Dean G

Dean G

25.06.20 10:22

Destruction

Avec Kreator, Sodom et Tankard, Destruction fait partie des ancêtres du Thrash en Allemagne, nommé aussi « The Big Teutonic Four ». Raison pour nous de parler avec le chanteur et bassiste Marcel Schirmer, dit Schmier, peu avant son concert à Trèves. 

L’année dernière, j’ai fait une interview avec un groupe de Thrash américain qui s’est formé la même année que vous, en 1982. Death Angel m’a révélé des choses intéressantes sur le début du Thrash dans le Bay Area. Comment as-tu vécu son début en Allemagne ? Eh bien, les premières années n’ont pas été faciles, car il n’y avait pas encore de milieu. Il n’a vu le jour qu’avec un festival qui se tenait à Dortmund à l’époque. Et c’est à ce moment que le premier Metal Hammer est sorti. C’est ce qu’on appelle « the birth of the German scene, the first recognition » où on remarquait qu’il existait une scène de Heavy Metal chez nous. C’était en 1982 et les gens communiquaient encore avec des correspondants à cette époque. Il n’y avait pas un seul magazine de Heavy Metal Allemand avant le Metal Hammer ! Nous avons toujours commandé le magazine britannique « Kerrang » qui était le seul magazine de Heavy Metal en Europe. Ainsi, nous avons obtenu les dernières infos sur ce qui se passait. Nous avons pu découvrir, entre autres, que Metallica avait signé un contrat avec une maison de disques. C’est ainsi que nous avons échangé des idées à l’époque. Ensuite, nous avons fait nos premiers concerts avec Kreator, qui s’appelaient encore Tormentor, et Sodom. Des groupes comme Iron Angel et Rage étaient déjà là. C’était un tout petit milieu au début qui grandissait et nous étions en plein milieu ! C’était hyper intéressant parce que personne ne pensait faire de l’argent ou devenir une rock star ; nous l’avons tous fait parce que nous pensions que le Heavy Metal serait cool et nous voulions faire de la musique et sortir un peu de la vie normale, être un peu différents. Ce qui en est devenu plus tard est incroyable !

Il y a quelques mois, de jeunes Thrasheuses Brésiliennes jouaient ici au Mergener Hof. Ah, Nervosa ? 

Exactement ! Comment vois-tu votre Thrash de l’époque comparé au Thrash actuel ? Il y a beaucoup de groupes qui mélangent les styles, comme Legion of the Damned avec le Death Metal et aussi un peu de Black Metal. Et puis bien sûr, il y a un bon nombre de groupes qui rendent hommage à ce que nous avons fait ; ils sonnent comme Exodus, Destruction ou Slayer. Je trouve intéressant de voir comment tout se développe. Quand nous sommes revenus en 1999 avec le line-up original, il n’y avait plus de groupes Thrash jeunes, tout le monde jouait du Death Metal Mélodique ; Thrash n’était plus la tendance. Metal Hammer Germany écrivait à l’époque : « Pourquoi Destruction reviennent-ils ? Personne n’en a besoin ! » Cependant, en fin de compte, ce fut la première étincelle pour réanimer la scène. Nous avons tourné avec Kreator et Sodom en 2001, des choses se sont passées et beaucoup de jeunes ont de nouveau entendu du Thrash. Il y a beaucoup de nouveaux groupes aujourd’hui. On me demande toujours : « Qui sera le prochain gros groupe de Thrash parmi les jeunes groupes ? » Difficile à dire. Mais il est essentiel que la scène continue d’exister ! Quand les anciens groupes partiront, de nouveaux groupes perpétueront, c’est important. De jeunes fans m’envoient beaucoup à écouter sur YouTube. La qualité est incroyablement bonne maintenant !

Pendant vos débuts, les musiciens pouvaient encore gagner de l’argent avec la vente de vinyles ou de CD, puis Napster a vu le jour et les téléchargements illégaux. Aujourd’hui, les services de streaming paient mal leurs artistes. Mais grâce à YouTube, des jeunes d’autres continents peuvent découvrir votre musique. Comment vois-tu le business actuel ? Oui, c’est la même chose avec Spotify. Le gros avantage des médias modernes est que lorsque notre disque sort, le fan du Brésil, du Guatemala, des Philippines ou du Japon peut l’entendre immédiatement. Le disque sort à minuit pile. Dans le passé, les fans devaient importer les disques de manière étrange. Le grand bénéfice est que les fans ont tous l’album le même jour. C’est pourquoi je ne suis pas un ennemi du progrès. Il y a des avantages, mais comme tu l’as dit, on est mal payé. Bien sûr, il y aura toujours des vinyles et des CD, mais d’une autre manière : le CD sera un « special item », vous en produisez peut-être 2000 ou 5000 avec une édition spéciale, et c’est tout. Le monde change et la scène musicale aussi.

Avec Damir, vous vous êtres renforcés, avez un jeune guitariste motivé. Comment se fait-il ? Il n’est plus si jeune, il a juste l’air jeune ! (rires) 

Pourtant, Michael et toi, vous êtes d’une autre génération. C’est vrai. Mais ça se passe très bien. C’est un musicien pur-sang avec beaucoup de passion, un grand musicien et un bon gars. Il est toujours de bonne humeur. C’est un complément parfait à Destruction.

Sa femme Romana a fondé les Burning Witches. Toi et ta copine Liné êtes aussi dans le coup. Comment les soutenez-vous ? Je suis plus ou moins leurs manager, producteur et bonne à tout faire. Je veille à ce que les filles prennent les bonnes décisions, ce qui est très difficile en ce domaine aujourd’hui. Ma copine fait des graphismes et prend des photos. Damir est le mari de Romana et c’est ainsi que nous nous sommes connus grâce aux filles. Romana est venue me voir et m’a dit qu’elle aimerait créer un groupe de filles — son grand rêve. Je lui ai dit quand tu as tout ensemble, je t’aiderai, je te donnerai des conseils et puis on verra. C’est comme ça que tout a commencé, juste pour le plaisir. Et puis tout à coup, tout est devenu très professionnel et tout s’est développé rapidement. Maintenant, elles sont un des meilleurs groupes néophytes. Elles le méritent bien, ce n’était pas facile. La chanteuse est sortie cet été, ce fut une phase très difficile. Il était important que les filles continuent de croire en elles. De nombreux autres groupes se séparent ou se querellent. Je pense que lorsqu’on entend le nouvel album, on peut voir qu’ils sont sur la bonne voie et qu’ils s’améliorent de plus en plus.

Passons à votre musique. L’album actuel « Born To Perish » est à mon avis un des meilleurs disques de Destruction et peut-être même le meilleur album depuis vos retrouvailles en 1999. Comment décrirais-tu cet album ? Le dernier album est toujours le meilleur (rires). Non, mais il a également été très bien accueilli par les fans. Cela montre que même après de nombreuses années, le groupe peut toujours écrire quelque chose de frais, qui sonne bien et qui ressemble à Destruction. Et c’est aussi bien pour nous de travailler avec une nouvelle formation, avec un vent frais et, enfin, une deuxième guitare. Il y a toujours des jalons dans la vie d’un musicien. Au début le premier disque, puis le premier disque qui connaît du succès, puis le disque où le groupe se sépare, puis le disque où le groupe se réunit et maintenant ce disque où nous avons un nouveau line-up. Je pense que l’album actuel se démarquera un jour dans la discographie du groupe. Nous sommes heureux qu’après toutes ces années, les fans soient toujours aussi enthousiastes. Car ce n’est pas évident d’être en mesure d’écrire à chaque fois le meilleur album. La musique c’est aussi de la magie ; l’ambiance doit être là et aussi la chimie du groupe. Tout allait bien cette fois-ci. Nous ne sommes plus les plus jeunes, il faut toujours écrire chaque album comme si c’était le dernier !

Dans le temps, vous aviez décrit votre style comme « Black Satanic Hardcore Speed ​​Metal » dans une annonce dans le Metal Hammer. Je pense que c’était un peu ironique ?  Non, non ! C’était bien le cas ! Jadis, il n’y avait pas de Black Metal, il n’y avait pas de Hardcore, ces termes n’existaient tout simplement pas. Ils ont tous été inventés qu’en 1985/86. À l’époque, nous avons essayé de décrire notre musique. Nous avions des paroles choquantes, nous étions extrêmement agressifs et nous avons essayé de décrire notre style de musique. Et tout cela s’est fait avec du Black, du Hardcore et du Speed. Les styles n’ont été créés que plus tard, tout comme le terme de New York Hardcore. Beaucoup de gens ne le savent pas, mais il n’y avait pas ces termes au début, ils ont été trouvés plus tard. Il n’y avait que du Heavy Metal et du Hard Rock, puis tout a grandi.

Si tu évoques le Black Metal : je me rappelle que ses représentants-cultes Euronymous et Abbath ont appelé Destruction un « modèle » et une « inspiration ». Tu te sens flatté ? Oui, les premières productions de Destruction étaient très importantes pour Black Metal. 

C’est presque un adoubement ! Oui, cool ! C’est aussi le cas pour de nombreux groupes de Death Metal en Floride comme Obituary, Deicide, etc. Ils ont également été influencés fortement, c’est bon à voir. 

Il y a exactement 36 ans… Oh, il y a trop longtemps, je ne m’en souviens pas ! (rires) 

Si, bien sûr, à l’époque, tu étais en tournée avec Slayer. Ah, oui, bien sûr ! 

Ils ont fait une tournée d’adieu l’année dernière, même si ce n’est peut-être pas encore la fin du groupe. Oui, on verra.

