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Chroniques (488)

17.07.21 14:13

CIRCLE OF SIGHS - "Narci"

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Voilà encore un groupe qui a choisi la carte de l’anonymat pour porter son bien mystérieux projet. L’originalité est sans doute un peu passée maintenant, mais c’est raccord avec ce que le « collectif » entend proposer. Et pour le coup, que ce soit sur son premier ou sur ce nouvel album, Circle of Sighs étonne totalement en nous transposant dans de multiples réalités, façonnées par des sonorités multiples et des plus surprenantes. Narci apparaît cependant un peu plus lumineux, peut-être un peu plus triste aussi que Salo, qui était largement plus enfoncé dans un Doom poisseux, collant et lugubre. Narci accentue les nappes de synthé, avec même un peu de piano et de cuivres pour agrémenter le tout. Les titres sont parfois un peu plus verbeux aussi, comme « Roses Blue », atmosphérique à souhait, se voulant à la fois mélancolique et trippant. Le titre d’ouverture « Spectral Arms », étonne déjà par sa longueur (avec dix minutes, c’est le morceau le plus long de l’album), mais aussi par sa dualité entre ce piano vanté plus haut, lui conférant une certaine douceur, pour ensuite mieux nous frapper par ses riffs lourds et lents. Rajoutons-y quelques enregistrements vocaux pour agrémenter certains titres, et on se retrouve avec un album plutôt frais, plutôt audacieux et surtout versatile. Une bonne raison de suivre ces mystérieux musiciens masqués de près.

À l’exercice de la cover, il y a généralement deux écoles : celle qui préfère préserver toute l’aura de l’artiste originel en ne touchant pas trop à leur style. Et celle qui, au contraire, choisit un titre pour mieux le tordre et se le réapproprier (il existe une troisième école qui dit que les covers sont pour les groupes fainéants en panne d’inspiration mais il ne faut pas les écouter). Grande chance : cet album-hommage propose les deux, et pour cause : ce sont quinze artistes différents qui se sont essayés à l’exercice, proposant des approches très différentes au sein du domaine particulier de la reprise. Tout ne se vaut pas forcément, mais aucun titre n’est foncièrement mauvais ou inintéressant. Disons plutôt que certains hommages sont plus audacieux et créatifs alors que d’autres sont plus convenus, tout en parvenant à bluffer, sonnant fortement comme le groupe d’origine (évoquons par exemple « Marian » par Columbia Obstruction Box » ou « Lucretia My Reflection » par Dan Swanö). Non, les deux seuls vrais bémols, bien que minimes, sont plutôt la présence de plusieurs titres en doublon comme le mythique « Temple of Love », « More » ou « This Corrosion ». Bien sûr, le résultat n’a rien de totalement comparable, mais on aurait apprécié un projet à la « Dirt Redux », sorti l’année dernière pour commémorer Alice in Chains, où chacun des groupes invités avait proposé un titre unique, ou encore le tout aussi fameux « For The Masses » célébrant Depeche Mode. Ce qui nous amène au deuxième défaut de la galette : presque tous les titres existent depuis plusieurs années (exceptions notables pour Columbia Obstruction Box et Cadaverous Condition & Kara Cephe). Mais là aussi, bien malintentionné sera celui qui se détournera de l’album pour ces raisons : à moins d’être fan absolu du groupe et d’avoir sillonné les tréfonds de YouTube, la plupart des reprises faisaient office de rareté. Et pas seulement parce qu’il est rare qu’une reprise fasse grand bruit, loin de là : entre les titres jamais sortis, ceux de groupes moins reconnus ou tout simplement passés sous les radars, il y a certainement des vieilleries inconnues qui vous attendent. En soit, plus que de plébisciter l’un des groupes les plus célèbres de la scène gothique, ou même de redécouvrir certaines chansons moins connues de leur catalogue, l’idée est plutôt de regrouper sur un même disque ces nombreux hommages, et aussi de sécher nos larmes en nous rendant compte que, si le groupe est bien vivant et actif sur la scène live, il reste silencieux aux prières de fans désireux d’un nouvel album depuis trente longues années. Tant pis… Il faudra encore se rendre en live pour espérer grappiller quelques nouveaux sons. Et pour les autres, « Black Waves Of Adrenochrome » devrait et devra satisfaire votre soif de Sisters of Mercy. Comme quoi, la vie n’est que trop rarement bien faite !

