Morbid Domi

Morbid Domi

21.08.20 14:35

VARUS - "A New Dawn"

8 ans d’existence pour le quatuor bavarois qui nous revient avec un second album dans l’escarcelle. Cette œuvre est tout bonnement superbe et nécessite d’être découverte de toute urgence. En effet, les 8 titres de death folk symphonique soufflent d’une grande fraîcheur et présentent tous un solide travail dans la musicalité. Les ambiances épiques se bousculent et nos Teutons nous plongent dans l’histoire, opportunité nous permettant de sortir de nos tracas quotidiens. Les compositions sont énergiques et l’on peut qualifier les éléments symphoniques de « dynamiques ». L’auditeur chemine au grand galop tout au long du temps qui passe. Les 2 minutes de « Tränk dein Herz » vous bousculent dans les cordes. Sur le superbe titre éponyme, Thyrfing pourrait refaire une cure de retour aux sources. Les chœurs sont prégnants. Et qu’extraordinaire est cette vitesse de jeu. « Ascheregen » apparaît quant à lui, bien plus sombre tout en se permettant de titiller les meilleures pointures de black symphonique. C’est vous dire la puissance du Death de Varus. Sur «Ein Lebewohl », le groupe nous montre aussi son aptitude à explorer la profondeur. En toute humilité, nous pouvons mesurer un grand apport qualitatif à la scène Folk dans l’hommage apporté par Varus. Imaginez leur puissance en concert, nous ne serions pas loin d’un séisme de 9 sur 10 sur l’échelle de Richter ; soit la destruction totale.

Revoilà les arrogants satanistes d’Ofermod. Cette entité comprenant le très sulfureux Michayah Belfagor, au passé carcéral bien empli, porte une véritable congruence dans sa dévotion au malin. Plus surprenant, dans la grande famille des chroniqueurs de la musique extrême, il n’y a jamais eu véritablement de consensus lorsqu’il s’est agi d’évaluer la qualité musicale du groupe. On aime ou on n’aime pas. Pour ma part, j’assume pleinement le fait d’apprécier le travail du groupe depuis le magistral EP « Mystérion Tés Anomias ». Et à l’écoute de ce 4e opus de leur carrière longue de 24 ans, je ne suis pas prêt de bouger ma position. D’emblée, « Persisting to Die in Thee » se laisse apprécier par un riffing assez mélodique qui peut vous faire penser au titanesque Morbid Angel de la meilleure époque sans être dans ce style. C’est propre, le son est bon, ça suinte la possession. « Tiamtü » nous plonge dans un espace nettement plus langoureux teinté de vieux thrash.  Chivah maltraite ses fûts pour notre plus grand plaisir tandis que Moloch brille de tout son chant dans les ténèbres musicales. Sur « Unfolding Paradow in Final Redemption », on peut apprécier le jeu énergique de basse de Tehom qui pose une chape de plomb sur le joli riffing guitaristique de Belfagor. Je me rappelle alors de la griffe orthodoxe qui était nettement présente sur l’excellent album « Sol Nox ». Je retrouve moins cette ambiance, ayant l’impression de camper dans une aire plus old school mais rondement menée. Sur le très bon «The Becoming of Pentagrammaton », le jeu de guitare offre une mélodie accrocheuse qui suit un encadrement rythmique judicieusement placé. Sans doute y en aura-t-il pour ne pas trouver de transcendance dans un morceau ayant de faux airs d’une base du style… Mais force est de constater que la sensation est là. Le groupe envoûte et vous entraine dans son atmosphère obscure. Ofermod sait aussi ralentir la cadence tout en gardant une certaine puissance à l’instar d’« A Man-like God » qui nous immerge dans les années 80’s. « The Seventh Temple » revient dans un registre nettement plus black et teinté de peps maitrisés. Oserions-nous croire qu’une forme de maturité envahit notre quatuor ? C’est le sentiment qui se dégage tout au long de l’écoute. Il y a comme une sorte de consolidation de l’expérience artistique qui se retranscrit dans une harmonie générale. L’album se termine sur le très bon morceau qu’est « A Likeness to Yah », dynamique, mélodique, incisif. Il est certain que ce petit bijou présente un haut potentiel de chauffage de Pit. Au final, Ofermod a réalisé un bon travail et est parvenu à créer 2 superbes hits qui rendent à cette œuvre un caractère assez attractif au vu des autres compositions qui restent très correctes. J’ai donc hâte de lire l’avis de mes confrères autant que de découvrir sur les réseaux sociaux si vous avez eu cette même sensation de force tranquille… je n’oserais dire de « sagesse ».