Contrairement à eux, Destruction ne se lasse pas de tourner. Où vois-tu le groupe dans le futur ? Se reposer, c’est rouiller on dit, n’est-ce pas ? Je pense qu’en tant que musicien, la retraite ne vient pas à l’âge de 65 ans. En tant que musicien, tu joues aussi longtemps que tu t’amuses et aussi longtemps que les fans veulent t’entendre. Mais bien sûr, tu as tes pensées parce qu’un changement viendra. C’est comme tu l’as dit avec Spotify, le musicien est moins payé qu’avant. Y aura-t-il encore de la musique telle quelle dans dix ans ? Y aura-t-il encore des concerts de la même façon ? On ne le sait pas. Mon rêve est de continuer aussi longtemps que je puisse le faire. L’exemple des générations avant nous démontre que cela fonctionne. Même Ozzy Osbourne est toujours sur scène ; mais certes, il est moins en forme que dans le temps. Il y a encore des groupes comme Uriah Heep ou Saxon ; Biff a déjà soixante-dix ans, non ? Judas Priest vient de sortir leur meilleur album des vingt dernières années.

Oui, Rob Halford est encore fort. Oui, très fort ! Il est donc possible de faire ce genre de musique pendant longtemps. Bien sûr, Thrash Metal est le fer de lance du metal extrême et nous serons les premiers musiciens Thrash à prendre notre retraite. Il faudra donc voir combien de temps on pourra encore continuer. Si vous êtes les Rolling Stones et vous jouez « juste » du Rock’n’roll, ce n’est pas plus facile que de jouer du Thrash Metal. Mais je suis convaincu que nous aurons encore quelques belles années !

Je croise les doigts pour toi, tu es toujours en grande forme sur scène ! Merci. Oui, je pense que lorsque tu nous vois sur scène, tu ne penses pas qu’il y a des vieillards au travail (rire). La musique te garde jeune, on peut le voir chez des musiciens de tous genres, que ce soit du Jazz, du Blues ou du Metal. La musique te maintient jeune ! 

Joli mot de clôture. (Rires) Merci !

En entendant le nom de Gomorra, les vieux routiers risquent de le confondre avec le groupe Rock Psychédélique des années 70 qui s’écrivait avec un « h ». Le premier album "Divine Judgement" du quintette Gomorra est musicalement bien aux antipodes en nous présentant onze titres pleins d’énergie qui se situent entre le Thrash et le Power Metal, avec une petite dose de Heavy. C’est une galette qui flatte aux tympans avec des morceaux qui plaisent dès leur première écoute, non sans rappeler les premiers disques d’Iced Earth ou de Mystic Prophecy. Les Suisses jouent la carte des refrains complaisants et, surtout, des riffings accrocheurs. Mais le point frappant de cet album est indubitablement le jeu des guitares qui sublime avec la maîtrise de Dominic Blum et de Damir Eskic (aussi Destruction). Le titre "Hope For The Righteous" présente un solo de guitare de 49 secondes qui en jette ! Autres morceaux à retenir : les excellents "Flames Of Death“, “Angels Amongst Us" et "Never Look Back" avec son refrain ultra hookline qui incitera certainement le public à chanter. Pour un LP de début, ce savoir-faire musical pourrait surprendre si on ignore que le groupe existe déjà depuis 1994 sous l’ancien nom de Gonoreas.

16.04.20 13:08

Burning Witches

Au cours des dernières semaines, Laura Guldemond a déjà donné de nombreuses interviews à propos de son engagement comme chanteuse chez les Burning Witches. Raison pour nous d'aller un peu plus loin en lui posant non seulement des questions sur la musique, mais aussi sur sa vie privée. Dans les prochaines lignes, elle va vous livrer des détails inédits sur son monde intime en parlant de son passé, de sa vie quotidienne et de sa maladie, le tout d'une manière très ouverte et honnête !

Commençons par une question à propos du dernier album de Burning Witches "Dance with the Devil" qui est sorti il ​​y a peu. Comment le décrirais-tu par rapport aux deux premiers opus ? C'est toujours du Burning Witches, c'est du métal mélodique des années 80 avec beaucoup de variations. Je pense que c'est l'album le plus diversifié jusqu'à présent. Les styles vont du très lourd à la ballade. Nous avons tous grandi en tant que musiciens et Sonia a développé son propre style que j'adore. En studio, nous avons accordé beaucoup d'attention aux détails. Je suis une chanteuse différente donc ce n'est pas complètement pareil par rapport aux premiers albums. Auparavant, Seraina écrivait ses paroles et mélodies pour ses lignes de chant et maintenant j'écris les miennes. Mais bien sûr, je voulais rester dans le style des années 80 et des Burning Witches. 

L'écriture a-t-elle été adaptée à ta voix ? La chose qu'ils ont toujours gardée à l'esprit, c'est que je peux aussi bien chanter dans les registres graves et que ma voix est un peu plus chaude. Mais en fait, tu devrais demander à Romana !

Je sais que tu chantes non seulement le soprano, mais aimes aussi les tonalités graves. Oui, j'aime les deux, il faut juste voir ce qui correspond le mieux à une chanson. Nous écrirons peut-être une chanson qui commence bas et finit haut pour le prochain album, donc du genre typique de power ballade. Cette fois-ci, c'était un peu difficile à faire parce que nous n'écrivons pas ensemble. Romana m'a envoyé ce qu'elle écrivait à la maison. Mais cette année-ci, nous avons prévu de partir ensemble en vacances pour quelques semaines, peut-être en Croatie. Mais puisqu’il y a le corona maintenant, je ne sais pas si ce sera possible. 

En parlant de la pandémie : que fais-tu au quotidien chez toi à Eindhoven ? Pour le moment, je ne suis pas autorisée à travailler comme professeur de chant, car je serais proche de quelqu'un qui pourrait me cracher dessus (rires). Je ne peux qu’enseigner par Skype. Mais là, je n'ai pas autant d'étudiants que dans la vraie vie. À part cela, je viens de déménager chez mon nouveau petit ami. L'autre chose que j'ai faite pour gagner ma vie a été la vente à domicile qui n’est actuellement pas possible puisqu’elle propagerait le virus. Je suis heureusement toujours en bonne santé et ma famille et mes amis aussi !

Tu es jeune et fais beaucoup de fitness, tu peux donc bien y faire face ! C’est vrai, j'aime bien faire du fitness, mais tous les centres sont fermés. Je profite donc maintenant de mon temps libre pour écrire des chansons.

Qu’est-ce que tu vends quand tu fais du porte-à-porte si je peux demander ? Je ne veux pas trop en parler. Mais c’est amusant, car j’aime parler aux gens !

Quand tu dis que tu écris des chansons : écris-tu non seulement des paroles, mais aussi des mélodies ? J'écris mes propres mélodies de chant et les paroles. Nous travaillons uniquement sur des détails et certains effets en studio et puis nous voyons ce qui en résulte. Nous avons eu beaucoup de plaisir à le faire, c'était tellement génial de tout entendre venir ensemble ! Quelques paroles ont dû être changées, car nous avions modifié les mélodies un peu. C'est une bonne chose que Schmier, qui nous a aidés, est un chanteur, il était confiant et disait : “apportez tout ce que vous avez, nous le mettrons ensemble !“

Il y a quelques années, lorsque j'ai vu les Burning Witches avec Alea et Seraina, le groupe jouait déjà à un très haut niveau, mais le public était plutôt restreint. Maintenant, le nombre d’adeptes s'agrandit de jour en jour et votre batteuse Lala m'a dit il y a quelques jours que vous employez une merch girl maintenant (Karen), donc les choses deviennent de plus en plus professionnelles ! Tu as rejoint le groupe il y a moins d'un an, as-tu remarqué une croissance de popularité ? Ouais, ouais, c'est vraiment cool ! Je pense que tu peux aussi le voir dans les statistiques que cet album est entré plus haut que la dernière fois. Je pense que c'est parce que de plus en plus de gens commencent à nous connaître. Au début, il était difficile pour les filles d'être prises au sérieux. L'année dernière, nous avons fait beaucoup de grands festivals et je pense que cela a aidé beaucoup de gens à nous découvrir. Et nous sommes très satisfaites des critiques que nous avons reçues pour l’album.

En effet, j'ai vu une foule immense au Summer Breeze Festival ! En principe partout ; parfois les organisateurs nous ont même dit qu'ils n'avaient jamais vu une telle foule sur la scène où nous jouions ! 

Je pense que cette année, vous serez sur les mainstages ! Oui, voyons ce qui se passe, je suis curieuse ! 

Tu avais l’expérience sur scène avec Shadowrise, Generation Lost et quelques autres groupes, mais juste après avoir rejoint le groupe, ton premier concert a été immédiatement au Sweden Rock Festival ! Quel sentiment y avais-tu en montant sur scène ? J'étais super excitée et un peu nerveuse, mais aussi très concentrée. J’étais bien préparée, les chansons étaient toutes nouvelles pour moi donc il n'y avait pas d'autre moyen que de les écouter tous les jours avant le concert !

Tu n’avais en effet pas beaucoup de temps pour apprendre les chansons et pour mémoriser les paroles. Cela m'a demandé beaucoup d'efforts. J'étais donc un peu nerveuse, mais ça allait après cinq concerts. C’étaient tous de grands concerts de festivals et c'était vraiment cool, j'en rêvais depuis longtemps ! Et à Wacken c'était mon anniversaire !

Oui, j'ai vu sur YouTube que la foule chantait un happy birthday pour toi ! As-tu une chanson préférée sur scène ? Euh, question difficile… je ne peux pas vraiment le dire pour les nouvelles chansons puisque nous avions fait qu’un seul concert avec quelques nouvelles chansons avant l’arrêt dû au coronavirus. Pour les anciennes chansons, c'est difficile à dire parce que dans chaque chanson, il y a des choses que j'aime. J'aime bien entendre les gens chanter, par exemple pour Bloody Rose, même si c'est une des chansons les plus difficiles à chanter.

En parlant des anciennes chansons, Seraina les a toutes écrites. L'as-tu déjà rencontrée? Non, je ne l'ai pas fait.

