11.04.21 11:20

Ça a l’air grave - Jérémie

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Souvent incompris, parfois même moqués, voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur lesquelles le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

Pour inaugurer cette rubrique, Jérémie (Emptiness, Meat Heart, ex-Enthroned, ex-Unlocked, ex-Hybrid Viscery – producteur, ingénieur du son et fondateur du Blackout Studio à Schaerbeek) a gentiment accepté de se prêter au jeu dans la foulée de l’interview que nous avions faite de lui à l’occasion de la sortie de l’album « Vide » d’Emptiness (Interview à retrouver dans le Metal’Art 7).

Comment en es-tu arrivé à jouer de la basse ? C’est mon grand frère qui m’a fait découvrir la musique. Il écoutait du metal et jouait de la guitare. Il m’a fait connaître ce genre de musique assez tôt et me poussait à « jammer » avec lui. C’est lui qui m’a proposé de jouer de la basse. Je devais avoir 10 ou 12 ans.

As-tu un rapport particulier avec cet instrument ? Oui. Je sens que c’est vraiment mon instrument. Mais par contre, je ne me considère pas comme un bon musicien. Je ne suis pas du genre à prendre une guitare ou une basse chez moi et jouer comme ça. Je prends l’instrument par nécessité pour composer. Par contre, la basse est l’instrument que je comprends le mieux, mais c’est aussi celui que je mets le plus de temps à enregistrer puisque je prends le temps justement de trouver la bonne ligne de basse toute simple et « catchy » qui soutient tout le morceau. C’est assez dur finalement. De plus, je trouve que c’est un instrument très dynamique, contrairement à ce qu’on lui demande d’être en règle générale, à savoir quelque chose de solide. Le son vient au final de plein de petits éléments, pas entièrement de l’instrument ni de l’ampli. C’est tellement sensible que parfois pour avoir la puissance que tu veux, tu te dois d’être doux avec ta basse puisque l’intention que tu veux traduire ne sera pas forcément ce que tes doigts vont apporter.

Quel est pour toi le rôle prépondérant de la basse ? Qu’est-ce qu’un bon bassiste pour toi ? Le réflexe serait de dire que la basse est le lien entre la rythmique et la mélodie. Et c’est vrai qu’un bon morceau est un morceau qui a une bonne ligne de basse et où tout tourne autour d’elle.

C’est un travail de l’ombre ? Oui, mais ça va avec le caractère des musiciens. Les bassistes ne sont généralement pas des « m’as-tu-vu ? ». Par contre, il y a cette sensation quand tu joues en groupe et que tu sens que ta basse a bien sa place. Ça fait quelque chose de sentir cette connexion avec la grosse caisse. Il y a aussi cette sensation quand tu joues sur ta basse et qu’elle n’est pas branchée. Tu ne l’entends pas, mais tu ressens les vibrations et donc tu l’entends autrement.

Qu’est-ce que tu penses des délires humoristiques qui entourent les bassistes et qui font passer la basse pour un instrument simple, voire simpliste, ou encore qui ne sert pas à grand-chose puisqu’il ne se distingue pas toujours ? On entend ça surtout chez les personnes qui écoutent du metal ou du rock tout simplement parce que la basse n’y a pas un impact aussi direct que dans le funk ou dans le jazz. J’imagine que dans le monde du funk, ces blagues se font moins (rires). Maintenant comme je ne me sens pas spécialement uniquement bassiste, ça ne me fait pas spécialement marrer, mais ça ne me dérange pas non plus. Ça me laisse un peu indifférent au final. (Rires)

Tu joues davantage à l’onglet ou aux doigts ? Sur le dernier album, je joue aux doigts, mais j’étais plus un joueur à l’onglet avant parce qu’on jouait plus rapidement et on avait envie de ce genre d’attaque. Mais maintenant, je trouve ça plus chouette de jouer aux doigts. C’est pareil pour la guitare, parce que j’en joue pas mal sur le dernier album. C’est une manière de sentir l’instrument. Maintenant, notre album est très doux d’une certaine manière. Il n’y a aucune distorsion donc ça va avec, parce que tu ne peux pas toujours te permettre de jouer aux doigts évidemment.

Tu voudrais bien nous présenter brièvement ton matériel et nous parler un peu de tes techniques ou de tes petits « secrets » de jeu si tu en as? Je joue sur une Ernie Ball Stingray quatre cordes. Mon ampli est un vieux Marshall full tube Superbass, pas spécialement puissant, mais il sonne très bien. Je n’ai pas vraiment de secrets si ce n’est qu’on a toujours tendance à dire que la basse doit être compressée, alors que pour moi, le compresseur devrait être toi en jouant. C’est comme ça qu’elle sonne ta basse. On croit toujours qu’il faut constamment mettre le compresseur sur la basse parce qu’on se dit que ça doit être quelque chose de constant qu’on ne doit pas chercher à l’oreille et donc on lui enlève sa dynamique. Alors que ta basse sera énorme si tu apprends à la jouer en tenant toi-même le rôle du compresseur.

C’est assez intéressant, mais c’est une vision spéciale pour un ingénieur du son de se dire que le tout sonnera mieux s’il y a moins d’intervention de sa part après, non ? Non parce que pour un ingé son, c’est toujours une perte d’ajouter quelque chose pour compenser ce qui n’aurait pas été fait en amont.

Tu utilises de la distorsion ? Tout dépend du projet sur lequel je suis. Pour le dernier album d’Emptiness, comme on voulait être le plus naturel possible, c’était la basse directement branchée dans la carte son, même pas dans un ampli. Mais il y a tout de même eu un peu de « disto » sur l’un ou l’autre morceau, mais je serais incapable de te dire ce que j’ai utilisé.

Il y a des bassistes que tu apprécies particulièrement, qui t’influencent ou t’ont influencé ? Je n’ai jamais vraiment vénéré quelqu’un. J’aime les bonnes lignes de basse, mais je ne vais pas chercher plus loin. Je ne saurais pas vraiment te dire qui est mon bassiste préféré. J’ai aussi un rapport assez bizarre avec la musique de ce côté-là. J’aime les groupes, j’adore la musique, mais je me fous un peu du nom des personnes, de qui est derrière quel instrument. Ça se limite à la musique et à la pochette.

Un grand merci Jérémie. Merci à toi, c’était cool.

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  • Crédit photo: D.R.
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