Chris Grès

Chris Grès

Dès le titre de ce douzième album, tout est dit ! "Metal In My Head" – dont pas moins de trois des dix titres contiennent le mot metal – est un récital de tout ce que le heavy metal traditionnel a de meilleur. Cavalcades de twin guitares, riffs acérés, solos qui jaillissent fort à propos, batterie qui roule et qui claque, voix mélodieuse et agressive : tous les ingrédients sont au rendez-vous pour concocter des morceaux rapides et trépidants qui explosent dans des chœurs guerriers ou des refrains fédérateurs que l’on s’imagine scander, le poing levé, en concert ("Metal In My Head"). La production rend honneur à ces compositions entraînantes, animées d’un souffle puissant. Une belle ballade,"Whirlwolf", offre un doux répit au cœur du champ de bataille.

Wizard respire l’honnêteté, l’authenticité, la fidélité à un style qu’il défend depuis trente ans. Merci à eux de nous régaler encore avec un disque d’une telle qualité.

01.04.21 20:14

Shores Of Null

Pour son troisième album, « Beyond The Shores », les Italiens de Shores Of Null proposent un seul morceau de 38 minutes. Ce titre est une longue plongée dans la souffrance humaine, qui noie l’auditeur dans les eaux sombres d’un doom racé, teinté de sonorités black. On peut donc habiter sous le soleil romain et sonner comme les groupes anglais qui ont fait la renommée de Peaceville. Le chanteur Davide Straccione nous guide dans les ténèbres.

« Shores of Null » est un nom qui me paraît étrange. D’où vient-il ? J’étais à Budapest quand cette idée m’est venue. Je me rappelle que j’avais le mot « Shores » (rivages) en tête depuis un petit moment quand j’ai vu cette statue en forme de zéro près du Danube (il s’agit de la pierre du zéro kilomètre, « Zero Kilometre Stone », ndt). C’était un signe. J’ai pensé à « Null » (zéro), en Allemand : ce serait bien de mélanger deux langues. En anglais aussi, ce nom avait un sens (« Rivages des Invalides »). Il n’y avait rien d’autre qui portait ce nom, ce qui était parfait pour un nouveau groupe.

Votre line-up est stable depuis 2013. Une telle stabilité est rare. Quel est votre secret ? Nous aimons ce que nous faisons et nous travaillons dans un environnement amical et décontracté. Nous prenons le groupe au sérieux, mais nous savons aussi quand il faut rire et relâcher la pression. En outre, notre amitié a des racines bien plus profondes que le groupe lui-même.

« Beyond The Shores » est composé d’une seule chanson. Pourquoi ? C’est un choix courageux au regard de la mentalité actuelle marquée par la superficialité. Je pense que nous avons pris un gros risque, mais, heureusement, nos fans comprennent totalement notre démarche… et nous avons aussi gagné de nouveaux fans. Nous avons ressenti la nécessité de faire quelque chose de différent, d’explorer davantage encore les aspects les plus sombres et tragiques de notre musique.

Vos paroles sont inspirées du livre « On Death And Dying ». Quels sont les thèmes de cet ouvrage ? Les paroles sont en rapport avec les cinq niveaux de la douleur, qui ont été formulés par la psychiatre suisso-américaine Elisabeth Kübler-Ros dans son livre paru en 1969. Il traite du rapport à la mort des patients en phase terminale, du moment où ils découvrent leur maladie à celui où ils acceptent leur destin. Les cinq étapes sont le Déni, la Colère, la Négociation, la Dépression et l’Acceptation. Elles sont, toutes les cinq, abordées dans nos paroles, jamais de façon successive, mais en étant entremêlées, comme dans la vraie vie.

Peux-tu nous dire quelques mots sur les invités présents sur « Beyond The Shores » ? Bien sûr ! Dès que j’ai entendu la chanson pour la première fois, j’ai pensé que j’aurais besoin d’aide. Non que je croie être découragé par ce projet, mais parce que je voulais mener une expérience chorale et ajouter des strates différentes avec des interprétations différentes. Les noms de Mikko Kotamäki (Swallow The Sun) et Thomas A.G. Jensen (Saturnus) me sont venus assez naturellement, car leurs growls distinctifs collaient parfaitement avec la chanson. Nous les avons invités à Rome et avons passé plusieurs jours ensemble, entre le studio, une bière et une carbonara. Elisabetta Marchetti est la première chanteuse que nous accueillons. Elle est une vocaliste très douée et chante dans le groupe Inno. Il y a aussi une partie avec des cris extrêmement aigus de Martina L. McLean de Sanda Movies, la femme de notre guitariste Gabriele qui est derrière nos vidéos, dont celle de « Beyond The Shores ».