Voudrais-tu ? On se suit sur Instagram, et ceci déjà avant qu'elle quitte le groupe.

J'ai fait une interview avec elle il y a quelque temps où elle me disait que les Burning Witches auraient trouvé un bon substitut pour elle, c'est donc un beau compliment. Ah, merci ! 

Passons aux questions personnelles ! Quand tu étais jeune, as-tu toujours cru gagner ta vie en faisant de la musique ou quel était ton plan B ? Eh bien, quand j'étais adolescente, j'ai dû cacher ma musique parce que mes parents étaient hagards ! Ils pensaient que ce n'était pas bon, ils sont très religieux ! Alors, quand j'étais jeune, j'essayais de terminer mes études universitaires, mais je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire après. 

Qu'as-tu étudié ?  Oh, c’est une longue histoire ! J'ai commencé par l'anthropologie culturelle. Je m’intéresse aux autres personnes. Pour la même raison, je pensais étudier la psychologie, mais mes parents m'ont dit que je ne devrais pas, car je deviendrais folle moi-même ! En anthropologie culturelle, il faut beaucoup écrire, mais je ne suis pas un bon écrivain. Je veux dire que je peux écrire des paroles de chansons, mais l'une de mes pires branches au lycée était le néerlandais. Je ne savais pas vraiment quoi faire et ainsi la motivation me manquait. Je me suis reconvertie au design industriel, c’est quelque chose de créatif et de technique. J’ai fini ces études, mais après cela, je suis allée au conservatoire. Aux Pays-Bas, nous avons le premier conservatoire de musique metal et quand j'ai commencé, c’était la toute première année, c'était vraiment cool ! Je l'ai mené à bien il y a quelques années.

As-tu d'autres intérêts dans ta vie à part la musique et le fitness ? J'ai des geckos léopards. Ils sont parfaits pour l’élevage et ils n'ont pas besoin de beaucoup d'attention. Ils peuvent donc bien passer leur temps sans moi quand je suis occupée.

As-tu des routines quotidiennes ? Je me lève, je me lave le visage, je me maquille, je prends mon petit déjeuner et un café. Si j'ai le temps, je vais câliner mes chats, mon copain a deux chats vraiment adorables. Et j'ai mon gecko préféré que je peux prendre sur mon épaule. J'ai aussi un dragon barbu, il est assez grand pour ne pas se perdre, il peut donc se promener dans la chambre. 

Quelles petites choses te rendent heureuse ? Café, biscuits, chantilly, crêpes… 

Que de la bouffe ? J'aime les câlins et les baisers de mon copain, le Martini, le whisky et le soleil !

Je te vois toujours rire de toutes tes dents, mais quand as-tu pleuré la dernière fois et pourquoi ? C'était quand j'étais déprimée. J'ai reçu des médicaments et j'attendais qu’ils fassent effet. Ou... attends, en fait c'était il y a plus longtemps. Oh... la dernière fois que j'ai pleurée ? (rires) J'ai toujours tellement voulu avoir un serpent et je pensais que mon petit-ami n'avait aucun problème avec eux, alors j'en ai eu un. C'était un serpent vraiment mignon. Puis il s'est avéré que mon copain avait un problème avec et j'ai dû m'en débarrasser à nouveau ! Vous pouvez donc pleurer pour des trucs stupides comme ça ou réellement. Pendant des années, j'ai eu un problème lorsque l'hiver arrivait, quand il fait de plus en plus sombre à l'extérieur, j'ai un peu de blues hivernal. Mais cette fois, c'était très intense, j'avais un travail exhaustif à faire et je suis devenue vraiment déprimée. Je suis allée voir un médecin qui m'a donné des médicaments. J'ai reçu un diagnostic de trouble de déficit de l’attention l'année dernière. Lorsque vous souffrez de TDA, vous êtes plus susceptible de souffrir de dépression. J’aurais aimé le savoir plus tôt, car pour la première fois depuis des années, j’ai traversé l’hiver sans trop pleurer. Mais normalement, je suis une personne plutôt heureuse.

Tu as un groupe de fans sur Facebook. Es-tu fan de quelqu'un ? Qui aimerais-tu rencontrer ? (rires) Laisse-moi réfléchir, c'est une question difficile ! J'ai déjà rencontré mes chanteurs préférés en metal, ou beaucoup d'entre eux en fait. Mais je voudrais rencontrer Noora Louhimo de Battle Beast ! 

Quelle est la chose la plus stupide que tu aies jamais faite ? Il y a beaucoup de choses stupides que j'ai faites, mais une belle histoire est la suivante : j'ai raté mon dernier train pour rentrer chez moi après un concert de Dragonforce et j'ai essayé d'appeler des amis pour voir où je pouvais rester, mais personne n'a décroché, j'étais donc un peu dans la merde ! Mais à la fin de la nuit, j'avais cinq endroits pour dormir, mais aucun de mes amis ! En fait, j'ai rencontré Sam Totman après leur concert, il était super drôle, il a fait beaucoup de blagues stupides ! Nous sommes également allés dans le backstage, dans la pièce des Dead Kennedys et nous avons eu tout leur alcool, nous avons bu toute la nuit !

Si tu ne t’étais pas rendue en voiture : n’as-tu pas de permis de conduire ? Non, je n’en ai pas. À cause de mon TDA, j'ai beaucoup de problèmes avec le multitâche. Si j'ai assez de temps pour faire quelque chose, je peux le faire bien. Mais pendant une leçon de conduite, beaucoup de choses se produisent à la fois et un moniteur perd vite sa patience. Cela ne fonctionne tout simplement pas parce qu'alors je suis stressée et quand je suis stressée, je suis distraite, car ma tête ne peut pas le maîtriser et ensuite je fais encore plus d'erreurs ! Cette année, je pensais cependant obtenir mon permis de conduire, car je cherchais un emploi à temps plein. Mais maintenant, je suis avec les Burning Witches et je voyage beaucoup, donc je n'ai pas vraiment besoin d'une voiture. Et cela ne ferait que prendre de l'argent que je peux utiliser bien mieux ailleurs parce que la musique ne me rapporte pas beaucoup d'argent. Mais peut-être plus tard dans la vie.  

Le tatouage que tu as sur ton ventre a-t-il une signification particulière ? Oui, il fait partie de mon ancien costume de Shadowrise et j'aime les tatouages ​​bleus du film Atlantis de Disney. Connais-tu Luis Royo ? Il peint des filles et certaines portent des tatouages ​​tribaux bleus. J'aime son style et ces tatouages. Un de mes amis l'a tatoué. C'était l'un des premiers qu'il a fait et c'était aussi le premier tatouage que j'avais. 

Et la tournée ? Quand commencera-t-elle enfin ? La tournée européenne est reportée à l'automne, mais j'espère que nous pourrons refaire quelques concerts en juin ou juillet pendant les festivals. Et j'espère que nous pourrons faire une tournée au Royaume-Uni et peut-être une autre tournée en septembre ou octobre, mais je ne sais pas encore où exactement. J'espère toujours que nous pourrons aller aux États-Unis, mais nous devons voir s'il y a une bonne opportunité - je l'espère ! 

Je te souhaite alors bonne chance pour le reste de l'année ! Merci pour l'interview ! Et je suis vraiment curieux à propos de votre magazine, il a l'air tellement cool parce qu'il a deux choses que j'aime : la musique et les arts !

On a dû patienter pendant plus de vingt ans avant qu’un des tout meilleurs groupes Melo-Death trouve enfin le chemin vers nos régions. Et c’était bien le cas hier à l’Atelier au Luxembourg, eurêka ! En tant qu’avant-dernier concert d’une tournée européenne intitulée après leur dernier opus « Heart Like A Grave », le quatuor finlandais vient de faire trois concerts en France et ce sera la Belgique qui aura l’honneur de profiter d’une apparition de clôture ce vendredi 13 décembre à Anvers. Mais parlons d’abord des Black Dahlia Murder qui ont accompagné Insomnium.

En absence d’un troisième groupe, le rôle d’ouvrir revenait directement aux Américains de Detroit. Puisque la soirée commençait à vingt heures, je me demande pourquoi l’Atelier n’a pas invité un groupe local pour ouvrir la soirée un peu plus tôt ! The Black Dahlia Murder, dont le nom fait référence à un meurtre avéré commis en 1947 à Los Angeles, connaît une belle notoriété au pays de l’Uncle Sam. On note en effet plus d’un million d’abonnés sur Facebook ! Mais en ce qui concerne les tournées, ils se font plutôt rares en Europe. Les seules photos que j’avais prises du groupe datent déjà de 2011 lorsqu’ils avaient partagé la scène avec Amon Amarth à Cologne.

Devant un public assez restreint pour ce site bien connu, le chanteur Trevor Strnad et ses quatre complices ont quand même pris le mors aux dents et ont bien bombardé les tympans ! Par rapport au style très mélodieux d’Insomnium, les Américains sont rapides comme une Kalachnikov et lourds comme un rouleau compresseur ; on retrouve des influences du Death et de Metalcore, et à mon avis, ils se positionnent quelque part entre du Cannibal Corpse et du Carcass. Ce style brachial n’est pas si facile d’accès pour un public venu en majorité pour savourer l’eurythmie fine déployée par Insomnium. Et ceci explique probablement la discrétion des gens : peu de pogo et pas de crowd surfers - ce qui est plutôt rare quand ce type de musique se fait entendre.

Le groupe a cependant joué un concert irréprochable et techniquement bien maîtrisé. Environ la moitié d’une bonne douzaine des chansons jouées ce soir était extraite du dernier album « Nightbringers », dont le tout premier morceau « Widowmaker ». Avec quatre chansons, l’album « Nocturnal » de 2007 qui comporte aussi le dernier titre de la soirée (« Deathmask Divine ») était aussi bien représenté. Étonnant que l’audience n’avait pas droit à quelques titres connus pour lesquels les Américains ont produit de rares vidéos. Ne citons que « Receipt », « Funeral Thirst » ou « Goat of Departure ».

