GuiGui

GuiGui

15.01.22 15:14

Blockheads

Sans vouloir exagérer en parlant directement de légende, il est un fait certain que Blockheads s’est positionné, en 3 décennies de carrière, comme l’un des pionniers incontestables d’une scène grindcore française qui, depuis une bonne dizaine d’années maintenant, se place comme une référence au vu de ses qualités et de sa diversité. Alors quand l’occasion est donnée de s’entretenir avec l’un de ses membres, on la saisit. À l’occasion de la sortie de « Trip To The Void », petit chef-d’œuvre qui aura indéniablement marqué la fin d’année 2021, c’est Raph (guitare ou basse selon les occasions) qui nous a accordé l’entretien qui suit et ce sans compter ses heures. Une interview fleuve mais aussi et surtout une rencontre humaine riche entre 2 passionnés. 

Qu'est-ce que vous avez foutu ces 8 dernières années ? This World is Dead est sorti en 2013. Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour proposer un nouvel album ? Cette question revient régulièrement. Et c’est normal. On est pas mal répartis, avec Xavier à Annecy et nous autres en Lorraine. Ça nous donne un rythme de répétition quand même restreint. Parfois, on doit consacrer des répétitions entières au live. Ceci dit, on est aussi, on va bien l’avouer, assez lents. On jette pas mal de riffs. On peut être assez exigeants avec les apports des uns et des autres. Et puis l’album a été enregistré il y a plus d’un an, aussi. Le mix et Le master ont pris pas mal de temps.

Pour quelles raisons ? Ça vient de problèmes que vous avez rencontrés ou de ce côté exigeant dont tu parles ? Le mix, au départ, était confié à William de Gadget. Il a fait du bon boulot, honnêtement. Le problème est que ça sonnait très « moderne », très metal. Et on savait dès le départ qu’on ne voulait pas du tout sonner comme ça. Il a vraiment travaillé, nous a envoyé pas mal de versions différentes, toutes très bonnes, mais à côté de ce qu’on cherchait. Steph Tanker du Disvlar Studio, qui avait enregistré le disque, a finalement accepté de reprendre le mix et le master. Ça a été plus simple. Il y avait moins de distance et il nous connaît bien. Tout ça a pris des mois mais ça valait le coup.

Et avec lui, l'enregistrement en tant que tel a mis combien de temps? Quand on entend parfois le côté "urgent" de certains morceaux, j'imagine que ça n'a pas dû traîner. Au total, je dirais 7 jours, batterie comprise. Même si les prises de batteries ont été faites un peu avant le reste. Ça nous a permis de justement prendre un peu de temps, refaire, refaire et refaire. Steph est quelqu’un de super exigeant avec lui-même. Il a une oreille très sûre et c’est un bien meilleur guitariste qu’aucun d’entre nous ne le sera jamais. C’est ce qui nous a servi. Il est très exigeant en retour aussi. Mais dans le bon sens. Il nous a vraiment poussés techniquement plus loin que ce qu’on aurait pu faire sans lui. En plus, c’était un peu comme être à la maison. On a vraiment passé ces jours-là ensemble du lever au coucher. Ça reste une très belle expérience

Vous aviez déjà travaillé avec lui auparavant ? Jamais! Et c’est assez étonnant, une entente aussi immédiate. Mais Steph est vraiment adorable.

Parfois le feeling ne s'explique pas et c'est tant mieux. Ça contribue à la magie et là vraisemblablement ça vous a permis de sortir quelque chose de très abouti. Je vous ai découvert il y a 15 ans avec l'excellent "Shapes Of Misery" (2006) et j'ai toujours trouvé le groove dans votre grindcore hyper intéressant. Mais ici j'ai vraiment l'impression que vous êtes montés encore d'un cran en termes de balance entre ce groove et votre côté très brutal. Quand on entend "Cages", "Trip to the Void" ou "Flesh Furnace", les combinaisons fonctionnent à merveille. Ah et bien merci, déjà! J’aime bien quand on parle aussi de ce groove un peu latin que Nico arrive à caser par moment. Je te mentirais en te disant que ça sort tout seul, même si Nico est super surprenant dans certains choix de patterns de batterie. Mais on a essayé d’équilibrer les titres, individuellement, même ceux de 25 secondes. Ça explique aussi la lenteur du processus, étant donné qu’on compose essentiellement en répétition. Mais on a toujours aimé aussi les groupes et les titres très lourds, le sludge, le doom, la noise 90s, et Godflesh. Ça se retrouve par bribes, même dans un disque un peu « compact » comme celui-ci.

Je voulais justement te demander quels étaient les autres styles musicaux dont vous étiez friands dans le groupe et si certains de ces autres styles (ou groupes) avaient une influence sur votre manière d'écrire vos morceaux. Ce qui est assez intéressant pour les uns et les autres, c’est qu’on écoute tous pas mal de choses différentes, mais pas forcément les mêmes. Ça permet de brasser pas mal d’influences, de la powerviolence au sludge justement, mais aussi en ayant parfois certains réflexes de jeu piqués chez Helmet ou Unsane et ce côté un peu sec sur certains riffs. Évidemment ça ne saute pas aux oreilles, mais c’est bien là.

Toujours pour rester dans la composition et la production, pourrais-tu me dire si un groupe comme Blockheads, qui comptabilise déjà presque 30 ans de carrière, avait adopté d'autres méthodes en fonction des évolutions techniques qu'on a pu connaître ces dernières années en matière de home studio, de matériel... En gros, est-ce que Blockheads reste dans une optique "traditionnelle" de composition ou vous vous aidez d'autres outils pour travailler mais sans dénaturer ce côté brut de décoffrage que vous avez ? En partie. Maintenant on garde des traces de tout. Fred (guitare) se charge de monter ça chez lui, ce qui permet de ne pas perdre de riffs, ce qui pouvait arriver, et d’avoir une idée plus précise du morceau, à froid. Il y a évidemment le piège qui consiste à vouloir retravailler sans cesse un titre, mais globalement ça nous aide. Pour la composition en elle-même, Fred apporte la grande majorité du matériel, j’en apporte aussi, et on retravaille tout ça ensemble au local avec Nico (batterie) et Erik (basse), qui a un rôle énorme pour la structure des titres. En général, on retravaille les riffs ensemble, avec un jeu de Ping-pong entre nous trois ou quatre, et on garde la meilleure version. Encore une fois, c’est long mais dynamique. Et pour revenir à ta question, on ne compose que très rarement un titre à la maison. Ça reste démocratique comme démarche.

"Trip to the Void" est une véritable invitation à l'asphyxie et au ramassage de baffes. 25 titres, moins d'1/2 heure et la messe est dite. Quel est le secret de cette énergie pour un groupe de presque 30 ans? Vous ne laissez que les blancs entre les morceaux pour que l'auditeur reprenne son souffle. Je pense que c’est aussi notre album le moins « optimiste ». La période n’incite pas vraiment à l’être, il faut dire. Ça se reflète dans la musique. Ce serait un peu cliché, mais c’est en partie vrai, il y a une colère et un pessimisme latents derrière tout ça. C’est sans doute ce qui explique la densité du disque, même si ça n’est pas forcément conscient. Mais je comprends le côté asphyxie dont tu parles. Ça peut aussi rebuter mais c’est le résultat de ces années qui viennent de s’écouler.

L'album m'a parfois aussi fait penser au "Behold The Failure" (2009) des Suisses de Mumakil qui m'avait fait un peu le même effet à l'époque. En plus c'est un groupe avec lequel vous vous entendiez plutôt bien vu le fait que vous aviez sorti 2 splits avec eux. Des amis, on peut même dire ça.

Vous vous complétiez en quelques sortes même si chacun à son tour en remettait une couche par rapport à ce que l'autre proposait et inversement. C’était un peu la rencontre de l’horlogerie suisse et de la massue gauloise oui (rires).

