Chris Grès

Chris Grès

Enfin ! Après 18 ans d’existence et avec six albums au compteur, Audry Horne sort son premier live. Au vu de la qualité des prestations du gang, cette sortie était attendue… et ne déçoit pas ! Les 16 titres captés at home à Bergen en 2018, lors de la tournée Blackout (six chansons sont issues de cet opus), sont à la fois un copieux aperçu de l’intégralité de la carrière du groupe et, surtout, un condensé de petites bombes, gorgées d’énergie.

La batterie claque plus que sur disque, au détriment d’un chant légèrement en retrait mais toujours prenant. Toschie harangue la foule en norvégien, quand il faut, sans en faire trop. Le tempo est plus rapide… et le public joue son rôle : il accompagne la guitare sur l’épique "This is war"morceau parfait pour lancer les hostilités avec ses faux-airs de Maiden et reprend les paroles, comme sur le vieux mais toujours jouissif "Threshold", entre autres. Les twin guitars, merveilleuses, brillent de mille feux ("Blackout", "Blaze of Ashes"), étincellent lors des soli. Dès les premières notes, on est dans la fosse, proche, tout proche de la scène...

Audrey s’octroie une pause avec la balade "Sail away", ouvre une brève parenthèse sombre, grungy (le rarement joué "Weightless") mais enchaîne surtout les compositions échevelées, héritées de Thin Lizzy, voire de Def Leppard. Le final est dantesque avec l’hymne absolu "Waiting for the night" – quel refrain ! – suivi du hargneux "Redemption Blues" et d’un "Straight into yout grave" au galop. "Waiting for the nght", un futur classique ?

Les Espagnols d’Obscure sont des vétérans de la scène thrash/death. Formé à la toute fin des années 80, ce groupe a connu pas mal de bas – split, tentative de retour hasardeuse en 2006 –  et quelques hauts – la démo bien accueillie "Curse the Course en 1990". La formation renaît de ses cendres en 2017, après la parution d’une compilation de ses trois démos, pour donner naissance, enfin, à son premier album.

"Darkness must prevail", mélange de titres inédits créés dans les 90’s (“Blessing of Malignancy“) et de compositions récentes, mise sur un old school death lourd et groovy, axé sur les mid-tempos, rehaussé d’accélérations bien senties. Difficile de ne pas headbanger sur une telle musique...

Comme sur les meilleurs albums du genre, il se dégage de ce disque une ambiance de film d’horreur ("Through Self-Repulsion" tout en tension contenue). Des passages inquiétants, oppressants s’éclipsent soudainement pour céder la place à une décharge de violence pure, comme quand un serial killer de slasher movie passe à l’action, machette à la main. Les vocaux épousent ces changements d’atmosphère, passant de malsains à sauvages. Cette sensation est soulignée par la production soignée de Dan Swanö, qui met particulièrement en valeur des guitares au son aiguisé… Et donne un petit côté scandinave à cette œuvre réussie.

16.03.20 06:49

BOOST - "Reboot"

Créé voilà 25 ans, Boost, après un long silence, revient avec un nouvel album, "Reboot". Le groupe, toujours porté par l’iconique Crass (Crusher), reste fidèle à son passé. Il propose toujours un metal fortement teinté de hardcore avec des clins d’œil appuyés à l’électro, pas forcément les meilleurs passages, heureusement assez rares, au punk, surtout pour l’énergie déployée, voire au gothique. La formation mise sur les vocaux, assurés par deux chanteurs, qui ne cessent de changer, avec réussite et maestria, de registre. L’album lorgne parfois vers Rage Against the Machine mais ne s’interdit pas des passages mélodiques, à l’image du refrain de "From darkness into light" – une chanson tout en contraste, en tension, qui aboie, aboie… et finit par mordre ! – qu’In Flames, période "Soundtrack to your escape", ne renierait pas. Les titres les plus musclés – l’initial "Silence is a gift" – les plus lourds – le bref et percutant "Show me Hell" – sont les plus réussis, ceux qui risquent de retourner les fosses sur la tournée prévue en 2020. Seule fausse note : "Architect of my own destruction" et "After all", les deux titres longuets sans réelle énergie, sans grande saveur, qui concluent les festivités. Dommage de finir ainsi un album de qualité…

C’est lourd, c’est gras : c’est Grave, c’est Obituary ? Non, c’est Creeping Death qui arrive avec son premier album, "Wretched Illusions". Derrière une pochette réussie se trouve un album classique de death metal, saupoudré d’une touche thrash (comme sur le morceau éponyme) qui mise avant tout sur la lourdeur, incarnée par une basse très présente, mixée en avant, et la puissance, issue de riffs simples, mais efficaces. La bestialité du genre jaillit de growls convaincants et de quelques blasts, disséminés çà et là.