La salle se remplissait pour Insomnium sans pour autant être comble. Je compte 300 ou 400 personnes, moins que j’avais attendu. Mais dès la première chanson « Valediction », l’ambiance était bonne. Et le son aussi ! C’était en effet mon plus gros souci puisque l’année dernière au Graspop Metal Meeting, le gars à la table de mixage avait mis les guitares à un niveau si bas qu’on ne pouvait pratiquement pas les entendre - ce qui ruinait tout le concert et ma bonne humeur aussi. Ce n’était heureusement pas le cas à l’Atelier grâce à un mixage impeccable.

Le groupe de Joensuu enchaîne directement avec une deuxième chanson intitulée « Neverlast », puis le classique « Into The Woods » après lequel Niilo demande aux spectateurs de montrer qu’ils savent mieux mettre le feu que les Allemands à Hambourg où ils avaient joué la veille. En tout cas, le groupe s’est donné du mal à animer les gens - pari gagné ! Pendant tout le concert, les fans étaient bien captivés. Et lorsque les premières mesures de « While We Sleep » se faisaient entendre, une ambiance euphorique se propageait. Nul doute que ce groupe expérimenté connaît son métier après huit LP et deux EP sortis, et ceci même sans la présence du guitariste Ville Friman qui se concentre actuellement sur sa tâche de lecteur à l’Université de York. C’est Jani Liimatainen, ex Sonata Arctica, qui prend son rôle pendant la tournée. Il a aussi été accueilli comme nouveau membre à part entière depuis cette année.

Au milieu des quatre rappels additionnels, Insomnium a fait un petit break durant lequel Markus Vanhala (ex Omnium Gatherum) et Jani Liimatainen nous ont surpris en revenant sur scène avec des chapeaux de cow-boy pour nous divertir avec un medley acoustique. Et ces deux chapeaux se sont retrouvés sur la tête du chanteur Niilo lors de la quatorzième et dernière chanson « Heart Like a Grave ». Nul doute que les Finlandais se sont bien amusés - tout comme le public. Chose qui ne passera pas inaperçue chez Niilo qui remarquait à la fin : « We shoud have come here earlier ! ». Oui, Niilo, on vous a attendu depuis plus de vingt ans !

Située dans un ancien garage Ford, la salle éponyme reçoit des groupes du monde entier depuis les années 80. C’est un endroit particulier : la charpente en bois ne permet pas de pyrotechnie et son implantation au plein cœur de Saarbrücken impose le silence aux amplis après 23 heures - exception faite des nuits blanches, le weekend où on organise souvent une sorte de « disco metal » ! J’aime bien me rendre à cet endroit sympa, même si je mets parfois presque deux heures de route dans le trafic.

Pour la première fois, je n’ai pas pris l’entrée principale en arrivant, mais la petite porte du backstage où j’avais le plaisir de faire une interview avec Elena Cataraga, plus connue sous le nom de Lena Scissorhands, le fleuron au look alternatif d’Infected Rain. Peu après cet entretien, le groupe avait déjà l’honneur d’ouvrir la soirée avec un concert assez restreint de 35 minutes seulement. Et quelle ouverture ! Après une petite intro, les Moldaves ont mis la gomme dès la première chanson « Mold » qui ouvre également l’avant-dernier album « 86 ». Ensuite, on a droit à « Passerby », un des quatre titres du nouvel album « Endorphin ». La salle est déjà bien remplie et les fans ne se laissent pas prier longtemps quand Lena les encourage au circle pit. Et lorsqu’on entonne le troisième morceau « Orphan Soul » (plus de deux millions de vues sur YouTube), l’ambiance a atteint son paroxysme. En tout cas, l’énergie que dégagent Lena et Vidick Ozhog, le guitariste aux dreads qui a fondé le groupe avec elle en 2008, est incroyable et de loin la plus forte de tous les musiciens présents ce soir ! Le concert se termine avec une chanteuse qui prend un bain de foule avec le classique « Sweet, Sweet Lies ». Dommage qu’on n’ait pas accordé plus de temps aux Moldaves pour s’exprimer, j’aurais volontairement pris plus !

La bonne ambiance continue avec Lacuna Coil qui, comme toujours, sait se mettre en scène avec une sorte de corpsepaint inspiré du Black Metal - sauf pour les deux chanteurs qui se limitent à des tenues en noir et blanc. Heureusement, le son était irréprochable cette fois-ci. La dernière fois que les Italiens ont joué à cet endroit - en avril 2017 avec Arch Enemy - la voix de Cristina Scabbia ne se faisait en effet pratiquement pas entendre ! Des dix titres joués, quatre sortaient de leur dernière galette « Black Anima » : « Reckless », « Layers of Time », « Veneficium » et l‘excellent « Sword of Anger ». Il va de soi que le célèbre « Heaven’s a Lie » ne manquait pas à la setlist. Au milieu du concert, en tant que cinquième morceau, les Milanais ont tenté avec « Enjoy the Silence » une couverture de Depeche Mode qui était, à mon avis, un peu trop proche de l’originale. Mais en tout cas, c’était bizarre d’entendre un classique du Synth-Pop interprété par des musiciens au corpsepaint ! Notons encore que la prestation technique était brillante, on ressent la routine du groupe qui existe depuis plus de vingt ans. Aussi la voix de Cristina ne donnait pas lieu à la critique ; c’était surtout lors de l’avant-dernière chanson « Veneficium » où elle démontrait toute sa souveraineté dans les tons aigus.

Eluveitie - le nonet Helvétique (excusez du peu !) met l’ambiance dès le début avec « Ategnatos » en faisant une entrée nébuleuse en robes blanches. Et pour ne pas trop lasser le public avec seulement neuf musiciens sur scène, certains d’entre eux changent leurs instruments entre les morceaux - comme par exemple le chanteur charismatique Christian (Chrigel) Glanzmann qui joua le tin whistle (une sorte de flûte), la mandoline, la guitare acoustique et le bouzouki. Parmi les dix-huit chansons, on était gâté avec pratiquement tous les grands titres du groupe comme « A Rose For Epona », « Quoth The Raven », « Thousandfold » ou « Helvetios ». Il manquait encore juste le bien connu « Alesia » pour rendre la setlist parfaite. Après onze titres, un solo de batterie assez long d’Alain Ackermann laissait le temps à la chanteuse-harpiste Fabienne Erni de changer de vêtement et aux autres musiciens de faire une petite pause. Ensuite, trois guitares électriques se joignaient à la batterie pour enchaîner avec « Havoc ». Une transition très bien faite qui semble aussi avoir motivé le premier surfer à se lancer au-dessus des masses. Le concert semblait se terminer avec « Helvetios », mais on donnait encore deux suppléments : « Rebirth » et « Inis Mona » qui rappelle fortement un titre de Manau aux Boulevard des Clips…  En tout cas, les amateurs du Folk ou Pagan Metal bien présents dans une salle proche du guichet fermé en avaient pour leur argent avec un concert de presque 90 minutes.

10.12.19 06:47

Infected Rain

En amont de son concert avec Infected Rain à Sarrebruck, j'ai eu l'occasion de m’entretenir avec Elena Cataraga, mieux connue sous son nom d’artiste « Lena Scissorhands ». Au backstage, elle m’a révélé des tas de choses sur le groupe, leur nouvel album « Endorphin » et quelques particularités personnelles.

Vous êtes en train de faire une longue tournée et ainsi vous pratiquez le chant extrême presque tous les jours. Ma première question est donc de savoir comment va votre voix ? Eh bien, vous pouvez m’entendre, non ? (rires)

Oui, ça sonne bien ! Tout ce dont j'ai besoin, c'est un bon sommeil, pas trop de fêtes (rires), de la bonne nourriture et une atmosphère positive - et je vais bien !

Je demande parce que je sais qu'au début de votre carrière de chanteuse, vous étiez sans voix pendant des jours. Oh oui, je n'avais jamais fait partie d'un groupe auparavant, j'ai dû apprendre tout.

En effet, j'ai entendu dire que vous aviez un professeur de chant. Oui, je l'ai toujours !

Avez-vous donc des techniques spéciales pour ne pas malmener votre voix et éviter la dysphonie ? Eh bien, c'est juste un échauffement vocal spécifique pour mon propre ton de voix et je le fais tous les jours. Cela me prend 20 à 30 minutes et j'ai enregistré mes propres exercices avec mon professeur. C'est donc devenu une routine comme se brosser les dents. Par exemple, si vous allez au club de fitness, vous devez vous échauffer et vous étirer. C’est à peu près ce que je fais avant de monter sur scène.

Parlons de votre nouvel album « Endorphin ». La première chanson « The Earth Mantra », qui est rapide et brutale semble être une métaphore pour les humains traitant mal la terre alors que le dernier morceau « Storm » est l’inverse en étant lent et sensible. Il y a des paroles comme « sauve-moi ». Comment décririez-vous le message de l'album ? Il n'y a pas de message unique. On y trouve différents titres avec des messages différents : des chansons sur la dépression, sur la nature, la stupidité des êtres humains et la surconsommation, des chansons d'amour… bref, il y a des tubes très différents.

En effet, ce n’est pas un album-concept. Absolument pas. J'écris sur ce qui me concerne, ce que j'aime ou ce que je déteste ou ce qui me touche d'une manière ou d'une autre. Les derniers temps, je me suis inquiétée beaucoup à propos de la situation de notre planète et j'essaie de m'améliorer. J'ai donc l'impression que l'humanité a besoin de cette poussée supplémentaire, de ce rappel. Notre maison, notre foyer est en train de mourir et c'est de notre faute ! Mais avec la chanson « Storm », j’exprime notre vie qui est faite une recherche constante. Et pour moi cette recherche concerne l'équilibre entre la nature et les êtres humains ou l'équilibre relationnel entre les gens. Il y a un si grand chaos dans le monde et surtout au domaine de l’intersubjectif. Avec les médias sociaux, on a l'impression que les gens essaient juste d'être quelqu'un d'autre et ils oublient d'être eux-mêmes ; ils oublient les vrais sentiments et les vraies relations ! C'est pourquoi j'ai écrit « Storm ».

