Shades of God

Shades of God

La dénomination « super-groupe » est très souvent utilisée de nos jours lorsque plusieurs pointures d’un même milieu se rejoignent pour former une entité. Le succès n’est pas forcément toujours au rendez-vous, puisqu’au-delà des qualités techniques des musiciens, il faut également qu’une alchimie prenne pour un résultat détonnant. Pour Sons of Apollo, côté alchimie, pas de doute, ça prend bien, pour preuves leur premier album "Psychotic Symphony" (2017) ou encore le sublime "Live With The Plovdiv Psychotic Symphony" (2019). Quand on est sur une bonne lancée, autant en profiter, ce que font Portnoy, Sherinian, Ron "Bumblefoot" Thal, Sheehan & Soto avec la sortie de leur deuxième album, sobrement intitulé "MMXX". Au programme, un Metal Prog haut de gamme avec des influences Hard Rock, une maitrise de tous les instants, un groove sans pareil ("Resurrection Day") et évidemment une technique irréprochable. Si le côté Dream Theater ne passe pas inaperçu, il serait très réducteur de voir la nouvelle œuvre de Sons of Apollo uniquement par ce prisme, l’aspect Hard Rock étant ultra présent ("King of Delusion"), avec des titres très rentre-dedans, et évidemment une sacrée dose de virtuosité qui leur donne une classe monumentale avec des solos de guitare et claviers ("Goodbye Divinity") totalement dingues. Sans forcément être très éloigné de son premier opus, Sons of Apollo la joue un peu plus directe sur "MMXX" tout en étant exubérant quand le moment s’en fait sentir, bref, du travail de pros mais quand on voit le line-up, on se dit que c’est logique.

02.12.19 21:42

VOLTUMNA - "Ciclope"

L'Italie n'est pas forcément très réputée pour ses groupes de Metal, hormis évidemment Lacuna Coil et Fleshgod Apocalypse. Pourtant la scène underground de ce si beau pays compte bon nombre de groupes intéressants comme Voltumna, qui livre son dernier méfait en cette fin d'année 2019, "Ciclope". Au menu de ce brûlot, 10 titres de Black Metal traditionnel, qui ne s'encombrent ni de palabres, ni de superflus. Voltumna va droit à l'essentiel en distillant sa musique de manière sèche et crue sans pour autant rester dans le minimalisme. Rapide, puissant, occulte, "Ciclope" s'exprime aussi bien en anglais qu'en italien, le tout entre accélérations fulgurantes ("La Furia Dei Ciclopi") et passages plus atmosphériques ("Divine Bloodline") où les solos de guitares et nappes de claviers donnent de la profondeur à l'ensemble. Pour sûr, "Ciclope" ne fait pas dans le détail, mais répond à ce qu'on attend de lui : un album de Black Metal froid, direct, diversifié, qui dégage énormément de personnalité. Si vous êtes fans du bon vieux Black qu'on faisait jadis au début des années 90, il se pourrait bien que cette nouvelle œuvre de Voltumna vous plaise, en tout cas chez Metal'Art, on l'apprécie énormément.

Nile est incontestablement l’un des groupes de Death Metal les plus connu et respecté de la planète. Leur carrière faite d’opus puissants, de concerts dantesques, et surtout d’une régularité dans l’excellence ne peut qu’épater du reste. Quatre ans après « What Should Not Be Unearthed », les Américains reviennent avec « Vile Nilotic Rites », qui une fois encore conjugue à merveille la brutalité et la technique pour un rendu détonnant. C’est un tabassage dans les règles qui s’opère au travers de rythmiques violentes et effrénées comme sur « Snake Pit Mating Frenzy » ou « Oxford Handbook of Savage Genocidal Warfare », du Nile autant sur le fond que la forme : solos de guitares, vocaux ultras gutturaux, blasts en tout genre, la palette est large et tout en maitrise. Nile est également vicieux, malsain, en ralentissant le tempo, « Seven Horns of War » prouve qu’ils sont aussi monstrueux sans jouer la carte de la vitesse. Si à cela on ajoute des atmosphères dont eux seuls ont le secret ainsi qu’une production en béton, on obtient l’un des albums de l’année dans le genre.