D’où vous est venue l’idée d’utiliser des instruments « classiques », comme le piano ou le violon ? C’est un hommage au Gothic Doom des années 90, un genre qui nous a inspirés à nos débuts. Nous voulions aussi marquer une différence avec nos deux disques précédents, qui avaient une approche plus standard.  Ces instruments nous permettent d’atteindre une toute nouvelle profondeur.

Le Doom, comme tu viens de le dire, est l’âme de votre musique, même si l’apport d’autres genres est perceptible. Quels groupes vous ont influencés ? Il est évident que le Doom Metal est notre grande influence, surtout sur « Beyond The Shores ». My Dying Bride, Paradise Lost, Kauan, Swallow The Sun, Saturnus, Warning nous inspirent, tout comme Sentenced, Katatonia, Anathema, Primordial, Enslaved, Opeth, Iron Maiden.

Allez, petit jeu, tes trois albums de Doom préférés ! Question difficile… Ces trois albums peuvent changer selon les moments, mais là, maintenant, je dirais :  « Watching From A Distance » de Warnong, « Turn Loose The Swans » de My Dying Bride et « Forest Of Equilibrium » de Cathedral.

« Beyond The Shores » est illustré par un clip magnifique. Comment l’avez-vous réalisé ? Nous n’étions pas sûrs de faire une vidéo pour « Beyond The Shores ». Sa longueur, clairement, était un obstacle, mais faire un clip pour juste un passage du morceau ne nous attirait pas. Nous avons finalement décidé de nous lancer dans une vidéo de tout l’album. C’est quelque chose qui n’avait encore jamais été tenté par aucun autre groupe. Le résultat nous satisfait extrêmement. Je dois remercier Martina et l’équipe de Sanda Movies pour ce travail incroyable. Quelques-uns des lieux où le film a été réalisé me sont très chers. La vidéo a été tournée en trois jours, en novembre 2020, durant la pandémie. Nous flânions à travers des montagnes, des forêts, des châteaux et des cimetières.

Une tournée est-elle prévue, quand ce sera possible ? La Belgique sera-t-elle au programme ? Étant donné la situation actuelle, il est difficile de planifier quoi que ce soit, mais nous n’en pouvons plus d’attendre de présenter « Beyond The Shores » en live. À coup sûr, la Belgique ne sera pas oubliée… quand il y aura une opportunité.

28.03.21 16:35

DOZER - "Vultures"

Dozer, mythique groupe de stoner suédois, a disparu des radars depuis un passage au Hellfest en 2014, dans le sillage de la sortie de "Vultures", en 2013…  EP qui est aujourd’hui réédité avec, en bonus, "Vinegar Fly", reprise des Finlandais de Sunride.

Les six titres proposés sont des démos de préproduction – est-ce de là que vient ce son si gras, si épais qui colle à merveille au propos ? – du génial "Through The Eyes Of Heathen", album phare des Suédois et, n’ayons pas peur des mots, de la scène stoner. La basse se fait entendre et offre un groove d’enfer aux morceaux, la batterie claque, les guitares aiment insister à l’infini sur un riff, comme pour nous emprisonner dans une spirale démoniaque ("Head Ghosts" et "The Impostor"). La voix, tantôt scandée, tantôt chantée, voire faussement charmeuse ("Last Prediction"), semble se contenir, sur un fil, pour parfois, brièvement, exploser. "Vultures", souvent jouissif, à l’image de la déflagration initiale, "The Blood Is Cold", est autant une source de joie que de regrets : pourquoi donc Dozer n’est-il plus actif ?

Felix Stass (Crematory) et Rogga Johansson (Paganzier, entre de nombreux autres groupes) se retrouvent pour donner un successeur au quelconque "The Darkside", sorti en 2017. Les deux vétérans, entourés de musiciens à la longue carrière, restent fidèles à un death d’inspiration suédoise, pour signer un opus relativement efficace, certes, mais toujours pas bouleversant. 