C’est donc une sorte de problème écosocial ? Oui! C'est tout à fait cela et c'est très difficile de trouver un équilibre !

En ce qui concerne votre musique, il est difficile pour moi de la décrire. Bien sûr, il y a des influences du Nu Metal, du Metalcore, du Metal Alternatif, du Death Metal Mélodique, du Groove… mais, personnellement, je n'aime pas mettre les groupes dans des catégories. Pareil ! Nous n'aimons pas ça non plus ! Donc, chaque fois que les gens nous demandent : « quel est le genre de votre groupe ? », je ne sais pas quoi répondre ! Peu importe !

Je suis tout à fait d'accord, mais si je devais décrire votre style à un ami, que dirais-je ? Vous devriez le décrire comme une musique émotionnelle, mélodique et dure parfois - mais je pense que c'est comme ça que les émotions sont de toute façon. C'est donc juste une musique très émotionnelle.

« Endorphin » est le premier album que vous n'avez pas autoproduit. Il y a quelque temps, quand j'ai entendu que vous aviez signé avec Napalm Records, je me demandais s'il n'y aurait pas de risque de perdre votre joie expérimentale ou même votre liberté totale… Absolument pas, je vais vous arrêter là, car c'est la raison exacte pour laquelle nous avons signé avec Napalm. Nous avions plusieurs offres. Différentes personnes voulaient nous manager ou être notre maison de disques, mais nous avons été très prudents avec tout cela. Nous avons choisi Napalm, car ils étaient intéressés par Infected Rain dès le début. Il y a environ quatre ans, ils ont commencé à nous écrire et ils n'ont jamais essayé de nous changer. Ils ont accepté tout ce que nous leur avons donné: visuels, audio… tout. Ils nous donnent leur opinion professionnelle, ils essaient évidemment de ramener tout cela à un autre niveau, mais en même temps ils aiment vraiment ce que nous faisons et c'est vraiment cool qu'ils nous prennent juste comme nous sommes.

Vous avez eu une belle évolution d'un jeune groupe inconnu vers un groupe qui s’est fait connaître ! Tout s'est déroulé pas à pas. Cela ne s'est pas produit en un an. Chaque année, nos conditions de travail s'améliorent et notre public devient plus grand. Nous pouvons dire que nous sommes en mesure de partager notre musique avec le monde entier et on a la possibilité de faire des tournées. Et tout cela grâce à nos fans qui nous soutiennent.

Donc, après plus de dix ans que vous avez fondé le groupe avec Vidick, où le voyez-vous dans le futur ? Avec un peu de chance, on continuera de faire le tour du monde et d'explorer de nouveaux pays et villes où nous n'avons jamais été auparavant. Le but est littéralement d'être partout dans l'univers !

Je connais un pays où vous n'êtes jamais allé auparavant, le Grand-Duché de Luxembourg ! Il y en a encore tellement…

Mais vous en étiez proche pour votre concert à Arlon en Belgique. Je vous ai rencontré là-bas et vous aviez signé mon pilon ! Oui, oui! (rires).

J'ai rencontré Jennifer Gervais hier. Son groupe « Dust in Mind » jouait avec vous au cours de cette soirée à Arlon. Ils ont fait un super concert transmis en direct la semaine dernière. Ce serait fantastique de voir aussi Infected Rain en direct sur YouTube. Serait-ce une option pour vous? Pas pour l'instant. Peut-être à l'avenir.

Vous avez fait tatouer toutes vos pochettes d'album sur votre corps. Avez-vous déjà un tatouage d'Endorphin ? Juste le nom (Lena me montre le tatouage sur sa main)

Vous êtes presque une œuvre d'art vivante ! C'était en fait un cadeau pour mon anniversaire.

Quelle importance a l'art pour vous? Les tatouages ?

Non, l’art en général et les beaux-arts. L'art pour moi, c'est la vie. Et c’est tout ce que je peux vous dire, je ne peux pas vivre sans ! J'adore les livres, les films, la musique, le théâtre, la danse… tout. Cela me rend tellement heureuse !

Eh bien, parlons du bonheur : vous faites plaisir à de nombreux fans en signant tout ce qu'ils apportent. Je me souviens d'un gars qui vous a donné ses chaussures à signer et si je me souviens bien, vous avez même signé les fesses de quelqu'un ! (rires) Ouais! J'ai signé des culs, des seins, des vestes, des photos, des chapeaux et tout ce qu'ils veulent - ou presque.

Qu'est-ce qui vous rend heureuse ? Cela me rend heureuse ! Être sur scène et partager la musique et les émotions me rend extrêmement heureuse. C’est ce que je veux faire pour toujours !

Vous avez eu un jour libre hier, qu'avez-vous fait après votre concert à Paris ? Nous avons exploré cette ville (Sarrebruck). A Paris, malheureusement, nous n'avons eu que quelques minutes dans la nuit pour voir la Tour Eiffel de loin. Nous nous sommes amusés, relaxés, j'ai pris un bain.

Si je ne me trompe pas, vous vivez en Californie ? J'habite à Las Vegas.

Et le reste du groupe vit toujours en Moldavie. Alors, comment gérez-vous cette situation? Je voyage beaucoup. Je ne suis pas si souvent à Las Vegas.

Que faites-vous exactement là-bas? J'y habite, je fais beaucoup de mannequinat, je travaille comme maquilleuse - parfois directement pour des mannequins et parfois pour des photographes. Et j'ai des amis là-bas, mais ma vraie vie se déroule quand je suis en tournée.

La Moldavie est bien connue pour son vin. Et il y a de beaux paysages et des gens très chaleureux.

Je viens aussi d'un pays producteur de vin, mais nous avons juste du vin blanc. Donc, comme petite surprise, j'ai du Riesling luxembourgeois pour vous remercier de cette interview. Oh Vraiment? Sans blague ? (rires) Merci ! Il ira dans ma collection, j'adore le vin ! Voulez-vous une photo avec le vin ?

26.11.19 09:02

Dead Venus

Pour Metal’Art, j’ai fait un entretien avec mon amie Seraina Telli, l’ex-chanteuse des Burning Witches qui vient de lancer un premier album avec Dead Venus. En suivant la carrière de l’artiste depuis quelques années, il me semble de plus en plus que Telli est une des musiciennes les plus intéressantes de la scène musicale helvétique. Éclaircissons ceci.

Avec les Burning Witches, tu avais quatre jeunes femmes à tes côtés pour jouer du Heavy Metal. Maintenant, avec André Gärtner et Mike Malloth, deux musiciens professionnels expérimentés se sont joints à ton projet solo Dead Venus pour produire une musique plus tranquille. Peut-on dire que le Rock Progressif ou Alternatif reflète davantage ton âme? Le Heavy Metal est une de mes grandes passions, mais pas la seule. Ce qui me fascine dans ce type de musique, c’est le défi vocal de transmettre cette puissance et agression, tout en maintenant le contrôle total de sa voix. Avec Dead Venus, qui est par ailleurs mon groupe et non un « projet solitaire », je peux vivre à fond mon rôle d’artiste en créant quelque chose de nouveau. Je ne définirais pas la musique comme étant „plus tranquille" en général, mais elle a plus de facettes et reste très dynamique - en clair : pas toujours à fond la caisse ! Ceci laisse plus de place aux différents instruments. J'utilise non seulement ma voix, mais aussi les claviers et guitares. Cela me met au défi à différents niveaux et ainsi je reste toujours dans un processus d'apprentissage. Alors oui, cela reflète beaucoup mon âme.

Ton influence chez Dead Venus semble être beaucoup plus forte que chez les Witches. Tu n’écris pas seulement les paroles, mais aussi la musique. Peux-tu révéler ton processus créatif d'écriture à nos lecteurs ? Comment composes-tu ? Romana et moi avions écrit ensemble les chansons des Burning Witches et, bien entendu, nous avions des idées précises. J'ai commencé à composer toute seule dès l'âge de seize ans environ et déjà sous le nom de Dead Venus. Mais la musique n’était pas comme je l’imaginais, car il me manquait encore le savoir-faire. Je suis totalement accro aux mesures, aux temps impairs et asymétriques, même « bizarres ». Au cours de mes études musicales, j'ai appris pas mal de choses sur la théorie musicale et mon écriture s'est développée davantage. Mais, comme je l’ai déjà mentionné, je n’ai jamais eu l’intention d’agir en tant qu’artiste solo. C’est pourquoi j’étais à la recherche de personnes appropriées pour ce type de musique. André (basse) et Mike (batterie) sont avec moi depuis 2015 et nous avons développé notre son ensemble. La composition ne se déroule pas toujours de la même façon. J'ai une idée de texte ou de quelque chose qui me concerne et ensuite je compose la chanson avec l’aide d’un piano ou d’une guitare. Ou j’ai qu’une idée d’harmonie ou de rythme autour desquelles je développe une chanson. L'important pour moi est que les paroles s’allient bien à la musique. Il se trouve alors que des chansons totalement différentes se retrouvent sur un projet. On est ensuite à trois pour les arranger.

Beaucoup de fans, y compris moi-même, n'ont jamais compris pourquoi tu as quitté un groupe comme les Burning Witches, qui est actuellement en plein essor et qui joue aux grands festivals, pour recommencer de, presque, zéro avec Dead Venus. N'était-ce jamais une option pour toi d'être dans les deux groupes en parallèle ? Je pense que les réponses ci-dessus en disent long sur mon choix. Il n’était tout simplement pas possible de faire l’énorme effort de jouer dans deux groupes et je voulais me développer musicalement.