Certains groupes gagneraient à être connus, pourquoi ? tout simplement parce que la musique qu’ils font est excellente. Aucune autre explication n’a besoin d’être apportée. Patronymicon en fait partie, malgré deux bons albums en 2011 et 2013, les Suédois n’ont pas franchi la barre de l’underground et leur Black Metal reste pour le moment assez confidentiel. Gageons qu’avec ce nouvel opus, "Ushered Forth By Cloven Tongue" la donne change puisqu’il sort chez Osmose Productions qui dans les années 90 a abreuvé la Terre entière avec les premiers méfaits de sommités comme Immortal, Marduk ou encore Impaled Nazarene. "Ushered Forth By Cloven Tongue" est simple à résumer : du Black Metal de souche, violent, bourré d’atmosphères glaçantes. Du pur Black délivré avec une élégance couplée à une puissance incroyable d’où se démarquent les excellents "Lightless Flames" et "From The Depths Of Damnation" pour ne citer qu’eux. Le difficile cahier des charges du Black scandinave est rempli haut la main, amateurs du genre, ne vous privez pas d’un tel album.

Même si on sait d’avance à quoi s’en tenir avec 1349, l’annonce d’un nouvel opus est toujours une bonne nouvelle pour les fans de Black Metal froid et direct. Une fois encore la bête ne déçoit pas, "The Infernal Pathway" c’est du 1349 pur et dur, du Black 100% maitrisé où règne un chaos digne de l’enfer lui-même. Un véritable déferlement de puissance couplée à une hargne dévastatrice se dégage des 11 ogives balancées par les Norvégiens, tout est carré, millimétré, joué avec une fureur qui n’a d’égale que la noirceur omniprésente. Que ce soit le tonitruant "Abyssos Antithesis" en ouverture ou le maléfique "Enter Cold Void Dreaming", la punition est semblable : 1349 écrase tout sur son passage ne laissant derrière lui que ruines et désolation. On notera tout de même outre la technique irréprochable des musiciens de nombreuses mélodies s’immiscer dans les compositions ainsi qu’une effarante lourdeur ne faisant qu’accentuer le sentiment de mal-être qui domine "The Infernal Pathway". Le Black norvégien est bien vivant, plus que jamais serait-on tenté de dire.

02.11.19 06:58

SARKE - "Gastwerso"

La Norvège, cette terre inépuisable de Metal en tout genre qui depuis plusieurs décennies n’a de cesse de nous abreuver en excellents albums chaque mois. Novembre 2019 ne sera pas uniquement marqué par la sortie du nouveau Mayhem, puisque Sarke est également de la partie avec sa toute dernière réalisation, "Gastwerso". Au menu, un Black / Thrash de tradition ("Ghost War"), avec un léger côté Punk ("Ties of Blood") qui s’appuie sur des rythmiques soutenues et la voix inimitable du légendaire Nocturno Culto. Du grand classique pourrait-on croire sauf que, Sarke n’est pas une jeune formation et sait prendre le contre-pied quand il le faut en introduisant dans "Gastwerso" des titres plus mystiques, mi-tempo, proche des musiques classiques norvégiennes. Il suffit de jeter une oreille sur le génial et très éthéré "The Endless Wait" pour comprendre ces propos. Voix féminine, arpèges de guitare, ambiance lancinante, Sarke est au top même quand il sort de son séculaire Black / Thrash. Mais ne prenez pas peurs, surtout pas, "Gastwerso" reste un album majoritairement autoritaire, simple et authentique, il se permet simplement de mettre un poil d’éclectisme et sincèrement, c’est remarquablement fait.