Dans ces compositions, très courtes, alternent passages rapides et séquences mid-tempo, comme dans l’inaugural "Dreams Of Rotting Flesh". Les riffs sont lourds, gras, plutôt accrocheurs ("Fear Of The Living Dead"), parfois groovy, avec évidemment un accordage très bas, mais bien trop souvent répétitifs ("Sounds Of Terror"). De même, les refrains où Felix répète sans cesse deux vers, en les scandant, se ressemblent tous. Le punky "Hatchet lover" et le vicieux "Skin That Peels Away" sortent quelque peu de cette masse uniforme consacrée à l’univers de l’horreur. "Songs Of Flesh And Decay", sans être honteux, est au final un album qui ne casse pas trois ailes à une chauve-souris...

Jahbulong s’est invité au Sabbat Noir, mené par le Magicien Électrique, pour invoquer le dieu Sommeil. Au fil de quatre longues compositions, enfumées et parfois traversées de leads acides, les Italiens, l’esprit hanté par les 70’s, étirent à l’infini, sur un rythme toujours plus lent ("The Eremite Tired Out" conclut en apnée ce disque étouffant, ce qui est un compliment), des riffs gras sur des guitares riches en fuzz. La basse menace, tapie dans l’ombre, quand les rares vocaux sont lointains, comme des échos d’un enfer qu’ils ne veulent pas quitter. Sans compromis, adepte des canons du genre, le trio signe un album de doom/stoner qui ravira les puristes. Éteignez les lumières, allumez les bougies, brûlez l’encens, activez le bong… et posez "Eclectic Poison Tones" sur la platine : décollage immédiat pour une autre dimension.

Ende, derrière un blizzard norvégien, dessine des territoires hantés. Au-delà de la fureur des riffs, au-delà de l’ardeur de la batterie, au-delà de l’horreur de la voix, se glissent des ombres malsaines, nées ici d’une guitare sèche désespérée, là d’un sinistre violon, là encore d’un inquiétant coup de cymbales. Dès l’intro, le malheur, qui suinte de la magnifique pochette, régnait… et il ne cesse de se développer au fil de longues compositions, aux rythmes variés. Tantôt frénétiques, tantôt mid-tempo, toujours lancinantes, presque hypnotiques, les chansons se déploient comme un vol de corbeau au-dessus d’une forêt enneigée qui cache mille histoires morbides, mille secrets inavouables.

Ende signe un avec "Mörnöyr, bienvenue en terre du Diable" une pépite black, qui brille d’une honnêteté et d’une maîtrise rares.

Nemtheanga poursuit une carrière sans faute. Que ce soit avec Primordial, son groupe principal, la plupart de ses projets (Blood Revolt, Twilight Of The Gods) et donc Dread Sovereign, le charismatique chanteur maintient un niveau de qualité impressionnant. "Alchemical Warfare", troisième opus de DS, ne fait pas exception. S’éloignant des rivages obscurs du doom – même si de belles traînées de ce style demeurent – le trio plonge désormais dans un heavy poisseux, placé sous le signe de Black Sabbath, sali par la rêche influence de Venom ou Bathory, dont il reprend le direct et jouissif "You Don’t Move Me (I Don’t Give A Fuck)".

Les compositions ont l’immense qualité de prendre leur temps, de s’étirer, de se développer en longues plages instrumentales aux atmosphères variées et magiques, souvent inquiétantes, à l’image de la terrifiante intro, "A Curse On men". Ainsi, quand surgit la voix de Nemtheanga, invocatrice, pour déclamer ses paroles diaboliques, l’effet est-il impressionnant, comme si jaillissaient les incantations d’un grand prêtre satanique ("Nature Is The Devil’s Church"). Le groupe sait aussi tisser des riffs accrocheurs, posés sur  une batterie martiale, dessiner des refrains qui restent en mémoire ("She Wolves Of The Savage Season") pour signer un disque de haute tenue.