As-tu encore des contacts avec les Witches? Sur Facebook, tu restes uniquement ami avec Alea qui a quitté le groupe avant toi. As-tu eu des « dissonances » avec les autres filles? Comme je l’ai mentionné dans mon communiqué officiel, je leur souhaite une bonne continuation dans leur succès. Avec Laura, ils ont trouvé une chanteuse formidable. Le nouvel album sera certainement une bombe et viendra dans ma collection !

Revenons à Dead Venus, comment décrirais-tu le premier album « Bird of Paradise » à nos lecteurs ? Vous devriez écouter « Bird of Paradise » si vous aimez être surpris ! La musique a de nombreuses facettes, allant de la rage au son doux et du métal au jazz. Elle reste toujours ouverte à une variété d’influences et d’inspirations.

Le titre de « Bird of Paradise » est-il une métaphore pour ton égo de zigoto ? En principe, il s'agit d'être soi-même et de ne pas suivre quelqu'un qui vous dicte votre comportement. Cela peut être de « bons » amis, la société ou vous-même en vous posant des obstacles dans la vie. Je pense que beaucoup de gens peuvent s’identifier à cela.

J'ai lu que lors du concert release au Met-bar à Lenzburg (CH), des fans français étaient venus et un fan allemand faisant même un trajet de 21 heures en bus pour vous voir ! D’autres nouveaux groupes ne peuvent que rêver d’un tel afflux. Comment est-ce possible ? C'est vraiment quelque chose de spécial et nous apprécions fortement ce que certaines personnes étaient prêtes à concéder pour assister à notre release. Ce fut une soirée fantastique dont nous nous souviendrons encore longtemps !

 

Terminons cette interview avec dix petites questions qui nous donnent un aperçu de ta personnalité. 

Mon instrument préféré est : le piano 

Un jour, j'aimerais faire une apparition chez : Opeth ou Judas Priest 

Ma meilleure expérience sur scène était : chaque fois quand les gens étaient touchés par ce que je faisais sur scène 

Un festival que j'aimerais visiter serait: Night of the Prog - de préférence sur scène ! ;-) 

Ma meilleure expérience avec un fan était : après un concert, quelqu'un m'a dit que je l’avais inspiré pour reprendre avec la musique. Ce fut un moment très touchant pour moi. 

La chose la plus folle que j'ai faite : choisir de devenir musicien et de renoncer totalement à une vie "normale" - je ne regrette rien !  

Si je n'étais pas musicienne, je serais : aucune idée, fée des dents peut-être ? Haha, non sérieusement ; il n'y a jamais eu de plan B. 

En tant qu'étudiant j'étais : rêveuse 

Mes autres intérêts sont : le sport, la famille, les amis, l'amour 

Si j’avais un seul souhait, alors : j’aimerais sincèrement qu’il y ait moins de haine dans le monde. Après tout, nous sommes tous dans le même bain. Qu'en pensez-vous?   

Jinjer surprend. Il y a deux ans et demi, en mai 2017, ils ont joué devant une poignée de gens au No Man’s Land, un petit café avec une atmosphère familiale. L’année suivante, en février 2018, je les ai vus à Saarbrucken où ils avaient déjà l’honneur d’ouvrir pour Arch Enemy. Actuellement, ils sont en tournée européenne pour présenter des chansons de leur nouvel album « Macro » et la moitié des 38 dates sont complètes ! Peu de groupes ont connu une telle ascension fulgurante. Mais avant de vous donner mes impressions du concert, parlons d’abord des trois autres groupes qui ont fait le déplacement avec eux à la Kufa à Esch-sur-Alzette (LU).

Devant un public déjà bien présent, Space of Variations ont ouvert la soirée. Ces Ukrainiens peu connus chez nous étaient couronnés à deux reprises de « Best Ukrainian Metal Band » (en 2015 et 2017), tout comme… Jinjer en 2013 et 2016 ! Et ils ont bien montré leur talent : un show plein d’énergie, une excellente maîtrise des instruments et des mélodies dans lesquelles on plonge facilement. Bien que leur musique soit difficile à classer, des éléments du Metalcore sont toujours bien présents. Et la manière de procéder me rappelle un autre groupe de ce style : Bury Tomorrow. À la manière des Anglais, c’est le chanteur (ici Dima Kozhuhar) qui fait les growls tandis que le guitariste (Alex Zatserkovny) s’occupe du chant clair. En tout cas c’est un groupe qui a réussi à me convaincre !

La soirée continue avec Khroma qui nous plonge dans un tout autre univers. Les Finlandais définissent eux-mêmes leur musique comme « Groove Electronic », mais je la vois plutôt comme du Post Metal avec des influences trip hop et des mélodies qui sont construites autour de samples électroniques. C’est le chanteur Riku Rinta-Seppälä qui les lance lui-même sur scène au détriment des guitares qui, au moins pour ce concert, sont peu audibles. Cette aura spéciale semble plaire à un bon nombre de spectateurs. Mais, pour être honnête, je n’accroche pas vraiment. Ce groupe aurait dû jouer en tout premier afin que la cadence puisse s’accélérer avec les groupes suivants, mais avec cet ordre, je pense qu’ils se sont battus en dessous de leur vraie valeur. Notons encore qu’une transmission en direct du concert était faite sur internet.

Ensuite, le rythme s’accélère de nouveau avec The Agonist. Il y a cinq ans qu’Alissa White-Gluz, membre fondateur et tête du groupe, a quitté les Canadiens après de fortes disputes pour rejoindre Arch Enemy. J’étais donc bien curieux de voir comment sa remplaçante Vicky Psarakis allait se tirer de l’affaire. Pour le dire d’emblée: elle ne m’a pas déçue, bien au contraire. Ses death growls étaient au niveau de ceux d’Alissa et sa voix était bien plus variée : dès la deuxième chanson elle sortait - à mon étonnement - des vocaux bien dignes du Grindcore extrême ! En plus, Vicky convainquait avec des clean vocals puissants et bien maîtrisées - du grand art !  Les spectateurs accrochaient et le premier crowd surfer se dirigea vers le devant de la salle. Le public le renvoyait vers l’arrière de la Kufa puisque l’organisateur avait la très mauvaise idée de mettre les barrières de sécurité contre la scène ! Ainsi, l’espace pour les frontmen et les photographes n’existait pratiquement pas et un roadie a dû traverser la scène durant le concert pour sauver le deuxième surfer ! Le troisième avait moins de chance, il tombait par terre et se faisait mal - le seul bémol d’une soirée sinon bien organisée. The Agonist termine un excellent concert avec « As One We Survive », un des nombreux titres de leur nouvelle galette « Orphans ».

Vers 22.15 heures, trois grands panneaux à LED indiquent un compte à rebours pour annoncer l’entrée en scène de Jinjer. Ils vont jouer un concert de presque 90 minutes. Compte tenu des acclamations du public, il était clair que pas mal de personnes avec fait le trajet des pays voisins ! On peut se demander d’où vient ce gain rapide de notoriété. Certes, le groupe est techniquement au top, la performance de ce soir l’était aussi et on retrouvait la même énergie dont leurs compatriotes ukrainiens avaient déjà témoigné en ouvrant la soirée. Mais la voix de Tatiana Shmailyuk s’estompe un peu après avoir entendu celle de Vicky - sans cependant être mauvaise. L’atout de Tatiana est probablement son charisme : par son physique alternatif et attirant, elle sait enflammer le public. Ceci me rappelle une autre chanteuse russophone : Lena Scissorhands d’Infected Rain. Et ces deux groupes ne sont même pas si différents. Ils optent pour un métal moderne, progressif et expérimental par moments qui n’a pas peur de breaks abruptes et de changements de rythmes. Les passages rapides et brutaux contrastent avec des moments plus calmes et mélodieux. Si vous aimez ce genre de musique, ce concert vous aurait plu !

02.11.19 12:41

Fallcie

Contrairement à leurs homologues américains, les groupes russes sont peu connus chez nous. Il en existe pourtant qui font du metal remarquable en étant à la fois mélodieux et expressif sans oublier d’être rapide et dur. Une des meilleures formations de ce genre qui se nomme Fallcie (ex Nu-Nation) faisait preuve de son talent pour la quatrième fois déjà au No Man’s Land à Volmerange (F). Je me suis entretenu avec le groupe quelques jours avant l’arrêt soudain de leur tournée suite à un accident tragique du batteur Nikolai qui a perdu un de ses doigts. C’était surtout le guitariste Alexander Korsak qui se montrait le plus causant.

Votre premier LP « Born Again » est paru l’année dernière et la plupart de nos lecteurs ne vous connaissent probablement pas encore. Pourriez-vous décrire votre style de musique ? Contrairement à ce qu’on pourrait penser, nous ne sommes pas un nouveau groupe. On a seulement changé de nom il y a deux ans, de Nu-Nation à Fallcie. En ce qui concerne notre style, c’est d’abord du metal extrême. On a des parties qui ont le son du black metal, d’autres du groove ou du death metal et on panache ce qui nous plaît. Comparé à Nu-Nation, on a ajouté du chant clair et des riffs plus lourds. Mais bon, c’est plutôt difficile pour moi de décrire notre musique.

Dans le passé, je vous ai déjà entendu trois fois à cet endroit. Vraiment ?

Oui ! J’ai consulté mon archive de photos. Et vous étiez ici avec trois chanteuses différentes ! Comment ça se fait ? A cause de raisons familiales, la première chanteuse a quitté le groupe juste avant la première tournée de Fallcie. C’est pourquoi on a demandé à une amie de nous aider au dernier moment. Après cette tournée on a recruté Valentina Lavrinenko et on a l’intention de la garder encore longtemps !