« Quitte à ressortir "Dark Medieval Times" et "The Shadowthrone" , autant leur apporter quelques améliorations – mais sans bafouer l’esprit de l’époque. Satyr a voulu les remasteriser, mais aussi refaire une pochette. “Nous n’étions pas vraiment satisfaits de ce qui avait été fait à l’époque ”. En quelques mots, Frost résume l’esprit de la réédition de ces deux albums légendaires, pierres angulaires du black metal, et même des musiques extrêmes en général. Introuvables en vinyle, sauf à des prix exorbitants, ces deux perles noires sont désormais disponibles au format double LP gatefold, en plusieurs couleurs. Un coffret regroupe même ces deux chefs-d'œuvre. 

Dark Medieval Times", sorti en 1993, est le fruit du cerveau génial de Satyr, alors âgé de 17 ans. Ce disque hanté, à la beauté sauvage, comme jailli des entrailles d’une montagne ancestrale, mêle la haine de riffs malsains et hypnotiques, la rage de vocaux tourmentés, la férocité de la batterie et les sonorités épiques et menaçantes des claviers ("The Dark Castle In The Deep Forest", monument d’angoisse difficile à oublier).  Entre deux salves de fureur, entre deux éclairs de furie, s’insinuent des bribes d’apaisement mélancolique, nées d’un grattement de guitare sèche, d’un souffle de flûte (l’éponyme "Dark Medieval Times"). Ces titres brillent d’une honnêteté, d’une pureté absolue, incarnée dans l’acoustique "Min Hyllest Til Vinterland", nimbé des échos d’un vent lointain. Si la version 2021 ôte de l’âpreté à ce disque, ancré dans les paysages norvégiens majestueux et inquiétants, elle ne défigure pas cette version sonore du Cri d’Edvard Munch.

Huit mois après, Satyr et Frost, aidés de Samoth, publient "The Shadowthrone". Ce deuxième album se place dans la lignée de son prédécesseur, à l’image de "Woods To Eternity", mais s’aventure aussi en de nouveaux territoires, en terres viking ("Vikingland"), ou ambient ("I En Svart Kiste"). Il garde l’atmosphère médiévale ténébreuse de "Dark Medieval Times" mais la propage à travers des compositions plus complexes, riches en breaks et changement de rythmes. Des blast-beats de Frost aux compositions plus lentes, de la grandiloquence des claviers ("Hvite Krits Dod") aux pulsions guerrières ("Dominions Of Satyricon"), "The Shadowthrone" plonge l’auditeur dans les paysages tourmentés d’une Norvège mythique, entre légendes de sang et rêve soufre.

En substance, cet album-hommage n’est « rien d’autre » qu’un bon album punk. Mais mieux que cela, il accomplit tout ce que demande un opus de reprises réussit : mélange de morceaux iconiques et plus méconnus, alternance de reprises touchant à peine aux originales et d’autres s’emparant de ces chansons pour mieux les tordre, alternance de titres bourrins et d’autres plus posés… Et on peut en plus rajouter qu’avec un tel panel de noms (un par titre), on nous gratine en plus d’une synthèse de multiples genres de punk, avec les innombrables affreux petits rejetons qu’on lui connaît. Héritiers de la première vague, déconneurs adulescents du pop-punk et même un peu de ska… Nul doute que les plus ronchons trouveront quand même l’une ou l’autre reprise valant bien l’originale par sa créativité ou son énergie. On pourrait s’étonner qu’un groupe n’ayant eu « que » quinze ans de carrière, et ne paraissant pas être une institution punk ni franco-française, ni internationale, se dote de tels éloges en (au moins) deux albums. Mais pour les plus « américains des punks français », j’ai presque envie de dire : justement. Quel intérêt de sortir un best-of d’un groupe mythique dont la réputation n’est plus à faire ? Dès l’instant où l’on peut au contraire afficher à la face du monde ce qu’il a pu rater et qui, alors que la seconde vague américaine avait déjà débuté, jouait un hybride très sympa de vieux et de nouveau punk. Puis bon… Quinze ans dans le punk… C’est pratiquement une carrière entière !