En complément de l’excellent "The Mother Of All Plagues", Mercyless propose quatre reprises regroupées sous le nom "Sovereign Evil" et disponibles en digital et vinyle. Le groupe a décidé de mettre à l’honneur les grands anciens, des pionniers des musiques extrêmes qui l’ont influencé et ont acquis un statut de légende. Gloire est ainsi rendue à Hellhamer ("The Third Of The Storms"), Venom ("In League With Satan"), Possessed ("The Exorcist ") et Motörhead (avec "Go To Hell", choix original).

Les Français restent fidèles aux compositions originales ("Go To Hell" est une copie quasi conforme), mais leur offrent un léger maquillage, un petit effet antirides. Les titres ne sont pas noyés dans une sauce death trop épaisse, mais relevés d’une pincée heavy. Mitonné à point dans une production rêche qui conserve l’authenticité des années 80, cet EP est un en-cas succulent.

04.01.21 09:13

CRO-MAGS - "2020"

Après 20 ans de silence, Harry Flanagan semble vouloir rattraper le temps perdu. Peu après la sortie du solide « In The Beginning », Cro-Mags propose un EP en forme de testament de l’année 2020. Le disque, comme une rétrospective, revient, en 20 minutes et 20 secondes, sur les événements effrayants de cette sombre période.

Le hardcore aux forts relents metal du groupe est la bande-son parfaite de ces heures angoissantes. Souvent en retrait, la voix d’Harry, rapeuse, haineuse à souhait, est dominée par une section rythmique qui mêle groove et plomb, avec une basse ultraprésente (« Age Of Quarantine », entrée en matière ultra efficace… comme le refrain du très classique « Chaos In The Streets »). Les six morceaux, magnifiés par la guitare de Rocky George, vibrent d’une tension extrême (« Violence And Destruction »), qu’ils lorgnent vers le thrash (« Life On Earth » que n’aurait pas renié le Suicidal Tendancies des 80’s) ou tendent vers le funk/fusion (l’instrumental final « Crofusion »).

 

The Obsessed est l’un des pionniers du doom, l’une des formations légendaires du genre. Formé par l’immense, de talent comme de taille, Scott « Wino » Weinrich, il a, au fil d’une carrière décousue, inspiré de nombreux groupes, devenant une sorte de figure tutélaire du stoner. Fondé en 1976, il a disparu dès 1985 quand son leader, guitariste brillant, est devenu le chanteur de Saint Vitus. Il est ensuite réapparu régulièrement, signant quatre albums, dont le dernier, « Sacred » en 2017.

Wino, qui a traversé des périodes sombres — prison, résultat du braquage d’un magasin d’alcool en 1995, interpellation en 2014 par la police norvégienne pour détention de substances illicites, vente décevante de « The Church Within » qui conduit à la séparation avec Columbia… — incarne un mode de vie rock’n’roll. Et cela transparaît dans sa musique et dans sa voix, celle d’un homme qui en a beaucoup vu ; trop ?

Ainsi « Incarnate Ultimate Edition », réédition d’une compilation de démos et raretés sorties en 2000, regroupe des chansons souvent hantées, riches des tourments qui rongent leur géniteur. Petites-fils du blues — les sublimes reprises de « On The Hunt » de Lynyrd Skynyrd et de « Inside Looking Out » des Animals puis de Grand Funk Railroad — fils du heavy rock plus ou moins underground des 70’s, ces morceaux brillent de fulgurances électriques dignes de Black Sabbath (« Concrete Cancer » et « Peckerwood Stomp » aux soli frissonnants) posées sur une section rythmique tout en rondeurs plombées — « Mourning », pure leçon de doom/stoner. Le son brut rend justice à ces compositions désabusées, lourdes et lancinantes (« Skybone », « Spirit Caravan »), qui tantôt grésillent de tout le poids du monde, tantôt brûlent de colère (« Iron And Stone »).

Généreux et dense, « Incarnate Ultimate Edition » compte 21 titres — dont un « Endless Circles » live — qui sont un voyage dans l’âme torturée d’un Wino ayant connu mille tempêtes pour en sortir riche de ses blessures.

Direction le Nord ! Le nord de la France pour rencontrer les Lillois de Skelethal et le nord de l’Europe, la Suède plus exactement, pour s’imprégner de leur deuxième album. Porté par un son organique, étouffé et étouffant, comme exhalé des fameux Sunlight Studios, « Unveiling The Threshold » évoque les premiers Entombed ou l’indispensable « Dark Recollections » de Carnage.