L'intro de l'album est empruntée au 1984 de George Orwell. Il s'agit de la même phrase d'ailleurs que sur l'intro du morceau « Do Not Speak » de Anaal Nathrakh (sur « Domine Non Es Dignus » - 2004). Tu peux nous expliquer ce choix et en même temps les thématiques développées dans l'album? Ce choix est lié à notre amour commun pour ce livre. On savait qu’on allait s’en servir d’une manière ou d’une autre (je parle du livre). Fred a trouvé cet extrait et on a décidé d’ouvrir et de fermer le disque avec. J’avoue que je n’écoute jamais Anaal Nathrakh donc tu m’apprends qu’ils l’ont utilisé aussi. Mais la phrase est forte, et explicite, ça ne m’étonne pas forcément. Pour l’album en lui-même, nous traitons de thèmes d’actualité, comme la montée de l’extrême droite, du racisme, l’individu dans une société segmentée qui a perdu le sens du collectif, les inégalités sociales, l’aliénation par le travail... L’angle est peut-être parfois plus abstrait ou personnel, mais on écrit sur ces choses depuis très longtemps. Je ne sais pas ou plus si ça a une utilité, mais je ne me vois pas parler d’autre chose dans le groupe. C’est en nous et ça ne partira plus.

Y a-t-il des morceaux qui te tiennent plus à cœur que d'autres? Oui, on a tous nos « chouchous ». Pour ce qui me concerne, ce sont « The Devourer » qui évoque les morts en Méditerranée, un sujet qui me tient à cœur, et « Flesh Furnace », parce que c’est le morceau à part sur l’album. On a pu expérimenter un peu, et tenter une bribe de mélodie dedans. C’est aussi le titre avec le texte le plus abstrait, mais j’aime beaucoup les images qu’on a mises dedans. J’ai un amour particulier pour « Conscience Cleaner » aussi, pour le break, pour le côté jusqu’au-boutiste du morceau.

Le visuel de l'album est une véritable œuvre-d’art. Qui est derrière sa réalisation et quelle symbolique peut-on y voir ? La photo est une œuvre de Roberto Campos, un photographe mexicain qui l’a créée en lien avec son modèle. Visiblement, cette photo a une signification particulière pour le modèle, mais il n’a pas été plus loin dans ses explications quand j’en ai parlé avec lui, après la sortie de l’album d’ailleurs. C’est la seule proposition qui ait emporté l’adhésion de tout le monde dans le groupe. Et c’est vrai que c’est une photo très forte, très graphique, et très chargée émotionnellement. D’ailleurs l’intérieur du livret est tiré de la même session, mais sans modèle. C’est sans doute l’artwork dont nous sommes le plus fiers, je pense. La signification est justement assez ouverte. J’ai tendance à y lire les derniers moments de ce qui nous reste d’humanité avant le grand vide, mais c’est très personnel. On peut aussi y lire la crise de l’individu isolé des autres, peut-être, ou encore une prise de position en soutien au féminisme, ce qui serait cohérent avec ce en quoi nous croyons. Pas de réponse définitive donc, mais c’est l’intérêt des œuvres d’art aussi.

« Trip To The Void » est sorti via 2 labels différents en fonction des formats, Lixiviat Records et Bones Brigade. Un seul ne pouvait pas tout sortir ? En fait quand on a réfléchi à quel label pouvait sortir l’album, on a assez vite pensé à Lixiviat parce qu’on savait qu’ils faisaient du bon boulot. Mais eux travaillent essentiellement du vinyle. Et en discutant, la solution de le sortir avec eux et Bones Brigade, qui sort principalement du CD, a émergé puisque les 2 labels ont l’habitude de bosser ensemble. Ce sont des passionnés et ça a été super simple finalement. On est très contents. Et puis il faut dire qu’avec Bones Brigade, c’est une longue histoire.

C’est vrai que vous avez déjà sorti quelques trucs chez lui. Oui, on a déjà collaboré plusieurs fois avec lui. Ça fait toujours plaisir de croiser Nico. C’était la bonne solution par rapport à un label plus gros comme Relapse parce que déjà tu peux communiquer en français, tu n’es pas dans un roster de 150 groupes et tu ne te retrouves pas à être la 19e roue du carrosse (rires).

Relapse avait sorti votre précédent album « This World Is Dead » et comme vous n’en aviez sorti qu’un seul avec eux, je voulais justement te demander si c’était parce que vous aviez été déçus par la collaboration. Je pense que c’est plutôt l’inverse en fait (rires). Mais c’est plutôt normal. On n’a absolument aucune amertume là-dessus parce que déjà, ils ont travaillé l’album. Çà, il n’y a pas de problème…

… C’est vrai que généralement, il n’y a pas vraiment de sortie sur Relapse qui passe à la trappe. Ils bossent leurs sorties, ça c’est une évidence. Après je pense que Relapse est plus adapté à des groupes qui vendent et tournent plus que nous. Parce qu’arrivé à la cinquantaine, c’est compliqué de se débloquer 3 semaines pour aller tourner aux États-Unis. Alors que quand tu sors un album chez Relapse, c’est ce que tu devrais faire finalement. On leur a proposé cet album mais ils ont été très clairs avec nous et ne l’ont pas pris. Je pense qu’ils ont écoulé le pressage du précédent mais ils ne l’ont pas repressé. Ce qui est logique. Quand tu fais du grind old school tu ne vas pas en vendre des palettes. Personne ne se fait d’illusions là-dessus. On n’est pas comme Full Of Hell qui a un côté beaucoup plus moderne dans son grindcore. Il faut quand même apprécier le style pour ce qu’il est. Mais ça me parait logique encore une fois. Les mecs de Relapse, ils vivent de ça, ils paient leur loyer et bouffent avec le salaire que leur fournit le label. Tu as des contingences qui ne sont pas les mêmes. Donc ça ne m’a pas choqué.

Vous prenez ça avec une certaine sagesse dans un sens. Vous gardez les pieds sur terre. Oui il faut. En plus, on ne veut pas se prendre pour des gens qu’on n’est pas non plus. On n’a jamais été autre chose qu’un groupe de grind et s’il y a bien une musique de niche, c’est bien celle-là.

Mais tu ne peux quand même pas nier que Blockheads, d’un point de vue grindcore français et européen, est un groupe qui compte ? C’est super difficile d’avoir du recul par rapport à ton propre groupe et de voir comment tu es perçu. On est là depuis 30 ans, on a beaucoup tourné, je crois qu’on a un capital sympathie parce que les concerts sont ce qu’ils sont (rires) mais après il y a d’autres groupes comme ça. Si tu prends Agathocles, çà aussi c’est un groupe qui compte. Ils vendent des paquets d’albums…

… Oui mais ils ont 15 sorties par an… C’est vrai qu’ils sortent beaucoup de splits et nous on n’en sort pas tellement. J’ai énormément de respect pour Agathocles. Mais ça restera toujours comme les Québécois de Archagathus, qui est fortement inspiré d’Agathocles d’ailleurs, qui vont à fond dans leur truc. Ça restera toujours confidentiel. Pour moi ce n’est ni bien ni pas bien, c’est un état de fait. Je ne fais pas partie des gens qui pensent que tout doit rester underground pour l’underground puisque quand on fait de la musique c’est quand même pour que les gens écoutent ce qu’on fait. Après il y a le facteur réalisme qui fait que ça reste une musique qui n’est pas facile d’accès. Pour plein de gens, ça restera toujours du bruit. Et le corollaire de ça c’est que tu n’en vendras jamais beaucoup. En soi ce n’est pas grave, nous on le fait.

Et quand tu le fais, tu le sais finalement. Bien sûr, et encore une fois on n’a zéro problème avec ça. C’est juste comme ça. Nous on est contents de tourner et de sortir des disques et c’est le plus important je pense.

