25.06.20 10:22

Destruction

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Avec Kreator, Sodom et Tankard, Destruction fait partie des ancêtres du Thrash en Allemagne, nommé aussi « The Big Teutonic Four ». Raison pour nous de parler avec le chanteur et bassiste Marcel Schirmer, dit Schmier, peu avant son concert à Trèves. 

L’année dernière, j’ai fait une interview avec un groupe de Thrash américain qui s’est formé la même année que vous, en 1982. Death Angel m’a révélé des choses intéressantes sur le début du Thrash dans le Bay Area. Comment as-tu vécu son début en Allemagne ? Eh bien, les premières années n’ont pas été faciles, car il n’y avait pas encore de milieu. Il n’a vu le jour qu’avec un festival qui se tenait à Dortmund à l’époque. Et c’est à ce moment que le premier Metal Hammer est sorti. C’est ce qu’on appelle « the birth of the German scene, the first recognition » où on remarquait qu’il existait une scène de Heavy Metal chez nous. C’était en 1982 et les gens communiquaient encore avec des correspondants à cette époque. Il n’y avait pas un seul magazine de Heavy Metal Allemand avant le Metal Hammer ! Nous avons toujours commandé le magazine britannique « Kerrang » qui était le seul magazine de Heavy Metal en Europe. Ainsi, nous avons obtenu les dernières infos sur ce qui se passait. Nous avons pu découvrir, entre autres, que Metallica avait signé un contrat avec une maison de disques. C’est ainsi que nous avons échangé des idées à l’époque. Ensuite, nous avons fait nos premiers concerts avec Kreator, qui s’appelaient encore Tormentor, et Sodom. Des groupes comme Iron Angel et Rage étaient déjà là. C’était un tout petit milieu au début qui grandissait et nous étions en plein milieu ! C’était hyper intéressant parce que personne ne pensait faire de l’argent ou devenir une rock star ; nous l’avons tous fait parce que nous pensions que le Heavy Metal serait cool et nous voulions faire de la musique et sortir un peu de la vie normale, être un peu différents. Ce qui en est devenu plus tard est incroyable !

Il y a quelques mois, de jeunes Thrasheuses Brésiliennes jouaient ici au Mergener Hof. Ah, Nervosa ? 

Exactement ! Comment vois-tu votre Thrash de l’époque comparé au Thrash actuel ? Il y a beaucoup de groupes qui mélangent les styles, comme Legion of the Damned avec le Death Metal et aussi un peu de Black Metal. Et puis bien sûr, il y a un bon nombre de groupes qui rendent hommage à ce que nous avons fait ; ils sonnent comme Exodus, Destruction ou Slayer. Je trouve intéressant de voir comment tout se développe. Quand nous sommes revenus en 1999 avec le line-up original, il n’y avait plus de groupes Thrash jeunes, tout le monde jouait du Death Metal Mélodique ; Thrash n’était plus la tendance. Metal Hammer Germany écrivait à l’époque : « Pourquoi Destruction reviennent-ils ? Personne n’en a besoin ! » Cependant, en fin de compte, ce fut la première étincelle pour réanimer la scène. Nous avons tourné avec Kreator et Sodom en 2001, des choses se sont passées et beaucoup de jeunes ont de nouveau entendu du Thrash. Il y a beaucoup de nouveaux groupes aujourd’hui. On me demande toujours : « Qui sera le prochain gros groupe de Thrash parmi les jeunes groupes ? » Difficile à dire. Mais il est essentiel que la scène continue d’exister ! Quand les anciens groupes partiront, de nouveaux groupes perpétueront, c’est important. De jeunes fans m’envoient beaucoup à écouter sur YouTube. La qualité est incroyablement bonne maintenant !