Non seulement l’Écosse est un pays magnifique, mais en plus, dans le monde du black atmosphérique, elle constitue un véritable terreau fertile de groupes ou projets dotés de solides compétences en matière de réalisation musicale. Tout digne amateur de ce courant apprécie certainement Saor, Bròn, Fuath ou encore Falloch. La terre des Scots n’a pas fini de nous livrer ses secrets et un autre projet mérite toute votre attention, c’est celui de Tom Perrett, véritable cheville ouvrière de son entité « Ruadh », comprenez par-là « Rouge », symbolique du sang, mais aussi griffe naturelle celte chez certains chevelus. C’est déjà le second album depuis une récente création de 2 années.

Franchement, cet opus mérite d’être écouté tant l’artiste parvient à nous placer dans une légèreté certaine, nous promenant dans des atmosphères aux superbes mélodies. 4 morceaux sortent véritablement du lot tant leur taille nous amène à les considérer comme de véritables joyaux. Tel est le cas d’« Embers », ouvrant l’opus au pas de course tout en portant une sorte de florilège de sonorités prégnantes. Le chant martial haché garde une marque légèrement Black qui est dominée par la lumière qui se dégage des mélodies plutôt épiques. Toujours dans ce même morceau, à la 4e minute, un tout autre univers lève son fin voile de pureté… et c’est une merveilleuse entrée dans le folk qui nous étreint, non sans une petite pointe de mélancolie pour s’envoler en apothéose dans la 6e minute.

Seconde pépite, « Winter Light » qui explose dans un registre plus orienté dans l’excentricité, mais contrôlée. La dimension Folk est plus vivifiée et votre envol se fera dans avec plus de célérité, mais toujours dans un havre portant assurément des dimensions magiques. Nous sommes plus ici dans une énergie d’ancrage.

Que dire aussi de ces 2 magistrales parties I et II du véritable chef-d’œuvre qu’est « Only Distant Echoes Reign » qui incite au recueillement sous la posture d’une grande humilité. La voix féminine et son chant mi-éthéré renforce davantage le travail d’orfèvrerie musicale.

Le titre éponyme m’a produit une étrange sensation, celle de glisser sur des terres plus mystiques avec des espaces typés « Anathema » et vers la 5e minute, une glissade plus shoegazienne dans l’univers d’Alcest ou des Discrets. Notons qu’il ne s’agit point dans mon esprit d’un reproche quelconque vu que le voyage est assez agréable.

Sur « Fields Of Heather », les riffs de guitare offrent un cadre assez souple, laissant la batterie tracer les balises et les garde-fous de ce superbe morceau qui capte véritablement votre âme. Le chant en voix claire vous immerge dans la méditation.

Au final se second opus montre un solide talent et me conforte dans vision très positive de l’école Black Ecossaise.

Écouter Ruadh, c’est voyager dans un parfait équilibre entre les 5 éléments.

Quelque part en Belgique : « Dis Papa, c’est quoi la différence entre le Death Black et le Black Death ? » - « Hein ! Tu en as d’autres des questions de la sorte ? » - « Non, mais concrètement ? » – « Écoute en gros lorsque la base musicale repose davantage sur le Death et que ce qui est véhiculé provient de l’essence du Black, on dit que c’est du Death Black et lorsque c’est l’inverse, on dit que c’est du Black Death… » — un long silence — « Tu as compris ? » – « Pas vraiment !!! » - il est l’heure d’aller coucher fils – du Death Black c’est Belphegor et du Black Death c’est Belphegor… Bonne nuit !!! »

Plus sérieusement, le groupe sur lequel je devais me pencher alors qu’est apparu le terrible Covid-19 n’aura pas attendu que je libère du temps pour sortir son album. Je ne connaissais pas ce quatuor australien et me suis donc empressé d’aller faire les recherches d’usage pour tenter de prendre meilleure mesure de leur parcours en 7 ans de carrière. Ces briscards en sont déjà à leur 4e opus d’une carrière dédiée au death black. Diantre, je retrouve Jared, ex-bassiste et ex-chanteur d’un groupe de black death symphonique que j’affectionne « Advent Sorrow ». Chez Earth Rot, au diable la basse, il sévit dans le chant. Allez, on teste le produit… 