Est-ce que le fait d’avoir 2 labels qui sortent « Trip To The Void » sous différents formats vous fait bénéficier de canaux de distribution plus larges ? Je pense que les 2 travaillent avec les mêmes distributeurs pour tout ce qui est commerces, magasins de disques… mais ont peut-être effectivement des canaux différents pour envoyer aux distros (personnes ou structures qui vendent albums et merchandising de différents groupes via internet ou directement lors de concerts – ndr). Ce qui est sûr c’est que les 2 ont communiqué sur l’album. Maintenant la coopération de labels pour sortir un disque fait partie du côté culturel de la scène crust ou punk hardcore. C’est rigolo que tu me poses la question parce que je ne me l’étais jamais posée comme ça effectivement. Mais il fallait ça de toute manière. Comme je te disais, Lixiviat travaille essentiellement le vinyl et c’est intéressant parce qu’ils travaillent toujours avec le même presseur, Vinyl Record Makers dans l’ouest de la France, qui a un comportement intéressant parce qu’en ce moment le marché du pressage vinyl est assez tendu. Il y a un manque de matière première et les majors font presser des trucs en grosse quantité. Mais eux n’ont jamais laissé tomber les indépendants. Moi ça me fait plaisir de travailler avec quelqu’un qui ne laisse pas de côté les labels DIY pour faire du repress de Sheila.

C’est du circuit court. Il y a un peu de ça. Et puis c’est aussi à chacun son domaine d’expertise. Lixiviat pour le vinyl et Bones Brigade pour le CD. 

L’album est aussi disponible en streaming ? Oui, il est écoutable sur les plateformes. Quant à notre Bandcamp, il faut qu’on remette le tout un peu d’équerre mais a priori début 2022 tout devrait être rentré dans l’ordre à ce niveau-là. Pour ma part j’écoute assez peu de musique via ces canaux-là et donc on était assez contents que les labels s’en occupent parce que sinon je pense qu’on n’aurait pas su comment faire.

Qu’est-ce que ça représente d’ailleurs à l’heure actuelle un label de grind pour un groupe comme le vôtre en termes d’investissements, que ce soit financier ou autre ? Est-ce qu’ils ont participé, par exemple, à l’enregistrement ? Non, l’enregistrement on l’avait fait avant d’avoir un label. Donc eux se sont occupés du pressage, de la distribution, de la promo… Et c’est bien comme ça. Les labels qui paient les enregistrements maintenant, ça devient de plus en plus rare.

Pour en revenir au format vinyl, je serais assez curieux de voir le rendu de votre pochette dessus. Elle doit être superbe. Ouais elle claque. J’en suis super content. En plus le papier n’est pas tout à fait mat mais est un peu velouté je dirais. Il est très légèrement brillant mais à peine. Et comme les couleurs sont assez froides, ça rend super bien. Et c’est un gatefold, donc l’intérieur c’est juste une photo en plan large du marécage mais que le photographe a prise avant d’y installer le modèle. Donc c’est juste le marécage vide mais sans rien d’autre, pas une lettre, rien du tout. Comme je le disais, je pense que c’est le premier artwork pour lequel personne n’a rien eu à redire. On a eu beaucoup de questions là-dessus parce que c’est un artwork qui ne fait pas grind.

C’est justement ça qui est intéressant. Ben ouais. Tu vois quand Xav (chant) nous a montré la première fois la photo au local à l’arrache sur son téléphone, l’un d’entre nous a dit « waw, elle est chouette la pochette du nouveau Emma Ruth Rundle ». Et ce n’est pas faux. Ça pourrait être une pochette de post-rock. C’est pour ça qu’on a choisi de ne pas mettre de logo dessus.

La photo parle d’elle-même et c’est vrai que ça dénote avec les visuels précédents. Si on prend celui de « This World Is Dead »  avec ce paysage de désolation, la photo était très belle mais elle collait complètement au sujet. Ici, c’est un peu comme si vous preniez l’auditeur à contrepied. Est-ce que selon toi ce ne serait pas un peu une manière de vous réinventer dans un style qui a trop souvent été cloisonné ? Oui, c’était un peu l’idée qu’il y avait derrière tout ça. Tu sais là on approche de la cinquantaine. Tu as vu la vitesse à laquelle on sort des disques (rires). En fait on ne sait pas mais celui-ci pourrait bien être le dernier. Après on fera des splits, et on en fera plus qu’avant, c’est sûr. Mais donc on voulait vraiment sortir l’album qu’on voulait et ne pas tourner en rond notamment au niveau de la pochette. On avait envie de se faire plaisir. Celle-là a été un peu trouvée par hasard mais c’est un bon hasard. On a eu d’autres propositions avant mais à chaque fois, l’un d’entre nous avait quelque chose à redire, alors que là tout le monde a fermé sa gueule. C’était ça qu’il nous fallait. On a seulement envoyé un mail au photographe Roberto Campos, qui était content apparemment parce qu’il écoutait du métal mais il n’avait jamais travaillé avec un groupe je crois.

Ce que je trouve intéressant c’est cette espèce de dichotomie avec « Trip To The Void » qui est peut-être votre album le plus frontal et le plus violent dans tout ce qu’il représente et paradoxalement, c’est celui qui possède la pochette la plus belle. Je pense que c’est en tout cas l’album où Nico (batterie) s’est le plus lâché. Mais on n’a pas fait exprès. On ne s’est pas dit au début qu’on ne voulait que des morceaux courts. Ils sont juste sortis comme ça. C’est un album compact, on est en-dessous de la demi-heure.

Tu es à nouveau dans le groupe depuis 2017. Oui. J’étais arrivé en 2002 pour remplacer Payot à la basse et je suis parti en 2008. Mais j’étais toujours resté en contact avec le groupe et les mecs m’ont rappelé pour me dire qu’Erik (basse, chant) avait un boulot qui lui prenait pas mal de temps et ils m’ont proposé de revenir mais à la guitare cette fois. Et pour les concerts où Erik ne savait pas être là, l’idée était de faire ça à une guitare et moi je prenais la basse plutôt que d’annuler la date. Je trouve que c’est une bonne solution, ça permet d’être souple.

On parlait avant des labels et des tournées et on se rend compte que Blockheads ne tourne pas vraiment beaucoup. C’est plutôt un choix de votre part dû à l’âge et aux occupations de chacun comme tu le disais avant ou un manque d’opportunités ? Comme on a tous des tafs et des gosses, c’est assez difficile de mobiliser 2 semaines. Et aussi, par rapport aux enfants, on refuse catégoriquement de partir et de demander à nos femmes qu’elles s’occupent d’eux pendant 2 semaines. Personne ne voudrait le faire et il y aurait aussi une incohérence par rapport à ce qu’on défend concernant l’égalité homme – femme. Je ne critique absolument pas les groupes qui tournent en disant ça mais pour nous c’est important d’être là. Et puis il y a aussi un autre truc qui fait que le groupe dure, c’est qu’on s’est toujours dit que le jour où Blockheads deviendrait une contrainte, on perdrait ce côté familial. On essaie de faire au mieux, on va essayer de tourner un peu en octobre-novembre prochain. On a une date à Strasbourg en février, une autre à Dijon et si tout se passe bien, il devrait y avoir une date à Londres en septembre.

Pour tout ça, vous avez un booker ? On n’a pas vraiment de tourneur pour l’instant. Peut-être qu’on sera obligés d’y passer pour la tournée d’octobre par rapport à certaines salles mais on ne sait pas encore.

Je voulais faire le rapprochement entre Inhumate et vous. À quelques années près vous êtes de la même génération et à l’occasion d’un petit festival grindcore organisé en Belgique par « Stooph », le batteur d’Insane Order (le We’re Not Worthy Fest les 22 et 23.10.21 au Canal 10 à Hautrage – ndr), j’ai eu l’occasion de revoir Inhumate. Et on s’est dit avec quelques copains après ça que les mecs d’Inhumate, au même titre que Blockheads, avaient beau avoir l’âge qu’ils avaient, ils montaient sur scène et donnaient encore une leçon de grindcore à tout le monde. En tant que « chefs de file » d’une scène grindcore française qui regorge de qualités, j’aurais voulu avoir ton opinion sur l’évolution de cette scène et connaître un peu les groupes que tu mettrais en avant pour l’illustrer. La question est compliquée pour moi parce que pas mal de personnes sont des potes…

