le masque ! On a rapidement accumulé des heures et des heures de nouveau contenu potentiel, ce qui a rapidement fait germer l’idée de produire trois albums pour contenir tout cela. Chacun d’eux aura un style et une ambiance différente, tout en ayant un « scénario » plus global.

Vous vous considérez apparemment comme un projet « heavy psych rock », mais cet album comporte aussi des touches prog marquées. Était-ce un choix délibéré et conscient ou plutôt une évolution naturelle de votre son ? Quel a été votre état d’esprit sur la façon de concevoir l’album ? Je pense que c’était une évolution naturelle. Nous sommes fans de tout type de musique aux relents progressifs, et on tente perpétuellement de nous surpasser et de faire évoluer notre son. Pour l’album, on s’est penché un peu plus sur des rythmes hors du commun ainsi que des sonorités uniques.

J’ai également remarqué que malgré une atmosphère assez inquiétante planant sur la plupart des titres de l’album, chacun des titres « sonne » assez différent l’un de l’autre. « Locusts » paraît presque mystique, tandis que « Hebetation » est plus pêchu avec des riffs et une batterie plus marqués. Comment parvenez-vous à rester cohérent en déployant une telle versatilité ? Hmm… Je dois dire ne pas savoir si on s’en est vraiment préoccupés. On apprécie simplement varier les plaisirs et expérimenter avec des sons nouveaux. Mais au final, ce sont toujours les mêmes mains et les mêmes esprits qui les sortent ! Ce serait difficile de produire quelque chose qui ne sonne pas comme du King Buffalo. On essaye simplement d’avancer sans spécialement se soucier du reste, à moins que cela ne se mette à sonner vraiment bizarre !

Je suppose que la pandémie a également permis un mix intéressant de frustration et de créativité pour tout un panel d’artistes. Vos chansons paraissent assez pessimistes, parfois même nihilistes. Si certaines d’entre elles forment une sorte de poésie noire, un titre comme « The Knocks » paraît carrément dépressif ! Idem pour « Burning ». Êtes-vous attirés par des thématiques plus moroses ? Qu’est-ce qui inspire vos textes ? Est-ce que vous vous sentez bien, personnellement ? Lorsque nous écrivions l’album, j’étais dans une période assez difficile. J’ai eu des soucis familiaux qui trainaient déjà depuis quelque temps, tout en devant vivre avec l’état de plus en plus lamentable et même horrifiant de la culture et de la vie politique américaines… Si on rajoute une pandémie d’ordre mondial et tout cela mis ensemble a pas mal joué sur ma santé mentale. Si j’avais voulu écrire quoique ce soit d’autres lors d’une telle période, le résultat aurait été faux, malhonnête et forcé. Alors j’ai simplement voulu écrire sur ce que j’observais et ressentais. Je suis quelqu’un de plutôt intimiste, donc partager ces sentiments à la face du monde était aussi difficile qu’effrayant. L’album n’est pas qu’une façon de grandir en tant que groupe, mais aussi pour moi, à titre personnel. L’expérience fut très cathartique.

Puisque j’évoquais « The Knocks », elle paraît avoir quelques congruences avec « Silverfish », notamment dans leurs sonorités. Était-ce une manière consciente de les connecter ? Oui. Ces deux chansons prennent place dans l’esprit du protagoniste de l’album. Elles ont la même tonalité et utilisent un effet similaire au niveau de la guitare, afin de les placer dans le même « contexte ». « The Knocks » est la pleine continuation de « Silverfish ».

Les titres de vos chansons sont également plutôt cryptiques, parfois même obscurs. J’ai écouté l’album trois fois et j’admets ne toujours pas comprendre pourquoi « Locusts » ou « Loam » par exemple. Sans nous donner toutes les clés, pouvez-vous nous expliquer comment un titre se rattache au contenu d’un morceau ? Comment choisissez-vous leurs noms ? Et bien, je ne veux pas en dire trop justement, pour éviter de forcer une interprétation plutôt qu’une autre ! Je dirai que pour « Locusts », on évoque l’idée d’une force écrasante, agissant comme une peste accablant les gens qu’elle est supposée servir. « Loam » est un synonyme de « soil » (ndlr: "souiller"), et c’est un aspect crucial de cette chanson. Trouver des noms pour un morceau est toujours un procédé particulier, et c’est généralement ce que l’on fait en dernier. En fait, la plupart de nos chansons n’ont même pas de titre finalisé lorsque nous nous accordons sur le titre de l’album ! En général, je préfère trouver un titre provisoire qui annonce la couleur du morceau… et ce dernier fait le reste, imposant de lui-même le titre final.

J’ai pu comprendre au fil d’interviews que tout le monde n’aime pas forcément parler en termes de « genres » et choisissent au contraire de simplement faire ce qu’ils ont envie de faire. Néanmoins, j’avoue avoir été un peu surpris en entendant des paroles, du texte en lançant l’album ! Le côté prog ou un peu post-rock m’a habitué à une place plus secondaire des paroles. Disons que votre musique pourrait sans doute s’écouter sans elles, mais ce n’est pas du tout une critique ! La voix plus douce et grave rajoute un côté plus « chaleureux » malgré vos thématiques difficiles. Est-ce que les paroles étaient planifiées d’emblée ? Est-ce que vous considérez que vos titres seraient « diminués » sans elles ? J’adore la musique instrumentale, mais je pense qu’avoir des paroles aide à avoir un effet plus structurant, plus lisse. Les paroles « guident » l’auditeur et permettent un scénario plus clair, plus profond. Je ne dirai pas que nous misons tout là-dessus en tant que groupe, mais cela reste un élément important de notre musique. Après, je suis le chanteur…donc, prenez ça avec des pincettes ! [rires]

Un petit mot sur l’artwork : il impressionne d’emblée, et j’ai immédiatement reconnu la patte de Zdzisław Beksiński ! Pourquoi avoir choisi cet artiste et cette toile en particulier ? Qu’est-ce qu’elle raconte sur l’album ? C’est Scott, notre batteur, qui nous a suggéré de nous pencher sur le travail de Beksiński pour la pochette de l’album. C’est un grand fan et c’est lui qui nous a fait connaître l’artiste, dont nous avons fini par égrainer chaque peinture. On était très impressionnés ! L’image que nous avons choisie paraissait englober la thématique et le feeling de l’album parfaitement.

Évoquons brièvement le clip que vous avez sorti récemment. J’ai plusieurs questions à son sujet : premièrement, pourquoi avoir choisi « Silverfish » pour cet exercice ? Est-ce que d’autres vidéos sont prévues pour la sortie de l’album ? Et ce monochrome est plutôt stylé aussi ! Il convient bien au ton sombre et mélancolique de l’album… Est-ce la raison de son utilisation ? Aviez-vous, en tant que groupe, beaucoup de libertés créatives au moment de réaliser le clip ? Nous avions la sensation très tôt lors de l’enregistrement que « Silverfish » avait le potentiel d’être super cool, et que le titre passerait super bien en tant que single. Pour le clip par contre, nous n’avons pas eu beaucoup d’influence sur sa création. On a demandé de l’aide à Mike Turzanski, un artiste et ami que nous estimons beaucoup, et c’est lui qui a élaboré tout le concept et les visuels du clip. On lui a pleinement fait confiance, on savait qu’il pouvait se lâcher, même en ne sachant pas exactement à quel résultat s’attendre. Il nous a simplement envoyé la première ébauche de vidéo après avoir filmer nos scènes, et on était convaincus. Le résultat nous convient parfaitement !

À propos du scénario lui-même, on peut voir la tête et le visage de notre protagoniste se couvrir progressivement de plus en plus de « nerfs », en même temps que le tempo de la chanson s’accélère et devient plus fort et bruyant. Est-ce une façon d’afficher visuellement et auditivement qu’une situation vous rend de plus en plus fou ? « Staring at the cracks in the wall » (ndlr: "regarder les fissures dans les murs") ressemble à quelque chose que l’on a tous du faire lors de cette pandémie ! Comme je disais plus haut, je n’étais pas au top de ma forme lors de l’enregistrement de l’album. J’ai eu l’impression de m’éteindre en quelque sorte, de me réfugier dans mon for intérieur. Et même si chacun à ses propres raisons de se sentir comme cela, je me suis dit que cette sensation devait être assez universelle, au point de permettre à d’autres de se retrouver au sein de la chanson.

J’ai pu remarquer qu’une nouvelle tournée était déjà prévue pour vous. Elle débute dès septembre si je ne dis pas de bêtises ? J’imagine que le public a dû vous manquer ! Qu’est-ce qui les attend, maintenant que vous avez la possibilité de vous produire à nouveau ? Je pense que je peux m’exprimer au nom de tout le groupe en disant qu’on est plus qu’impatient de retrouver les salles. C’est le délai le plus long que nous avons connu entre deux concerts en treize ans. Notre premier concert de reprise va certainement nous paraître très spécial.