Malgré ces ingrédients de plutôt bonne qualité, le plat final ne convainc pas totalement. Les titres se ressemblent tous, noyés dans une sauce de réverbération : toujours la même saveur, le même goût, même si «World Decay" et son final heavy ou "Consumed" donnent un peu de piquant à l’ensemble.

La carrière de Blaze of Perdition est marquée par l’accident survenu au groupe en novembre 2013, sur les routes autrichiennes : décès du bassiste 23, graves blessures pour l’ancien batteur Vizun et période de coma pour le chanteur Sonneillon qui, s’il n’apparaît plus sur scène, reste le parolier attitré des compositions signées XCIII, le guitariste originel.

"Transmutation of Sins" est un deux titres, sorti pour accompagner la tournée The Void Dancers MMXIX tour (novembre - décembre 2019) et pour annoncer le nouvel album "The Harrowing of Heart", prévu pour février 2020.

Ambiance occulte, voire gothique, et black mélodique, porté par une batterie omniprésente et des guitares bien loin des tronçonneuses « trve black », sont au rendez-vous de cette production. La deuxième piste, une riche reprise du « Moonchild" des Sisters of Mercy, est une réussite aux vocaux particulièrement travaillés.

Même si ce petit quart d’heure manque d’un soupçon de hargne, il donne envie de jeter une oreille sur "The Harrowing of Heart".

 

Après deux Eps et deux albums, Evil Invaders s’offre son premier live. Enregistré at home, à Anvers, il est riche de 16 titres, dont sept des neuf de son dernier disque en date "Feed me violence", et agrémenté d’un DVD.

La musique, l’artwork et le look des gaillards invitent à un voyage au cœur des eighties. Les cours de thrash – de l’école Bay Area en général et du professeur débutant Metallica en particulier –  et les leçons de la NWOBHM – de maître Maiden en tête comme sur "Stairway to Insanity" et plus encore "Master of Illusion "mais aussi du vénérable Venom dont le "Witching Hour" est solidement repris – sont assimilés. Les Belges balancent à toute allure des riffs qui donnent immédiatement envie de taper du pied (le bien construit "Feed me violence", "Fast, Loud ‘N’Rude" dont le titre résume bien la philosophie du groupe, le jouissif "Raising Hell") et des solos qui imposent une séance d’air-guitar, couplée à un headbanging frénétique. Le chanteur passe allègrement d’une voix claire à des grognements sans jamais renoncer à un hurlement aigu. Le tempo ralentit parfois, la musique s’alourdit un temps – l’excellent "Broken Dreams in Isolation" aux multiples facettes – mais la vitesse reste maîtresse du jeu, en équilibre entre violence et mélodie.  Ce live intense, gorgé d’énergie, donne envie de voir Evil Invaders sur scène : mission remplie !

Groupe à la carrière aussi longue que remarquable, Pretty Maids sort depuis 1981 des albums de belle facture. Malgré son âge désormais vénérable, le groupe danois ne faiblit pas et, dans la lignée de ses dernières solides productions, offre un nouveau bijou avec "Undress your madness". Les compositions de la paire Atkins, vocaliste qui passe de l’agressivité à la douceur comme personne, Hammer, guitariste au talent délicat, reste fidèle au style du groupe. "Notre intention avec cet album n'était pas différente de tout autre album que nous avons fait", admet le gratteux.

Après une intro digne d’un film d’horreur, mélodie et violence se conjuguent dès le premier titre, l’excellent single "Serpentine", au refrain magique – comme celui de "Runaway World". En dix chansons, l’auditeur est promené de caresses FM ("Runaway World" et "Shadowlands" accrocheurs en diable) en uppercuts teigneux (le rapide "If You Want Peace (Prepare For War)", "Undress your Madness" et sa construction en crescendo) aussitôt soignés par une ballade en guise de baume apaisant ("Strengh Of A Rose" aux délicats passages acoustiques ou "Will you still kiss me (If I see you in Heaven")). Du travail d’orfèvre… qui donne envie de voir ce groupe vivre encore longtemps, très longtemps, malgré le cancer contre lequel doit se battre Ronnie Atkins.

Quatrième du nom, le Tyrant Fest 2019 a une nouvelle fois offert, dans le cadre idéal du site 9-9 bis d’Oignies, ancien puits minier où trône encore, majestueux, un chevalet, un week-end riche et varié. Outre les concerts, orientés black et death, des expositions, des conférences et même des randonnées étaient programmées par des organisateurs d’une rare efficacité. Le sold-out du dimanche était largement mérité !