02.11.19 06:52

MAYHEM - "Daemon"

S’il y a un groupe dont la légende dépasse le cadre de la musique, c’est bien Mayhem. Il faut dire qu’entre meurtre, suicide et autres mystères entourant la première partie de leur carrière, les Norvégiens ont bâti un épais voile de fantasmes en tout genre autour d’eux. Mais depuis le début des années 2000, c’est bien musicalement que Mayhem fait parler de lui, en bien ou en mal d’ailleurs tant leurs albums ont pu parfois surprendre. Avec "Daemon" c’est une sorte de retour aux sources pour les Scandinaves, puisque ce nouvel opus n’est pas sans rappeler le culte "De Mysteriis Dom Sathanas" par bien des aspects à commencer par la noirceur et l’occultisme qui l’habitent. C’est un Mayhem gonflé à bloc qui délivre un Black Metal à la fois froid, violent et très naturel qui durant près d’une heure passe en revue tout son savoir-faire. Que cela soit "Bad Blood", "Malum", ou encore "Daemon Spawn" la punition est la même, Mayhem impose sa loi. Parfois brutale, parfois ésotérique, chaque composition est habitée par la terreur, autant dans la musique que dans les vocaux d’Attila Csihar, il se dégage de "Daemon" une autorité et une puissance incroyables qui font de lui l’une des meilleures réalisations du groupe toute époque confondue, sans le moindre doute. Le temps à beau passer, la légende reste debout, surprenante et splendide, ne faites pas trop vite votre classement de fin d’année, "Daemon" pourrait y occuper une place de choix.

Pour son nouvel album, "The Sound of Scars", Life of Agony s’est lance un sacré défi : écrire la suite de "River Runs Red" paru en 1993. Un défi audacieux quand on connait le concept et l’intensité de cette œuvre devenue culte au fil des années. En 26 ans, énormément de choses ont changé, ne serait-ce que le style de Life of Agony qui à l’époque était un groupe de Hardcore ne faisait pas dans le détail. Aujourd’hui la donne n’est plus la même, la formation est dans un registre Metal Alternatif / Crossover, mais ça ne l’empêche pas d’offrir une suite incroyable à "River Runs Red". Oscillant entre le Nu-Metal ("Scar"), le Grunge ("Lay Down") et ses racines HxC ("My Way Out"), c’est un groupe sûr de son fait et ultra créatif qui offre une prestation incroyablement intense. "The Sound of Scars" est plus que certainement l’une des meilleures réalisations de Life of Agony, autant dans la puissance que l’émotion, il ne fait pas un doute qu’avec cet opus, le groupe débute un nouveau chapitre de son existence.

Décidément, Greg Mackintosh ne tient pas en place. Outre son agenda déjà bien fourni avec Paradise Lost, le Britannique s’offre de nouveau un passage dans le Death Metal avec son nouveau projet, Strigoi, qui sort son premier album, "Abandon All Faith". Après la fin brutale de Vallenfyre qui était un projet très intime à valeur curative avec une durée de vie limitée, Mackintosh remet le couvert avec deux bons amis, Chris Casket (basse) et Waltteri Väyrynen (batterie), pour un opus 100% Death Metal qui transpire le old school par tous les pores. Grosses guitares, blasts, vocaux gutturaux, la panoplie est complète avec en plus une réelle science du vieux Death crade pour donner vie aux compositions. La démonstration faite par Strigoi est tout simplement terrible, on est littéralement soufflé par la puissance de "Nocturnal Vermin" ou encore "Throne of Disgrace" (qui possède un petit côté Punk) tellement celle-ci est intense et brut de décoffrage. Mais Greg Mackintosh possède plus d’une corde à son arc et n’oublie pas qu’il a également des racines Doom, "Abandon All Faith" propose aussi des titres très lents à l’image de "Carved Into The Skin" qui est d’une lourdeur effarante et malsaine. Faire du Death Metal est à la portée de bien des groupes, en faire un d’aussi bonne facture n’est certainement pas donné à tout le monde.