J’ai aussi vu que vous aviez proposé plusieurs « lockdown sessions » pendant la pandémie. Même si cela ne remplace bien sûr pas un vrai concert, était-ce une activité qui vous a plu ? Comment les fans ont-ils réagi ? Le succès était au rendez-vous ? Oui, les retours que nous avons eus étaient phénoménaux ! On a reçu un feedback très positif, aussi bien de nouveaux que d’anciens fans.

La pandémie s’est beaucoup invitée dans cette interview et de nombreuses autres, mais est-ce qu’elle a eu un impact « pratique » dans la conception de l’album ? Vous nous avez dit qu’elle vous avait inspiré thématiquement, mais est-ce que le processus d’enregistrement fût bouleversé aussi ? Le processus était clairement différent. Comme je l’évoquais, au début, nous avions la possibilité de nous retrouver avec quelques précautions minimes, car les chiffres liés au COVID étaient bas de notre côté. Mais après quelque temps, le risque paraissait devenir non nécessaire alors que nous avions la possibilité de travailler à distance. Généralement, je taillais dans diverses idées avant de les envoyer aux autres, puis nous répétions chacun séparément. Idem lors de l’enregistrement : nous nous sommes occupés chacun de notre partie individuellement. Lors des finitions, il n’y avait que moi (puisque je suis aussi l’ingénieur du son et producteur du groupe) et alors soit Dan ou Scott. Mais puisque les choses reviennent petit à petit à la normale, on a pu à nouveau se voir tous ensemble et en personne pour l’enregistrement des albums deux et trois. C’est quand même bien mieux !

Enfin, je me souviens d’un concert joué à l’Ancienne Belgique en 2018. Avez-vous des souvenirs du public belge ? Est-ce qu’un nouveau concert dans notre pays vous paraît plausible ? Le public était fantastique et la salle incroyable. Le son surtout était impeccable, tandis que les fans étaient très accueillants… et nous ont permis de tester de super bières belges bien sûr. C’est toujours assez difficile de planifier quoique ce soit en Europe pour le moment, mais je suis sûr qu’on finira par revenir en Belgique très bientôt.

 

Je l’avoue : je suis passé par un grand enthousiasme et son contraire en zieutant les infos liées à ce jeune groupe parisien. En repérant « punk » et « français », je me suis mis bien sûr à imaginer un hommage nostalgique aux groupes mythiques du genre comme Les Shérifs ou Parabellum. Puis à la vue de « pop punk à l’américaine », c’est plutôt un frisson qui m’a courbé l’échine : si le genre paraît sans doute moins ringard à la génération à laquelle j’appartiens, il s’est aussi plus rapidement essoufflé, semblant avoir tout dit aux portes des années 2000. Mais le résultat est, finalement et heureusement, plutôt dans l’entre-deux : oui on est sur du pop-punk assez classique et référencé, mais le résultat est fait avec plein d’énergie et de bonnes intentions. Il y a bien sûr certains éléments avec lesquels j’ai désormais un peu plus de mal, notamment les thématiques toujours très adulescentes et tournant souvent autour de l’amour blessé et du mal-être. Pas de chance : l’EP en est truffé. Mais il s’agit d’un défaut, somme tout, subjectif. Qui plaira sans doute à un public moins lassé par ce type de textes larmoyants. Musicalement parlant, par contre, aucune réelle raison de se plaindre tant le groupe mise sur de l’adrénaline et du speed qui ne rechignerait pas à apparaître dans un jeu vidéo sorti en début-2000 (il s’agit souvent d’un mètre étalon pour qualifier le pop-punk à la saveur nostalgique et vivifiante !). Et nul doute qu’il s’agit là d’une des inspirations du groupe également, tant leurs codes semblent tributaires des pionniers (jusqu’au nom de leur album et du groupe d’ailleurs… L’illusion est parfaite !). Et c’est sans doute comme cela que l’on pourra les résumer au mieux : en guise d’offre pop-punk, le cahier des charges est plus que rempli ! Les jeunes Parisiens peuvent se targuer d’émuler mieux le panthéon américain que certains groupes US eux-mêmes. Je n’en suis pas client à outrance, j’ai passé cette période pour aller dans le recueil plus ouvertement politique ayant précédé le raz-de-marée pop-punk. Mais il serait injuste de les pénaliser pour des raisons aussi puériles et personnelles. Ce qu’ils font, ils le font bien et avec un peps d’enfer. Pour les amoureux du genre : régalez-vous ! Et pour ceux qui veulent retrouver leur jeunesse pendant une vingtaine de minutes, écoutez-les aussi !

Si je dois être tout à fait franc, j’ai cru que j’allais tomber sur le groupe polonais du même nom en choisissant cette ressortie de l’unique album d'Exorcist. En effet, les deux groupes sont nés dans les années 1980, les deux font du thrash, et les deux n’ont sorti qu’un unique album. La différence étant que les Polonais ont sorti le leur assez récemment (en 2014… Tout de même vingt-huit ans après leur formation !) tandis que l’Exorcist qui nous intéresse ici a sorti un CD en 1986, l’année de leur formation, avant de directement se séparer… Et pour cause : il s’agit en fait d’un projet annexe des gars de chez Virgin Steele, un audacieux one-shot qui sort totalement des sentiers battus. Pour l’anecdote, cette même fine équipe a sorti la même année le seul album d’un groupe dénommé « Original Sin » qui, sous couvert d’un quatuor de femmes, a en fait été écrit et enregistré par les mecs de Virgin Steel… Une sacrée histoire qui mériterait d’être approfondie ! Et c’est totalement pour ce genre d’idées saugrenues que j’adore le monde de la musique. Mais pour l’heure, tâchons de savoir si "Nightmare Theatre" vaut le coup.

Et bien tout d’abord, il est important de noter deux choses : la première est qu’il s’agit assurément d’un concept-album. La thématique est sombre et macabre, et se place comme un évident hommage au film de William Friedkin (et aux nombreux clones qui l’ont suivi, sous fond de possession démoniaque et de châtiments divins). Le concept est un peu éculé aujourd’hui, mais à l’époque et surtout dans le thrash, ce n’était guère commun. La deuxième est qu’il y a de gros éléments de black dans la galette, en bon contemporain de Venom qui sévissait depuis une paire d’années. Cela va bien entendu des thèmes abordés à la voix choisie. Sachant qu’encore aujourd’hui, les groupes de black thrash ne sont pas la norme, et les bons groupes encore moins, c’est tout de même plutôt plaisant. D’autant plus provenant d’un groupe si éphémère aux membres n’ayant pas forcément la réputation d’opérer dans ce registre.

Là où le bât blesse cependant, c’est dans la construction, la structure des morceaux. Celles-ci sont généralement plutôt efficaces et bien fichues, rien à redire sur leur qualité intrinsèque. Ce qui est plus gênant, c’est qu’elles se ressemblent beaucoup, au point de lasser au point de 3-4 titres répétant la même formule. Et même si je suis généralement assez client des refrains simples, mais entraînants… Difficile de ne pas froncer les sourcils quand la quasi-totalité de ceux-ci se résume à gueuler le titre du morceau en boucle. C’est dommage parce que sur les interludes, il y a quelques bonnes idées d’ambiance, de « mise en scène ». Que ce soit le feu qui crépite sur « Consuming Flames of Redemption » ou les voix qui s’élèvent lors du procès de « The Trial ». Et que dire alors de la chanson « Spin Your Head Around Backwards » qui n’est pas seulement une évidente référence à la scène la plus mythique du film susmentionné, mais aussi une idée stupidement géniale d’inverser les paroles et l’instru ! Cela en fait un titre pas forcément agréable à l’oreille, mais dont l’idée épate, assurément.

En bref, cet album n’a rien d’incontournable musicalement parlant. Il a quelques bonnes idées et des titres qui valent leur pesant de cacahuètes, mais rien qui ne transcendera le fan aguerri de thrash. Ce qui le rend vraiment intéressant, c’est finalement davantage son background et sa thématique poussée à fond. Parfois, c’est nettement plus que ce à quoi on s’attend de la part d’un album. Il mérite son écoute, quitte à ce qu’il retourne dans les limbes du temps une fois cette expérience particulière ressentie !