Portées par une batterie aussi frénétique que remarquable, des touches de Grindcore (comme sur « Repulsive Recollections »… titre clin d’œil ?) parsèment ces féroces compositions, traversées de soli chaotiques. Les growls sont parfaits, les riffs lourds (« Emerging From The Ethereal Threshold »), sales et malsains (« On Somber Soil »). « Abyssal Church… The Portal Revealed », le dernier morceau, où arpèges et ambiance mystique précèdent la furie, rappelle que les textes ont une dimension cosmique, inspirée de l’œuvre de Lovecraft, comme le laissait penser la belle pochette de ce disque réussi. 

 

 

« As The Shadows Fall », sorti en 1993, est l’œuvre de Gunder Audun Dragsten, qui en a composé toutes les musiques et écrit la moitié des textes. Son aura, outre sa remarquable qualité, est aussi due à la présence du légendaire Dan Swäno, dont le chant, en voix claire et grave, se transforme parfois en déclamation, comme s’il devenait le maître d’une cérémonie païenne. Le long morceau éponyme est lourd et lent, comme une sinistre procession engluée dans la boue.

Ce disque est une pépite Doom aux reflets variés, un diamant double face. Godsend invite à un voyage intérieur, entre mélancolie et dépression, sans jamais éteindre une étoile qui brillerait comme un espoir ténu, à l’image de l’incongru et quasi pop « Walking The Roads Of The Unbeheld » ou des rais de lumière pale distillés par les soli. Les compositions, teintées de gothique, aspirées par des structures progressives, oscillent entre un ubac oppressant, glacé, à la lumière rare (« Silence Of Time ») et un adret quasi rock (« Slaydream »), souvent apaisé, mélodique, zébré de guitares saturées (« My Lost Love », « Autumn Leaves » qui évoque Candlemass).

« As The Shadows Fall », point de rencontre de ces deux versants, est un magnifique sommet.

 

En 2017, les nordistes de Putrid Offal avaient ouvert les hostilités du vendredi sous l’Altar… et, en une petite demi-heure, avaient séduit les lève-tôt, à grand renfort de riffs dopés aux amphétamines, oscillants entre death et grind, posés sur une batterie précise, riche en blasts et survoltée, portés par une basse en forme de parpaing. Bout de gras sur cette masse de saindoux : les growls variés d’un chanteur possédé ! Les morceaux qui finiront, trois ans plus tard, sur l’excellent « Sicknesses Obsessions » passent sur scène comme une lame de scalpel dans un corps en cours de dissection (« Let There Be Rot » et son ambiance malsaine, « Livor Mortis »). Les leçons du professeur Carcass ont bien été retenues (« From Plasma to Embalming »).

Au Hellfest, le groupe a opté pour ses titres les plus longs, le plus court (1’43) étant « Gurgling Prey » avec son petit côté Slayer. Une petite pause mélodique, vraiment infime, au cœur d’un « Repulsive Corpse » qui mise aussi sur la lourdeur, et hop, la scie sauteuse tranche encore et encore dans les chairs, arrache les membres et conclut son œuvre de sang par une décapitation impitoyable (« Suffering »). Bestial. 

Vous en avez assez d’enrichir la Iron Maiden Companie en achetant à intervalle régulier les albums live de la Vierge de Fer ? Vous adorez Bruce, Steve et leurs camarades, mais bon, vous saturez de voir vos économies servir à leur payer de belles vacances ensoleillées ? Vous avez donc décidé de boycotter « Nights Of The Dead » et sa tracklist sans originalité ! Pour dépenser les euros ainsi épargnés, précipitez-vous sur le « Live In Europe » d’Absolva, anciennement Fury UK !

Enregistré à travers l’Europe, mais en grande partie en France, au British Steel de Vouziers, ce disque respire la sueur des petites salles, l’énergie des concerts où le public est à moins d’un mètre des musiciens. Les Anglais avalent les kilomètres, ne craignent pas de jouer dans un modeste café concert — je me souviens les avoir vus à Arras, au Blue Devil’s, paix à son âme — n’hésitent pas à se donner à fond, dans des shows de deux heures, même quand la salle est loin d’être pleine. 