Samedi, le festival, pour moi, a débuté par Barque, dans l’auditorium, petite salle d’une centaine de places, dans laquelle se produisent des groupes de moindre notoriété, mais non de moindre talent. Les Lillois, dont l’album Pyre Builders est sorti en début d’année, ont livré un show intense d’une demi-heure. Sur une trame hardcore, avec un chanteur expulsant son chant comme un crachat de haine, avec une batterie au taquet, les titres sont si rageurs qu’ils explosent parfois en un chaos ravageur.

Après un petit tour au bar de l’Annexe et quelques passages, les yeux avides, devant les stands des labels et autres vendeurs de disques, il est temps de se rendre au Métaphone, le cœur vibrant du Tyrant Fest.

Aorlhac – Aurillac, la ville du groupe, en langage occitan – offre un black d’inspiration norvégienne, porté par des riffs intéressants, mélodiques et animés d’un souffle épique, mais pénalisé par des structures de morceaux trop semblables. Si le son est lourd, avec une basse qui prend une place importante, les touches heavy, vaguement médiévales, trop répétitives, finissent par lasser. S’exprimant avec conviction en français, le groupe narre, comme le rappelle le chanteur avant "Sant Flor, la cité des vents », « les histoires les plus sombres du passé ».

Changement d’ambiance ensuite avec Pensées Nocturnes, qui oscille entre grand-guignol et rituel, entre angoisse et absurde – mais n’est-ce pas la même chose ?  – dès l’inaugural Paria. Dans un décor de cirque maléfique, de cabaret des horreurs, des erreurs, quand les musiciens deviennent des clowns menaçants, qui font penser au dessin dégénéré du serial killer JW Gacy, les parties calmes et les notes d’un accordéon sinistre évoquent les films d’épouvante. Les cuivres, trompette et tuba, en fanfare décadente, donnent l’impression d’assister au défilé d’une harmonie monstrueuse qui devient une bande furieuse quand les guitares et la batterie imposent le retour du black metal. Les références sont multiples, les morceaux ne cessent de changer de visage à l’image de « Poil de lune », qui débute avec le thème des Temps Modernes de Chaplin, glisse vers l’Europe de l’est entre quelques salves explosives. « Deux bals dans la tête » alterne blasts et lourdeur. Varehon, chanteur à la voix torturée, des hurlements aux vociférations, et multi-instrumentiste, âme de la horde folle qui l’accompagne, déchaîné, n’hésite pas à traverser la fosse – si calme qu’il finira par lâcher, en fin de concert un « vous êtes bien sages » agacé.

Undead Prophecie installe dès son entrée en scène une ambiance morbide dans un décor où règnent pierres tombales, images de statues et un magnifique backdrop d’un vert sinistre évoquant la forêt de Blairwitch. Le chanteur arrive lentement, une lanterne à la main, s’approche de son micro orné d’une faux avant que ne résonne la lourdeur quasi doom de « The souls I Haunt ». Le groupe masqué offre ensuite une démonstration de death classique, dans la lignée de Death, bien sûr, voire d’Obituary quand les growls se font inhumains.  La brutalité furieuse est au rendez-vous, jouée avec talent et maîtrise : « I summon the demon » est haineux à souhait comme « Unholy entity » qui clôt le concert… avant que les musiciens, pour la première fois, ne révèlent leur visage !

Dopethrone, dans son côté crade et déglingué, à un petit côté Darkthrone – dont Julie, chanteuse dreadlockée porte un t-shirt – revendiqué : son dernier album ne s’appelle-t-il pas « Transcanadian hunger » ? Bien sûr, il s’agit d’une version doom/sludge de la légende norvégienne mais l’atmosphère dégagée est semblable à celle qui émane des disques du duo. Ambiance oppressante, répétitive, accentuée par les incessants mouvements de derviche tourneur de la frontwoman à la voix éraillée (« Planet Meth »). La basse rayonne, hypnotise pour rapprocher ce concert d’une transe traversée de quelques éclats de colère : « Killdozer », conclusion impitoyable, qui voit le guitariste hurler « Détruisez tout ». Le public, malgré les premiers pogos de la journée, ne montre pas un grand enthousiasme… Dommage, car Dopethrone a brillé… d’une lumière noire, bien sûr.

« Les blessures de l’âme sont immortelles ! », tel sera le leitmotiv, scandé par un frontman autant chanteur que maître de liturgie, du concert de Seth. Le groupe culte du black metal français fête les 20 ans de son album légendaire, « Les blessures de l’âme », qui vient de sortir en version live, enregistré aux Feux de Beltrane. Ce disque, pierre angulaire du genre, est joué en intégralité. Le son, quasi parfait, fait honneur aux claviers et à la voix pour un concert qui se fait rituel. Église maudite en backdrop rougeoyant, chandeliers, autel, couteaux, la cérémonie maudite se déroule au rythme des chansons majestueuses, mélodiques, frénétiques – ah la batterie sur « Hymne au Vampyre, acte II », morceau admirable, toujours aussi prenant… Les ambiances, entre effroi et passion, se déploient sur la salle où de nombreux spectateurs – disciples ? - vivent intensément ce moment de grâce, hors du temps. Le point d’orgue de cette orgie païenne est l’arrivée d’une nonne, presque nue, que Saint-Vincent recouvre, lentement, de sang.