Cette ressortie d’album ne pouvait que difficilement mieux tomber, avec le décès en mars dernier du très productif, créatif et éclectique Neil Merryweather. Actif pendant plus de cinq décennies, plutôt avant-gardiste, flirtant avec le gratin des 70s tout en continuant son bout de chemin au point de sortir encore quatre albums entre 2018 et 2020, l’album « Space Rangers », l’un de ses plus connus, et issu de sa période la plus riche et fastueuse. De quoi en faire un hommage parfait, pour un artiste souvent éclipsé par ses contemporains.

Première pensée en finissant l’album : le space rock, ça avait tout de même du bon. C’est dommage que la fantasy soit toujours aussi populaire dans le rock et assimilé (surtout dans le heavy, le folk et le power, soyons francs) alors que la science-fiction semble être restée au siècle dernier, même si ça englobe tout de même au moins quatre décennies entre les années 1950 et 1990. On a bien la synthwave et ses sous-genres pour nous faire un peu rêver de machines et d’extraterrestres, mais cela s’arrête ici. Heureusement, Merryweather et sa bande sont là pour nous rappeler qu’il y a une époque pas si lointaine où les étoiles et le cosmos étaient encore en vogue pour nous faire rêver. Avec un goût aujourd’hui kitsch qui à l’époque devait être le summum de la technique et du bruitage. On parlerait aujourd’hui de « neo-retro » pour qualifier ce qui s’apparente à la bande-son d’un film familial un peu cheapos prenant pour cadre l’espace.

Seconde pensée : les albums composites sont tout de même vachement bien. Tant pour découvrir un artiste que pour explorer de nombreuses facettes et ne jamais succomber à l’ennui. Un peu cliché ? Peut-être, mais c’est tellement agréable d’écouter la première moitié de l’album et d’avoir l’impression de ressentir des émotions contrastées et des atmosphères, voire des scénarii sans vrais liens entre eux, si ce n’est l’esprit fantasque de leur créateur. On comprendra que certains préfèrent les albums avec un début et une fin, dont les morceaux forment un tout cohérent et qui s’enchaînent avec aisance. A titre personnel, la préférence va au contraire aux albums surprenants, qui peuvent partir dans un sens puis dans l’autre. J’en prends pour exemple le titre ouvrant le disque : « Hollywood Blvd » et son parfum de mélancolie. Il est suivi directement par le nettement plus positif « Step In The Right Direction » dont les paroles semblent donner une leçon de vie accompagnée d’instruments résolument funky …  S’en suit « Eight Miles High », aux relents plus psyché avec une basse survitaminée. « King of Mars » rajoute un côté mélancolique, mais davantage typé ballade, et semble tout droit sortir de l’album « Sad Wings of Destiny » de Judas Priest… alors qu’il est de deux ans son ainé ! Sa montée en puissance et son bridge sont particulièrement savoureux. Autre comparaison ? Le titre suivant « Neon Man » fait penser à The Who, et plus particulièrement l’intro mythique de « Baba O’Riley ». On ne va pas tous les faire, mais l’essentiel c’est que chaque titre apporte sa pierre à l’édifice et permet d’avoir un album où chaque titre peut avoir le pouvoir de vous captiver, même si les deux précédents n’ont pas fait mouche.

Cette critique demeure très éparse et je m’en excuse. Mais il fallait bien ça pour rendre justice à un album qui lui aussi est très polymorphe. À la fois profondément ancré dans son époque et manquant terriblement aujourd’hui. Et qui rajoute le parfum un peu triste de l’hommage imprévu, de l’ultime cadeau d’un artiste que l’on découvre bien trop tard. Mais comme le dirait si bien mon paternel : « peu importe l’âge d’une œuvre, elle paraitra toujours neuve lorsqu’elle nous était jusque-là inconnue ».

Serez-vous étonné d’apprendre qu’il s’agit d’un opus post-rock, à la vue d’un tel nom de groupe et d’album ? Sans doute pas trop, pas plus qu’en voyant la durée des cinq titres proposés sur la galette. On pinaille, on taquine, mais ce quatuor distille les influences non seulement post-rock, mais aussi doom et stoner depuis une grosse décennie maintenant, et leur relative discrétion rend d’autant plus savoureuse la découverte de leur travail. Chaque opus est un peu différent et mise davantage sur l’un des trois ingrédients du cocktail (même si les deux autres ne sont jamais bien loin !) et on peut s’attendre systématiquement à du nouveau son (presque) tous les deux ans, avec un petit bonus sous forme de remaster de leur premier bébé en octobre de l’année dernière. Dernier élément très accessoire, mais notable, ces braves gens viennent de Roumanie et tout porte à croire qu’ils sont non seulement les premiers artistes de ce pays que je chronique, mais aussi les premiers dont j’écoute la musique, tout court. De quoi donner l’envie de se pencher davantage sur une énième scène bien trop peu reconnue et qui recèle, peut-être, de pépites telles que Methadone Skies.

De cette intro élogieuse, vous retirez certainement un portait plutôt positif, et finalement assez commun à mes chroniques du genre (que voulez-vous, j’aime les titres oniriques…). Il serait bien difficile de le nier : j’ai été charmé par ces cinq morceaux exemplaires, très contemplatifs et jouant davantage avec l’ingrédient « post-rock » pour le coup (désolé pour les plus metalleux : les titres sont ici lumineux et aériens !). La plage tutélaire, débutant l’album, est une fameuse aventure de près de dix-huit minutes de long ! Alors qu’aux alentours des neuf minutes, on attend une longue et lente outro cosmique qui n’en finit plus, les derniers instants du morceau s’alourdissent et prennent une allure pesante et oppressante… De quoi injecter un peu de doom dans cet album ! « Infected by Friendship » retourne vers une mélodie nettement plus douce et captivante, prenant une tournure épique dans sa deuxième moitié. « The Enabler » suit avec une rythmique nettement plus marquée et monotone, où batterie et guitare tronçonnent cette fois pendant pratiquement toute la durée du morceau. On doit dire que les quelques secondes de percussions tribales du début auraient gagnées à rester plus longtemps pour rajouter un peu de couleur au titre. Le prochain titre prend le total contrepied en alternant les ambiances et les rythmes de nombreuses fois : on débute en retournant vers la douceur et le contemplatif pour « Western Luv’ 97 », mais pas pour bien longtemps, puisque la machine s’emballe et donne des allures de doom-stoner plus marquées, les deux salles ne se mélangeant jamais vraiment pour au contraire toujours se tirer la bourre, comme pour jongler entre ce côté rêveur et au contraire nettement plus mélancolique et lourd. Enfin, « When The Sleeper Awakens » propose une guitare plus cradingue, presque punk ! La batterie aussi est plus franche, allant bien avec le tranchant de la guitare. Le tout s’achevant de façon lente et lourde, comme pour boucler ce chapitre sans toutefois concéder la moindre force à ce récit dantesque.  Bref, ce nouveau bébé est un vrai petit bijou qui place Methadone Skies au centre de la carte du post-rock (comme quoi il n’y a pas que les Italiens !) et il nous tarde de replonger dans leurs quatre premiers opus… et d’attendre fébrilement le prochain, que l’on présume voir sortir d’ici une paire d’années !

« Un joyeux bordel ! », voilà comment on pourrait qualifier cet album-hommage à Zouo. Et c’est plus un compliment qu’une tare dans ce cas précis. En effet, après ma précédente critique du nouvel album de S.H.I., dernier bébé de Cherry Nishida, il paraissait de rigueur de revenir aux sources en tendant une oreille attentive à cet opus « bonus » sortant en même temps chez Relapse. Et on vous avertit tout de suite : oui c’est plus crasseux, oui c’est plus brut, oui c’est plus bricolé. Cet album, taillé comme un patchwork, n’a pas la maturité, la maitrise ou même la simple qualité technique de son tout jeune confrère. Mais il serait également injuste de les comparer outre mesure : Zouo est non seulement un projet plein d’enthousiasme juvénile et d’expérimentation fébrile, mais aussi un groupe datant de plus de trente-cinq ans ! Prenons donc davantage cette créature chimérique pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une relique, une capsule temporelle vers une époque et un lieu auquel nous, Européens, n’étions pas forcément familiers.