… Je sais, je suis désolé mais démerde-toi (rires). Je vais essayer d’être le plus objectif. La scène grind française est pour moi ultra vivante. Et qualitativement, elle est vraiment chouette. Il y a des groupes dont je suis ultra fan, comme Whoresnation. S’il y a bien un mec qui a compris comment balancer des riffs grind et les jouer c’est Lopin. C’est du grind comme moi je l’entends. Leur dernier « Mephitism » (2018) est une baffe. Il y a Chiens évidemment et leur dernier qui est monumental (« Trendy Junky » - 2019). Leur batteur Sacha est pour moi un des meilleurs du genre avec un jeu plus rock. Il y a Warfuck évidemment mais aussi Gummo, Tina Turner Fraiseur, Vomi Noir… Je ne sais plus s’ils existent encore mais j’avais pris une tarte monumentale au Moshfest de Montpellier il y a quelques années avec Riposte, un groupe de powerviolence de Paris. Il y en a vraiment plein. Et c’est super que la scène soit comme elle est maintenant parce qu’à un moment j’allais dans les concerts grind et je ne voyais pas tant de jeunes que ça. Alors que maintenant le public se rajeunit un peu. On n’est pas dans la transmission de savoir ou quoique ce soit mais ça ferait chier que la scène grindcore s’éteigne d’elle-même faute de nouveaux combattants (rires). Je ne veux pas passer pour le mec chauvin mais moi j’y trouve plus mon compte au niveau qualité et diversité avec les groupes français, ou francophones en général parce qu’il ne faut pas oublier le Canada. Il y a Grist aussi ou encore Bain De Sang, avec notre ancien guitariste Raph, Doomsisters, dans un style plus grind sludge. Il y a Gros Sel aussi qu’on oublie souvent.

Pour terminer je voulais te demander un peu ce qui se profilait à l’horizon pour Blockheads. Tu as parlé de quelques dates et de faire un peu plus de splits qu’avant… Oui on a recommencé à composer et je pense qu’on va essayer de faire des splits avec des copains, mais je ne sais pas encore avec qui ni qui va les sortir. Mais là ce qui est vraiment cool, c’est qu’on a trouvé un bon endroit pour enregistrer pas loin de chez nous, dans des conditions idéales et chez un mec qui nous connait. Enregistrer chez Steph Tanker, au Disvlar Studio, c’est un peu comme enregistrer chez soi.

Toutes les bonnes choses ont une fin. On ne parle bien sûr pas ici du death metal de haute qualité qu’a toujours délivré Suffocation mais bien de l’ère Frank Mullen, vocaliste historique du groupe, qui a tiré sa révérence il y a 3 ans après 30 ans de très bons et loyaux services. Enregistré en octobre 2018 à Cambridge dans le Massachusetts lors du Death Chopping American Tour, « Live In North America » est donc la dernière performance scénique de l’un des chanteurs les plus influents de la scène death metal. Un véritable best of reprenant les titres phares du groupe, de « Thrones of Blood » qui ouvre les hostilités (après une déclaration d’amour du chanteur à son public indiquant qu’il s’agira là de sa dernière apparition) à « Infecting the Crypts » qui les referme, en passant par les cultissimes « Effigy of the Forgotten », « Pierced from Within », « Funeral Inception », « Souls to Deny » et on en passe. 13 titres intenses où les musiciens s’en donnent à cœur joie et servent sur un plateau un Mullen qui ne manque pas de donner une dernière leçon à qui veut l’entendre. « Live In North America » surpasse encore d’un cran le pourtant très bon live de 2005 à Québec, « The Close of a Chapter » (sorti initialement dans un relatif anonymat mais réédité par Relapse en 2009) qui faisait déjà office de pièce de choix dans la discographie du groupe. Connu comme une véritable machine en live grâce notamment à un frontman qui n’a jamais ménagé ses efforts, Suffocation fait à nouveau honneur à sa réputation. Et même si la question de savoir pourquoi Nuclear Blast aura attendu autant de temps avant de sortir ce « Live In North America » peut se poser, on se contentera d’apprécier l’objet pour ce qu’il est, à savoir un au revoir admirable de la part d’un Frank Mullen qui a toujours maîtrisé son sujet et a tant apporté à la musique qu’on affectionne. Salut m’sieur !

Après des mois de disette point de vue concerts et festivals pour les raisons que tout le monde connaît, une reprise de ces activités chères à notre cœur mais surtout à nos oreilles a pu se faire ressentir durant l’été. Parmi ces évènements se tenait le modeste mais néanmoins sympathique Miracle Metal Meeting le 11 septembre dernier dans le centre de la ville flamande de Deinze. À taille humaine, le festival nous aura permis de retrouver nos marques et sensations dans une ambiance plutôt tranquille. L’occasion aussi de (re)découvrir certains groupes parfois avec surprise.

Bien entendu, l’entrée en matière fut quelque peu malheureuse puisque les embarras de circulation nous ont fait rater d’entrée de jeu les Zultois de Turpentine Valley. Une première déception puisque sur le papier ce trio post-metal instrumental n’aurait probablement pas été pour nous déplaire. Ce n’est que partie remise et le nom du groupe est d’ores et déjà inscrit sur notre « to do list ».

Cette seconde édition du Miracle Metal Meeting a donc commencé, pour notre part, avec Carneia, autre formation post-metal issue du nord du pays. Mais si les recherches effectuées en amont sur le groupe faisaient état de performances live à absolument découvrir, et d’un véritable mur de son délivré par ce quatuor s’inspirant de Tool ou de Faith No More, nos impressions ne sont malheureusement pas allées dans ce sens. S’il n’y avait pas grand-chose à dire sur l’exécution musicale en tant que telle, Carneia nous a semblé manquer de la pêche qu’il aurait fallu. 

Dyscordia a assuré la suite du programme avec un heavy metal moderne qui semblait ravir le public. On ne comptait d’ailleurs plus les fans arborant les t-shirts et autres patchs de toutes les tailles aux couleurs de la « Dyscordia army ». Si le sextet (oui, 3 guitaristes quand même) n’était pas la tête d’affiche du MMM, il en était à coup sûr l’une des vedettes et peut-être l’un des groupes les plus attendus par une frange de spectateurs amateurs de heavy prog mélodique. Les Courtraisiens, menés par leur chanteur assurant son rôle de frontman, s’en sont donné à cœur joie. Si le style ne nous parlait pas de prime abord, reconnaissons tout de même à Dyscordia un sens du riff qui fait mouche et de la mélodie qui accroche.

La suite du MMM nous replongeait plusieurs années en arrière avec le groupe hardcore Liar. Quel plaisir de revoir ce groupe qui, fort de ses années d’expériences, garde l’intensité qui l’a toujours caractérisé. Si ces dignes représentants de la scène H8000 (scène hardcore de Flandre Occidentale des années 90 ayant eu un retentissement même à l’international) n’ont plus sorti d’album depuis 2005, ils n’ont jamais vraiment disparus. Les réactions du public du festival ont bien démontré qu’il fallait encore compter sur eux et que l’âge n’avait pas d’importance. En effet, même si on peut détecter une attitude un peu plus « sage » que dans le passé, la virulence et l’implication des musiciens restent au rendez-vous. C’est ainsi qu’on a pu voir un Hans Verbeke en communion avec son audience, qui n’hésite pas à fédérer et à aller à la rencontre d’un public qui a commencé à s’amasser dans les premiers rangs pour pouvoir pousser la gueulante. Liar a assuré de bout en bout et a encore une fois démontré un savoir-faire hardcore old school authentique. 

Venait ensuite Spoil Engine. Et autant dire tout de suite que la surprise aura été de taille. Mené par sa chanteuse Iris, dont le charisme en ferait pâlir plus d’un, les Flandriens nous ont un peu laissé sur le cul si vous me passez l’expression. Avec une recette alliant metalcore et death mélodique, le quatuor a enchaîné les titres d’une efficacité désarmante avec une bonne humeur incroyablement communicative. Nous connaissions déjà la bande de réputation et à travers l’un ou l’autre titre glané ça et là sur les plateformes mais il s’agissait ici de la première fois en live. La sauce a pris, c’est le moins que l’on puisse dire. Un véritable régal et une excellente découverte scénique.