Pendant vos débuts, les musiciens pouvaient encore gagner de l’argent avec la vente de vinyles ou de CD, puis Napster a vu le jour et les téléchargements illégaux. Aujourd’hui, les services de streaming paient mal leurs artistes. Mais grâce à YouTube, des jeunes d’autres continents peuvent découvrir votre musique. Comment vois-tu le business actuel ? Oui, c’est la même chose avec Spotify. Le gros avantage des médias modernes est que lorsque notre disque sort, le fan du Brésil, du Guatemala, des Philippines ou du Japon peut l’entendre immédiatement. Le disque sort à minuit pile. Dans le passé, les fans devaient importer les disques de manière étrange. Le grand bénéfice est que les fans ont tous l’album le même jour. C’est pourquoi je ne suis pas un ennemi du progrès. Il y a des avantages, mais comme tu l’as dit, on est mal payé. Bien sûr, il y aura toujours des vinyles et des CD, mais d’une autre manière : le CD sera un « special item », vous en produisez peut-être 2000 ou 5000 avec une édition spéciale, et c’est tout. Le monde change et la scène musicale aussi.

Avec Damir, vous vous êtres renforcés, avez un jeune guitariste motivé. Comment se fait-il ? Il n’est plus si jeune, il a juste l’air jeune ! (rires) 

Pourtant, Michael et toi, vous êtes d’une autre génération. C’est vrai. Mais ça se passe très bien. C’est un musicien pur-sang avec beaucoup de passion, un grand musicien et un bon gars. Il est toujours de bonne humeur. C’est un complément parfait à Destruction.

Sa femme Romana a fondé les Burning Witches. Toi et ta copine Liné êtes aussi dans le coup. Comment les soutenez-vous ? Je suis plus ou moins leurs manager, producteur et bonne à tout faire. Je veille à ce que les filles prennent les bonnes décisions, ce qui est très difficile en ce domaine aujourd’hui. Ma copine fait des graphismes et prend des photos. Damir est le mari de Romana et c’est ainsi que nous nous sommes connus grâce aux filles. Romana est venue me voir et m’a dit qu’elle aimerait créer un groupe de filles — son grand rêve. Je lui ai dit quand tu as tout ensemble, je t’aiderai, je te donnerai des conseils et puis on verra. C’est comme ça que tout a commencé, juste pour le plaisir. Et puis tout à coup, tout est devenu très professionnel et tout s’est développé rapidement. Maintenant, elles sont un des meilleurs groupes néophytes. Elles le méritent bien, ce n’était pas facile. La chanteuse est sortie cet été, ce fut une phase très difficile. Il était important que les filles continuent de croire en elles. De nombreux autres groupes se séparent ou se querellent. Je pense que lorsqu’on entend le nouvel album, on peut voir qu’ils sont sur la bonne voie et qu’ils s’améliorent de plus en plus.

Passons à votre musique. L’album actuel « Born To Perish » est à mon avis un des meilleurs disques de Destruction et peut-être même le meilleur album depuis vos retrouvailles en 1999. Comment décrirais-tu cet album ? Le dernier album est toujours le meilleur (rires). Non, mais il a également été très bien accueilli par les fans. Cela montre que même après de nombreuses années, le groupe peut toujours écrire quelque chose de frais, qui sonne bien et qui ressemble à Destruction. Et c’est aussi bien pour nous de travailler avec une nouvelle formation, avec un vent frais et, enfin, une deuxième guitare. Il y a toujours des jalons dans la vie d’un musicien. Au début le premier disque, puis le premier disque qui connaît du succès, puis le disque où le groupe se sépare, puis le disque où le groupe se réunit et maintenant ce disque où nous avons un nouveau line-up. Je pense que l’album actuel se démarquera un jour dans la discographie du groupe. Nous sommes heureux qu’après toutes ces années, les fans soient toujours aussi enthousiastes. Car ce n’est pas évident d’être en mesure d’écrire à chaque fois le meilleur album. La musique c’est aussi de la magie ; l’ambiance doit être là et aussi la chimie du groupe. Tout allait bien cette fois-ci. Nous ne sommes plus les plus jeunes, il faut toujours écrire chaque album comme si c’était le dernier !

