22.01.22 11:19

Order

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Formé en 2013, ORDER a débuté sa carrière par un drame, le décès à 45 ans de son membre fondateur René Jansen en 2014, trois mois après qu’une leucémie lui ait été diagnostiquée. Le groupe a sorti un solide premier album en 2017, « Lex Amentiae », avant de franchir une étape supplémentaire avec le récent « The Gospel ». Le batteur Manheim, passé par MAYHEM comme Messiah, le chanteur du groupe, se livre sans fard et révèle les sujets abordés dans sa dernière production.

Tout d’abord, peux-tu nous dire comment vit la Norvège par temps de pandémie ? Nous sommes au milieu de la vague Omicron et nous avons donc dû nous confiner de nouveau… enfin pas nous confiner, mais subir des restrictions sur tout, notamment les événements culturels, les restaurants et les bars. C’est frustrant mais la Norvège est un pays bien géré avec de nombreuses ressources pour faire face à ces problèmes. Il y a d’énormes compensations pour les entreprises et les travailleurs affectés par les restrictions. Tous ceux qui voulaient être vaccinés – ce qui chez nous représente plus de 90 % des adultes – a reçu deux doses… et nous sommes en route pour la troisième. Nous ne pouvons donc pas nous plaindre même si certains, surtout parmi les artistes, vivent une période rude.

Comment ORDER est-il né ? Nous nous sommes rencontrés en studio de répétitions durant l’été 2013 quand Anders a lancé l’idée de former un groupe avec lui et René, de CADAVER, ainsi que Billy et moi. J’étais concentré sur des collaborations et des spectacles de musique bruitiste, expérimentale et d’avant-garde - l'une de mes passions. Billy était dans son groupe Punk. C’était bien de jouer de nouveau du Metal. C’était comme revenir à la maison ! Nous avons alors décidé de voir où cette aventure pourrait nous mener.

Comment avez-vous surmonté le décès de Rene Jansen ? Il est toujours difficile de voir partir un ami. Quand René est mort, nous avons traversé une période durant laquelle nous nous sommes demandés si nous devions continuer ou pas. Ce décès aurait pu facilement marquer la fin du projet mais je suis content que nous ayons décidé de poursuivre. Je sais que c’est ce que René aurait voulu. L’un de ses derniers souhaits était que nous jouions à ses funérailles. Je suis fier que nous l’ayons exaucé. C’était une grande émotion de dire ainsi au-revoir à un ami proche.

« The Gospel » est un titre étrange pour un album de Metal extrême… Peut-être, oui. Il a été choisi comme une conséquence des paroles des chansons. Le mot « gospel » est utilisé comme un message, le gospel de ORDER, en fait. Quand nous composions nos morceaux, j’ai réalisé que toutes les paroles que j’avais écrites tournaient autour de la douleur et de la souffrance liées à notre condition humaine, qu’il est impossible de séparer de notre marche vers notre perte. Le message est que la peine est réelle et que nous devons vivre pour la supporter. Les paroles de la chanson éponyme ont été écrites par Billy. Elles ne concernent pas cette souffrance mais racontent une histoire – un gospel - qu'il a imaginée : comment certaines personnes se trouvent, se connectent et créent quelque chose dont on se souvient. The Gospel a un double sens, que j’apprécie. Bien sûr, c’est une évidence que l’usage chrétien de ce mot est si fort qu’il faut voir dans ce titre un jeu de mot.

Es-tu d’accord si je dis que « The gospel » est une version améliorée de « Lex Amentiae » ? J’aime « Lex Amentiae », c’est un bon album avec quelques bonnes chansons. Malgré tout, c’est une collection de chansons qui n’a pas la tension et la force de l’ensemble de « The Gospel ». Alors que « Lex Amentiae » est un pas vers l’aboutissement de notre potentiel, je pense que « The gospel » est un concept album puissant qui touche le but que nous nous étions fixé quand nous avons commencé cette aventure. Avec ce disque, je crois que nous sommes parvenus à plonger au plus profond de nous-mêmes, à la fois pour les paroles et la musique. Nous avons réalisé un intense album personnel. Dans ce sens, je suis d’accord avec toi : « The gospel » est une version améliorée de « Lex Amentiae ».