Valentina s’est affiliée au groupe lorsque tous les instruments pour « Born Again » étaient déjà enregistrés et elle a dû s’investir d’une manière intense pour écrire les textes juste avant la parution du disque. A part ceci, vous êtes en tournée pratiquement tout le temps. Vous reste-t-il la possibilité d’exécuter un métier « normal » ? On a tous des métiers. Valentina est un coach vocal, notre batteur Nicolai enseigne la batterie et les autres sont tous des « pussies » avec des emplois petit-bourgeois (rires).

Quel est votre meilleur souvenir d’un concert ? (Gleb Rusakov, guitare) : Je dirai en Roumanie, Rock’n’iasi. (Alexander) : pour moi, le concert actuel est toujours le meilleur. J’aime jouer en France puisque j’apprécie la culture et les gens et nos concerts y sont toujours sympas. Mais j’aime jouer partout, pour deux cents spectateurs ou pour seulement vingt. Rock’n’iasi était super bien organisé et on jouait sur la grande scène devant une foule énorme.

Avez-vous déjà eu le temps d’écrire de nouveaux morceaux pour un deuxième album? Oui, toutes les pistes sont enregistrées et un gars anglais avec lequel on avait déjà produit le dernier album de Nu-Nation est en train de faire le mixage. L’album sortira en fin d’année ou au début de l’année prochaine.

Vous investissez beaucoup de temps pour le tournage de vos vidéos. Tout à fait, c’est mon métier. Les vidéos sont le meilleur moyen de se faire connaître.

Il me semble que beaucoup de groupes russes ne font que de la musique pour leur propre marché. Ainsi, on ne les connaît pas chez nous. C’est vrai ! La Russie est un pays clos. J’ai parlé hier avec notre promoteur allemand et je lui ai dit la même chose. Si tu veux avoir du succès en Russie, tu dois écrire des textes en langue russe et tu dois faire tes tournées là-bas. Si tu veux traverser la frontière, c’est mieux de chanter en anglais. Mais c’est compliqué ! Jouer en Europe est très cher pour nous et nous devons apporter tout notre équipement. En Russie, il suffit d’apporter nos instruments puisque les clubs mettent les amplis et tout le reste à notre disposition. En plus en tant qu’homme tu dois d’abord servir en armée pour obtenir un passeport avant l’âge de 27 ans. (Gleb) : mais il y a un d’autres moyens comme la corruption ! (Rires). (Alexander) : Une dernière chose est à remarquer : très peu de russes parlent l’anglais et ainsi ils ont de gros problèmes pour organiser une tournée en Europe.

Les membres de Fallcie sont donc des exceptions ! Ben, on essaie juste de faire de notre mieux et de progresser avec notre anglais.

Vous venez de Saint-Pétersbourg. Comment est la scène metal dans cette ville ? Il y a un million de groupes ! C’est une sorte de ghetto culturel de la Russie. Les gens qui veulent gagner du fric vont à Moscou, ceux qui veulent faire leur propre musique choisissent Saint-Pétersbourg. Il y a des concerts tous les jours, même de groupes connus venant du monde entier.

Finissons l’interview avec une question adressée à Valentina. Si je pense à d’autres chanteuses qui parlent le russe (sans être de la Russie) comme Tetjana de Jinjer ou Lena d’Infected Rain, alors il y a une différence avec toi. Elles font aussi des growls, des screams et des yields, mais contrairement à toi elles font moins de chant clair. Est-ce difficile pour toi de changer entre ces deux extrêmes dans une même chanson ? As-tu fait une école de chant ? (Valentina) : Je suis diplômée en chant jazz et j’ai seulement commencé avec les vocaux extrêmes quand j’ai joint Fallcie. Cependant, j’entraîne toujours les growls avec un coach. Mais ce n’est pas vraiment un problème pour moi de passer de l’un à l’autre.

Merci et bon concert! Merci, on fera de notre mieux !

02.11.19 12:39

Death Angel

J’ai rencontré le guitariste Ted Aguilar du groupe légendaire Death Angel juste avant leur concert au Rockhal. Il nous révèle des infos d’initié sur la scène du Bay Area, leur nouvel album « Humanicide » et des pensées presque philosophiques sur la musique.

Content de te revoir au Luxembourg ! La dernière fois que je t’avais vu jouer ici c’était il y a deux ans au Kufa. Je me souviens, on y était avec Warbringer. C’était un concert amusant!

Lors des dernières décennies, Death Angel a fait des tournées avec les plus grands du Thrash : Metallica, Slayer, Testament, Exodus, Overkill, Megadeth et, comme aujourd’hui, avec Anthrax. Mais il y a deux semaines en Pologne vous venez d’ouvrir la soirée pour Arch Enemy. Et Alexi Laiho de Children of Bodom a fait une apparence pour vous. Peut-on dire que le Death Metal Mélodique influence votre musique en quelque sorte ? Pas en terme musical, mais peut-être en ce qui concerne leur énergie et leur façon de jouer ou de faire une production. Mais je ne pense pas qu’ils nous ont influencé musicalement. Je ne le dis pas d’une manière négative. Michael Amott et Jeff Loomis sont inspirants à voir comme guitaristes, on veut donc être comme eux ! Donc ce type d’inspiration. Regarder Arch Enemy, c’est regarder un spectacle vraiment bien fait ! Ceci nous pousse à être comme eux ! Ils font un show super pour leurs fans et c’est ce qu’on devrait faire aussi.

En fait, j’ai rencontré Amott et Loomis avant leur concert à Saarebruck. Je confirme, ce sont des musiciens d’exception. Mon dieu, oui ! Des guitaristes talentueux et des mecs sympas.

Ce weekend vous allez jouer au Graspop et au Hellfest, donc des festivals énormes avec presque 100.000 visiteurs. Préfère-tu jouer devant de grandes masses ou préfères-tu des petites salles comme celle-ci avec un nombre de spectateurs plus modeste, mais qui sont tous venus pour entendre du Thrash ? C’est une question difficile ! Les festivals que t’as cités sont de gros monstres en quelque sorte. Une scène énorme, une foule énorme et tu t’exposes à eux, ce qui est bien. Et dans cette atmosphère de festival, tu joues à côté d’autres groupes, peut-être de très connus où tu n’aurais jamais cru jouer avec !

Tu rencontres aussi des amis je suppose ? Qui, de bons amis ! Aussi la logistique, la restauration, tous ces trucs sont excellents. Mais jouer à des petits endroits est bien aussi puisque tu es très proche des fans, un sentiment intime que tu n’auras jamais aux festivals. J’aime donc bien les deux, mais pour des raisons différentes. A ce moment, mon favori sont les salles de concert. 

Je me souviens d’une interview où ton cousin Rob (NB : Rob Cavestany est l’autre guitariste du groupe) disait que son tout premier concert de rock était KISS à San Francisco en 1979 quand il était un petit gosse. Et suite à ce concert il voulait apprendre à jouer un instrument. Maintenant, 40 ans plus tard, vous partagez la scène avec Gene Simmons et Paul Stanley de KISS au Graspop. Une histoire bien belle ! Oui, c’était Rob et Mark. Ils ont vu KISS la première fois lors de la tournée « Dynasty ». A cette époque, KISS était non seulement une grande influence pour eux, mais aussi pour beaucoup de personnes au monde entier. Je veux dire qu’à ce moment, ils avaient l’air de super héros jouant du rock ‘n’roll. Et ouais, c’est une histoire cool ! Un groupe très influent, ils ont laissé leurs marques dans l’histoire de la musique. Sans eux, un bon nombre de groupes n’existeraient pas !

La formation initiale de Death Angel était très jeune. Votre batteur Andy n’avait que 14 ans ! Dans le temps, vous étiez donc plus jeune que vos adeptes tandis qu’aujourd’hui c’est probablement le contraire puisque vous avez de nombreux jeunes supporters. Pouvons-nous dire qu’après le déclin du Thrash dans les années 90, il est plus fort que jamais aujourd’hui ? Je ne dirai pas plus fort, mais plus populaire. Surtout grâce à l’internet, tout le monde peut découvrir le Thrash metal, ce qui n’était pas le cas dans les années 80 où il vous faudrait quelqu’un qui vous prête une cassette ou un magazine.

C’était de la musique underground ! Tout a fait, très underground ! Et maintenant on est sur facebook ou instagram. Un click suffit pour quelqu’un au bout du monde vous découvre. Je dirai donc que le Trash est plus accessible, pas plus fort, mais il est devenu beaucoup plus populaire à cause du web je crois.

C’est une bonne opportunité. Absolument ! C’est de cette manière que les gamins découvrent la musique maintenant. Et toi aussi ! Je suis certain que si tu regardes une vidéo sur youtube, tu regardes ensuite une deuxième, puis une autre, encore une autre… et c’est comme ceci que les groupes se font découvrir. Et c’est ainsi que le Thrash est bien connu maintenant, contrairement aux années 80.

La dernière chronique que j’ai écrite fut sur Maniac Abductor, un jeune groupe Finlandais. Ils viennent de sortir un premier album plein d’éléments Thrash classiques qui me rappellent votre premier disque « The Ultra Violence » de 1987. Y a-t-il aujourd’hui mois d’évolution dans le Thrash que dans le temps ? Je dirai même que votre troisième album « Act III » de 1990 fut moins old school que ce disque finlandais actuel ! Les nouvelles formations Thrash font de la bonne musique mais je préfère voir des groupes qui osent plus ! Il ne faut pas oublier qu’entre « The Ultra Violence » et le très différent « Act III » il n’y avait que trois années.

On y trouvait même des éléments funk et groove. Oui, du très brutal vers ceci ! Je pense que c’est bien. Ça montre que tu progresses, que tu ajoutes d’autres styles musicaux au Thrash. C’est pourquoi j’aime « Act III » et je voudrais bien voir d’autres groupes faire pareil ! Si chaque disque ressemble au précédent, tu ne progresses pas. Essaye donc au moins de bouger les frontières un peu !