Dans le temps, vous aviez décrit votre style comme « Black Satanic Hardcore Speed ​​Metal » dans une annonce dans le Metal Hammer. Je pense que c’était un peu ironique ?  Non, non ! C’était bien le cas ! Jadis, il n’y avait pas de Black Metal, il n’y avait pas de Hardcore, ces termes n’existaient tout simplement pas. Ils ont tous été inventés qu’en 1985/86. À l’époque, nous avons essayé de décrire notre musique. Nous avions des paroles choquantes, nous étions extrêmement agressifs et nous avons essayé de décrire notre style de musique. Et tout cela s’est fait avec du Black, du Hardcore et du Speed. Les styles n’ont été créés que plus tard, tout comme le terme de New York Hardcore. Beaucoup de gens ne le savent pas, mais il n’y avait pas ces termes au début, ils ont été trouvés plus tard. Il n’y avait que du Heavy Metal et du Hard Rock, puis tout a grandi.

Si tu évoques le Black Metal : je me rappelle que ses représentants-cultes Euronymous et Abbath ont appelé Destruction un « modèle » et une « inspiration ». Tu te sens flatté ? Oui, les premières productions de Destruction étaient très importantes pour Black Metal. 

C’est presque un adoubement ! Oui, cool ! C’est aussi le cas pour de nombreux groupes de Death Metal en Floride comme Obituary, Deicide, etc. Ils ont également été influencés fortement, c’est bon à voir. 

Il y a exactement 36 ans… Oh, il y a trop longtemps, je ne m’en souviens pas ! (rires) 

Si, bien sûr, à l’époque, tu étais en tournée avec Slayer. Ah, oui, bien sûr ! 

Ils ont fait une tournée d’adieu l’année dernière, même si ce n’est peut-être pas encore la fin du groupe. Oui, on verra.

Contrairement à eux, Destruction ne se lasse pas de tourner. Où vois-tu le groupe dans le futur ? Se reposer, c’est rouiller on dit, n’est-ce pas ? Je pense qu’en tant que musicien, la retraite ne vient pas à l’âge de 65 ans. En tant que musicien, tu joues aussi longtemps que tu t’amuses et aussi longtemps que les fans veulent t’entendre. Mais bien sûr, tu as tes pensées parce qu’un changement viendra. C’est comme tu l’as dit avec Spotify, le musicien est moins payé qu’avant. Y aura-t-il encore de la musique telle quelle dans dix ans ? Y aura-t-il encore des concerts de la même façon ? On ne le sait pas. Mon rêve est de continuer aussi longtemps que je puisse le faire. L’exemple des générations avant nous démontre que cela fonctionne. Même Ozzy Osbourne est toujours sur scène ; mais certes, il est moins en forme que dans le temps. Il y a encore des groupes comme Uriah Heep ou Saxon ; Biff a déjà soixante-dix ans, non ? Judas Priest vient de sortir leur meilleur album des vingt dernières années.

Oui, Rob Halford est encore fort. Oui, très fort ! Il est donc possible de faire ce genre de musique pendant longtemps. Bien sûr, Thrash Metal est le fer de lance du metal extrême et nous serons les premiers musiciens Thrash à prendre notre retraite. Il faudra donc voir combien de temps on pourra encore continuer. Si vous êtes les Rolling Stones et vous jouez « juste » du Rock’n’roll, ce n’est pas plus facile que de jouer du Thrash Metal. Mais je suis convaincu que nous aurons encore quelques belles années !

Je croise les doigts pour toi, tu es toujours en grande forme sur scène ! Merci. Oui, je pense que lorsque tu nous vois sur scène, tu ne penses pas qu’il y a des vieillards au travail (rire). La musique te garde jeune, on peut le voir chez des musiciens de tous genres, que ce soit du Jazz, du Blues ou du Metal. La musique te maintient jeune ! 

Joli mot de clôture. (Rires) Merci !

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  • Crédit photo: Liné Hammett
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