GuiGui

GuiGui

Cher lecteur, je me dois de te conter une histoire, celle de la découverte de l’album dont je m’apprête à te parler et de la bêtise que j’ai failli faire après seulement 2 titres en ayant l’intention de lui octroyer une note en dessous de la moyenne. Mais les découvertes musicales étant ce qu’elles sont, toi comme moi savons que la surprise peut surgir de partout pour autant qu’on soit ouvert et qu’on ait la faculté de reconsidérer ses avis primaires qui manquent souvent du recul nécessaire. Et c’est justement ce qui est arrivé ici avec ce premier opus des Allemands de The Alligator Wine. Ce jeune groupe, créé en 2016, a la particularité d’être un duo formé d’un batteur et d’un claviériste qui se partagent également les voix. Oui, tu as bien lu, batterie et clavier uniquement. Ce qui veut dire pas de guitare ni de basse (un clavier Moog Bass se charge des fréquences graves si tu veux tout savoir) donc des manquements béants pour un groupe présenté comme rock psychédélique. Et c’est peut-être là qu’a résidé ma première erreur, m’attendre à un énième ersatz de tout ce qui a pu être proposé ces dernières années en matière de groupes se disant grandement influencés par les 70’s. C’est ainsi que durant les premières minutes d’écoute, la sauce ne prend pas et un faux sentiment de lassitude me gagne, sentiment agrémenté d’une impression de prétention de la part des musiciens, seconde erreur de ma part puisque The Alligator Wine ne fait que jouer avec les ingrédients du passé, mais aussi du présent (pop rock, voire electro, pour l’accroche) histoire de proposer sa propre recette. Me voilà donc petit à petit en train d’apprivoiser ce « Demons Of The Mind » qui m’apparait finalement comme une découverte tout à fait surprenante tant l’originalité et le talent transpirent des neuf morceaux qui le composent. Le groupe se dit influencé autant par le rock que par les musiques de film et cela se traduit par un sens de la mélodie et de l’atmosphère assez bluffante sur l’ensemble de l’album qui compte aussi bien des morceaux groovy (« Shotgun », « The Flying Carousel »…) que mélancoliques (le très beau « Lorane » et ses nappes à la Zack Hemsey). Repéré rapidement par la grosse écurie Century Media après seulement un EP 2018, le duo frappe un grand coup avec ce premier album à côté duquel, cher lecteur, j’ai failli passer. Il fallait donc que je t’en parle.

Amateurs de mélopées, vous pouvez allègrement passer votre chemin puisqu’il n’en sera aucunement question dans ces lignes. En effet les chefs de file canadiens du war black metal sont de retour et les concessions ne semblent toujours pas figurer dans leur agenda. L’auditeur se trouve toujours pris en tenaille dans une mixture alliant black et death outrageusement chaotiques et quelque peu désaccordés relevée d’une bonne rasade grind en matière de voix tantôt hurlées tantôt pitchées. Revenge reste le groupe qui saura accompagner vos moissons de champs de crânes en char d’assaut et n’a pas encore décidé de changer son lance-roquettes d’épaule si ce n’est au niveau de la production qui permet maintenant de distinguer davantage les riffs qui, auparavant, n’avaient tendance à rester qu’au stade de bouillie inintelligible. Tout ça ne veut bien sûr pas dire que le groupe a répondu aux sirènes de l’exécution musicale policée. La seule chose qui lui reste propre est sa démarche hautement respectable et l’intégrité dont il témoigne depuis maintenant 20 ans. Cette nouvelle offrande est sale et méchante, point à la ligne.

C’est dans un univers dérangé et dérangeant que nous convie Gabriel Palacio, cerveau du projet floridien Antimozdebeast. Et une chose est sûre à propos de lui lorsqu’on effectue quelques recherches, c’est que le bougre ne chôme pas puisque « The Red River » représente ni plus ni moins que sa troisième sortie sur Bandcamp rien qu’en 2020 et sa quatrième depuis mai 2019. Mais il ne s’arrête pas là puisqu’à l’heure où nous rédigeons ces lignes, un autre EP a déjà vu le jour sur la célèbre plateforme de streaming. Alors bien sûr, certaines mauvaises langues pourront se dire que sortir de l’électro noise sur le net à un rythme effréné n’est probablement pas compliqué quand on se débrouille un tant soit peu avec ses machines, mais Antimozdebeast fait davantage en instaurant une réelle ambiance par ses « riffs », ses fonds et ses hurlements souvent sursaturés. Nous sommes donc ici au-delà de la simple ponte de morceaux sans intérêt ayant pour simple objectif de remplir un profil sur le net. Il y a de l’idée chez cet artiste bercé aux Nine Inch Nails, Skinny Puppy et fan de The Body ou encore Author & Punisher. Rien que cela mérite qu’on y jette une oreille, et ce, même si la production ou la finition ne sont pas encore totalement au rendez-vous.

Depuis ses débuts, Pyrrhon a bien fait comprendre qu’il n’était pas le genre de groupe à entrer dans le moule et ce n’est certainement pas ce quatrième opus qui changera la donne tant ce dernier n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. Bien loin d’une démarche musicale élitiste, le quatuor de Brooklyn continue son bonhomme de chemin à travers ses expérimentations (improvisations ?) dédiées à un death metal noisy hyper technique et lourd à souhait l’amenant même parfois vers des mesures à la limite de la cacophonie. Amateurs de prouesses techniques, « Abscess Time » saura sans doute vous ravir pour autant que vous vous y prépariez, car ne croyez pas être ici face à un brutal death à la Obscura ou Abysmal Dawn où chaque note pourrait être décortiquée tant la production est propre. Non, Pyrrhon choisit clairement son camp et officie dans un registre bien plus cru et old school au niveau du son, bien plus proche d’un Immolation des débuts. Un album pour musiciens diront sans doute certains. Nous pencherons plus ici pour une œuvre à la démarche artistique honnête. Un véritable ovni confectionné avec les tripes. Toutefois, même si la prise de risque fait l’objet d’une certaine admiration de la part de votre serviteur, celui-ci ne saura pas nier la difficulté d’entrer véritablement dans le délire et ce à cause du manque d’accroche dont « Abscess Time » lui a semblé faire preuve.

Fruit de la collaboration entre Wim Coppers (Oathbreaker, Wiegedood), Levy Seynaeve (Wiegedood, Amenra), Lennart Bossu (Amenra, Oathbreaker) et Aaron Rieseberg (YOB), Living Gate est, sur le papier du moins, un groupe formé par des musiciens plus qu’aguerris. Et ce qu’il y a de bien dans l’histoire, c’est que le papier ne ment pas. Réunis autour de leur amour du death metal aussi bien classique que plus contemporain, les 4 camarades proposent, en guise de premier jet, ce « Deathlust » de fort bonne facture. Le plaisir ne se boude pas dans ce cas-là puisque le quatuor offre à l’auditeur un subtil (le mot est peut-être mal choisi) mélange d’old school et de moderne en ce sens que ces 5 titres sont inspirés et techniques sans jamais tomber dans le démonstratif à outrance, mais également bourrés de passages accrocheurs qui tabassent les esgourdes dans les règles. Le tout enrobé dans un bien bel emballage sonore où la part belle est faite à une section rythmique qui prend son pied et des guitares à la saleté si séduisante sans tomber dans le crade complet et inaudible. Vous l’aurez compris, tout est mis en œuvre pour que ce « Deathlust » fleure le cuir et la sueur et entretienne les bonnes traditions.