Bien difficile pour Septic Flesh de conclure ensuite la première journée du Tyrant. La magie se dilue au rythme des apostrophes du chanteur, engoncé dans son costume de cuir, qui ne cesse d’interpeler la foule avec des « Eh my friends » et autre « One, two, three, four... ». Le black/death des Grecs, efficaces bien sûr, plaisant, est souvent parasité par les bandes symphoniques qui donnent l’impression de se retrouver dans un peplum bas de gamme. « Prometheus » ou « Persepolis » reste des chansons accrocheuses mais ne parviennent pas à faire décoller un concert assez banal. Dommage...

La seconde journée du Tyrant Fest débute par une cruelle déception : interview de Seth oblige, j’arrive bien trop tard pour assister à la prestation de N.K.R.T. dans le petit, tout petit auditorium. Dommage tant j’aurais voulu découvrir le rituel médiéval de Frater Stéphane…

Le hall du Métaphone se remplit et devient vite bondé : ce dimanche est sold out – pour la première fois en quatre éditions du festival – et l’ouverture des portes de la salle prend du retard.

Notre patience est toutefois récompensée avec, dans les odeurs d’encens, la prestation envoûtante de Wolvennest. Un autel garni de chandelles trône au milieu de la scène, derrière laquelle un écran projette des visuels dans un noir et blanc malsain, des paysages lugubres hantés par des oiseaux inquiétants qui hantent des cadavres. Les Belges nous emmènent dans un pays où le noir est couleur, au son d’un doom seventies teinté de sonorités mystiques. La chanteuse et son thérémine tissent des ondes mystiques qui se mêlent à sa voix en d’envoûtantes mélodies. Les deux guitaristes – l’un au look metal, l’autre au style dandy – tissent des lignes majestueuses et sinistres. Un voyage marquant dans des contrées envoûtantes, aussi belles qu’inquiétantes.

Avec The Secret, le noir fait place au rouge, de la couleur des lights et du vin que le chanteur partage, au goulot, avec son public. Portés par une batterie énorme, les Italiens balancent leur haine à travers un hardcore teinté d’ambiances obscures. La violence est au rendez-vous, pour le plus grand plaisir d’une fosse déjà électrique.

Avec leur masque d’or dont les piques évoquent la statue de la Liberté, Imperial Triumphant propose un voyage vers New York, cité de la décadence. Le concert, vite lassant, est rythmé par une voix off, pareille à celle d’une hôtesse de l’air, qui nous guide à travers le périple imaginé par les Américains. Leur musique complexe, aux accents jazzy, ne touche l’auditeur que dans ses moments de répit, dans ses plages les plus calmes…

Lourd, pesant, heavy, strié de lights blancs qui tombent sur le frontman comme le Saint-Esprit sur celui qui a la révélation, le black de Mephorash est un office religieux maudit. La voix du chanteur principal, dont les mains, comme incontrôlables, ne cessent de danser en étranges incantations, évoque une liturgie impie, d’obscènes prières. Le décorum occulte crée une ambiance sacrée, renforcée par le côté répétitif des chansons. 

Fi des artifices et place à un black brut et nature, quand la musique se suffit à elle-même. Gaahl et son groupe, Gaahl's Wyrd, offrent une prestation d’une solidité rare, à l’image du monstrueux « Carving a Giant » tiré du répertoire de Gorgoroth. Le chanteur, au charisme diabolique, ne parle pas, laisse le silence s’installer entre les morceaux ou lors de la résolution d’un problème technique. Il arpente la scène, lentement, laissant ses acolytes multiplier les pauses typiquement metal. Lui, impassible, règne sur une salle conquise, tant par les compositions tirées du récent « GastiR - Ghost Invited » que par les reprises de God Seed. Une atmosphère intime se crée entre la scène et la fosse, qui s’incarne dans les poignées de mains distribuées par Gaahl à la fin d’une prestation impressionnante.