« The gospel » est un disque rempli de haine, d’angoisse, de colère. D’où vous viennent ces sentiments ? Je crois que les paroles de l’album parlent de sentiments que nous avons tous. Le désespoir, la souffrance, la solitude de traverser la vie. Ces paroles sont personnelles, je pense donc qu’elles reflètent surtout mes combats intérieurs et mes pensées mais je suis persuadé qu’elles représentent quelque chose d’universel, éprouvé par tous les humains . L’album commence avec le tout début de de la vie, dans le morceau « Pneuma », quand les choses sont incertaines mais merveilleuses. Ensuite, avec « Rise », nous commençons à nous réveiller, à nous confronter à des personnes qui tentent de supprimer ton chemin et ta volonté. Nous passons ensuite à travers les parties émotives de la vie, ce qui est difficile. « Bringer Of Salt » se rapporte à la tempête qui se rapproche de nous durant le voyage de la vie : la mort. « It Burns » , c’est  à propos du désespoir et de la douleur ressentis quand on brûle de l’intérieur. « Gal.lu » fait référence au vieux mythe, tiré des premières civilisations connues, de ce démon qui nous tourmente. « Descend » explique que nous sommes les architectes de nos souffrances. Nous chantons ensuite que, en tant qu’individus et qu’espèces, nous sommes menés par le désir de procréer et de propager la vie. Ma douleur est peut-être la partie la plus directe et la plus simple de mes paroles mais cet aspect direct exprime comment nous nous sentons quand la souffrance est si intense que nous ne pouvons que hurler. Dans « Tomb », nous exprimons que, quand nous sommes au cœur de tout cela, nous nous retrouvons seuls à lutter. L’album s’achève sur le morceau qui avait ouvert le disque, sauf qu’il reflète désormais une vie vécue. La vie, bien sûr, c’est aussi d’autres choses, les amis, la famille, l’amour, mais ce n’est pas de là que vient notre inspiration ! Je suppose qu’il nous est naturel d’exprimer des sensations liées aux parts les plus sombres de la vie.

Votre musique est un voyage à travers les différentes époques du Black Metal : de la plus ancienne, quand il était proche du Death, à la plus moderne, avec des touches industrielles. Je suis d’accord. Nous faisons avant tout de la musique pour nous-mêmes. Il est naturel de trouver de la continuité dans ce que nous composons. Nous sommes issus de la période où sont nés le Black et du Death norvégiens. Avec ORDER, nous essayons de rester fidèles à notre passé sans être nostalgiques. Nous créons de la musique contemporaine qui reflète là où nous en sommes aujourd’hui.

Il y a une grande variété de vocaux sur « The Gospel » ; C’est dû au fait que Messiah n’est pas le seul à chanter. J’ai fait les voix sur « It Burns », « Gal.lu », « Descend » et « Pneuma II » en plus d’appuyer le chant sur quelques autres morceaux. La réalisation  de « The Gospel » a été très intense. Nous avons laissé aller les choses comme elles venaient.

Il est difficile de ne pas parler de MAYHEM. Que représente  désormais ce groupe pour Messiah et toi ? J’aime MAYHEM et ce que fait ce groupe. Je suis ravi que Necro soit capable de mener à bien sa carrière depuis si longtemps.

Comment perçois-tu « Deathcrush » aujourd’hui ? Je suis toujours fier de ce que nous avons réalisé avec « Deathcrush ». J’aime ces chansons. Avec ORDER nous en jouons quelques unes en concert. Je vois toujours Nécro pour les répéter. Qu’il y ait autant de personnes dans le monde qui les écoute et les apprécie autant me fait me sentir humble et reconnaissant.

Sera-t-il possible de voir ORDER sur scène ? Eh bien, la pandémie est toujours un problème, notamment parce que la plupart des festivals et des salles ont déjà leur programmation avec les reports de 2020. Quoi qu’il en soit nous venons juste de finir notre tournée norvégienne et nous jouerons en avril à l’Inferno Festival. En octobre, nous avons bouclé une mini tournée de trois dates. En dehors de ça, nous n’avons rien d’arrêté. Nous travaillons sur une possible tournée dans les Balkans et en Amérique du Sud. Espérons que les deux se réaliseront. J’espère aussi que nous pourrons nous produire en Belgique et ailleurs en Europe mais ce sera difficile en 2022.

Pour conclure, quels sont tes albums de Black préférés ? Question difficile ! J’en aime tant mais, si je peux choisir un album de MAYHEM

Bien sûr ! Alors je suis sûr de ne pas me tromper en disant que « Mysteriis » en fait partie car il est une référence du genre. Si je devais en citer un autre, ce serait « Hellfire » de 1349.

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  • Crédit photo: D.R.
Lu 298 fois Dernière modification le 20.06.22 16:11
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