Autre mise en garde d’importance : « seuls » les six premiers morceaux de la galette sont d’un enregistrement convenable et même « classique », et proposeront alors un confort d’écoute plus que correct. Le chant paraitra totalement différent à ceux qui connaissent le travail de Nishida sur S.H.I. : on se trouve ici vers quelque chose à la croisée des chemins entre les Ramones et les balbutiements du Black (pas réellement une coïncidence : c’était l’époque, d’autant plus au Japon !). On s’amusera d’ailleurs de la prononciation des refrains, ressemblant parfois à de drôles d’onomatopées, mais beuglés avec une telle énergie qu’on se prend directement au jeu ! On appréciera aussi la pluralité des idées vis-à-vis des sonorités, même si par moment on aurait apprécié certainement davantage l’un ou l’autre titre avec un rien d’effets en moins, justement pour que les instruments paraissent moins « étouffés » et que les morceaux respirent davantage. Mais ce côté plus foutraque et pétaradant a aussi du bon, et cette fusion ressemblant justement à du « black thrash » des débuts fait vraiment plaisir.  Après, le côté thrash ressemble plus à du punk rock tout de même (surtout sur « Frustration » ou « Bloody Master »), tandis que la dimension black s’arrête au chant caverneux et aux thèmes des morceaux (« Fuck the God » ou « Making Love With Devil »). Mais cela fait malgré tout une intéressante amalgamation, qui ne plaira pas à tous, très clairement, mais qui a le mérite d’être faite avec les meilleures intentions et avec un fun des plus plaisants.

Le reste de l’album amplifie les côtés « patchwork » et « joyeux bordel » que j’évoquais plus haut. Il s’agit en effet de neuf titres, divisés en trois lives différents. Cela donne donc des atmosphères différentes, des qualités de prises de son différentes, et bien sûr des titres différents également. Certains font partie des six chansons en tête d’album, d’autres sont uniques et représentent peut-être la seule occasion de réentendre ces morceaux balayés par les sables du temps. Tant pis si la qualité est plus que sommaire : tel un spéléologue retrouvant un bout d’os non identifié, on aurait du mal à trouver quoi en faire pris séparément. Mais en y associant le bon contexte et les bons éléments annexes, cela prend tout son sens.

Comment clôturer cette critique ? Sans doute en énonçant clairement à qui cet album est destiné : aux curieux. À ceux qui ont découvert Cherry Nishida avec S.H.I. et en veulent encore plus. Aux profanateurs de sépultures, prêts à déterrer des pépites d’un monde qui nous est presque entièrement inconnu. Sans doute que pour le commun des mortels, cet album très brut à la qualité sonore bancale ne sera pas une expérience inoubliable. Mais nul doute que pour le passionné, il représentera un vrai trésor.

Comme bien des passions, on dira de la musique qu’elle doit (généralement du moins !) rester un plaisir. Cela se manifeste de plusieurs façons : la sensation de nostalgie en retombant sur un album oublié, la joie teintée de gourmandise de découvrir un artiste à la carrière bien remplie, l’extase de retrouver un artiste aimé qui s’était « perdu » dans des expérimentations pas toujours à notre goût… ou encore la sensation de trouver une mine d’or en mettant à vif une scène qui nous était jusqu’alors inconnue. On peut dire que S.H.I. (pour « Struggling Harsh Immortals », on aime les noms japonais !) s’inscrit totalement là-dedans, à des degrés différents, mais tous décuplant le plaisir d’écoute. Les critères ne paraissent pas cumulatifs ? Détrompez-vous. Certes, la sensation de nostalgie est « factice », puisque je découvre totalement le travail de longue haleine de Cherry Nishida, débuté lors des années 80. Mais assurément, il faut avoir été punk aux grandes heures du punk pour pouvoir faire du punk. Cet album nous le prouve amplement : rarement entendu un opus récent d’aussi grande qualité et paraissant saisir à ce point l’essence de la musique. Ce qui ne signifie pas qu’il ne s’agisse que d’une resaucée peu inspirée, voire larmoyante sur un passé doré en mode « c’était mieux avant ». Au contraire, l’artiste insuffle quelques bonnes idées, héritées de la noise (pour le côté plus tradi) et de l’indus (pour le côté plus novateur). Et que c’est bon ! Un titre comme « Terminus » ou « Hell Bounded Heart » perd sans doute de l’humour et de l’accessibilité du pop punk, mais on y gagne en force d’impact. Si l’on comprend la tournure plus radiophonique prise par le genre à la charnière 90s/2000s, on aurait aimé que davantage de groupes gardent d’autres relents des 90s (grunge, indus, hip-hop… why not ?). Et pour ceux qui veulent des morceaux plus classiques du genre, « Casualty Vampire » et « Theme 2 » sauront assouvir votre soif de gros titres à pogo, avec de la disto à gogo. Au passage, saluons ces titres de morceaux, sonnant comme des attaques de J-RPG… ou des noms de J-RPG tout court ! C’est anecdotique, sans doute même de quoi rendre perplexe les artistes derrière ces titres, mais de mon regard occidental, cette faculté à rendre épique des tournures pourtant un peu kitsch fait sourire. Quid des deux autres « plaisirs » que j’évoquais plus haut ? Ils ne sont pas en reste : S.H.I. n’a encore que peu de matière à son actif depuis sa création il y a une petite dizaine d’années, mais le sieur Nishida n’en est pas à son coup d’essai : le label ressort ainsi son travail avec ZOUO, et c’est sans mentionner « Danse Macabre » ou « Nankai Hawkwind ». Jamais des groupes à la longévité impressionnante, et dont la musique est difficile à trouver chez nous, mais autant de bonnes raisons de jouer les spéléologues. Enfin, quant au fait de retrouver un artiste aimé qui se serait perdu en expérimentation… OK, ce n’est pas vraiment le cas ici. On a plutôt à faire à un artiste discret, polymorphe et méconnu. Mais si vous devez retenir une chose de cette longue chronique qui part dans tous les sens, c’est qu’il faut vite checker autant la carrière de ces keupons japonais, dont la scène est décidément trop injustement boudée alors qu’elle est d’une richesse insolente, que ce nouvel album du dernier-né de Cherry Nishida. C’est puissant, c’est rythmé, ce n’est pas trop verbeux mais avec un chant bien gras et grave, et ça s’acoquine de quelques fantaisies jamais gadgets, qui rajoutent au contraire des éléments propres à S.H.I. tout en ne devenant pas une bouillie incohérente. Du grand art, et bravo aux punks du Japon !

Un jeune duo qui va à l’essentiel, dans tous les sens du terme ! Revenant deux ans et demi après leur premier EP, avec deux petits titres (ah ce n’est pas beaucoup !) au nom de l’album (« Mother » et « Summer » donc). Ils sont surtout déterminés à nous démontrer qu’on peut faire plein de choses avec une basse et une batterie. Pour autant, on doit dire regretter un petit manque de folie et d’expérimentation, pourtant principal fer de lance du genre de la noise (alors du « noise PUNK » en plus vous imaginez). On aurait sans doute voulu que ça gueule un peu plus, que ce soit plus foutraque et vénère. On se surprendra aussi à songer à « My Sharona » des mythiques Knack lors de l’intro de « Sümmer », on penchera sur un hommage inconscient, provoqué davantage par le débit du chant qu’une quelconque volonté malicieuse. Mais si on occulte ces petites piques pas très sympas, qu’est-ce que ça vaut ? Et bien c’est pas mal du tout ! « Sümmer » conserve une belle énergie et cette rythmique pointée du doigt est efficace, elle donne justement quelque chose de plus souple et agréable par rapport au Noise plus classique (et bordélique). L’intro de « Möther » est très sympa aussi, avec cette basse simple et oppressante, traînant pendant une minute avant d’exploser. On y retrouve cette fois-ci quelques riffs un peu « Tostaky-en » mais ici relevant totalement de l’impression personnelle. On saluera surtout sur ce titre le clivage entre le côté plus posé des couplets et les cris lors des « MOTHER ! », « MOTHER ! » nous plongeant dans le désespoir le plus profond où il ne nous reste plus qu’à pleurer notre mère, figure décidément toujours faste pour nourrir l’imaginaire des créatifs. Saluons aussi son outro, tout en distorsion, et venant me clouer le bec alors que je voulais du noise. C’est moins bordélique ? Certains y verront une qualité : qu’il s’agisse d’une porte d’entrée ou simplement d’un exemple plus accessible du genre. On reste un peu sur notre faim, notamment aussi par ce goût de trop peu qui se dégagent de ces même pas dix minutes d’écoute. Mais il y a toujours un côté diablement touchant aux jeunes groupes sortis d’on ne sait où et qui sont déterminés à casser la baraque avec un genre pas forcément des plus porteurs. Avec en plus la pandémie leur tombant dans les dents à peine leur premier EP dans les bacs, cela n’a rien d’évident. Persévérez, les gars ! Hâte de découvrir un album complet de votre part.

