Live reports

Live reports (22)

03.07.22 18:23

31.03.22 - Le Gros 4

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Premier concert de l’année accompagné de la levée des restrictions sanitaires, la date du GROS 4 à Lille s’annonce bouillonnante ! Le plateau est composé de Mass Hysteria, No One Is Innocent, Tagada Jones et Ultra Vomit qui se réunissent pour une tournée des Zéniths de France. Cette tournée folle est inédite et dispose d’une règle simple : il n’y a pas de tête d’affiche. Effectivement, chacun dispose du même temps de jeu d’une heure et l’ordre de passage est tiré au sort tous les soirs. Cette série de concerts est aussi l’opportunité de voir ces différentes formations jouer dans une configuration de scène optimale accompagnée de visuels diffusés sur un grand écran ainsi que des effets pyrotechniques.

Nous nous retrouvons sur la seconde date de la tournée qui se déroule au Zénith de Lille. Celle-ci s’est produite sous des conditions météorologiques plutôt anodines et glaciales pour une fin de mois de mars entre de la pluie et de la neige. Néanmoins, l’ambiance va bouillonner à l’intérieur pendant quatre heures de concert qui sont joués dans l’ordre suivant : Mass Hysteria, No One Is Innocent, Tagada Jones puis pour conclure Ultra Vomit.

Mass Hysteria inaugure la soirée, malheureusement la moitié du public est encore dehors alors que le concert commence en raison de soucis indépendants de la salle. Une très mauvaise circulation et des parkings complets les uns après les autres dans Lille vont mettre beaucoup de personnes en retard … J’accède enfin à l’intérieur du Zénith sous les sonorités de « Tout est Poison » alors que le set est déjà entamé. L’ambiance est bouillante sur la scène et dans la fosse et les classiques s'enchaînent avec « Contraddiction », « L’Enfer Des Dieux » ou encore « Chiens De La Casse ». Mouss par son dynamisme communicatif entraîne la foule dans un joyeux bordel. Comme d’habitude des wall of death se produisent sur «Plus Que Du Metal » tandis qu’une chenille se forme par la suite sur « Furia » qui conclura le set. Mass Hysteria ouvre le bal en grande pompe pour une soirée qui s’annonce prometteuse.

C’est au tour de No One Is Innocent d'enchaîner la soirée. La formation défend essentiellement son dernier album « Ennemis » sorti en octobre dernier avec des titres comme « Forces Du Désordre », « Dobermann » ou « Polit Blitzkrieg ». Même s’il faut avouer que la fougue présente durant la prestation de Mass Hysteria est redescendue d’un cran, cela continue de pogoter dans la fosse notamment sur les classiques comme « Nomenklatura », « La Peau » ou encore « Charlie ». Tandis que sur scène le groupe continue à bondir dans tous les sens avec un set centré sur l’efficacité. Je trouve que comparé aux autres prestations, les visuels présents sur les écrans ne sont pas totalement utilisés, néanmoins cela reste un détail. No One Is Innocent nous livre une prestation dynamique qui terminera avec un wall of death sur son classique « Silencio » ainsi que « What The Fuck » qui conquiert la foule qui chante en cœur.

La soirée se poursuit avec les bretons de Tagada Jones avec leur Punk Rock enragé et engagé. Leur nouvel album « À feu et à Sang » est mis à l’honneur avec des morceaux comme « Nous Avons La Rage », « Elle Ne Voulait Pas » ou encore « De Rires & De Larmes », tandis que les effets pyrotechniques flambent, notamment sur le tube en devenir « Le Dernier Baril ». Si ces nouveaux morceaux, futurs tubes de punk fédérateurs, ont conquis la foule, nous retrouvons évidemment les classiques comme « Zéro De Conduite » ou encore « Je Suis Démocratie ». Un court moment d’accalmie et d’émotion retentit avec « Vendredi 13 » qui rend hommage aux personnes ayant perdu la vie dans les attentats… Le groupe ne se laisse pas abattre et nous partage sur scène une énergie survoltée qui se transmet dans la foule qui n’arrête pas de pogoter. Il faut avouer que le public du nord est toujours bouillonnant et ceci se prouve une fois de plus ce soir. Niko nous partage sa bonne humeur d’être présent et que le projet du GROS 4 prenne enfin les routes, sept ans après la naissance de l’idée.  Assurément, un concert de Tagada Jones ne peut pas se finir sans leur hymne « Mort Aux Cons » (ou plutôt « Antisocial » des temps modernes comme je le surnomme) que le public commençait déjà à chantonner bien avant le moment attendu. Ce morceau conclut le set sur des ondes positives tandis que le public bouillonne encore. De nouveau, Tagada Jones nous prouve son efficacité et sa vivacité sur scène. De plus, c’est un plaisir de les voir dans des conditions optimales avec les écrans géants qui permettent de mettre en avant les illustrations de leurs différents morceaux. Alors que le concert est terminé, le public rejoint le hall pour se désaltérer tandis que l’air de « Mort Aux Cons » continue d’être chanté. Heureusement que l’énergie du public est encore présente car le dernier concert de la soirée avec Ultra Vomit va être tout aussi mouvementé.