Tu veux dire que certains groupes savent que leur style fonctionne et ils restent collés à lui ? Oui, comme peut-être AC/DC. Comme Cannibal Corpse. Il n’y a rien de faux, certains gens aiment ceci, mais personnellement je préfère quelque chose de nouveau ! Garde le même son de base, mais prend des opportunités, essaye quelque chose de différent ! Si ça fonctionne, ça fonctionne. Et si ce n’est pas le cas, essaye autre chose, mais garde le fondement.

Tu connais certainement la voie que Metallica a entamée dans les années 90… Exactement ! « Ride the Lightning », « Master of Puppets » et « Justice » sont des albums remarquables mais s’ils auraient fait un quatrième album comme ceux-là… Quand le « Black Album » est sorti, c’était quelque chose de rafraîchissant pour moi ! Sois plus créatif, tu ne vas pas plaire à tout le monde, mais tant que t’es satisfait et que tu progresses c’est bien. Si les autres ne l’apprécient pas, ils ne l’apprécient pas !

Parlons du nouvel album « Humanicide ». Il a reçu beaucoup de bonnes critiques. Peux-tu le présenter à nos lecteurs ? Les gens me demandent s’il est lourd. Bien sûr il l’est ! C’est du lourd de Death Angel. Nous pouvons faire du heavy dans une voie Thrash ou Rock ‘n’Roll, acoustique ou très Punk. L’album a beaucoup de variété dans son enregistrement, il a des hauts et des bas, ce n’est pas un style monotone. Je pense que tu peux mieux entendre la personnalité de chaque membre qu’auparavant. Nous aimons faires des trucs différents mais gardons l’esprit Death Angel.

Ce serait donc un risque de confronter vos supporters fidèles avec des changements trop importants? Oui, c’est un risque d’ouvrir trop, mais c’est aussi un risque de ne rien ouvrir. Il y a une fine ligne. En fin de compte, nous sommes contents avec le disque et c’est le plus important ! Nos accros et la presse semblent également satisfaits.

Je cite vos textes : « armageddon », « black plagues », « true mayhem ». A-t-on perdu tout espoir sur terre ? Le monde est différent aujourd’hui. Ne considérons que la politique, les religions, le chauffage climatique… t’allumes la télé et tu vois que des mauvais trucs ! Si le monde continue à faire ce qu’il fait, l’humanité sera anéantie ! Protégeons donc le monde. L’homme est le virus !

Dans l’époque d’or, il y avait le sacré « Ruthie’s Inn » où les musiciens Thrash faisaient la fête ensemble. Votre chanteur Mark y a rencontré Kirk Hammett de Metallica qui a même produit votre deuxième cassette démo et apparemment ils sont toujours de bons potes. Comment la scène du « Bay Area » est aujourd’hui ? Eh bien, il reste une certaine scène. Les années 80, c’était une autre époque. Tout était nouveau et on était jeune, même très jeune. La radio fut dominée par le Rock, le Soul, le Country ou quoi que ce soit. Et soudainement tout était flambant neuf ! Les gens découvraient la musique d’Europe et l’aimaient. Ils écoutaient la radio des lycées où une personne collectait tous les disques et les jouait. Ainsi, ils voulaient faire la même musique et formaient de nouveaux groupes. On s’aidait d’une manière réciproque : Diamond Head, Saxon, les jeunes Def Leppard, Blitzkrieg... Nous adorions aussi les groupes européens comme Kreator, Destruction ou Artillery. On ressentait tous de la même manière. Mais maintenant, c’est tout simplement une autre époque, tout est en ligne. Dans les années 80, tout tournait autour des disques, des concerts, de la radio, du skateboard et des boums.

Est-ce que Dave Mustaine faisait partie de cette scène ? Ouais, c’était bien le cas même s’il était de Los Angeles. Il savait où aller à San Francisco, c’était là où le Thrash était grand. Beaucoup de groupes originaires de L.A. venaient à San Francisco : Megadeth, Hirax, Slayer, Dark Angel... c’était l’endroit branché !

Avez-vous entendu que Dave Mustaine vient d’annoncer hier qu’il est atteint du cancer de la gorge ? Oui, c’est très triste. On lui souhaite tout le bien ! C’est un très grand musicien. Il était un pionnier, un des très grands de la scène Thrash. Il y était toujours avec James Hetfield, Gary Holt, Kerry King et Jeff Hanneman.

Tu étais déjà au Grand-Duché de Luxembourg et en Belgique. Te reste-t-il des souvenirs de ces deux pays ? Eh bien c’est la deuxième fois que je suis au Luxembourg. C’est difficile d’y être !

Dans quel sens ? On jouait souvent en Europe, mais ce n’est que la deuxième fois ici. On est content d’être de retour puisqu’on avait un excellent concert la dernière fois. Je pense qu’on aura du plaisir ce soir ! La Belgique ? On y avait de superbes apparitions, non seulement au Graspop, mais aussi à l’Alcatraz, au Biebob à Vosselaar, au Trix… on passait de bons moments là-bas et on a hâte de jouer au Graspop, ça fait déjà sept ans qu’on y était ! La Belgique est un super pays, je l’aime bien !

Merci pour l’interview et je vous souhaite un bon concert ce soir ! Pas de problème !

02.11.19 12:34

Cult Of Luna

En attendant la sortie du nouvel album « A Dawn to Fear » prévue pour le 20 septembre, j’ai pu m’entretenir avec le chanteur guitariste Johannes Persson, cerveau du groupe suédois « Cult of Luna ».

Cette formation qui se trouve, ensemble avec Isis et Neurosis, aux avant-postes d’un genre de musique très particulier nommé Post-Metal ou Sludge Atmosphérique, nous surprend en sortant un CD qui comporte 79 minutes de musique réparties sur seulement huit chansons ! L’occasion pour Persson de livrer sans ambages ses impressions sur cet opus.

Commençons par la question la plus pertinente : avec « The Silent Man » vous venez de diffuser la première chanson de votre huitième album. Qu’est-ce que les fans peuvent espérer ? Le nouvel album ne comporte pas de changements radicaux, on reste fidèle à notre style. En comparaison avec nos deux derniers, le nouveau est moins rigide dans sa structure, c’est plus du bois brut que de l’acier fin. D’une manière générale, on essaie de progresser en tant que musiciens. Il est possible de différencier plus les influences individuelles des différents musiciens. Mais on continue à travailler en groupe en faisant un effort collectif. La musique varie dans sa lourdeur et le CD est définitivement très émotionnel !

Le troisième album « Salvation » avait une orientation nouvelle en devenant plus progressif. Si tu compares maintenant le nouveau CD à du bois brut, alors cela me rappelle « St Anger » de Metallica ? Oui, peut-être. On a travaillé plus avec des claviers acoustiques comme différents types d’orgues qui donnent un son plus organique et analogique.

Parlons des textes. Y a-t-il une thématique-clé comme par exemple celle sur l’espace du dernier album « Mariner » ? On voulait changer notre façon de procéder. Nos premiers albums (depuis 2001) se démarquaient toujours par une thématique ou une histoire à raconter. On avait constamment une vision en tête qu’on voulait traduire en musique, en paroles ou même en images à travers le graphisme. Mais cette fois-ci c’était plus spontané. Je me suis assis avec ma guitare et j’ai essayé de capter et d’exprimer ce que je ressentais à ce moment donné. Donc au lieu d’avoir une image en tête et d’essayer de la traduire en musique, j’ai pris un morceau de son pour me faire surprendre par l’image qui allait surgir. De même pour les paroles. La plupart du temps, j’ai écrit ce qui me venait spontanément à la tête pour l’interpréter ensuite et pour l’intégrer dans l’ensemble.

Il y a donc des thématiques différentes et non un fil rouge comme dans le passé ? Exactement, il n’y a plus de thématique globale - le concept c’est nous-mêmes, ce qu’on est aujourd’hui.

Bien que mon premier concert de Cult of Luna remonte à un bon nombre d’années, je me rappelle encore les passages très atmosphériques renforcés par un éclairage réfléchi. Il me semble que c’est votre Dada ? Eh oui, comme notre musique est longue et se caractérise par de nombreux riffs lourds, on a dû trouver un moyen qui contraste bien avec cela. Le son est méditatif et projette nous-mêmes dans l’ambiance !

Beaucoup de membres de votre groupe sont impliqués dans d’autres projets. Tu fais partie depuis longtemps de Khoma, un groupe de rock progressif - donc un genre complètement différent. Est-ce que c’est difficile de changer de style tout le temps ? Non, je n’ai pas de difficultés avec cela. Ce sont des manières d’écrire différentes, mais puisque je le fais depuis tellement d’années je sais exactement à ce que je suis.

Le dernier album était enregistré avec la chanteuse Julie Christmas qui vit à New York. Comment avez-vous réussi cette coopération transatlantique ? Nous avions enregistré notre part ici en Suède et elle a fait sa contribution à New York. On s’était rencontré avant, mais après l’enregistrement, on n’a pas fait des répétitions avant de monter sur scène ! 

Cult of Luna existe depuis 21 ans et tu es un de ses fondateurs. Vous aviez déjà fait une tournée mondiale et vous ferez une tournée européenne à la fin de l’année. Quels sont tes meilleurs souvenirs ? (Rires) Oh, il y en a beaucoup et la plupart sont bons ! De bons concerts, de bons moments avec mes potes. Il y a vingt ans, Tom (Thomas Hedlund) et moi on a fait le tour de l’Europe en occupant des fermes abandonnées ou en passant la nuit n’importe où les gens nous laissaient dormir. Ce n’était pas toujours de la rigolade, mais c’était certainement une des meilleures expériences que j’ai vécues ! Maintenant on a un bus, c’est beaucoup plus facile, mais c’est plutôt devenu un métier. On s’amuse quand-même : dans la nuit, au fond du bus, je joue FIFA avec les autres. C’est aussi cela, les bons souvenirs.