Initialement connu sous le nom de Those Who Lie Beneath entre 2005 et 2013, Vitriol sort aujourd’hui son premier album, ''To Bathe from the Throat of Cowardice'', et pas chez n’importe qui puisque les Américains ont les honneurs et la confiance du grand Century Media. Au menu, un Death Metal à la fois brutal et technique qui frappe là où ça fait mal. C’est avec une aisance déconcertante que Vitriol envoie des titres comme les surpuissants ''Legacy of Contempt'' et ''A Gentle Gift'' où la brutalité et la technique ne font qu’un : riffs ravageurs, chant profond, batterie qui part dans tous les sens, la démonstration faite par Vitriol est impressionnante. Si à cela on ajoute une production en béton et des ambiances très occultes, on obtient un album d’une grande qualité dans son répertoire, dont on décèle quelques touches çà et là de Hate Eternal ou Morbid Angel. ''To Bathe from the Throat of Cowardice'' est un opus remarquable en de nombreux points, les fans du genre seront comblés c’est une certitude, il suffit de jeter une oreille sur le tonitruant ''Violence, a Worthy Truth'' pour en être convaincu.

Cela fait déjà une bonne vingtaine d’années que Wormed traine dans le circuit et tous les connaisseurs sont unanimes pour vous dire qu’en plus d’être des gars en or, les Espagnols ont un savoir-faire incroyable en termes de Death Metal brutal et technique. C’est avec un EP, ''Metaportal '', que la formation fait son retour 3 ans après son dernier album (''Krighsu''), 4 titres, 17 minutes d’une folle intensité qui ne connait ni repos ni compassion. Wormed explose tout sur son passage avec des blasts fous associés à une vitesse de guitares hallucinantes, le tout accompagné d’un growl ultra profond. Pour autant, les Espagnols ont pris soin de soigner les ambiances et atmosphères, celles-ci sont on ne peut plus malsaines, notamment sur le terrible ''E-Xystem://CE'' qui résume à lui seul la violence dégagée par ''Metaportal''. 17 minutes, vous conviendrez que c’est peu, mais quand elles sont jouées avec autant de hargne et de dextérité, c’est amplement suffisant pour prendre une claque dont on a du mal à se relever. Wormed prouve une nouvelle fois s’il le fallait qu’il est une valeur sûre dans son style.

En 2016, Mithridatic frappe fort avec son premier album, "Miserable Miracle", unanimement salué par les critiques louant un blackened death metal violent et malsain à souhait. En 2019, les Français reviennent encore plus forts avec "Tétanos Mystique", qui voit Mithridatic pousser les limites de la folie ordinaire à un niveau rarement atteint. La prestation est démente, à mi-chemin entre la puissance de Morbid Angel et l'esprit tordu de Mayhem, chaque titre est un condensé de terreur joué avec hargne et dextérité. Que ce soit le tonitruant "The Dead Mountain of Life", ou le déjanté "The Night Torn from Herself", la punition est pareil : Mithridatic écrase tout sur son passage, ne laissant derrière que ruines et chaos. Techniquement supérieurs à la moyenne, les Français font aussi la différence grâce aux atmosphères dérangeantes développées, autant dans les vocaux hallucinants de Guitou, que dans le cœur de la musique. Rien n'est à jeter, tout n'est que délectation, si vous êtes un fin cinéphile vous apprécierez d'autant plus le titre "Le Sevrage", mais nous n'en dirons pas plus.

Serait-il un peu tôt pour affirmer que nous tenons ici l’un, voire l’album de l’année ? La réponse est non, clairement. Une fois encore Opeth offre avec "In Cauda Venenum" un opus de haute volée où se côtoient le sublime, le grandiose, le majestueux, tout simplement. Dix titres, tous plus beaux les uns que les autres, dans lesquels les Suédois font parler autant l’aspect metal traditionnel ("Heart in Hand", "Charlatan") que les subtiles mélodies progressives, comme sur le génial "Universal Truth" ou encore, le très Pink Floyd "Lovelorn Crime". Opeth épate, éblouit, se surpasse avec "In Cauda Venenum", en étant plus créatif et inspiré que jamais, n’hésitant à aucun moment à s’aventurer hors des sentiers battus pour créer une musique d’une puissance émotive merveilleuse. "In Cauda Venenum" atteint la quasi perfection, à ne rater sous aucun prétexte.