Nous assistons au dernier concert avec la crème de la crème d’Ultra (putain de) Vomit qui débute son set sur le traditionnel générique des Looney Toons. Si leur dernier album « Panzer Surprise » est sorti depuis cinq ans, le groupe trouve toujours le moyen de se renouveler et de nous divertir. Ici, la diffusion d’animations sur les écrans géants va permettre de donner vie à un concert totalement déjanté. Ultra Vomit nous régale de ses classiques comme « Un chien Géant », « Calojira », « Je ne t'es jamais autant aimé » … Tandis que les riffs à la sauce d’AC/DC retentissent sur « Jésus », ce dernier en personne viendra en chaise roulante pour ressusciter sur scène.  Puis, Jésus va avoir l’honneur de séparer la fosse en deux pour le wall of chiasse de qualité pour le classique « Pipi Vs Caca ». Tandis que la fameuse minute Manard nous réserve un « magnifique » moment qui va être autant désagréable pour lui que pour la foule (si je reprends ses propos) avec une reprise de “Désenchantée” de Mylène Farmer. Le set continue avec un nouveau morceau « Mouss 2 Mass » évidemment destiné à Mouss de Mass Hysteria dans lequel nous pouvons clairement distinguer l’air de la chanson de Brice de Nice. Le groupe renoue avec ses morceaux les plus sombres de la première heure comme « I Like To Vomit », « Une Souris Verte » ou encore « Phoned to Death ». Pendant tout le set, Ultra Vomit reste très communicatif comme à son habitude tandis que la foule est totalement déchaînée. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, le concert se conclut sur le morceau culte « Je Collectionne Des Canards (Vivants) » avec le monsieur des canards en personne. Ultra Vomit comme à son habitude mélange avec brio sa virtuosité et surtout son humour décalé qui séduit la foule.  

Le GROS 4 est une belle initiative qui réussit à rassembler le temps d’une soirée des groupes français de qualité. Ces derniers peuvent mettre leur virtuosité en avant et présenter des concerts de qualité avec des visuels et des effets pyrotechniques qu’ils n’ont pas l’habitude d’avoir sur des petites salles. Il est temps de quitter le Zénith avec des souvenirs plein les oreilles et plein les pattes pour les plus téméraires dans la fosse.  

30.06.22 18:33

05.03.22 - In Theatrum Denonium

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C’est dans le très classieux théâtre de Denain que nous avions rendez-vous le 05 mars dernier pour le festival d’un jour In Theatrum Denonium organisé par l’association Nord Forge. Un cadre chic pour une musique qui ne l’est pas toujours et ce pour notre plus grand plaisir. Mais le décalage entre l’endroit et ce qui y était proposé a clairement eu l’effet escompté pour ce 6e acte qui arrivait à point nommé après une édition 2021 reportée pour des raisons sanitaires qu’il n’est plus nécessaire de détailler. Compte-rendu.   

Ce sont les Grenoblois d’Aluk Todolo qui entamaient les hostilités. Une excellente idée pour débuter puisque le trio instrumental français emmène son public dans son univers où se mélangent en permanence noirceur, lourdeur mais aussi douceur. Fort de passages qu’on devine en totale improvisation, le rock occulte du groupe se montre maîtrisé de bout en bout. L’ambiance qu’il parvient à distiller sur scène est énigmatique. Avec un effet aussi simple qu’une ampoule trônant au milieu de la scène pendant le set, et avec laquelle le guitariste s’amusera en fin de concert, les 3 musiciens ouvrent le festival par une sorte de rituel auquel le spectateur peut s’inviter s’il le souhaite.  

L’une des bonnes idées de la soirée aura été de faire jouer The Path Of Memory juste après, dans la petite salle située à l’étage et réservée au merchandising. Projet d’un vétéran de la scène black suisse, leader du groupe Borgne, The Path Of Memory nous donne rendez-vous pour une prestation intimiste orientée neo dark folk à la Death In June avec quelques bougies pour seul éclairage. Un moment suspendu et envoûtant qui ne manque pas de charmer un public amassé en nombre dans mais aussi hors de cette pièce pour grappiller quelques notes depuis le couloir.      