Habitués à accompagner Blaze Bayley, avec un bassiste membre d’Iced Earth, les Mancuniens œuvrent dans un heavy de tradition, certifié « made in England » — « Maiden England » ? Les dix morceaux de « Live In Europe », mélodiques et énergiques, marqués par des cavalcades de guitares, des soli aux petits oignons, des refrains aussi simples qu’efficaces et une armature rythmique en béton, évoquent bien souvent… Maiden, à l’image de « Rise Again » ! Mieux, le chanteur n’hésite pas à lancer des « Scream for me, British Steel » : le groupe, qui reprend régulièrement « Fear Of the Dark » sur scène, assume sa filiation !

Du thrash light, du metal sans caféine, saupoudré d’une pincée de groove Canderel, tel est le goût de ce premier album de Godsnake. Les Allemands, certes loin d’être maladroits, offrent des compositions qui lorgnent vers Metallica — la voix du chanteur évoque celle de James H., certains riffs (sur "You Gotta Pray" ou "Blood Brotherhood") semblent importés directement de San Francisco — vers la scène death mélodique de Göteborg, In flames en tête ("Sound of The Broken") ou vers Pantera ("This is The End", ultime et sans doute meilleur morceau du disque). De belles influences assurément, mais qui ne sont pas digérées, juste copiées. L’ensemble est de plus excessivement mélodique, sans feu ni fougue. "Poison Thorn" est ainsi un recueil de chansons certes pas désagréables, mais sans réelle saveur.

Figure de proue du drakkar viking metal, Skàlmold célèbre ses dix ans avec un album live, enregistré à Reykjavik. Fin 2019, les Islandais avaient donné trois concerts à domicile, prélude à une pause rendue nécessaire par des années intenses, marquées par cinq albums et de nombreuses tournées.

Acclamés par un public chaud comme l’air d’un sauna, prompt à répéter les chœurs guerriers de leurs idoles ou à chanter, en forme de communion finale, le solo de « Kvadning », les îliens attaquent par l’enchaînement « Heima » — puissante composition a cappella —/« Hàràs » — ente profondeur et nostalgie — qui reprend l’entrée en matière de « Baldur », leur premier album.

La voix gutturale de Sigurosson est mixée très en avant, accentuant le côté rugueux des chansons, contrebalancé par les interventions majestueuses de Gunnar Ben. Le groupe plonge dans chacune de ses sorties, régale sur ses morceaux de bravoure, comme l’épique « Mara », huit minutes de navigation sur une mer changeante, tantôt exaltée, tantôt apaisée, traversée de vagues de guitares maidenesques.

Skàmöld décrit ainsi un monde de feu et de glace, de rage et de mélancolie, mêle joies païennes et légendes nordiques (le heavy « Nioavellir »). La horde devrait ouvrir, au printemps 2021, pour Finntroll : une tournée à ne pas manquer !

Nouveau venu sur la prolifique scène death polonaise - le groupe est né en 2015 et a sorti une démo « The Death Of Baldur » en 2017 - Pandrador vient de publier son premier album. « Ov Rituals, Ov Ancestors, Ov Destiny » est une bombe de death metal technique, brutal et rapide, dans l’esprit d’un Decapitated. Après une courte intro, la déflagration dure un peu plus d’une demi-heure, à grand renfort de blast beats, de growls des cavernes et de riffs découpés à la tronçonneuse. Ces morceaux complexes sont exécutés de main de maître.

Saccadée, heurtée, chaotique jusque dans ses solos, la musique de la bande du guitariste Bartłomiej Bardon, compositeur principal, ne laisse guère de répit, plonge l’auditeur dans un tourbillon de folie furieuse. De rares mélodies malsaines, de vagues clins d’œil au black metal (« Valgrind ») permettent de varier quelque peu le propos… mais jamais très longtemps ! Étonnamment, les chansons abordent des thèmes scandinaves au fil d’une saga découpée en trois temps ; original dans le style, mais bon, à vrai dire, une fois le disque lancé, on ne prête guère attention aux paroles…