Si certains mettent leur temps à profit lors de la pandémie pour nous sortir de nouveaux sons, d’autres ressortent les fonds de tiroir. Après le très sympathique EP « Loud and Proud » il y a une grosse année et demie, voici de retour un album de très bonne facture, gratiné de vinyles pour l’occasion. Mais surtout, et ça nous intéresse plus ici, de deux titres bonus. Le premier « Armageddon », est efficace, mais assez peu remarquable. Mais il s’insère parfaitement dans le reste de l’album, et puis surtout… Sommes-nous bien aptes à juger une quelconque convenance musicale lorsque le groupe en question était déjà là lorsque tout a été inventé et codifié ? Parler de bridges très classiques ou de paroles kitsch n’aurait que peu de pertinence ici (même si, déjà en 2007, ce heavy à l’ancienne sentait déjà un peu le réchauffé). Et puis, cela n’empêche pas certains titres tels que la plage tutélaire, « Tortured Souls » ou « Spirit of the Legend » d’avoir ce « petit goût de reviens-y » porté par des guitares qui s’emballent ou des refrains certes un brin niais, mais dont le plaisir coupable est inégalé, sauf peut-être au sein du power (qui doit beaucoup au heavy de toute façon). Et ce phénomène trouve sa synthèse, à défaut de son apogée, dans le deuxième et dernier titre bonus, sobrement baptisé « Blitzkrieg ». Tout un symbole. À défaut d’un apogée puisqu’il faut avouer que là aussi : ça manque un peu d’ambition, de créativité. Cela déçoit quelque peu, on se dit qu’un tel titre aurait mérité d’être un bouquet final cataclysmique. De fait, on croise les doigts pour que les Anglais aient encore quelques cartouches dans le ventre. Aussi appréciable soit cette ressortie, elle manque un peu de panache s’il s’agit là du couronnement de 41 années de carrière. Fort heureusement, rien ne semble indiquer qu’il ne s’agisse plus qu’une supposition !

Quelle praline ! Avec un nom pareil, on aurait pu s’attendre à du power classique (et le groupe lui-même s’inclut dans une mouvance black), mais il n’en est rien : on a droit à du speed, et d’excellente facture ! Et c’est une bouffée d’air frais, étant donné qu’une bonne partie des sorties récentes du genre ressemblent plus à du Thrash mal assumé qu’à du bon speed typé 90s. Bewitcher vient changer ça, tout en respectant les codes heavy des pionniers. On retiendra surtout les bridges de ces dix titres : ils sont tous très bons et énergiques, pour certain même plutôt mémorables (celui de « Electric Phantoms » par exemple, ou le très groovy « Valley of the Ravens »). On saluera aussi une certaine mythologie déployée par le groupe, souvent un peu nanardesque, mais portée par des refrains impeccables (« Metal Burner » ! Ou « Mystifier ») Quand ce n’est pas tout simplement de la maestria en barre avec un titre bondissant et frénétique comme « The Widow’s Blade » ! En vérité, le seul reproche que l’on pourrait formuler ce serait une tromperie pour les fans de black, qui n’ont sans doute plus grand-chose à attendre de Bewitcher (malgré quelques touches timides, mais toujours bienvenues). Les autres découvriront des bridges somptueux et du speed comme on n’en fait que trop peu. Une gourmandise, vous dis-je !

Nom spirituel, en lien avec la nature. Check. Titre d’album cryptique, basé sur un mot assez polysémique. Check. Morceaux plutôt longs et misant gros sur leur atmosphère. Check aussi ! Ouaip pas de doutes possibles, on est sur du post-rock de chez Antigony. Nous venant cette fois de Suisse, le quatuor semble habitué aux idées parfois abstraites et étonnantes (leur précédent album s’appelait « Sediment » et une de ses pistes s’appelait « [ ] » pour… « Square » !) Bref, comme souvent avec le post-rock, ça expérimente, ça part dans les concepts et ça va souvent là où on ne l’attend pas forcément pour nous proposer une véritable balade aussi sonore que mentale. Et ce n’est pas le bien engageant diamant/mandala de l’artwork qui viendra nous contredire. Première surprise à l’écoute du premier morceau « Ashes » : ça parle ! Rien de très verbeux bien sûr, et que sur une partie des albums, mais ça reste un parti pris plus rare que coutumier dans le genre. L’idée n’a rien d’idiote, elle est bien exploitée et elle reste bien dosée : les instruments gardent une part des plus importantes et nous bercent magnifiquement. Il est vrai qu’à titre personnel, ce sont ces derniers qui priment au sein des compos post-rock et l’absence de chant permet généralement de pleinement se laisser divaguer. Du tout-instrumental n’aurait donc pas déplu, mais ça ne gâche pas le plaisir. Ce qui déplaît peut-être un peu plus c’est peut-être justement des bridges parfois étirés un peu en longueur et manquant un brin d’imagination. C’est efficace, surtout au casque, mais ça manque de ce petit quelque chose d’unique qui rendrait vraiment l’album pleinement mémorable. Qu’importe finalement. L’avantage du genre sur bon nombre de ces petits camarades, c’est précisément qu’il fera toujours voyager et rêver. Parfois en terres inconnues ou en terrains connus. Mais toujours avec cette brise porteuse de liberté qui rend amère la minute où l’album se clôt.

27.02.21 11:01

Aborym

Machine de guerre de Fabban qui mène le navire depuis presque trente ans maintenant, Aborym a eu l’occasion de changer son fusil d’épaule maintes fois, jonglant entre les genres et les influences, pour proposer des albums jamais réellement analogues. Un peu plus black au début, et épousant aujourd’hui l’indus de manière plus franche, les Italiens sortent des carcans pour faire ce qu’ils veulent, et c’est peut-être pas plus mal ! Rejoint aujourd’hui par trois comparses puisque débordant de la furieuse envie de reprendre les concerts, le très prolifique Fabban a accepté de nous parler de cette dernière sortie, initialement prévue pour 2020, en compagnie du petit nouveau Tomas Aurizzi.

Bravo pour ce nouvel album les gars ! De ce que j’ai pu lire, “Hostile” est supposé être votre album le plus éprouvant jamais sorti, et même votre magnum opus ! Est-ce que vous pourriez spécifier ce que cela veut dire? Qu’est-ce qui change sur ce nouvel album? Qu’est-ce qui lui donne les mérites d’être qualifié de “Magnum Opus” après près de vingt ans de carrière et de sorties? 

Tomas Aurizzi : Merci, cela fait plaisir à entendre. Je pense que ce qui rend “Hostile” différent de nos travaux précédents est qu’il a été composé avec la contribution active de chacun des membres du groupe. Même si j’ai personnellement rejoint le groupe alors que l’album était en préparation, j’ai eu la chance de glisser quelques idées aussi. Et surtout, Fab a partagé sa longue expérience avec nous, et pas seulement en termes musicaux, mais aussi en termes de production. Sa plus grande prouesse était de parvenir à faire évoluer le groupe en nous laissant échanger des idées pendant l’écriture de chaque chanson. Personnellement, je pense que c’est l’album le plus complet auquel j’ai eu la chance de participer, et j’en suis très fier. Doit-il être considéré comme notre Magnum Opus? Notre but est de toujours placer la barre plus haut, de notre propre façon, par le biais de l’expérimentation et de la combinaison d’idées, et surtout de toujours chercher à améliorer la qualité de notre musique.

De façon similaire, j’ai également lu que vous parliez de votre son comme d’un “étrange mix kaléidoscopique” et même que votre objectif était de faire de la musique “qui n’avait jamais été entendu auparavant”. Comment atteindre de tels objectifs d’une façon qui reste cohérente et agréable à l’oreille? Comment produire un album entier, avec quatorze chansons, sur ce principe?

Tomas Aurizzi : C’est ce qui est génial avec l’expérimentation et la musique, que l’on retrouve dans d’autres activités créatives ou culturelles, et qui forme donc la base de notre travail. Si ce ressenti paraît “kaléidoscopique”, cela nous convient, et on ne l’entend pas souvent décrit de la sorte ! On cherche uniquement à exprimer nos émotions et notre bagage artistique. On trouve cela bien de prendre des risques en abordant l’art, de créer quelque chose d’inattendu et de sortir de notre zone de confort. D’oublier, d’abandonner les vieux patterns dont nous avons pris l’habitude.

Je l’ai peut-être halluciné, mais ce sont bien des influences grunge que j’ai entendues sur certaines chansons? Bien sûr, le metal industriel et le grunge sont des genres contemporains. Mais malgré tout, est-ce que cela fait partie de ce fameux “kaléidoscope”?

Tomas Aurizzi : Oui, j’adore le feeling du rock et du grunge des années 90. Tu n’as pas halluciné, et nous allons certainement conserver ce feeling dans nos futurs projets d’une façon ou d’une autre ! Mais il ne faut pas s’attendre à ce qu’on devienne un groupe de grunge non plus. À vrai dire... Je ne sais pas moi-même à quoi m’attendre, et c’est ça qui est beau ! J’aimerais d’ailleurs rajouter quelques mots vis-à-vis de ce son kaléidoscopique : nous ne sommes pas entrés en studio avec l’idée de produire une sonorité particulière. On a simplement joué ensemble, rassemblé nos idées et partagé nos expériences... avant de mélanger le tout !