Retour à la réalité. Les Suisses de Bölzer ayant dû annuler leur venue, ce sont les Nordistes de Hats Barn qui auront eu la lourde tâche de les remplacer au pied levé et de fouler les planches du théâtre pour distiller leur black metal crasseux. Si les décors et la mise en scène un peu kitchs ne laissent aucun doute sur la teneur musicale, celle-ci est on ne peut plus classique et malheureusement pas toujours parfaitement exécutée. Ajoutez à cela de multiples problèmes de son (pauvre batteur) et vous obtenez un côté bancal qui se fait ressentir tout au long du set. Le côté « true » voulu par le groupe (notamment par un chanteur dégoulinant de faux sang ou de corpse paints et portant fièrement chaînes et ossements sur lui ou sur son pied de micro) ne sauvera pas la prestation d’un certain ennui. Pas génial donc. 

On attendait beaucoup mais pas autant de la formation suivante, Seth. Si les qualités des Bordelais sont connues et reconnues aussi bien en studio depuis leur premier album « Les Blessures de l’Âme » (1998) que sur scène, le groupe nous a encore une fois prouvé qu’il était un des piliers du black français. Fort d’une setlist faisant essentiellement honneur à leur dernier album en date, « La Morsure du Christ », Seth a ravi son public en offrant un concert majestueux, d’une précision quasiment chirurgicale sans être une simple reproduction de ce qu’il propose sur album. Les titres se voyaient dotés d’une réelle plus-value. Et même si une partie de la mise en scène finale voyant une muse à moitié nue se délecter d’un calice de sang aurait pu être passable, force aura été de constater que la forme générale et les différents jeux de lumières amenaient une réelle ambiance soufflant le chaud et le froid. Une réussite presque totale. 

Pour la mise en place et le soundcheck, la tête d’affiche du soir, Taake, a fait évacuer la salle. Avec le retard pris dû à leur vol, cela aura malheureusement eu pour effet pour eux d’écrémer dès le départ une partie du public ayant préféré regagner ses pénates ou simplement écluser quelques verres au bar. Quoiqu’il en soit, l’assistance qui s’est présentée avait pris rendez-vous pour un concert de pur black metal des familles assaisonné de punk comme savent si bien le faire les Norvégiens. Ce côté punk qui sera d’ailleurs un peu plus présent qu’à l’accoutumée cette fois-ci de par l’état du chanteur qui aura, dans une certaine mesure, assuré le show à lui tout seul. En effet, dans un état second voire carrément troisième, peut-être dû aux longues heures d’attente à l’aéroport, le leader Hoest assure certes ses parties vocales d’une manière plus que correcte mais semble se demander à plusieurs reprises où il est, s’écroule parfois sur les moniteurs de retour ou encore manque de flageller aussi bien les spectateurs du premier rang que ses musiciens en jouant allègrement avec le câble de son micro. Musiciens qui d’ailleurs ne trouvent pas toujours ça drôle comme en témoigne de temps à autre l’attitude de l’un des guitaristes. Quoiqu’il en soit, le concert se passe et on se console en se disant que le côté parfois foutraque de la chose fait partie du style et du côté « je m’en foutiste » d’un musicien à la carrière longue comme le bras, ayant collaboré avec la moitié de la scène culte norvégienne et n’ayant plus rien à prouver à qui que ce soit. À la sortie de la salle, certains des fans de Taake sont absolument conquis, d’autres, comme nous, se disent que même si ça tenait la route, un peu moins d’alcool dans le sang aurait probablement délivré un surplus d’énergie qui n’aurait pas été déplaisant. 

Malgré tout cela, notre bilan du 6e acte du In Theatrum Denonium (le premier pour nous) se veut positif. Un cadre décalé mais efficace, une organisation des plus sympathiques et sérieuses et de très belles surprises musicales nous font dire que nous y reviendrons sans déplaisir. 

Texte : GuiGui et Greg

28.05.22 09:05

10.04.22 - Igorrr

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Après le passage d’Igorrr à L’Aéronef de Lille en décembre dernier, la formation est de nouveau de passage dans les Hauts-De-France, cette fois-ci au Métaphone de Oignies.

La soirée commence avec une foule très clairsemée devant la prestation du one man and Otto Von Schirach qui va nous faire découvrir son univers parallèle. Il est difficile de décrire cette expérimentation musicale classifiée de Breakcore influencée de musique électronique, de hardcore et Drum and Bass. Le public arrive au fur et à mesure et se laisse emporter par cette curiosité. Il faut avouer que passé le stade de la stupéfaction, les morceaux sont accrocheurs comme « Triangle Pit » ou encore « Salpica (Miami) ». Pourtant, seul l’artiste arrive à occuper l’espace sur scène tantôt en se baladant ou en mixant derrière son ordinateur et ses platines. Si nous pouvons penser qu’Otto est venu d’une autre planète puis des pays nordiques avec sa tenue empruntée à un extraterrestre et à un esquimau, il vit toutefois aux États-Unis. Cette curiosité nous plonge dans le triangle des Bermudes pour une prestation atypique qui arrive à nous transporter dans son monde. Il est certain pour ceux qui ne connaissaient pas Otto Von Schirach, que cette première partie a marqué les esprits.