Alors que la nuit pointait doucement le bout de son nez, La Muerte a investi la scène et a posé l’ambiance tout de suite comme à son habitude. Aidé d’un éclairage minimaliste en arrière-scène, les Bruxellois ont balancé leur death rock heavy blues et presque hypnotisé un public certes plus dispersé mais complètement acquis à la cause. La tête couverte de sa toile de jute, comme à son habitude, Marc Du Marais et sa bande n’ont encore une fois fait aucun compromis et étaient venus pour faire du bruit, leur bruit fait de guitares crasseuses au service d’un rock’n’roll enivrant, véritable bande-son d’un film angoissant dont on a du mal à décrocher.

Seul groupe étranger du festival, les Italiens de Cowboys From Hell ont fait office de tête d’affiche. Avec un nom comme celui-là, vous aurez bien compris qu’il s’agissait d’un tribute band de Pantera engagé pour faire headbanger l’ensemble du public sur une setlist best of du regretté groupe américain. Et si, de base, l’idée d’un groupe de reprises du genre nous laissait perplexe, il a bien fallu admettre que CFH maîtrisait son sujet quasi à la perfection en termes de son et de technique. Tant et si bien que par moment, si nous fermions les yeux, on aurait pu croire en la résurrection de Dimebag Darrell. Quoiqu’il en soit, la tâche fut accomplie et le public conquis par les titres les plus emblématiques de Pantera. Une bien belle manière de terminer ce festival.

Nunslaughter fait partie de ces groupes qu’il n’est plus utile de présenter tant il a roulé sa bosse depuis 1987 (enfin 1985 si on prend en compte les années où il s’appelait Death Sentence). Il s’inscrit dans la lignée des groupes culte qui ne répondent à aucune norme et font ce qu’ils veulent quand ils le veulent. Leur discographie est là pour en témoigner puisque celle-ci pourrait clairement être comparée à celle d’un Agathocles, avec qui ils ont d’ailleurs sorti un split en 2011, tant elle regorge de sorties. Pourtant ce « Red Is The Color Of Ripping Death » n’est que leur 5e album puisque leur « devil metal » est beaucoup plus familier des formats comme le split, l’EP ou encore le live. L’objet que nous avons dans les oreilles fait donc en quelques sortes office d’évènement mais ne change pas la donne puisqu’il s’inscrit clairement dans la droite lignée de ce que les natifs de l’Ohio savent faire : un death punk teinté de thrash sur fond d’imagerie black metal servi par une production on ne peut plus catchy mais loin d’être lisse pour autant. Si la mort de leur batteur Jon Sadist en 2015 a marqué les esprits et forcé le groupe à une mini-pause (jusqu’en 2016), ce dernier a rapidement décidé de remettre le pied à l’étrier, et c’est tant mieux. En effet Nunslaughter est le genre de groupe plus que nécessaire qu’il est bon de ressortir à intervalles réguliers histoire de rappeler à une certaine frange de la scène le sens du mot « authenticité ».

On se demandait un petit peu ce qu’étaient devenus les Gantois de Goat Torment puisque déjà 6 ans se sont écoulés depuis leur seconde et dernière offrande « Sermons To Death » qui leur avait permis d’asseoir une certaine réputation sur la scène black. La réponse vient donc ici avec ce « Forked Tongues ». Par contre la question est de savoir s’il réussit l’examen du 3e album souvent charnière dans la carrière d’une formation. Et ne faisons pas languir le lecteur plus longtemps, on aurait tendance à répondre par l’affirmative à cette interrogation. En effet, dans l’ensemble, l’auditeur se confronte à un opus de black furieux et inspiré. Dans un registre parfois mardukien, Goat Torment joue la carte d’une lourdeur empruntée au death dans une tracklist où les parties basses jouent un rôle prépondérant en termes d’enrobage écorché de l’ensemble. Un grain bienvenu auquel Jérémie Bézier (Emptiness…) n’est sans doute pas étranger puisque le mixage et le mastering de «Forked Tongues» sont l’œuvre de l’intéressé au sein du Blackout Studio. Notons qu’à ce niveau, si le groupe n’est pas retourné dans le studio bruxellois pour tout le processus d’enregistrement comme ce fut le cas pour ses 2 premiers albums, il ne s’en est pas non plus tout à fait écarté puisque les voix y ont tout de même été enregistrées. Le travail paie, c’est indéniable, et « Forked Tongues » en est une belle preuve puisque nos compatriotes se voient maintenant affublés du sceau Season Of Mist via sa structure plus extrême Underground Activists qui, on l’espère, amènera Goat Torment sur les sentiers qu’il mérite.

Souvent incompris, parfois même moqués voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur laquelle le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

C’est le très sympathique et disponible Aaron, bassiste et chanteur de Red Fang, qui nous a accordé quelques instants de plus dans la foulée de l’interview qu’il nous a accordée pour le MA9 (que vous pouvez retrouver en pdf sur ce site, faut-il encore vous le rappeler ?) à l’occasion de la sortie du dernier album des Américains, « Arrows ». Certes brefs, ces quelques mots ne sont toutefois pas dénués d’intérêt en ce qui concerne la vision du bonhomme.  

 

Comment as-tu commencé la basse ? C’était par nécessité. En secondaire, avec un ami, on avait monté un groupe dans lequel on jouait tous les deux de la guitare. J’ai déménagé avec cet ami à Portland et on a cherché d’autres musiciens. On a trouvé un batteur et j’ai switché moi-même vers la basse, ça me paraissait plus simple comme ça. Donc j’ai commencé la musique en tant que guitariste.

Selon toi, quel est le rôle de la basse et du bassiste dans un groupe ? Disons que la plupart du temps je vois le rôle de la basse comme étant une troisième guitare plus lourde et plus grave tout simplement. Je joue donc avec pas mal de distorsion et, en règle générale, je suis la structure mélodique de la guitare. Pour moi, la basse doit être capable de donner le ton du morceau. Mais avant toute chose, le bassiste doit être parfaitement calé rythmiquement avec le batteur, c’est le plus important. Par exemple, dans Red Fang, John (Sherman – batterie) et moi passons beaucoup de temps à définir ensemble une ossature rythmique qui définit le feeling du morceau en fonction des riffs de guitare.

Donc le batteur et le bassiste sont les meilleurs amis du monde ? (rires) Oui tout à fait….ou en tout cas ils doivent être connectés télépathiquement.

Pourrais-tu nous présenter en quelques mots le matériel que tu utilises ? Ma basse est une G&L SB-1, c’est une basse de type « Precision » (un des modèles Fender les plus populaires). Je la joue sur un ampli Sunn Beta Bass. Ce sont des amplis à transistor originaires d’ici en Oregon. Et c’est de lui que vient la distorsion. Et la tête est simplement reliée à un box 4x12. J’ai aussi des micros assez lourds et je suis assez dur avec mes cordes.

Tu joues toujours au médiator ? Presque toujours. Sur certains morceaux, il m’arrive de jouer aux doigts et de switcher sur le mediator pour les parties plus lourdes.

Quels sont tes influences en matière de basse ? Y a-t-il un ou plusieurs bassistes que tu apprécies particulièrement ? Pour ce qui est du bassiste qui a influencé ma manière de jouer, je dirais Rob Wright de NoMeansNo (groupe punk canadien fondé en 1979). Je lui dois beaucoup en termes de son mais il faut dire qu’à ce niveau-là il était lui-même influencé par Lemmy (Motörhead – ndr). Sinon il y a certains bassistes que j’adore comme, par exemple, David Wm. Sims de The Jesus Lizard.

Parmi les morceaux de Red Fang, y a-t-il un titre que tu apprécies particulièrement pour sa ligne de basse ? Un des morceaux les plus funs à jouer est « Throw Up » (sur « Murder The Mountains » sorti en 2011) mais si je dois me pencher sur une ligne de basse, je dirais celle de « Black Hole » qui est un titre qu’on a écrit il y a bien longtemps, en 2007 ou 2008 (bonus track du même « Murder The Mountains »). Il y a aussi une autre partie basse que j’apprécie bien, c’est sur « The Smell of the Sound » (sur le précédent album « Only Ghosts ») parce qu’il s’agit d’accord à la basse. Enfin je ne sais pas si mes parties de basse sont vraiment cools non plus (rires).