Night In Gales est un solide artisan du death mélodique, millésime suédois des 90’s, formé chez le maître At The Gates, comme en témoignent les vocaux de Christian Muller, chanteur originel, parti en 1995, mais revenu en 2018 : ses growls qui permettent de distinguer les paroles évoquent ceux de Tomas Lindberg. Et comme Dan Swano est aux manettes… Consciencieux et appliqués, les Allemands sortent des albums efficaces, ancrés dans les références du genre. "Dawnlight Garden", qui baigne dans un climat mélancolique, s’inscrit dans cette lignée. Après une intro inutile, des titres de qualité arrivent : les accrocheurs "Beyond The light" aux passages en chant clair et, surtout, "Dawnlight Garden", riche contraste entre vitesse et lourdeur. Il y a également l’épique "Kingdom" et ses incursions acoustiques, qui rappelant un certain Dissection. Quelques passages plus faibles, comme “Beasts Leave Tombs Again” et ses faux airs thrashy ou encore l’instrumental final “The Bonebed”, gâchent quelque peu le plaisir que procurent les blast beats, les breaks bien pensés et autres riffs efficaces. À noter la magnifique pochette signée Costin Chioreanu.

La tournée 2019/20 d’Hammerfall, pour défendre l’album "Dominion", est présentée comme l’une des plus spectaculaires, à grand renfort d’effets pyrotechniques, de la formation suédoise. Bon, n’ayant pas eu sous les yeux le DVD du concert capté à Ludwigsburg, en Allemagne, je ne peux guère en juger… mais la bande-son révèle en tout cas un groupe au sommet de sa forme, musicalement comme vocalement. Pour briller, les amis du marteau s’appuient sur une setlist redoutable et bien pensée. Le dernier et solide disque en date est bien entendu à l’honneur, à l’image de l’enchaînement inaugural "Never Forgive, Never Forget", puissant, mélodique en diable, idéal pour lancer un concert/"One Against The World", épique, à la Maiden, ou de l’hymne au gros refrain "(We Make) Sweden Rock", placé en stratégique avant-dernière position juste avant le classique "Hearts On Fire".

Les ritournelles guerrières propices au headbanging, riches en guitares flamboyantes, soli maîtrisés, mélodies efficaces et chœurs virils repris par la foule, s’éclipsent un temps face à "Second To One", power ballad sur laquelle apparaît Noora Louhimo de Battle Beast. Cette pause intervient juste avant un medley nostalgique en hommage aux 20 ans de "Renegade" qui débouche sur une interprétation sans faille — quelle voix ! — de "Keep The Flame Burning". Durant près de deux heures, les titres emblématiques d’Hammerfall surgissent de "Last Man Standing" à "Let The Hammer Fall" en passant par "Hector’s Hymn", entre de nombreux autres.  Et nous voilà surpris, le poing en l’air, hurlant à la gloire d’Hector, sur la route du travail ! Pas très sérieux, mais oh combien jouissif !

Geoff Thorpe a fondé Vicous Rumors en 1979. Avec "Digital Dictator", son deuxième album paru en 1988, le groupe a signé un classique, un modèle de heavy power à la mode US. Pour célébrer le trentième anniversaire de ce disque, une tournée, prévue en 20 dates, a été montée. Le succès a été tel que les boys ont fini par donner 108 concerts… ce qui a retardé la sortie de "Celebration Decay", treizième effort des Américains qui s’inscrit parfaitement dans leur longue histoire ("Arrival Of Desolation", "Death Eternal").

Ce cru 2020 est de bonne qualité, porté par les vocaux agressifs et variés – qui s’offrent même quelques montées dans les aigus ("Any Last Words" qui fait penser à du Maiden) – d’un impeccable Nick Courtney, nouveau chanteur déjà à l’aise. Les rythmiques restent le plus souvent dans un mid tempo puissant, voire angoissant – le début de l’excellent "Asylum of Blood" – mais s’autorisent, bien entendu, de belles cavalcades, une saine agressivité (l’éponyme "Celebration Decay", parfaite entrée en matière, "Collision Course Disaster" chanté, comme l’étrange, presque déroutant, "Darkness Divine", par Geoff Thorpe). Les solos, aussi traditionnels qu’efficaces, sont eux aussi au rendez-vous pour finir de convaincre les amateurs de heavy certifié authentique. Il manque juste quelques refrains fédérateurs pour faire de "Celebration Decay", œuvre gorgée d’énergie et de conviction, un incontournable.