Passons au plat de résistance de la soirée avec Igorrr. En 2021, le groupe a connu des changements de line-up avec Aphrodite Patoulidou au chant lyrique et JB Le Bail au chant guttural qui rejoignent les rangs. Tandis que le guitariste Martyn Clément vient apporter une nouvelle texture plus solide aux morceaux. Si malheureusement j’ai raté le passage du groupe à Lille en décembre, je me fais enfin ce plaisir de découvrir le nouveau line-up mais aussi les morceaux du nouvel album « Spirituality and Distorsion » en live.

La prestation commence avec Gautier Serre, le chef d’orchestre du projet, il se place derrière ses platines avec un solo de breakcore pour faire monter la tension. Ceci s’enchaîne sur « Paranoid Bulldozer Italiano » qui met en lumière le potentiel d'Aphrodite Patoulidou et JB Le Bail. Les deux solistes se complètent parfaitement autant musicalement qu’humainement. Nous retrouvons parfois un jeu de la belle & la bête sur les morceaux « Cheval » ou encore « Opus Brain ». Chacun exprime son talent et sa personnalité au travers des morceaux qu’ils se sont réappropriés avec aisance. Tandis qu'Aphrodite apporte une touche de folie remplie d’énergie, mais aussi un côté très théâtral, notons au passage que sa prestation du « Tout Petit Moineau » est tout à fait saisissante. Sa capacité vocale permet vraiment d’apporter une certaine vigueur supplémentaire dans les morceaux comme « Downgrade Desert », et « Himalaya Massive Ritual ». Alors que JB amène une dimension plus sombre sur des morceaux notamment sur « Parpaing », « Viande » ou encore « Pavor Nocturnus ».

Nous ne pouvons qu’apprécier la qualité du concert autant musicalement que visuellement.  Les jeux de lumières ne laissent aucun hasard et accompagnent toutes les harmonies. Effectivement, un concert d’Igorrr permet de savourer toutes les ambiances amenées au travers de leurs différents albums entre les sonorités Metal « Parpaing », électroniques (« Very Noise »), orientales « Camel Dancefloor », baroques « Cheval » … Ce chaos musical ne nous laisse pas insensible et nous transporte ailleurs pendant plus d’une heure et demie de concert. 

Igorrr est l’OVNI musical qui fait l’unanimité et prouve qu’aucune frontière n’existe entre les genres avec une expérience unique. Nous avons hâte de découvrir un nouvel album studio avec cette nouvelle formation qui redouble d’efficacité en live.

12.12.21 16:59

11.09.21 - Miracle Metal Meeting

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Après des mois de disette point de vue concerts et festivals pour les raisons que tout le monde connaît, une reprise de ces activités chères à notre cœur mais surtout à nos oreilles a pu se faire ressentir durant l’été. Parmi ces évènements se tenait le modeste mais néanmoins sympathique Miracle Metal Meeting le 11 septembre dernier dans le centre de la ville flamande de Deinze. À taille humaine, le festival nous aura permis de retrouver nos marques et sensations dans une ambiance plutôt tranquille. L’occasion aussi de (re)découvrir certains groupes parfois avec surprise.

Bien entendu, l’entrée en matière fut quelque peu malheureuse puisque les embarras de circulation nous ont fait rater d’entrée de jeu les Zultois de Turpentine Valley. Une première déception puisque sur le papier ce trio post-metal instrumental n’aurait probablement pas été pour nous déplaire. Ce n’est que partie remise et le nom du groupe est d’ores et déjà inscrit sur notre « to do list ».

Cette seconde édition du Miracle Metal Meeting a donc commencé, pour notre part, avec Carneia, autre formation post-metal issue du nord du pays. Mais si les recherches effectuées en amont sur le groupe faisaient état de performances live à absolument découvrir, et d’un véritable mur de son délivré par ce quatuor s’inspirant de Tool ou de Faith No More, nos impressions ne sont malheureusement pas allées dans ce sens. S’il n’y avait pas grand-chose à dire sur l’exécution musicale en tant que telle, Carneia nous a semblé manquer de la pêche qu’il aurait fallu. 

Dyscordia a assuré la suite du programme avec un heavy metal moderne qui semblait ravir le public. On ne comptait d’ailleurs plus les fans arborant les t-shirts et autres patchs de toutes les tailles aux couleurs de la « Dyscordia army ». Si le sextet (oui, 3 guitaristes quand même) n’était pas la tête d’affiche du MMM, il en était à coup sûr l’une des vedettes et peut-être l’un des groupes les plus attendus par une frange de spectateurs amateurs de heavy prog mélodique. Les Courtraisiens, menés par leur chanteur assurant son rôle de frontman, s’en sont donné à cœur joie. Si le style ne nous parlait pas de prime abord, reconnaissons tout de même à Dyscordia un sens du riff qui fait mouche et de la mélodie qui accroche.