« Nous vous prévenons que Mayhem va jouer 30 minutes de plus que ce qui était prévu ! », annonce l’organisateur. Les Norvégiens vont ainsi décliner leur concert en trois temps, trois ambiances, trois styles. Place d’abord à « Daemon », la dernière production, réussie, avec quatre titres, dont le malsain et lancinant « Invoke the Oath », pour conclure cette première partie. Le groupe, en tenue noire, à l’exception d’un Attila, déjà possédé, en lambeaux, maquillé et cornes sur le front, croix en os à la main, fait déjà corps avec sa musique, se drape dans ces accords sinistres, comme durant « My death », extrait de « Chimera ». Derrière la batterie gigantesque et disposée en angle droit d’un Hellhammer fascinant, une musicienne gère les effets qui enrichissent les titres récents du groupe. Deuxième salve avec, comme en atteste le backdrop, un retour à la période « De Mysteriis Dom Sathanas ». Dès l’intro glaçante de « Freezing Moon », la folie gagne la fosse, comme possédée par ces notes démentes, distillées par cinq magiciens en robes noires, menés par un Atila semblant discuter avec un crâne. Sur « Pagan Fears », le pit est le théâtre d’un début de bagarre, vite maîtrisée. L‘enchaînement « Life Eternal / Buried » clôt ce chapitre en un orage sinistre… avant que n’explose, en rage pure, en éclairs froids, l’ultime assaut, centré sur « Deathcrush ». Necrobutcher, torse nu, les traits déformés par la haine, donne le ton de ce crachat direct, de ce morbide dégueulis death. Attila, visage découvert, les avant-bras cloutés, s’époumone sur ces titres intemporels avant d’éructer un ultime « Pure Fucking Armageddon ». Mayhem, implacable, a étalé sa haine bestiale et grandiose.

 

 

09.12.19 08:11

Seth

Dimanche, avant que ne débutent les hostilités du second jour du Tyrant Fest, Heimoth, l’âme de Seth, et Saint Vincent, le chanteur, nous accordent une interview. L’entretien se déroule dans le studio d’enregistrement du site 9-9 bis d’Oignies.

Comment s’est passé votre concert d’hier soir ? Heimoth: C’était plutôt pas mal… Saint Vincent: C’était génial ! La scène était superbe, le public excellent ! Un très grand moment ! Heimoth: C’est vrai que cette salle est impressionnante, avec un son d’excellente qualité.

Vous donnez des concerts au compte-goutte… Heimoth: nos dates sont espacées. Comme nous tournons pour l’anniversaire des "Blessures de l’âme", nous voulons que chaque concert soit un événement. Nous jouons donc dans le cadre de festivals ; l’idée n’est pas de faire 35 dates. Pour chaque concert, nous avons pas mal de choses à gérer, pour la technique, le décorum. Saint Vincent: Nous avons effectivement beaucoup de préparation… et besoin de temps pour tout ranger !

D’où vient cette volonté d’une tournée anniversaire ? Heimoth: C’est lui qui a poussé pour le faire pour donner un nouveau souffle, un nouvel élan. Saint Vincent: Il me semblait essentiel de se diriger vers l’esprit des Blessures de l’âme. Je suis heureux que les autres aient été d’accord, mais ce fut un travail de longue haleine… car il y a de fortes personnalités dans le groupe. Mais j’ai réussi… et j’en suis très, très fier ! Heimoth: Moi aussi !

Votre album live, "Les blessures de l’âme – XX ans de blasphème", vient de sortir. Saint Vincent: Les Acteurs de l’Ombre ont réalisé une captation de notre prestation à leur festival, Les Feux de Beltran, en mai dernier. Ils nous ont proposé de la sortir en disque. Heimoth: Nous avons écouté… et nous nous sommes dit "pourquoi pas", après avoir dialogué entre nous. L’ingénieur son qui a fait le mixage a bien travaillé… et nous sommes contents d’avoir suivi l’initiative du label. Saint Vincent: C’était une bonne date. Nous n’avons pas eu l’idée du live mais nous sommes ravis du résultat, qui donne un aperçu global de cette série de concerts. Heimoth: Les photos de l’artwork proviennent en effet de différents shows. Au fait, il sortira en vinyl très bientôt… Et vient de ressortir, sur un label de Singapour, notre mini "By Fire, Power shall be".

Quels sont les live qui vous ont marqués ? Heimoth: Slayer ! "Decade of Aggression" ! Saint Vincent: Pareil ! Une réussite ! Parfait !  Une apothéose ! Heimoth: Il y a aussi des bootlegs de Sepultura, qui a une autre approche en boostant les tempos. D’ailleurs nous avons, nous, opté pour une approche fidèle à l’enregistrement sur disque, en gardant l’esprit. Nous n’avons pas dopé les morceaux : nous proposons l’album avec juste un autre son car nous n’étions pas satisfaits de celui du disque, très, trop compressé. Notre live, c’est l’album, mais avec une autre approche. D’ailleurs si j’avais les bandes – en DAT à l’époque – j’aurais fait remixer Les blessures de l’âme.

La suite ? Saint Vincent: nous serons au StellFest, le 15 mai 2020, en Finlande. Heimoth: nous donnerons quelques shows pour cet anniversaire jusqu’en septembre 2020.