J’ai cru comprendre que cet album a aussi connu un changement de line-up assez important. Vous étiez quatre en studio, avec l’arrivée de Tomas et aussi, si je ne me trompe pas, la première fois où Gianluca joue un tel rôle dans l’enregistrement d’un album. Comment était-ce d’enregistrer avec quatre têtes et huit mains cette fois? Qu’est-ce que cela a apporté? Était-ce plus facile ou difficile?

Tomas Aurizzi : Ah ! Il faut alors revenir à la première question vis-à-vis de cela, lorsque nous abordions la capacité de Fabban à nous coordonner au sein du groupe. Ce n’était pas difficile pour nous d’être dans cette situation, c’était assez naturel et si ce n’est nos expériences respectives qui différaient, on était tous invité à apporter sa pierre à l’édifice par notre technique. On a chacun un studio à domicile, ce qui permettait d’accélérer et surtout de préserver tout le processus créatif. Partager un album avec ces trois autres gars représente vraiment ma meilleure expérience musicale jusqu’à présent ! Leur professionnalisme est impeccable et nous avons travaillé main dans la main avec notre ingénieur du son Andrea Corvo (que l’on perçoit comme un “cinquième membre” du groupe). Il a collaboré avec nous depuis le début du processus d’écriture, jusqu’à l’enregistrement bien sûr. Sans parler de l’aide précieuse de Keith Hillebrandt, notre producteur.

Quel élément a poussé ce changement de line-up, si longtemps après la création du groupe? Comment votre collaboration a pris forme?

Tomas Aurizzi : De ce que j’en sais, Fab voulait ramener Aborym en live, ce qui nécessitait d’avoir un line-up plus stable. Quand j’ai rejoint le groupe, il avait déjà entamé ce processus de “reconstruction” en incorporant Kata, notre batteur, et un bassiste. Maintenant, nous avons trouvé cette alchimie entre nous tous, et même si nous venons de sortir un album, nous sommes impatients de nous remettre au travail avec les autres.

Quelques mots peut-être à propos de la vidéo qui accompagne le single “Horizon Ignited”? Elle a une iconographie très abondante ! J’ai remarqué les références évidentes à la religion, et ce que je suppose être des scènes de la Chine pendant la pandémie. Quelques références à la drogue et aux médias, avec des gens qui “dévorent” littéralement ce qu’ils voient... On dirait qu’il y a beaucoup à digérer ! Quel est le message global du titre? En prenant en compte autant les paroles que le clip, je dirai que le titre nous invite à reconsidérer ceux que l’on doit blâmer pour ce que nous sommes en train de vivre. Mais je me trompe peut-être?

Fabban : J’ai essayé d’aborder ces sujets délicats avec une approche surréaliste, presque “lynchienne”. Je ne cache pas que mon but était d’instaurer une ambiance dérangeante, marginalisante... De la même façon que le font les films de David Lynch. Cette chanson parle de l’absence de Dieu lorsque les gens font appel à lui. Et d’une certaine façon, l’apparition de la pandémie pendant que je préparais le clip qui accompagne le morceau était presque prophétique. Je pense que toute la mythologie entourant la religion est absurde. Je pense, je crains même que cela ne soit qu’une histoire, presque un conte de fées, que l’humanité a imaginé pour se rassurer face à la peur de la mort. Le message est aussi simple que cela, et la pandémie représentait le terreau parfait pour marteler le message à grands coups d’images et de visuels. Les gens demandent de l’aide à Dieu lorsqu’ils souffrent, lorsqu’ils ont peur et les personnes les plus fragiles réagissent avec colère et désespoir lorsque leurs prières ne sont pas entendues. Certaines se tournent alors vers l’athéisme...

Vous semblez avoir une tendance à trouver des noms insolites, à la fois pour vos chansons, mais aussi vos albums ! Il y a bien sûr votre premier jet “Kali Yuga Bizarre” ou encore “Psychogrotesque”. Sur ce dernier album, on trouve les titres “Lava Bed Sahara” ou “Magical Smoke Screen”... Comment trouvez-vous ces noms étranges? Est-ce que vous voulez guider la représentation de vos auditeurs?

Fabban : En fait, tout est accidentel... Surtout lorsqu’il s’agit de trouver les titres des chansons. “Lava Bed Sahara” a été écrite lorsque j’étais en Afrique il y a quelques années. J’ai eu l’opportunité d’arpenter une partie du désert avec ma femme et quelques guides locaux, et j’ai alors gribouillé quelques phrases sur un bout de papier. J’étais fasciné par l’étendue du Sahara et en même temps effrayé à l’idée de devoir le traverser. C’est une chanson qui peut être interprétée sous le thème de l’immigration, un domaine qui m’est cher. Chaque jour, des milliers de gens entament un trajet périlleux afin de trouver un refuge, une protection dans un pays qui voudra bien les accueillir. Que ce soit causer par la faim, la persécution, la violence... Ils laissent tout derrière eux pour arpenter des routes illégales et dangereuses à la recherche de sécurité. Certains n’arrivent jamais à leur destination. Pour “Magical Smoke Screen”, on retourne vers Lynch, et cette fois les paroles furent écrites en utilisant la technique du “cut-up” si cher à William Burroughs. Cette technique littéraire permet aux écrivains d’emprunter la technique du collage, utilisée par les peintres notamment. D’une certaine façon, pour ce titre, on l’a réactualisé tout en s’assurant que cela reste cohérent pendant le processus d’écriture.

Malgré une petite pause en 2020, vous avez été très productifs ces dix dernières années ! Sept albums si je ne m’abuse, avec notamment “Something For Nobody” qui est divisé en trois. Comment maintenir un tel rythme? Qu’est-ce qui vous a poussé à produire autant de contenu? Avez-vous eu un éclair de génie?

Fabban : Je suis hyperactif ! J’ai la chance de pouvoir dire que les dernières années ont été productives. J’ai été co-producteur avec Keith Hillebrandt sur la cover du titre “Maneater” de Nelly Furtado par le groupe “Digitalis Purpurea”. Puis j’ai effectivement fait les trois “Something for Nobody”, qui est une sorte de trilogie présente en édition limitée sur vinyle. J’ai composé la musique du film “Quid” et bien sûr plusieurs albums entre tout ça...  Il faut dire que je vis à cinq minutes du studio où nous composons et commençons les préproductions avec Aborym. Dès que j’ai une idée, je vais directement la fixer en studio pour ne pas la perdre. Ainsi, chaque chose peut se mettre très rapidement en place.

Question un peu bête, mais pourquoi avoir sorti l’album “Shifting.Negative” entre deux albums de la trilogie “Something for Nobody”? Était-ce un projet que vous ne pouviez plus garder en suspens?

Fabban : Le cas de “Something for Nobody” est un peu particulier, car il ne s’agit pas de réelles “nouveautés” d’Aborym, mais plutôt une collection de titres jamais sortis, de remixes, de versions lives, des titres inachevés et même des prises alternatives ou mastérisées différemment. C’était une expérience très intéressante et un bon catalyseur pour l’évolution du groupe. Cela nous a permis personnellement de mieux nous connaître, mais aussi une façon de sortir du nouveau contenu qui nous paraissait intéressant.

Au sein de plusieurs chroniques écrites récemment, j’ai eu l’occasion de redécouvrir et d’apprécier la scène musicale italienne, qui semble très diversifiée. Votre pays paraît avoir beaucoup d’artistes de talents, évoluant dans des genres parfois très différents. Comment expliquer cela? Est-ce qu’il y a un élément typiquement italien qui sert de terreau à cette scène cosmopolite?

Tomas Aurizzi : Je suis heureux de voir la scène musicale italienne évoluer. On voit qu’elle commence doucement à dépasser les frontières nationales, et même à être reconnue comme spécifique à notre pays. J’aimerai bien que cette tendance se poursuive, et pas seulement dans l’industrie de la musique.

Néanmoins, on dirait que la musique industrielle, tous genres confondus, reste une affaire très “nord-américaine”. Il y a certes une scène allemande qui reste très marquée, mais dans le reste du monde, elle paraît plus sporadique. Plus discrète peut-être. Comment expliquez-vous cela? Quelle est la situation de l’indus en Italie par exemple?