Fondé en 2001 à Bogota sur les cendres du groupe Inoculation, le groupe colombien Horncrowned n’a jamais changé son lance-roquettes d’épaule si l’on peut dire. Dès ses débuts, la formation s’est inscrite dans un black metal brutal, guerrier et sataniste qui mitraille sévère, ne laisse que peu de répit à l’auditeur et collectionne les visuels explicites qui annoncent la couleur d’entrée de jeu. On peut difficilement faire plus cliché et il ne faudra pas compter sur Horncrowned pour apporter du sang neuf au style si ce n’est celui de l’ennemi dégommé au char d’assaut. Vous l’aurez compris, « Rex Exterminii… » est le genre d’album qui trouvera son public chez les fans d’un black sans concession qui fleure bon le soufre et probablement chez personne d’autre. Plus classique, tu meurs : des blasts incessants, des répétitions de boucles de riffs jusqu’à parfois l’indigestion et une haine viscérale quasi palpable dans le chant. Un black par des passionnés pour des passionnés, c’est le moins que l’on puisse dire. Et si le quatuor sud-américain offre ici un album pour le moins consistant avec ses 44 minutes, il faut bien reconnaître qu’à ce tempo et sans véritable relief, « Rex Exterminii… » donne l’impression de méchamment tirer en longueur alors que l’album recèle de la matière pour deux voire trois EP’s.

20.06.21 10:54

ILSA - "Preyer"

On rattrape un peu son retard dans un genre qu’on aime assez avec les Ricains de Ilsa et leur sixième album « Preyer » sorti fin 2020. Ce qu’il y a de pratique avec ce genre d’opus c’est qu’aussi bien grâce à la pochette qu’aux premiers riffs de guitare, on voit directement à quoi on a affaire et on ne s’étonne pas non plus que ce soit un produit estampillé Relapse tant les bons ingrédients s’y retrouvent. Ilsa base sa musique sur le mélange ma foi classique de death et de doom à la Incantation mais où les growls gutturaux auxquels on pourrait s’attendre sont ici remplacés par une voix plus éraillée empruntée au crust. Cette dernière influence qui se ressent aussi dans certains morceaux aux passages plus soutenus rythmiquement comme « Widdershins ». Donc dans l’ensemble c’est bon… mais c’est un peu long. Si les influences des musiciens sont ici bien digérées et les compositions assez inspirées bien que ne criant pas au génie de l’originalité, une dizaine de minutes en moins aurait sans doute pu bénéficier à l’efficacité de l’ensemble.

One man project mené par le Gantois Jelle de Bock, La Nausée nous arrive avec un premier EP quatre titres en guise d’échantillon de ce que propose le bonhomme. Si l’ensemble des descriptifs qu’on peut trouver par rapport au style musical proposé annonce un projet sludge, nous nous permettrons ici d’être un peu plus nuancés. En effet, si de gros relents de riffs un peu boueux se font entendre, les rythmiques cliniques et l’utilisation d’une certaine dose d’électronique font que La Nausée tâte d’autres terrains comme ceux de l’indus, du rock metal voire du metalcore, le tout avec un chant assez étrangement en arrière-plan du reste dans le mixage. Si le mélange n’est pas inintéressant sur le papier, il gagnerait peut-être dans les faits à être plus cadré si l’on peut dire puisqu’on sent que les idées y sont, mais celles-ci peinent malheureusement à convaincre. Par contre, pour ceux qui seraient désireux de découvrir ce projet en format physique, sachez que cet EP sort en formats CD et cassette des plus présentables.   

Si « Drapsdalen » est le premier album du groupe, c’est bien une formation de plus de vingt ans qui se cache derrière puisque Valdaudr est le nouveau nom de Cobolt 60. Monté par le très prolifique Dod (Daniel Olaisen de son vrai nom, guitariste de Blood Red Throne, ex-Satyricon en live, Zerozonic… - ndr) tout au début des années 2000, C60 comptait dans ses rangs Mr Hustler, alors chanteur de BRT de l’époque. Le duo fait son petit bonhomme de chemin en sortant deux albums à dix ans d’écart (2002 et 2012) et pour la petite histoire, le vocaliste quitte son camarade en 2018 alors que celui-ci a déjà plusieurs morceaux en stock pour un nouvel album. Qu’à cela ne tienne, il sera décidé d’utiliser le matos mais sous un autre nom. Accompagné désormais de Vald, chanteur ayant également officié dans BRT (2005 - 2011), Dod peut reprendre les affaires là où Cobolt 60 les avait laissées. Valdaudr (synthèse des pseudonymes de ses deux membres et agrémenté d’une subtilité de la langue norvégienne - ndr) poursuit sur le terrain déjà bien moissonné du black old school norvégien à la Darkthrone avec cependant quelques passages thrashy ou encore folks du plus agréable effet. Les sonorités métalliques et froides de la guitare, de surcroit reconnaissable pour les familiers du travail de Olaisen, alliées à la production roots offrent une autre perspective à différents moments de l’album qui, dans l’ensemble, remplit amplement sa mission.   

Hate Forest a connu un début de carrière faste et plus que prolifique puisque les sorties se sont tout de même bien enchaînées entre 1999 et 2005. Mais depuis lors, c’est un peu comme si le bébé de Roman Saenko (Drudkh, ex-Dark Ages, ex-Blood Of Kingu….) avait disparu de la scène après un « Sorrow » particulièrement acclamé, voire culte. Certes, quelques splits ou compilations ont pu voir le jour par la suite, mais il était plutôt question de faire du neuf avec du vieux puisque généralement il s’agissait de titres issus des précédents albums ou démos. Revoilà donc, après quinze ans, le projet ukrainien black metal avec « Hour Of The Centaur », un album en forme d’évènement. Pour la recette, le changement n’était vraisemblablement pas à l’ordre du jour tant on retrouve la manière de faire de Saenko. C’est ainsi que les choses reprennent là où elles avaient été laissées. La recette prend puisqu’elle est maîtrisée : de la haine profonde, une boîte à rythmes offrant à la majorité des morceaux un blast ininterrompu, un son plus que crasseux, une voix d’outre-tombe et surtout une collection de riffs d’une inspiration parfois rare pour ce genre de projet. L’homme a le sens de la composition et cela se vérifie d’ailleurs au travers de « No Stronghold Can Withstand This Malice » ou encore du plus mélancolique « Anxiously They Sleep In Tumuli » dotés de parties de guitare qui sonnent parfois/souvent comme une leçon de raw black metal. Seulement voilà, même si votre serviteur respecte énormément l’intégrité artistique d’une production aussi crue, il restera toujours un peu sur sa faim en matière de son. Si celui-ci était travaillé pour lui donner sa pleine puissance tout en conservant sa saleté originelle, le message de Hate Forest serait-il différent ? La question mérite d’être posée surtout dans un cas comme celui-ci où la différence entre l’intro de l’album et le morceau qui la suit est si flagrante. En effet, dès les dernières notes de « Occidental, Beware the Steppe », on s’attend à ce que l’enchaînement vers « Those who worship the Sun bring the Night » nous prenne à la gorge alors que le soufflet retombe, ce qui ne manque pas de surprendre. Quoiqu’il en soit, le retour de Hate Forest après un long silence est désormais acté via ce « Hour Of The Centaur » ainsi qu’avec deux titres au format digital sur Bandcamp sortis le même jour.