En clair, cet opus n’est pas tant un incontournable qu’une porte d’entrée formidable à la discographie du groupe… même si ce n’est pas lui qui joue dessus ! Les plus fanatiques trouveront quant à eux des versions alternatives de très bonnes factures, dont beaucoup ont été enregistrées par des groupes français en plus ! Comme quoi il est bon de rappeler que même en 2021 : « punk’s not dead » … et ce, pas même en France. Ce n’est là que le premier volume ?? Mais sortez-donc vite le deuxième bon sang !

17.07.21 11:31

OVERDRIVERS - "Rock out!"

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Trois morceaux… En l’espace de trois morceaux, Overdrivers nous met une patate d’enfer avec leur « Rock out ! » qui fait un bien fou. Les morceaux font headbanguer, donnent envie de bouger, de baiser et de boire une putain de bière. Musicalement, les Français pratiquent un rock parfois heavy mais surtout à tendance rock n’roll. Que ce soit plus Motörhead (« You cheated on me ») ou bien AC/DC (« Factory »), les compositions sont ultra bien foutues et mélodiques à souhait, le tout avec les « Balls ». Enfin « Forever Young » sera là pour nous rappeler que rien n’est aussi bon qu’un morceau de rock n’roll. Alors oui, trois morceaux, c’est peu… trop peu. Car à peine la tête se met à bouger que le player s’arrête. Mais cela ne fait rien car on appuiera juste sur la touche repeat et l’on ne quittera plus ce « Rock out ! » qui va coller tout fan du style pendant plusieurs mois. Vite l’album putain !

17.07.21 11:16

TERRA ODIUM - "Ne Plus Ultra"

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Bien que ce groupe soit récent, les membres qui le composent sont loin d’être des débutants et ont déjà démontré leur virtuosité dans des formations bien connues des amateurs de prog, telles que Spiral Architect pour Øyvind Hægeland (chant, guitare) et Asgeir Mickelson (batterie) ou encore Manitou pour Bollie Fredriksen (guitariste). Forts de leur expérience, les musiciens ont su mettre leur technicité au service de la musique sans démonstration stérile et ennuyeuse, ce qui fait de « Ne Plus Ultra » un album mature, efficace et extrêmement réussi aux compositions résolument modernes et originales. On notera deux aspects en particulier qui apportent une originalité à la musique de Terra Odium par rapport à celles d’autres groupes talentueux de prog. Le premier concerne les orchestrations : celles-ci, abouties, variées et bien intégrées confèrent aux morceaux des identités tantôt sombres voire macabres, tantôt grandioses peu courantes dans ce genre musical (ce qui démontre que travailler avec un orchestrateur de métier, Jon Phipps (Amorphis, Moonspell), est une véritable plus-value que certains groupes symphoniques ne devraient pas négliger). Le deuxième aspect qui distingue leur musique est la basse, dont le son est parfait et dont les lignes sont géniales. Ce n’est pas une surprise quand on sait que le maestro en charge des basses fréquences n’est autre que le maître Steve Di Giorgio (Testament), connu pour être l’un des rares musiciens de metal à jouer en fretless. « Ne Plus Ultra » est un opus élégant et distingué qui offre une musique prog complète, intense et soigneusement élaborée. Quel plaisir à écouter et quelle réussite pour un premier album !

Fondé en 2001 à Bogota sur les cendres du groupe Inoculation, le groupe colombien Horncrowned n’a jamais changé son lance-roquettes d’épaule si l’on peut dire. Dès ses débuts, la formation s’est inscrite dans un black metal brutal, guerrier et sataniste qui mitraille sévère, ne laisse que peu de répit à l’auditeur et collectionne les visuels explicites qui annoncent la couleur d’entrée de jeu. On peut difficilement faire plus cliché et il ne faudra pas compter sur Horncrowned pour apporter du sang neuf au style si ce n’est celui de l’ennemi dégommé au char d’assaut. Vous l’aurez compris, « Rex Exterminii… » est le genre d’album qui trouvera son public chez les fans d’un black sans concession qui fleure bon le soufre et probablement chez personne d’autre. Plus classique, tu meurs : des blasts incessants, des répétitions de boucles de riffs jusqu’à parfois l’indigestion et une haine viscérale quasi palpable dans le chant. Un black par des passionnés pour des passionnés, c’est le moins que l’on puisse dire. Et si le quatuor sud-américain offre ici un album pour le moins consistant avec ses 44 minutes, il faut bien reconnaître qu’à ce tempo et sans véritable relief, « Rex Exterminii… » donne l’impression de méchamment tirer en longueur alors que l’album recèle de la matière pour deux voire trois EP’s.