La suite du MMM nous replongeait plusieurs années en arrière avec le groupe hardcore Liar. Quel plaisir de revoir ce groupe qui, fort de ses années d’expériences, garde l’intensité qui l’a toujours caractérisé. Si ces dignes représentants de la scène H8000 (scène hardcore de Flandre Occidentale des années 90 ayant eu un retentissement même à l’international) n’ont plus sorti d’album depuis 2005, ils n’ont jamais vraiment disparus. Les réactions du public du festival ont bien démontré qu’il fallait encore compter sur eux et que l’âge n’avait pas d’importance. En effet, même si on peut détecter une attitude un peu plus « sage » que dans le passé, la virulence et l’implication des musiciens restent au rendez-vous. C’est ainsi qu’on a pu voir un Hans Verbeke en communion avec son audience, qui n’hésite pas à fédérer et à aller à la rencontre d’un public qui a commencé à s’amasser dans les premiers rangs pour pouvoir pousser la gueulante. Liar a assuré de bout en bout et a encore une fois démontré un savoir-faire hardcore old school authentique. 

Venait ensuite Spoil Engine. Et autant dire tout de suite que la surprise aura été de taille. Mené par sa chanteuse Iris, dont le charisme en ferait pâlir plus d’un, les Flandriens nous ont un peu laissé sur le cul si vous me passez l’expression. Avec une recette alliant metalcore et death mélodique, le quatuor a enchaîné les titres d’une efficacité désarmante avec une bonne humeur incroyablement communicative. Nous connaissions déjà la bande de réputation et à travers l’un ou l’autre titre glané ça et là sur les plateformes mais il s’agissait ici de la première fois en live. La sauce a pris, c’est le moins que l’on puisse dire. Un véritable régal et une excellente découverte scénique.

Alors que la nuit pointait doucement le bout de son nez, La Muerte a investi la scène et a posé l’ambiance tout de suite comme à son habitude. Aidé d’un éclairage minimaliste en arrière-scène, les Bruxellois ont balancé leur death rock heavy blues et presque hypnotisé un public certes plus dispersé mais complètement acquis à la cause. La tête couverte de sa toile de jute, comme à son habitude, Marc Du Marais et sa bande n’ont encore une fois fait aucun compromis et étaient venus pour faire du bruit, leur bruit fait de guitares crasseuses au service d’un rock’n’roll enivrant, véritable bande-son d’un film angoissant dont on a du mal à décrocher.

Seul groupe étranger du festival, les Italiens de Cowboys From Hell ont fait office de tête d’affiche. Avec un nom comme celui-là, vous aurez bien compris qu’il s’agissait d’un tribute band de Pantera engagé pour faire headbanger l’ensemble du public sur une setlist best of du regretté groupe américain. Et si, de base, l’idée d’un groupe de reprises du genre nous laissait perplexe, il a bien fallu admettre que CFH maîtrisait son sujet quasi à la perfection en termes de son et de technique. Tant et si bien que par moment, si nous fermions les yeux, on aurait pu croire en la résurrection de Dimebag Darrell. Quoiqu’il en soit, la tâche fut accomplie et le public conquis par les titres les plus emblématiques de Pantera. Une bien belle manière de terminer ce festival.

 

Heureux qui, après des mois confinés et sevrés de concerts, prennent la route cap vers l’ouest jusqu’au confluent de la Maine et de la Loire ! Mais du balai Du Bellay, point de douceur angevine ici, car ce beau week-end d’octobre accueille une horde d’énervés qui ont dû lire en anglais le nom de la ville voisine : ANGERS, « haines » dans la langue de Shakespeare.

L’OMEGA SOUND festival est une nouvelle création, dont la première édition devait avoir lieu en novembre 2020, mais a été annulée pour les raisons qu’on sait et qu’on en a marre. Organisé par les associations AMC prod et CROM (pour « Chevelus Rassemblés pour Orgie Métallique » !) à l’Espace Jean Carmet de la petite ville de Mûrs-Erigné, il prend la suite du MEGASOUND festival qui avait réuni en 2009 la crème de la scène française : Bukowski, les Ramoneurs de menhirs, Dagoba, Tagada Jones, No one is innocent, Ultra vomit entre autres.

CROM avait déjà organisé auparavant des concerts metal à Angers, puis les tremplins « Angers likes Metal » qui permettent aux groupes locaux de se produire sur scène et dont les finalistes jouent au festival d’ailleurs.