Ne prenons pas de chemin détourné pour caractériser ce dont nous allons parler ici. Il sera question de death metal, du vrai, du lourd, du cru, du qui vient d’Europe de l’Est et plus précisément de Pologne. Dira Mortis a déjà quelques années au compteur puisque le groupe s’est formé en 1998. Les premières années et les premières timides sorties du groupe le feront quelque peu passer sous les radars, ce qui explique leur arrêt d’activité en 2004. Un retour en 2011 sera synonyme de nouveau départ pour la bande (composée entre autres par d’anciens membres de Christ Agony ou encore Graveland) puisqu’à partir de cette époque les choses sérieuses commenceront avec notamment la sortie de leur premier véritable album en 2012, « Euphoric Convulsions », suivi en 2015 de « Psalms Of Morbid Existence » ayant reçu, en son temps, un accueil critique tout à fait louable. « Ancient Breath Of Forgotten Misanthropy », qui nous occupe ici, est donc leur troisième disque et le premier sur le très recommandable label polonais Selfmadegod Records. Attention, que ceux qui s’attendent à un renouveau du genre passent leur chemin. Ici, il n’est nullement question de réinvention ou de subtilité. Dira Mortis s’inscrit dans un death metal issu des écoles créées par les groupes tels qu’Incantation, Autopsy ou encore Immolation. Ça tabasse dans les règles, ça suinte, ça enchaîne les riffs, ça joue bougrement bien et ça respecte les traditions. Entre death brutal direct et parties plus techniques, tout bon client s’y retrouvera et pourra profiter de la production granuleuse qu’il chérit tant. Qu’on se le dise, le produit est de qualité même s’il ne surprend pas. Mais allons-nous perdre notre temps ici à entrer dans un débat stérile sur l’originalité ? Bien sûr que non étant donné que « Ancient Breath Of Forgotten Misanthropy » est typiquement le genre d’opus qui donne le sourire et nous fait dire que ces mecs ont tout compris malgré des morceaux qui, il faut bien le dire, tirent un poil en longueur.   

Pour son troisième album, et accessoirement celui qui marque les débuts de la collaboration avec Lifeforce Records, Age of Woe accouche d’un album pour le moins bien équilibré. Officiant toujours dans un mélange de death, de crust-punk, de doom et de sludge, le quintette nous sert ici un album qui se veut direct tout en étant subtil. Si les gravats sont toujours au rendez-vous aussi bien dans le son de guitare que dans la voix éraillée de Sonny Stark (ndlr : seul membre originel restant), le sens de la mélodie n’est pas en reste comme en témoignent, par exemple, les interludes « Avgrunden » et « Förbittringen » ou encore le titre « Storm ». Un album à l’écoute duquel il semble difficile de s’ennuyer tant le groupe agence ses morceaux avec le relief nécessaire pour ne pas perdre l’auditeur en cours de route. Ce n’est pas parce qu’un titre saucé au punk démarre tambour battant qu’il ne peut pas s’octroyer un certain souffle au tempo modéré pour repartir de plus belle. « Envenom » développe un savoir-faire musical qui s’aventure dans des eaux peu habituelles. L’arrivée au poste de guitariste en 2019 de Keijo Niinimaa (chanteur de Rotten Sound) y est sans doute pour beaucoup puisqu’en plus de jouer, le bougre s’est chargé de la majorité de la production de l’album. Excepté l’enregistrement du chant, les prises de son et le mixage ont en effet été effectués par ses soins dans ses Chaotic Doom Cave Studios de Turku en Finlande. Au vu du résultat, on ne peut que saluer ce recrutement et vous conseiller vivement de vous plonger dans ce qui représente déjà l’une des toutes bonnes sorties de ce début d’année.

Souvent incompris, parfois même moqués, voire injustement critiqués, ils assurent pourtant un travail de l’ombre essentiel. Eux, ce sont les bassistes, les gardiens des fréquences graves. Ils sont la hantise des roadies et de leurs lombaires tant leurs amplis « frigos » pèsent leur poids et sont peu maniables, mais sont aussi et surtout des musiciens généreux au service de leur groupe ou de l’artiste qu’ils accompagnent. Rarement en recherche de gloire, ils ou elles se trouvent souvent en arrière-plan pour incarner, avec la batterie, la paire d’épaules sur lesquelles le reste du groupe pourra aisément s’appuyer. Une race à part au service du groove.

Pour inaugurer cette rubrique, Jérémie (Emptiness, Meat Heart, ex-Enthroned, ex-Unlocked, ex-Hybrid Viscery – producteur, ingénieur du son et fondateur du Blackout Studio à Schaerbeek) a gentiment accepté de se prêter au jeu dans la foulée de l’interview que nous avions faite de lui à l’occasion de la sortie de l’album « Vide » d’Emptiness (Interview à retrouver dans le Metal’Art 7).

Comment en es-tu arrivé à jouer de la basse ? C’est mon grand frère qui m’a fait découvrir la musique. Il écoutait du metal et jouait de la guitare. Il m’a fait connaître ce genre de musique assez tôt et me poussait à « jammer » avec lui. C’est lui qui m’a proposé de jouer de la basse. Je devais avoir 10 ou 12 ans.

As-tu un rapport particulier avec cet instrument ? Oui. Je sens que c’est vraiment mon instrument. Mais par contre, je ne me considère pas comme un bon musicien. Je ne suis pas du genre à prendre une guitare ou une basse chez moi et jouer comme ça. Je prends l’instrument par nécessité pour composer. Par contre, la basse est l’instrument que je comprends le mieux, mais c’est aussi celui que je mets le plus de temps à enregistrer puisque je prends le temps justement de trouver la bonne ligne de basse toute simple et « catchy » qui soutient tout le morceau. C’est assez dur finalement. De plus, je trouve que c’est un instrument très dynamique, contrairement à ce qu’on lui demande d’être en règle générale, à savoir quelque chose de solide. Le son vient au final de plein de petits éléments, pas entièrement de l’instrument ni de l’ampli. C’est tellement sensible que parfois pour avoir la puissance que tu veux, tu te dois d’être doux avec ta basse puisque l’intention que tu veux traduire ne sera pas forcément ce que tes doigts vont apporter.

Quel est pour toi le rôle prépondérant de la basse ? Qu’est-ce qu’un bon bassiste pour toi ? Le réflexe serait de dire que la basse est le lien entre la rythmique et la mélodie. Et c’est vrai qu’un bon morceau est un morceau qui a une bonne ligne de basse et où tout tourne autour d’elle.

C’est un travail de l’ombre ? Oui, mais ça va avec le caractère des musiciens. Les bassistes ne sont généralement pas des « m’as-tu-vu ? ». Par contre, il y a cette sensation quand tu joues en groupe et que tu sens que ta basse a bien sa place. Ça fait quelque chose de sentir cette connexion avec la grosse caisse. Il y a aussi cette sensation quand tu joues sur ta basse et qu’elle n’est pas branchée. Tu ne l’entends pas, mais tu ressens les vibrations et donc tu l’entends autrement.

Qu’est-ce que tu penses des délires humoristiques qui entourent les bassistes et qui font passer la basse pour un instrument simple, voire simpliste, ou encore qui ne sert pas à grand-chose puisqu’il ne se distingue pas toujours ? On entend ça surtout chez les personnes qui écoutent du metal ou du rock tout simplement parce que la basse n’y a pas un impact aussi direct que dans le funk ou dans le jazz. J’imagine que dans le monde du funk, ces blagues se font moins (rires). Maintenant comme je ne me sens pas spécialement uniquement bassiste, ça ne me fait pas spécialement marrer, mais ça ne me dérange pas non plus. Ça me laisse un peu indifférent au final. (Rires)

Tu joues davantage à l’onglet ou aux doigts ? Sur le dernier album, je joue aux doigts, mais j’étais plus un joueur à l’onglet avant parce qu’on jouait plus rapidement et on avait envie de ce genre d’attaque. Mais maintenant, je trouve ça plus chouette de jouer aux doigts. C’est pareil pour la guitare, parce que j’en joue pas mal sur le dernier album. C’est une manière de sentir l’instrument. Maintenant, notre album est très doux d’une certaine manière. Il n’y a aucune distorsion donc ça va avec, parce que tu ne peux pas toujours te permettre de jouer aux doigts évidemment.

Tu voudrais bien nous présenter brièvement ton matériel et nous parler un peu de tes techniques ou de tes petits « secrets » de jeu si tu en as? Je joue sur une Ernie Ball Stingray quatre cordes. Mon ampli est un vieux Marshall full tube Superbass, pas spécialement puissant, mais il sonne très bien. Je n’ai pas vraiment de secrets si ce n’est qu’on a toujours tendance à dire que la basse doit être compressée, alors que pour moi, le compresseur devrait être toi en jouant. C’est comme ça qu’elle sonne ta basse. On croit toujours qu’il faut constamment mettre le compresseur sur la basse parce qu’on se dit que ça doit être quelque chose de constant qu’on ne doit pas chercher à l’oreille et donc on lui enlève sa dynamique. Alors que ta basse sera énorme si tu apprends à la jouer en tenant toi-même le rôle du compresseur.