20.06.21 10:58

BONGZILLA - "Weedsconsin"

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Reformé depuis cinq ans, Bongzilla, désormais trio, sort "Weedsconsin", son cinquième album, seize ans après le précédent. Ainsi va la carrière chaotique de ce groupe, qui oscille entre périodes de chaos, quand les drogues dures se font trop présentes, et accalmies, quand les musiciens trouvent le repos dans la weed… thème unique de leurs chansons.

La cueillette 2021 des amateurs d’herbe, certes moins puissante que les récoltes précédentes, montre un groupe toujours aussi doué pour se placer, dès les premières notes du premier morceau, "Sundae Driver", dans les volutes de fumée sabbathiennes. Tempo lent, répétitif – jusqu’à lorgner sur Monolord avec les 10 minutes de "Space Rock" – hypnotique, "Weedsconsin" convie à une promenade nocturne dans un marais, dans une fange épaisse dessinée par des riffs gras et poisseux, au son typé 70’s. Au détour d’une ombre, tantôt, surgit une créature monstrueuse, incarnée par la voix horrifique de Muleboy ; elle s’approche, rampante et menaçante… Bon, il est temps d’éteindre ce cône qui donne naissance à d’inquiétantes visions, qui fait perler une sueur âcre : Bongzilla invite à un voyage verdâtre en des terres inhospitalières…

20.06.21 10:54

ILSA - "Preyer"

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On rattrape un peu son retard dans un genre qu’on aime assez avec les Ricains de Ilsa et leur sixième album « Preyer » sorti fin 2020. Ce qu’il y a de pratique avec ce genre d’opus c’est qu’aussi bien grâce à la pochette qu’aux premiers riffs de guitare, on voit directement à quoi on a affaire et on ne s’étonne pas non plus que ce soit un produit estampillé Relapse tant les bons ingrédients s’y retrouvent. Ilsa base sa musique sur le mélange ma foi classique de death et de doom à la Incantation mais où les growls gutturaux auxquels on pourrait s’attendre sont ici remplacés par une voix plus éraillée empruntée au crust. Cette dernière influence qui se ressent aussi dans certains morceaux aux passages plus soutenus rythmiquement comme « Widdershins ». Donc dans l’ensemble c’est bon… mais c’est un peu long. Si les influences des musiciens sont ici bien digérées et les compositions assez inspirées bien que ne criant pas au génie de l’originalité, une dizaine de minutes en moins aurait sans doute pu bénéficier à l’efficacité de l’ensemble.

20.06.21 10:52

LA NAUSÉE - "Battering Ram"

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One man project mené par le Gantois Jelle de Bock, La Nausée nous arrive avec un premier EP quatre titres en guise d’échantillon de ce que propose le bonhomme. Si l’ensemble des descriptifs qu’on peut trouver par rapport au style musical proposé annonce un projet sludge, nous nous permettrons ici d’être un peu plus nuancés. En effet, si de gros relents de riffs un peu boueux se font entendre, les rythmiques cliniques et l’utilisation d’une certaine dose d’électronique font que La Nausée tâte d’autres terrains comme ceux de l’indus, du rock metal voire du metalcore, le tout avec un chant assez étrangement en arrière-plan du reste dans le mixage. Si le mélange n’est pas inintéressant sur le papier, il gagnerait peut-être dans les faits à être plus cadré si l’on peut dire puisqu’on sent que les idées y sont, mais celles-ci peinent malheureusement à convaincre. Par contre, pour ceux qui seraient désireux de découvrir ce projet en format physique, sachez que cet EP sort en formats CD et cassette des plus présentables.