Cette affiche 2021 est finalement assez différente de celle annoncée pour 2020 : demeurent Black Bomb A, Sidilarsen, Smash Hit Combo, ainsi que les régionaux Arcania, Grand Master Krang et Nervous decay, mais pas de Benighted, Sales Majestés, Lofofora et Fatals Picards. A la place, on a droit à The Great Old Ones, Blackrain, Betraying the martyrs, Tagada Jones et les grecs de Rotting Christ, seul groupe non français à l’affiche.

Les deux assos ont fait les choses très bien pour pérenniser le festival, avec un logo et des visuels soignés, ainsi qu’une exposition dans la médiathèque voisine de la salle. Cet événement, intitulé « Contraste – Plongeons dans les arts sombres », met en lumière six artistes peintres, illustrateurs, plasticiens ou photographes affiliés à la scène metal. Superbe initiative qui prolonge l’expérience du festival pendant trois semaines, les six artistes étant présents le samedi pour des dédicaces et échanges.

Au niveau des installations, l’Espace Jean Carmet est une salle de taille moyenne, que les organisateurs ont eu la bonne idée de prolonger avec un espace extérieur dans lequel on trouve un bar supplémentaire et des stands de restauration ainsi que des tables. Une impression d’open air en automne !

Les groupes se succèdent sur la scène avec une vingtaine de minutes entre chaque groupe, devant un public démasqué qui (moyennant un Pass sanitaire valide) retrouve le temps de quelques heures le monde d’avant, celui de la fraternité metal vécue sans distanciation sociale.

VENDREDI 15 OCTOBRE

SIDILARSEN (21 h 30 – 22 h 30)

On a raté les deux premiers concerts, ceux de Grand Master Krang (thrash crossover d’Angers) et Smash Hit Combo (rap metal alsacien), mais le public répond présent pour Sidilarsen, groupe toulousain de metal indus engagé dont les dernières sorties ont marqué les esprits. Un set très énergique appuyé sur deux écrans en fond de scène qui diffusent des images et des textes raccord avec la musique à la fois brutale et dansante du combo. Les deux vocalistes se donnent la réplique et mènent la troupe. On retient de cette heure de concert l’enthousiasme des musiciens, heureux de retrouver la scène : leur classique « Comme on vibre » met le public en transe avec un son proche des premiers Mass Hysteria, tandis que l’hymne final « Des milliards » est repris par la foule et poursuivi après la fin du morceau. Sur cette chanson d’ailleurs, le chanteur Didou fait s’asseoir le public qui s’exécute rapidement, avant de sauter comme un seul homme. Gimmick maintenant peu original mais qui fait toujours son petit effet ! En somme, une prestation remarquable servie par un très bon son.

BLACK BOMB A (22 h 55 – 23 h 55)

Changement de registre avec Black Bomb A, qui balance son hardcore / groove metal et laisse peu de répit au public. La frappe du batteur Hervé Coquerel (également membre des parrains du death français Loudblast) propulse la décharge de violence, avec le duel des deux chanteurs Arno (voix gutturale) et Poun (voix criée aiguë). Le premier arrive sur la scène avant les autres et blague avec le public, alors que le second commence le concert encagoulé et dévoile son sourire béat constant dès le deuxième morceau. Amusant d’ailleurs de voir le contraste entre les deux hurleurs à la banane et les deux gratteux qui tirent une tronche badass pas commode à la Kerry King. L’énergie impressionnante déployée par les cinq types sauteurs donne une irrésistible envie de bouger, même si la mélodie est plutôt absente du tableau : dans le public, ça headbangue, ça saute, ça chante (sur « Mary », leur hymne à eux), ça slamme, et ça finit même en wall of death ! On partage sa sueur, et diable que ça fait du bien ! Quand le son s’éteint et que le public se dirige les yeux hagards vers les bars, on entend ce commentaire éclairé : « ça commence à sentir le fennec ! ». Bien analysé, camarade, et sacré défouloir.

TAGADA JONES (0 h 20 – 1 h 30)