Et après ? Heimoth: Nous ne chômons pas ! Nous composons de nouveaux morceaux pour un nouvel album, qui sera un retour aux sources. Nous espérons une sortie fin 2020. Saint Vincent: Nous sommes dans cette optique de revenir au black metal des années 90, ce qui coïncide avec l’anniversaire des "Blessures de l’âme". C’est une étape de la vie : avec les années qui passent, nous voulons voir d’où nous venons, voir qui nous sommes. C’est le côté circulaire de la vie… Revenir au départ, c’est une expérience. Heimoth: Chaque album de Seth a son identité, il existe de grandes différences entre eux. Saint Vincent: En tout cas, rester à l’écoute ! Des annonces vont arriver !

 

 

27 ans – oui, oui, vingt-sept ans ! - après son dernier véritable album – "The law", sorti en 1992, a été suivi, en 1994, d’un split avec Suffocation, Cancer et Malevolent Creation – Exhorder est de retour ! Le groupe natif de Louisiane signe avec "Mourn to the Southern Skies" une résurrection réussie. L’éternel second couteau, toujours fidèle à son groove metal ancestral, offre en effet une œuvre de qualité. Bien sûr, et même si le chanteur Kyle Thomas ne supporte plus de voir le nom de Pantera accolé à celui de sa formation, il est impossible de ne pas penser au défunt combo d’Anselmo dès les premières notes d’un "My time" inaugural qui laisse pantois, sur un "Asunder" mid-tempo ou sur le plus lent "All she wrote".

Riffs impressionnants et solos bien troussés, vocaux agressifs mais modulés ("Arms of man", vicieux, "Mourn to the Southern Skies"), section rythmique irrésistible, méga production qui gonfle les guitares comme on les aime chez Nuclear Blast, voilà la recette d’un plat roboratif, certes, mais que l’on prend plaisir à avaler. "Beware the wolf" est une décharge électrique quand "Hallowed Sound" lorgne vers le heavy, un peu à la façon d’Exodus. Mention à "Yesterday’s bones", longue pièce tout en tension à la conclusion apaisée en guitares acoustiques. Le disque s’achève sur le titre éponyme, ambitieuse composition aux relents doom, agrémentée d’un orgue Hammond, qui démarre en ballade avant de rencontrer, dans les bayous de Louisiane, Down!

Groupe de heavy metal traditionnel, dans la lignée des géants de la NWOBM, Iron Maiden et Judas Priest, avec une pincée d’influence teutonne à la Accept, Burning Witches a signé, en deux ans, deux albums solides et efficaces, à défaut d’être révolutionnaires.

Au printemps, le groupe a changé de chanteuse, Laura remplaçant Seraina. Pour présenter la nouvelle venue, les Sorcières proposent un quatre titres, composé d’un inédit, "Wings of Steel", et de trois morceaux captés cet été à Wacken, où les Suissesses étaient ravies de se produire pour la première fois.

Tirées de leur deuxième disque, "Hexenhammer", ces compositions sont directes, pour un "Executed" quasi thrash, qui démarre après une intro faisant penser à celle de "Hallowed be thy name " de qui vous savez, et "Open your mind". La foule répond présente avec quelques chœurs et l’on perçoit la bonne ambiance qui semble régner sur scène. Même si les vocaux manquent quelque peu de puissance, de quoi faire regretter la frontwoman originelle ?, le travail des guitaristes, tant en riffs qu’en soli, donnent de la consistance à ces compositions. La dernière chanson, l’éponyme, "Hexenhammer", montre la face épique de Burning Witches… que l’on retrouve sur la consistante nouveauté "Wings of Steel".

Comme l’écrit HP Lovecraft « And with strange aeons even death may die ».  L’âme noire de Necrophagia, le héraut de la mort et de l’horreur, Killjoy est décédé en 2018. C’est en son honneur que Season of Mist publie "Here lies Necrophagia", compilation riche de 18 morceaux. Elle couvre l’intégralité de la carrière des Américains, du premier album "Season of the Dead" (1987) – si l’on ne tient pas compte de "Ready for Deah enregistré en 1986, mais sorti en 1990 – au relativement récent "WhiteWorm Cathedral" (2014).

La longue vie de ce groupe pionnier du death metal, agrémenté d’intros en forme de samples de films gore ou d’ambiances mystérieuses, incarnés par l’orgue de "Fear the Priest", fut mouvementée : incessants changements de musiciens, pauses assez longues et problèmes de censure. La présence de Phil Anselmo sur "Holocausto de la Morte" (1997) et les EP "Black Blood Vomitorium" (2000) et "Cannibal Holocaust" 2001) – six titres pour ces trois productions sur "Here lies Necrophagia" – a offert au gang de l’Ohio un joli coup de projecteur. Des musiciens comme Frediablo, Casey Chaos ou Maniac, entre autres, ont aussi participé à l’aventure de Necrophagia, à cette longue nuit des morts-vivants, à cette Halloween sans fin.