Fabban : Je pense que l’Italie n’est pas encore “prête” pour ce genre de musique, mais je lis beaucoup de réactions très positives autant des fans que de la presse spécialisée à propos du nouvel album. Le marché de la musique est contrôlé par l’industrie, mais aussi par les magazines, les radios ou la télévision. Cela ne rend pas toujours facile de percer lorsque la grande majorité des gens est dirigée, consciemment ou non, vers du contenu préfabriqué, survendu par les médias. Les autres ayant la chance de sortir un album peuvent s’attendre à ce qu’il soit chroniqué, jugé et oublié en un week-end... Et encore, avec de la chance !

Comment la pandémie a affecté la conception de ce nouvel album? Tous les artistes reçoivent sans cesse cette question bien sûr... Mais quel est votre point de vue? Est-ce que c’était plus facile ou difficile d’enregistrer dans ces conditions?

Fabban : Heureusement, rien n’a vraiment changé pour moi, puisque je n’ai jamais arrêté de travailler ! Lorsque je n’oeuvre pas pour Aborym, j’officie en tant que graphiste, et lorsque je me suis occupé des dernières sessions d’enregistrement, le virus ne frappait plus aussi sévèrement qu’en mars 2020. L’album était déjà presque prêt lorsque le virus a frappé de plein fouet. Ensuite, tout le mixage s’est fait à distance avec l’aide d’Andrea Corvo, et j’ai enregistré les paroles des trois dernières chansons en mai, afin de respecter l’agenda. Il y a eu un léger retard dans la sortie à cause des usines tournant au ralenti... Mais il est enfin sorti !

Pour revenir à Andrea, son soutien, ainsi que tous les films que j’ai regardés et les vieux disques que j’ai réécoutés m’ont permis de rester sain d’esprit ! Idem pour le fait de continuer à écrire : ça m’a permis de déstresser et d’arrêter de m’en faire pour des choses que je ne peux contrôler. Ma femme a également été d’une grande aide, c’était salvateur d’être ensemble pendant cette période. Cela commence à faire long, le monde entier est en pause. Ne pas voir ma famille, mes amis et ne pas pouvoir jouer avec le reste du groupe étaient vraiment les choses les plus difficiles. Mais je reste positif qu’on retrouvera tous notre vie d’avant une fois cette pandémie terminée.

Pandémie ou non, “Hostile” est votre plus long album à ce jour ! De fait, cela ne semble pas être dû au confinement... Mais peut-être avez-vous connu une période de créativité et d’inspiration extrême peu de temps avant? Vous êtes vous “confinés” avant l’heure si j’ose dire?

Tomas Aurizzi : Oh, le confinement a tout de même eu une incidence ! Sans aucun doute, le lockdown nous a tous effrayés au début, que ce soit dans le domaine privé ou professionnel. Mais on s’est dit que chaque problème a sa solution, et une fois qu’on la trouve, il n’y a “plus qu’à” l’appliquer. La pandémie a mis en pause la frénésie de nos vies, quelque chose que l’on expérimente tous dans les grandes villes... mais elle nous a aussi permis de nous recentrer sur nous-mêmes, de trouver ce qu’il était vraiment important d’exprimer, et ce malgré toutes les difficultés occasionnées. Indirectement, cela s’est répercuté sur l’album et sur notre objectif principal avec ce dernier : de lâcher prise et d’exprimer nos émotions librement, de raconter cette période inédite qui nous met tous au défi.

Et vis-à-vis de la promotion? Vous avez longuement abordé l’envie de revenir aux tournées, mais cela ne semble pas être pour tout de suite... Comment dire aux gens “l’album est sorti, allez l’écouter!” en temps de pandémie?

Tomas Aurizzi : Le processus de promotion va s’étendre à toutes les plateformes digitales. Nous ne savons pas combien de temps ça prendra pour revenir au live, tandis que les ventes physiques ne pèsent plus très lourd aujourd’hui. Il devient donc crucial d’être présent sur les bons canaux digitaux, malheureusement peut-être. Personnellement, je crois toujours qu’acheter les albums que j’aime, aller en concert dès que ce sera à nouveau autorisé, ressentir et vivre pleinement toute cette palette d’émotions, acheter le merch à la fin d’un show et peut-être même parler aux artistes et partager toutes ces expériences avec une foule... ce sera toujours plus gratifiant, plus excitant que de cliquer sur un lien pour écouter ou acheter sa musique.

Enfin, il me semble que cela fait un moment qu’on ne vous a pas vu en Belgique. Est-ce que vous seriez enclins à revenir nous voir? Comment sont vos souvenirs du public belge? 

Fabban : Je n’ai que de bons souvenirs lorsque je repense à mes récentes escapades en Belgique, et j’espère vraiment pouvoir y revenir bientôt. Pour nos fans belges, si je ne peux vous demander qu’une chose, c’est de vous procurer notre nouvel album si vous l’avez apprécié. C’est la seule façon de soutenir les artistes en temps de Covid. Merci pour l’interview, et au plaisir de se recroiser !

Si vous êtes peut-être, comme moi, amateur de questions que personne ne se pose (comme par exemple « que veut dire OJM ? » ou encore « est-ce que les albums live rencontrent un nouveau public maintenant que les concerts sont proscrits ? » ), vous êtes au bon endroit pour rester sur votre faim. Mais je peux néanmoins partager une anecdote intéressante sur le fait que « Vincebus Eruptum » est un fanzine italien, lui-même nommé en référence à un titre du groupe de rock psyché « Blue Cheer ». C’est d’ailleurs pour célébrer les dix ans de ce magazine (et promouvoir leur dernier album, « vrai » album, en date, « Volcano ») qu’a eu lieu leur concert au Rocket Club. Ce qui remonte… également à dix ans. Donc cette sortie CD commémore les vingt ans du fanzine, vous suivez ? Bref, trêve de background, il est tant de parler musique. Et on commencera par saluer les deux titres « longs » du concert, à savoir « Ocean Hearts » et « Desert » qui donne toute leur signification Stoner (et même un brin psyché) du groupe. Un chant caverneux, une guitare qui groove sévère… Ils forment de plus de beaux entractes aux autres titres, nettement plus typé garage rock justement ! Nettement plus courts, mais aussi plus effrénés et puissants, c’est le noyau dur du concert… Même s’ils paraissent moins tranchants, plus homogènes et de fait, moins marquants aussi. Ils font le taf dirons-nous, et sont bien pêchus comme il faut ! Mais il n'y a pas photo, c’est « Desert » le clou du spectacle. Il paraît plus diversifié à lui tout seul que le reste du CD ! On passe facilement par quatre ambiances, très vastes, jonglant avec les sonorités et les rythmiques pour nous fournir à ce qui s’apparente à une démonstration de force. On aurait presque aimé que tout l’album soit du même acabit, tout en gardant l’intime conviction que les morceaux garage ne sont certainement pas à jeter, ni même à considérer comme simples fillers. Ils sont bien fichus et ont leur place dans l’attirail d’OJM, ils sont simplement « moins bons » et mémorables. Ce qui n’empêche pas « 2012 » d’être plus calme et de poser une atmosphère bien sentie, ou « Give Me Your Money » d’être un joli petit pétard festif et frénétique. Au final, on dira surtout que ce live au Rocket Club démarre vraiment dans sa deuxième moitié, où il devient alors une vraie petite merveille. Et surtout on retiendra que si cela m’a moins surpris que mes dernières chroniques sur de récentes productions italiennes, cela ne m’ôtera pas l’idée qu’ils sont capables de tout faire ces gens-là…

Sans aller dans les détails plus ou moins légaux et complexes (même si la mention « pays » en atteste quelque peu), on se contentera de dire que le groupe propose ici une nouvelle salve après les deux premières incursions début d’année passée avec son nouveau chanteur Stéphane Gerbaud (qui apparemment, serait resté longtemps dans l’ombre après ses participations à Anorexia Nervosa et Necromancia !). Bref, même si le nom de l’album demeure assez nul (jamais deux sans trois, mais pour le coup…), on se dit qu’il est finalement assez bien choisi : il est d’une immanquable continuité à la saga débutée il y a plus de cinq ans de cela. Les thématiques sont nombreuses dans le genre et on n’est guère étonné de retrouver celle du cauchemar pleinement personnifié pour un troisième tour de carrousel (ou de train fantôme, c’est de circonstance). Le titre est ici en un seul morceau et non divisé en deux comme pour le précédent : sans doute plus logique, il faut bien le dire. Un peu moins long aussi, mais gardant l’essentiel d’une bonne recette. Le titre est très atmosphérique, avec des teintes lugubres et obscures, parfois même réellement inquiétantes et oppressantes. On nous offre que très peu de répits durant ces trois quarts d’heure d’intensité hypnotique, flirtant parfois avec le réel malaise, mais toujours calmé par le travail fait sur l’ambiance, notamment à l’aide de « bruits » rajoutant une couche de « réel », d’autant plus immersive. Malgré ces petits instants d’accalmie, notamment lorsque la voix du sieur Gerbaud se met à jouer des coudes pour écarter la guitare, on admettra tout de même que cette longue virée cauchemardesque est tout de même un peu longue, au point d’être un peu lassante dans son dernier quart (même ce que l’on qualifierait d’outro s’éternise pendant bien trois minutes !) Pour le reste, les fans du bonhomme seront contents de retrouver ce troisième opus, dans la digne lignée du second plus encore que du premier et qui pose la question : est-ce qu’on doit s’attendre à une tradition annuelle désormais ?