Les Rennais sont en tête d’affiche du jour, et ont soigné leur décor de scène : des barils enflammés reprenant les lettres du nom du groupe « TGD JNS » sont positionnés devant un grand backdrop avec le logo de la bande. Les punks font une entrée fracassante sur la scène en jouant le premier morceau éponyme de leur dernier album en date, « A feu et à sang », dont la sortie remonte à octobre 2020. La setlist fait d’ailleurs la part belle à cette dernière livraison avec pas moins de six morceaux, soit presque la moitié des titres interprétés ce soir. Voilà une constante chez Tagada, qui met toujours très en avant son dernier opus, quitte à laisser perplexe une partie du public peu familière avec la nouveauté (on entend d’ailleurs un voisin de foule s’écrier : « Ah ça c’est du vrai Tagada » quand résonnent les premières secondes de « Cargo », presque le seul titre pré-2014). Il faut toutefois reconnaître que les torpilles de la cuvée 2020 sont excellentes et très variées, du punk à roulettes « Elle ne voulait pas » à l’indus heavy « Le dernier baril » en passant par le mélodique et émouvant « de rires et de larmes ». On retiendra aussi de ce show le ministryen « La peste et le choléra », la reprise de Parabellum « Cayenne » en hommage aux membres de ce groupe partis trop tôt, et le punk revendicateur et nostalgique « Mort aux cons », hymne final qui referme un gig hyper énergique mais desservi par un son trop fort et sale. Quel dommage de ne pas entendre les chœurs de Stef et Waner qui s’époumonent pour soutenir le chant de Niko, leader évident ! Au final, c’est donc sur une impression mitigée que s’achève cette première soirée de festival, Tagada Jones ayant produit une setlist courageuse mais laissant une partie du public sur la touche, d’autant que le son ne permettait pas d’apprécier à leur juste valeur des morceaux inconnus. La folie à laquelle on s’attendait a pété sur Black Bomb A, mais a attendu les deux derniers morceaux de Tagada Jones pour éclater réellement. Pas grave, les quatre coreux se montrent chaleureux au moment de quitter la scène, le batteur Job restant même faire des blagues pour ponctuer le discours de Camilo, représentant de CROM qui vient remercier le public et promettre une nouvelle édition en 2022. Tant mieux, mais il reste une journée en 2021, à demain !

SAMEDI 16 OCTOBRE

ARCANIA (19 h 10 – 19 h 45)

En ce deuxième jour de festival, nous ratons le premier groupe Nervous Decay, death metalleux de Nantes, pour cause d’interviews (présentes en ces pages), et la soirée commence avec les angevins d’Arcania. Le quatuor local propose un thrash d’école mélodique et technique, pouvant rappeler les travaux de Testament. Les morceaux speed succèdent aux titres mid-tempo, avec quelques incursions plus atmosphériques voire post. Le chanteur Cyril Peglion (sosie de Pepper Keenan de COC, si si !) montre une certaine classe (même face aux traditionnels « À poil ! » du public un brin taquin) et un chant assuré dans un registre mélodique autant que rageur, tandis que le guitariste Niko Beleg impressionne par ses soli fluides et inventifs. Les deux derniers morceaux joués méritent les éloges : le premier, forcément récent, est introduit par un discours de confinement du président Macron et un détournement de la Marseillaise, et le second « No end » est très prenant et varié avec ses accélérations black. Le combo est soutenu par ses amis venus en nombre, qui lancent même un circle pit, léger mais énergique. Solide et convaincant.

BLACKRAIN (20 h 00 – 21 h 00)

En cette journée typée metal extrême, les savoyards de Blackrain paraissent un peu en décalage avec leur hard rock mélodique (on pourrait aussi dire sleaze ou FM) et leur look plus exubérant que leurs camarades de jeu. Mais le groupe sait y faire pour fédérer et faire bouger un public qui ne le connaît pas forcément : chaque morceau est un tube potentiel, et que ça fait gueuler chaque côté de la salle pour voir qui hurle le plus fort, et que ça sollicite des « hey hey hey » (sur leur classique « Rock your city »), et que ça sourit en continu, et que ça communique avec les membres de l’assistance. Le groupe met en avant son dernier album en date, « Dying breed » (2019), mais aussi des titres issus de toute sa carrière de 20 ans. On peut d’ailleurs constater l’évolution du look des quatre musiciens, bien moins sophistiqué qu’il y a une dizaine d’années, plus dans le trip biker dorénavant que hair metal androgyne. Autrefois très influencés par Mötley Crüe, comme l’atteste la voix à la Vince Neil du chanteur / leader Swan, les morceaux ont pour dénominateur commun d’envoyer un bon hard rock n’ roll groovy et facile à chanter, comme l’ACDCien « Blast me up », le speed « Overloaded » ou le radiophonique « Rock my funeral ». Les soli du guitariste Max sont gorgés de feeling, et il se montre comme ses compères très mobiles, donnant à cette heure de concert des airs de fête. Blackrain parvient à faire chanter toute la salle avec sa reprise très efficace du « We’re not gonna take it » de Twisted Sister, entonnée par le bassiste Matt. Première grosse claque du jour, merci messieurs !