Le death metal de Necrophagia, est hanté par la voix démoniaque de Killjoy – qui fait penser à celle de David Vincent sur "Altars of Madness", non ? Ces cris monstrueux sont comme des griffes de la nuit, prêtes à vous lacérer. Cette musique s’épanouit dans une production basique, dans un son sale. Les guitares, souvent grasses comme une flaque de sang bien trop riche en cholestérol, enchaînent des riffs basiques, mais efficaces. Parfois, elles sonnent comme une tronçonneuse prête au massacre ("Chainsaw Lust"). Ici tout est crasse et lourdeur, malgré quelques accélérations de rythme, haine et folie… avec toutefois un côté Grand-Guignol, à l’image des pochettes, qui empêchent de prendre au sérieux cette ambiance malsaine. Bienvenue dans la dernière maison sur la gauche !

 

Laurent Lignon et Stéphane Le Saux ont eu la brillante idée d’inviter douze groupes français pour réaliser un album hommage à Cathedral, grand maître du doom, auteur de quelques-uns des albums incontournables du genre, comme l’emblématique "Forest of Equilibrium". Ce disque est mis à l’honneur avec quatre reprises dont un merveilleux "Reaching Happiness, Touching Pain", signé Ataraxie et enrichi d’une trompette qui accroît encore la noirceur compacte de ce chef d’œuvre ; la perle de ce double CD.
Présenté sous forme chronologique, Doom or be Doomed insiste sur la face la plus lourde du groupe anglais, privilégiant les morceaux longs et oppressants. Misanthrope s’essaie avec réussite au chant en français sur "Soul Sacrifice" alors que Barrabas échoue dans le même exercice sur un "Ride" bien poussif. Autre déception, le "Voodoo Fire" catastrophique de Northwinds. Pour les autres titres, notamment les trois issus du génial "The ethereal mirror", la qualité est au rendez-vous ! Cet hommage permet donc de se rappeler à quel point les compositions de Cathedral sont des pierres angulaires du metal.

Michael Monroe, légendaire chanteur depuis les flamboyants et légendaires Hanoï Rocks, ne cesse, depuis 2011, de sortir des albums de qualité. "One Man Gang" ne déroge pas à cette règle d’excellence. En 12 morceaux aussi courts qu’accrocheurs, le Finlandais et ses acolytes – ex Hanoï Rocks et New York Dolls pour certains –  signent un disque de rock parfait : si Wagner donne envie à Woody Allen d’envahir la Pologne, Monroe me donne envie d’envahir les rues de la ville pour une épique sortie du samedi soir, musique à fond, bouteille de whisky à la bouche.

Le premier morceau, l’éponyme "One Man Gang", s’ouvre sur un bref cri et lance la cavalerie à fond, tendance punky, jusqu’à un refrain à reprendre en chœur. Une baffe, d’entrée, pour se réveiller, pour être prêt pour une nuit d’excès… et un réveil à coup sûr difficile. Mélodies magnifiques (comme sur "Last Train to Tokyo"), évocations obligatoires et jouissives d’Hanoï Rocks ("Hollywood Paranoïa" ou l’indispensable harmonica de "Junk Planet"), soli de classe (le joyeux « The Pitfall of being an Outisder"), refrains imparables et, bien sûr, cette voix, cette voix, cette voix, cette arrogance qui disparaît parfois sous un voile nostalgique comme sur l’apaisé "In the Tall Grass". Les chansons s’enchaînent sans faiblesse sur une autoroute de plaisir avec, parfois, un petit détour, à l’image des cuivres mexicains de « Heaven is a free state". Quel voyage offert par Monroe et ses potes !

Sorti en 2008, 15 ans après « Focus », premier album du groupe gravé dans le marbre des chefs-d’œuvre intemporels, "Traced in air" était attendu, invoqué avec le fol espoir d’égaler le coup de maître, la crainte de voir Cynic quitter les cieux pour s’embourber dans la boue commune.

Ce deuxième essai, avec un line-up modifié à la marge, Paul Masvidal et Sean Reinert restant aux commandes, fut une réussite. Il se glissait dans le sillon magique de "Focus", sans le copier. Moins death, moins progressif, "Traced in air" restait le fruit d’une alchimie parfaite entre passages aériens et accélérations intenses, entre voix éthérée et rares mais judicieux grognements. Ainsi "The Space for this" célébrait à merveille l’union de la grâce des arpèges et de la puissance de riffs époustouflants. Les soli divinement sublimes et batterie diaboliquement subtile offrait aux compostions une beauté d’une rare pureté. Il se dégageait de ce disque subtil et puissant, riche et entêtant, des effluves envoûtants., des échos d’un futur ambigu. 