Une nouvelle fois, l’Italie démontre toute sa pluralité et sa richesse en matière de metal. Et après Aborym il y a peu, on reprend une cuillérée d’indus avec Seth Borsellini, astucieux pseudonyme en référence au dieu égyptien du chaos (déjà, ça annonce la couleur). Il est également vétéran du groupe « Sfregio », ou « balafre » en français, groupe de Thrash plutôt décalé qui aura sorti trois albums, ainsi que de « November Guns », groupe de reprises des Guns’n’Roses. Pourquoi citer de cette façon le CV du bonhomme ? Et bien pour montrer qu’il n’en est pas à son coup d’essai pardi ! Néanmoins, on est loin de ce à quoi l’homme nous avait habitués jusqu’ici. Exit les shorts et les cheveux longs, maintenant c’est crâne rasé et long manteau à la Matrix. Et de fait, le « mood » (ha ha) de l’album est bien différent du reste de ses œuvres. On reconnaît là le côté très mutagène de l’indus, permettant de diversifier les ambiances et les rythmes pour faire plus ou moins ce que l’on veut. On ne prétendra pas que le style est véritablement réinventé avec cette première incursion dans le genre, mais on a au moins droit à quelques chouettes variations entre les dix titres (onze en comptant l’intro). Ainsi le single « Taste My Hell » est très NIN dans son instru, et très Manson dans son chant. Le tout étant plutôt costaud tout en gardant un côté émotionnel fonctionnant assez bien. La plage tutélaire est quant à elle plus brute, plus crue. Plus directement « indus » dirons-nous. Avec un peu de reverb rajoutant un aspect éthéré à l’ensemble, avec en plus un refrain assez diablement entraînant. Alors que « That Fog » est plus minimaliste, plus lourd, plus « martial ». On ne va pas faire toutes les pistes, mais disons qu’il y a à boire et à manger et que ça ne donne pas mal du tout, surtout pour une première d’un artiste touche-à-tout (bien qu’il ne s’agisse pas d’un one-man-band, contrairement à ce que son nom voudrait faire croire !). Ce n’est pas encore parfait, il manque sans doute de titres vraiment mémorables, mais on salue la prise de risques. À voir maintenant si on aura droit à un second essai pour sublimer l’ensemble ou bien si, au contraire, Monsieur Borsellini tentera encore quelque chose de différent par la suite. En tout cas, son parcours est digne d’intérêt.

Je n’ai pas souvenir de chroniques de ma part honorant le travail d’artistes néerlandais. De Belges néerlandophones, certainement. Mais mes connaissances de la scène musicale des Pays-Bas s’arrêtent beaucoup plus au sein des genres très divers d’electro (plutôt véloce et crasseuse, de l’ordre du gabber et assimilé) que du metal, du rock ou dans le cas présent : du punk. Mais comme on a déjà pu longuement vérifier que l’envie de gueuler, faire la fête et parler de ses problèmes ne connaît pas de frontières, il parait bien malencontreux de partir sur de quelconques préjugés à l’ère où toute la musique du monde et de toutes les époques est à une portée de clics. Et donc, que donne ce premier EP, sortant sur l’aptement nommé « Rebellion Records » ? Et bien ça groove sévère ! On est sur quelque chose d’assez facile à appréhender, de plutôt agréable à passer dans sa voiture de manière posée. Les plus puristes trouveront à râler en affirmant qu’on se retrouve moins dans le punk d’antan, pur jus, avec des voix éraillées, de la grosse disto et une production dégueulasse qui fait le charme… Mais inutile de faire une division binaire entre « vieux » et « nouveau » punk, ce serait précisément antipunk ! Parce que la charnière située fin des 90 s/début des 2000 s regorgeait de groupes intéressants, peut-être plus radiophoniques, mais dont les valeurs et les messages n’étaient pas (toujours…) édulcorés pour parler de grosse teuf, de chagrin d’amour ou de désobéir aux parents uniquement. On pouvait aussi parler de la peur de l’inconnu approchant, de l’ennui d’une banlieue calme ou de ses doutes. Et c’est peut-être ça la grande force du punk : pas tant de pouvoir faire « n’importe quoi », mais surtout de pouvoir faire « tout ». Et si l’on ne prétend pas non plus que Savage Beat réinvente la roue pour proposer l’avant-garde de la troisième vague du punk, on se dira qu’un album nommé « New World » en plein milieu de pandémie n’a sans doute rien d’anodin… Pas convaincu ? Est-ce que des noms aussi équivoques que « Trapped », « Killing Time » ou « All Bars in Town » laissent toujours place au doute ? (Sur) interprétation personnelle ou pas, les cinq titres tombent en tout cas clairement à pic. Tant pis pour les éternels insatisfaits : le riff de « League of Fools » ainsi que ses chœurs sont trop bons et accrocheurs pour bouder son plaisir. Le bridge du titre qui ouvre l’album aussi. Et de façon générale : en à peine un gros quart d’heure, Savage Beat apporte une patate d’enfer et une grosse banane sur notre visage. Dernière interprétation et puis j’arrête : peut-être doit-on y sentir un énième parfum de nostalgie, si tenace qu’on le sent partout, mais qu’on ne peut s’empêcher d’accueillir dans nos narines de temps à autre. Car oui, ce petit goût de jeux de bagnoles ou de skateboard sur PlayStation 2 n’est peut-être pas étranger à cette critique dithyrambique. Mais je reste confiant sur le fait qu’il est impossible de vomir un tel EP, si débordant d’énergie et de bonne humeur. Tout n’est pas objectif… Mais il est subjectivement impossible de ne pas taper du pied avec « New World » ! Du coup, leur nom ne paye peut-être pas forcément de mine (on imagine davantage un qualificatif pour un sample plutôt pas mal qu’un groupe de petits gars survitaminés), mais leur musique est plutôt efficace et même assez propre pour un genre aussi abonné au DIY au point d’en faire une religion. À voir s’ils ont gardé quelques cartouches pour l’après-pandémie. On est en tout cas assez impatients d’avoir un album plus long, un poil plus varié et ça fera complètement mouche !

Imaginez ma surprise en recevant l’album du sextuor (un mot qu’on n’utilise pas souvent ça) et en découvrant un côté black assez présent et totalement assumé… Loin d’être un défaut, bien entendu, surtout lorsqu’il est bien fait. Et surtout, cela m’apprendra à me rattacher avec tant de véhémence aux petites cases que constituent les genres (quoiqu’en faisant son vieux con, on pourrait dire que la présence de vocals éloigne du post-metal stricto sensu, mais c’est de la mauvaise foi). Bref, encore une raison d’aimer les Italiens et leur propension à sortir des morceaux riches, complexes… longs ! Une véritable obsession à ce stade. Et pourtant, rien à voir avec les sonorités oniriques plongeant l’auditeur dans un état de transe et la douce poésie des quelques autres groupes et albums découverts cette année. Ici, les influences sont clairement à trouver dans le metal extrême et assimilés : outre le black et le post déjà abordés, rajoutons un soupçon de hardcore et peut-être une pointe de doom ? Un brillant melting pot, une fois encore maitrisé impeccablement. Est-ce que c’est le fait de s’être entouré de beau monde depuis leurs débuts, en ce compris lors de l’enregistrement de ce premier album ? Le fait d’employer TROIS guitares ? Ou la fougue de la jeunesse, tout simplement. Peut-être un peu de tout… et là aussi, un melting pot gagnant. Rajoutons en plus que les lascars pensent déjà à la suite, au point de considérer « Endless Inertia » comme un teaser, une mise en bouche. Une sacrée vantardise qui fait espérer beaucoup ! Mais pour l’instant, toute l’attention revient à ce premier opus, fort sympathique, fort dynamique et généreux, qui cache un bel élan de lyrisme tout de même pour quiconque ose creuser et percer la carapace abrasive de « La Fin » (qui termine même son album par une « Eulogy »… En plus, ils ont de l’humour !). Et justement, le mot de la fin… c’est d’aller y jeter une oreille curieuse et attentive. Pondre de tels albums d’emblée, ça n’arrive pas systématiquement.