BETRAYING THE MARTYRS (21 h 20 – 22 h 20)

Changement de registre avec les parisiens de Betraying The Martyrs, qui vivent ce soir un moment important de leur histoire. Le groupe, qui avait déjà accusé le coup en perdant tout son matos dans un incendie lors d’une tournée californienne en juillet 2019, puis avait subi (comme tout le monde) le confinement de 2020 après la tournée en support à « Rapture » (2019), a encaissé le départ de son chanteur emblématique Aaron Matts, annoncé début 2021. Cette date unique de l’année est donc l’occasion de présenter leur nouveau chanteur, Rui Martins, dont le nom n’a été dévoilé que deux jours avant le show, en même temps que la vidéo du nouveau titre « Black hole ». Nous vous invitons à lire l’interview en ces pages pour en savoir plus sur la période de préparation de ce grand retour… Car grand retour il y a ! Dès le début du concert, la folie est présente autant sur scène que dans la fosse : le metalcore du combo évite les écueils inhérents à ce genre, et joue la carte de l’énergie et de l’intensité. Le nouveau frontman est tout de suite adopté, montrant qu’il peut tenir la scène et growler comme son prédécesseur, et il aspire tous les regards, autant que Victor Guillet qui se charge des parties de chant mélodiques et headbangue derrière ses claviers, quand il ne saute pas comme un damné avec son instrument en bandoulière. C’est lui qui s’adresse au public pour dire l’importance de cette soirée pour le groupe, Rui ne parlant pas français (ce dernier glisse d’ailleurs à l’assistance que, si les autres membres disent du mal de lui, il faut le prévenir !). C’est lui aussi qui, sourire débordant de sincérité accroché au visage, se jette dans la foule à plusieurs reprises. Et dans la foule, impossible de résister à la puissance du metal technique mais très accrocheur de la bande : les furieux sont de sortie et ça se lâche à fond, avec des circle pits, des walls of death, des pogos. Le public saute et headbangue comme un seul homme. Quelques titres de morceaux ressortent du lot, comme le génial « Lost for words », « Parasite », « Imagine » (joué pour la toute première fois) et le susnommé et bien né « Black Hole », mais qu’importent les chansons, la musique de BTM est homogène et s’avère une véritable démonstration de maîtrise et de puissance… qui se termine par un bizutage en règle du petit nouveau avec une bouteille de Jägermeister apportée sur scène par le manager du groupe. Bienvenue, Rui ! 

ROTTING CHRIST (22 h 45 – 0 h 00)

Après ces deux gros cartons, pas facile de se mettre dans l’ambiance pour la fin de la soirée sous le signe d’un black metal plus contemplatif et mid tempo. Bon, Rotting Christ, c’est quand même le seul groupe international à l’affiche, et un groupe qui assume une carrière de trente ans et une place honorable dans l’histoire de la deuxième génération du black. Les Grecs bénéficient de lumières soignées, dans les tons bleus, et la pénombre sur scène ne laisse entrevoir que rarement leur superbe backdrop représentant la pochette de leur dernier rejeton,«The Heretics»(2019). Le leader Sakis Tolis (au chant et à la guitare) et son frangin Themis (à la batterie) mènent la barque de Charon, installant une ambiance grandiloquente et occulte, avec des références claires à l’illustre histoire de leur pays d’origine. Le propos est généralement plutôt lent, même si quelques accélérations et blast-beats surgissent parfois entre les incantations spartiates à trois voix. A droite et à gauche de la scène, George Emmanuel et Vangelis Karzis restent statiques mais font tournoyer leur longue chevelure, ce qui constituera la principale attraction visuelle de cette cérémonie païenne. Côté setlist, le groupe pioche dans toute sa longue carrière, mettant l’accent sur ses dernières productions… mais pas de nouveauté, un futur album n’étant pas prévu pour l’instant. Le public est tout acquis à la cause des Hellènes, et réclame un rappel après leur sortie de scène… qu’il n’obtiendra pas.

THE GREAT OLD ONES (0 h 35 – 1 h 35)

A cette heure avancée de la nuit, les rangs se clairsèment face à la scène, mais les courageux encore présents vont pouvoir prolonger l’expérience mystique Black Metal avec un fier représentant du genre français, The Great Old Ones. Ce groupe bordelais existant depuis une dizaine d’années tire son nom, son concept visuel et ses textes de l’univers de l’écrivain américain H. P. Lovecraft. Tout est fait pour installer une ambiance hostile et malsaine dans l’Espace Jean Carmet : backdrops représentant des créatures lovecraftiennes, pieds de micros métalliques illustrant une tête de pieuvre nommée Cthulhu, costumes (chaque musicien porte une robe de bure avec large capuche) qui maintiennent l’anonymat, aucune communication avec le public à l’exception de discrets « horns » entre les morceaux. La musique du collectif est hypnotique, avec de longs passages post metal, mais aussi des déflagrations black brumeuses d’obédience norvégienne. Alors que nos forces nous abandonnent, on peut ressentir face à ces Grands Anciens cette sidération que Gojira inspire aussi sur scène, dans un autre registre : un monstre effroyable se meut devant nous, créature sonique autant que physique, et nous ne pouvons que rester médusés. Une expérience saisissante, qui vient achever un jour 2 éclectique, et un festival qui a tenu toutes ses promesses. Longue vie à L'Oméga Sound !

Merci à Alexandre Saba, Camilo et toute l’équipe du festival.