Et la version « remixed » 2019 alors ? Quelques lignes de basse en plus, une production qui semble accroître les contrastes de cette musique divine mais rien de bien révolutionnaire. Surtout, quel intérêt de bricoler sur une œuvre qui est déjà un classique, un incontournable ? Alors écoutons, réécoutons et écoutons encore le "Traced in air" d’époque… et les autres disques de Cynic, voire le "Re-Traced" de 2010, relecture électro-acoustique et intimiste du disque originel.

Vétéran de la scène death metal, Sorcery, fondé en 1986, a publié un premier album en 1991 avant de s’éclipser. Les Suédois sont réapparus en 2013 avec "Arrivall at Six" et ont enchaîné, en 2016, avec "Garden of bones". Ils poursuivent sur leur lancée cette année avec, si vous avez bien compté, leur quatrième effort, "Necessary Excess of Violence". Les bougres évoluent dans un death brutal, riche en riffs rapides et agressifs ("Year Of The Plague") et en blasts efficaces. Suède oblige, quelques passages mélodiques de bon aloi viennent rompre les vagues d’agression (le malsain "Of Blood And Ash"). Même si les vocaux, gutturaux à souhait, sont noyés, comme en sourdine, derrière les guitares et la batterie, ce disque dégage une atmosphère old school et sinistre (l’intro de "The Stellar Circle") qui nous plongent dans les années 90. Malgré d’indéniables qualités, "Necessary Excess of Violence" se montre toutefois prévisible, voire répétitif, en alignant des morceaux qui finissent par trop se ressembler. Vers le milieu de l’écoute, l’ennui s’installe...

"Bowels Of Earth", troisième album d’Entombed depuis qu’il s’est adjoint l’extension A.D. en 2014, se place dans le prolongement de ses deux prédécesseurs. Toutefois les Suédois, qui ont engagé leur guitariste live Guilherme Miranda, renouent avec leurs racines malsaines, retrouvant ces sons morbides, ces distorsions caractéristiques qu’ils avaient tendance à délaisser. Dans le sillage des vocaux de LG Petrov – ah, ces vers qui s’achèvent en grognements, comme sur "Through The Eyes of God" - l’atmosphère de ce disque est sombre et éprouvante  – "Bowels Of Earth", brève intro au piano avant une plongée dans les ténèbres. Habile, le quatuor sait toutefois varier les ambiances, passer d’un titre direct et violent, "Eliminate Them", à une chanson quasi sludge, "Bourbon Nightmare", sans, bien sûr, renier ses aspirations rock ni son amour de la lourdeur. La basse donne une consistance épaisse à l’ensemble du disque, qui permet par contraste aux nombreux soli de se frayer un passage au cœur de cette forêt aussi dense que sinistre. Vivement la tournée pour nous glisser sous ces arbres terrifiants.

Dès l’ouverture de "Alienated Despair", avec "Faculties Of Time", le ton est donné : voix éraillée, riffs au couteau, batterie qui blaste, le tout servi par une auto-production râpeuse à souhait. Implore joue vite, frappe fort et ne fait bien évidemment pas dans la dentelle. Toutefois les Allemands, aux paroles engagées dénonçant les dérives mortifères de nos sociétés occidentales, brisent la monotonie de la colère furieuse par quelques trouvailles intelligentes. Le tempo ralentit parfois – un tout petit peu, ne croyez pas tomber sur un titre doom – comme sur "All Consuming Filth" ou sur "Never Again" vicieux qui accueille un Tomas Lindberg (At The Gates) en forme. Certains titres s’étirent quelque peu, à l’image des près de quatre minutes du gras "Parallax". La frénésie belliqueuse du hardcore copule bestialement dans un lit crasseux avec un death primitif et old school. Leur rejeton, écumant de rage, nous crache au visage. Et, masochiste, on aime ça !

Projet studio fondé en 2000 par Quazarre (voix/guitare), Devilish Impressions est devenu un « vrai » groupe en 2006. Après quatre albums – le dernier "The I", en 2017 – les Polonais reviennent chez Non Seviam Record avec un EP, "Postmortem Whispering Crows". Les trois titres qui le composent, célèbrent le mariage décadent entre agressivité et ambiances malsaines ; ah ces effets sur les riffs... . De longues plages instrumentales aux mélodies envoûtantes, presque hypnotiques, sont ainsi déchirées par l’irruption de grognements râpeux et torturés qui s’effacent à leur tour derrière des vocaux psalmodiés, comme crachés par un prêtre maudit. "Interregnvm", riche morceau aux multiples reflets, tel un vitrail brisé traversé par la lumière sanglante d’un crépuscule d’automne, illustre à merveille la maestria d’un groupe capable de signer des compositions hantées.