C’est assez intéressant, mais c’est une vision spéciale pour un ingénieur du son de se dire que le tout sonnera mieux s’il y a moins d’intervention de sa part après, non ? Non parce que pour un ingé son, c’est toujours une perte d’ajouter quelque chose pour compenser ce qui n’aurait pas été fait en amont.

Tu utilises de la distorsion ? Tout dépend du projet sur lequel je suis. Pour le dernier album d’Emptiness, comme on voulait être le plus naturel possible, c’était la basse directement branchée dans la carte son, même pas dans un ampli. Mais il y a tout de même eu un peu de « disto » sur l’un ou l’autre morceau, mais je serais incapable de te dire ce que j’ai utilisé.

Il y a des bassistes que tu apprécies particulièrement, qui t’influencent ou t’ont influencé ? Je n’ai jamais vraiment vénéré quelqu’un. J’aime les bonnes lignes de basse, mais je ne vais pas chercher plus loin. Je ne saurais pas vraiment te dire qui est mon bassiste préféré. J’ai aussi un rapport assez bizarre avec la musique de ce côté-là. J’aime les groupes, j’adore la musique, mais je me fous un peu du nom des personnes, de qui est derrière quel instrument. Ça se limite à la musique et à la pochette.

Un grand merci Jérémie. Merci à toi, c’était cool.

Sorte de super-groupe formé de membres de Pg. 99, Mammoth Grinder ou encore Iron Reagan, les Américains de Terminal Bliss s’inscrivent dans la pure tradition punk. Mis sur pied au tout début de l’année 2020, le quatuor propose ici un premier album (ou plutôt EP puisque la durée totale est de moins de onze minutes pour dix titres) qui fleure l’urgence propre au style. Riffs basiques, mais justes et production un tantinet crade, mais pas trop non plus. Terminal Bliss maîtrise son sujet et sonne comme il doit sonner dans l’optique de perpétuer un style qui, de temps à autre, se rappelle à notre bon souvenir et qu’on réécoute sans déplaisir. C’est sûr, c’est vite empaqueté et ça ne transcende rien, mais comme, il faut bien le dire, ce n’est pas trop mal foutu. On offrira volontiers une dizaine de minutes d’attention à « Brute Err/ata » en attendant que Terminal Bliss propose un petit quelque chose en plus la prochaine fois.    

Formé en 2016, ce quatuor russe pourrait bien sortir de l’anonymat et obtenir l’exposition qu’il mérite. Voilà qui ne devrait pas déplaire aux oreilles averties en quête de sonorités différentes puisque Supruga officie dans un registre black sludge auquel une couleur hardcore se greffe de temps à autre. Le tout exécuté et produit avec une certaine maestria. Nous voici donc face à un album où furie et lourdeur font bon ménage. Une richesse musicale loin d’être en reste et à côté duquel il aurait été dommage de passer. Pourtant, si l’on en croit les différentes informations glanées sur le groupe, c’est ce qui aurait pu vraisemblablement arriver si le « nouveau » label Petrichor (rejeton de Hammerheart - ndr) n’avait pas flairé le filon. En effet, si la sortie qui nous occupe ici date de fin 2020, il s’agit en fait d’une part, du premier album du groupe, « Xaoc », sorti en 2019, et d’autre part du dernier EP « Никто не в безопасности » (« Nul n’est à l’abri », d’une traduction libre – ndr). Tous deux édités en cassette et limités respectivement à 40 et 30 copies via le label russe NIOS. Autant dire que les formats CD, LP et digitaux prévus par la maison de disques néerlandaise permettront une diffusion un poil plus large d’un album et d’une formation particulièrement dignes d’intérêt.  

Les Américains de Nothing et leur leader Domenic Palermo ont fait pas mal parler d’eux en dix années d’existence puisque beaucoup parlent du groupe comme d’un renouveau du shoegaze, rien que ça. Mais pourrait-on leur donner tort à l’écoute de ce quatrième album qui fait montre d’un sens inné de la mélodie et de l’ambiance ? Atmosphérique, ténébreux, lourd et cinématographique sont des qualificatifs qui semblent coller à merveille à « The Great Dismal ». Le tout pourrait d’ailleurs être synthétisé dans les deux premiers titres de l’album tant ils contiennent la plupart des séduisants ingrédients avec lesquels Nothing aime travailler. Le morceau d’introduction « A Fabricated Life » et la sensibilité qui s’en dégage ainsi que « Say Less » et ses basses saturées pour encore mieux relever les nappes de guitares mériteraient tous deux leur place dans des bandes originales de films ou de séries. Le travail de composition, de mise en place et de productions est à saluer tant l’agencement de l’ensemble offre à l’auditeur un véritable petit voyage sonore dans les méandres d’un style qui regorge encore de surprises à coup sûr.

Une superbe découverte pour votre serviteur.

04.01.21 08:07

GRID - "Livsleda"

Formé en 2014, les Suédois de Grid officient dans un Grindcore teinté de crust D-Beat et dans lequel un certain sens de la mélodie a sa place. C’est avec ce style affirmé et indubitablement maîtrisé que le groupe est entré il y a peu dans l’écurie polonaise Selfmadegod, et ce afin de sortir ce que le label présente comme son premier véritable album. Et si au départ, les 9 titres et 17 minutes à peine de « Livsleda » font penser à un EP de plus, reconnaissons que l’ensemble est si dense et complet qu’il n’est pas du tout difficile de considérer cette pièce au même titre qu’un album à part entière. La production compacte et puissante offre à l’auditeur le confort requis pour apprécier ce Grindcore de haute voltige qui n’hésite pas à s’aérer avec des morceaux davantage mélancoliques (osons les mots) comme « Livsleda » ou « Doomed » et leur lot de riffs qui « transportent ». À découvrir d’urgence.

Pour le coup, on pourra dire qu’on aura suivi l’adage qui dit « Mieux vaut tard que jamais » puisque c’est avec un retard quelque peu significatif que nous traitons ce nouvel EP des Bataves de Collision sorti sous la houlette du label allemand Hammerheart le 17 avril dernier. Déjà vingt ans que le groupe existe et écume la scène avec son mélange de grindcore et de thrash qui n’a pas pris une ride au fil des sorties. La furie est toujours au rendez-vous et surtout, le groupe parvient à insérer du relief dans sa musique pour éviter la monotonie. On ressent alors toute la maîtrise d’un groupe qui fonctionne désormais depuis de nombreuses années avec les mêmes musiciens. En effet, seul le bassiste n’est pas un membre d’origine et n’est là « que » depuis 2005. Paramètre pour le moins intéressant si les gaillards recherchaient une certaine osmose. On en prend donc pour notre grade encore une fois tout au long de ce petit quart d’heure et de ces sept titres seulement, mais qu’on ne manquera pas s’enfiler deux fois de suite. « The Final Kill » est donc un petit concentré de puissance qui fait un bien fou.   

Formé en 2018, année durant laquelle il a sorti son EP « Universal Hate Speech » déjà chez Shadow Records, le duo polonais Terrestrial Hospice revient cette fois avec son premier véritable album sous le bras. Bien sûr, l’épreuve n’est qu’une formalité au vu du CV des 2 bougres puisque le batteur n’est autre qu’Inferno, cogneur chez Behemoth, et celui qui se charge du reste est Skyggen, apparu dans bon nombre de formations et notamment pour assurer des lives pour Gorgoroth, Aeternus ou encore Dead To This World. Autant dire que les camarades savent de quoi est fait un album de black metal et qu’ils appliquent la recette avec maîtrise. Seulement voilà, ils ne font que cela et n’apportent pas grand-chose de plus à un style déjà surchargé en albums de ce type. Musicalement, les 7 titres s’écoutent sans déplaisir et représentent un hommage de fort bonne facture à la seconde vague du black metal du milieu des années 90 mais il semble clair que cet opus serait peut-être passé bien en dessous des radars s’il n’avait pas pu capitaliser autant sur les noms des musiciens qui lui ont donné vie.