En toute honnêteté, il ne faut pas 5 écoutes pour découvrir la puissance destructrice de ces artistes. C’est une véritable claque. Les titres défilent : « Dread Rebirth », « New Horns », « Towards a Godless Shrine » qui fait penser à de l’Entombed croisant du Gorefest, du Grave avec une touche très core. Le groove n’est pas laissé au placard et l’on peut apprécier la superbe complicité entre le bassiste et le batteur. La rythmique déménage tandis que les riffs perforants de Tom et Colin viennent vous botter les fesses avec une sacrée dose d’énergie. Sur « Unparalleled Gateways To Higher Obliteration », on peut savourer une approche plus mordante tant dans le chant que dans l’architecture acérée du morceau. Là, ça fait plus mal que les excellents Vital Remains. Des fibres plus black, je les trouve dans l’essence du très engagé « Ancestral Vengeance » qui garantit un décapage en bonne et due forme. « The Cape Of Storms », confirme la prédominance des notes Death Old School qui sont assez bien maîtrisées techniquement. Le son est propre aussi. Autre belle expérience de déluge sonore sur « Serpent’s Ocean ». Il est très difficile de rester stoïque sur cette ode virulente. « Mind Killer » vous donne la clé sur les intentions réelles de ces musicos, simplement vous éclater les neurones. Earth Rot est excellent dans ce registre plus brutal. La galette se ferme sur un surprenant très bluesy « Out In The Cold » qui suinte les fragrances australiennes à plein nez. Non, nous ne perdons pas notre esprit dans cette immersion de leur univers très typé et le pire, c’est que ces bougres sont doués et qu’ils peuvent accrocher un large auditoire musical par leur capacité syncrétique à brasser les sous-genres.

« Gamin, descends, un exemple pour te faire comprendre la différence entre le death black et le black death…viens écouter Earth Rot, tu vois, ça, c’est du bon Death Black »… « Ha oui, comme Belphegor ? » « Rooh, t’as rien compris gamin, retourne te coucher ».

Mais quel plaisir de retrouver ce groupe New-Yorkais doté de sa propre griffe, de son propre style et mieux encore, de découvrir l’alchimie musicale résultant de l’intégration de 3 nouveaux musiciens aux côtés du guitariste-chanteur, Mike HILL. Sans nous appesantir sur les nombreux changements de line-up opérés durant les 13 années d’existence du groupe, il m’apparaît évident que cela relève du karma de cette entité artistique.  C’est un peu comme si chaque aventure musicale avait pour mission d’évoluer et de porter une essence musicale toujours plus prégnante. Ce 4e EP remporte largement les lauriers de la transcendance tant le travail réalisé est totalement captivant. En toute humilité, les 6 titres de cette petite galette sont tous totalement attractifs et somptueux. « Monarchy of Shadows » démarre sur une introduction oppressante que le jeu de clavier de Terence Hannum parvient à emplir de beauté pour ensuite glisser dans un black mélodico- hardcoreux qui vous secoue d’emblée les méninges pour ensuite glisser dans une ambiance dark qui vous enserre les tripes. Votre conscience tressaute face au matraquage des fûts de Justin. La vélocité destructrice se déploie davantage sur le très agressif « Once Falls the Guillotine ». Par-delà cette brutalité, un parfait crossover est fait sur le refrain et on a l’occasion d’apprécier le bon groove du bassiste, Drew. Le morceau redémarre sur des aires plus thrash qui ne peuvent que faire osciller votre tête. À peine le temps de respirer et nous grimpons d’un étage dans la vitesse avec le superbe « Necro Alchemy » qui s’écarte cette fois de la sphère dark pour camper dans un black acerbe, à la mélodie parcimonieuse, mais bien présente dans la conduite du bal. Je revois là les géniaux belges de Cryptogenic qui sont pourtant bien plus ancrés dans le death apocalyptique à la souche hardcore. L’aventure se poursuit avec le fabuleux « Man Behind the Sun » nous plongeant dans un black grave et mélodique appuyé par une bonne rythmique pétulante à souhait. Le chant est mordant et monte dans l’incantation spirituelle sollicitant de bien sombres énergies. 

Sur « Path of Totality (Midnight Sun) », nous restons dans la haute cadence et évoluons cette fois dans une dimension encore plus incisive en raison du chant qui monte dans une sphère bien plus brutale. De bons breaks viennent glisser une puissance faramineuse. Le chant se complète par le timbre de Mike Goncalves. Enfin, « The Dark Rift » démarre dans une ambiance digne de Morbid Angel et se trouve exportée dans une aire très éthérée grâce à l’excellent travail de strings de Ben Karas. En tendant bien les oreilles on peut savourer en toile de fond, une véritable symphonie.

En conclusion, je pense tout simplement que Tombs vient de produire non seulement le chef-d’œuvre de sa carrière, mais un véritable chef-d’œuvre musical tant le point parfait d’équilibre a été trouvé dans ce nouvel espace de création. Je pense aussi que l’apport des 3 derniers musiciens embarqués dans le caveau y est aussi, en grande partie, pour beaucoup. L’inconvénient c’est que de faire aussi bien, nécessitera une solide dose de créativité tant il sera bien difficile de faire mieux que ce niveau bien haut perché.

09.03.20 19:22

DIESPNEA - "Pneuma"

Diable que le travail de ce duo transalpin est déstabilisant. Les deux musiciens Wolke et Anxitudo se laissent aller en totale liberté sans définir les rôles ni les balises. C’est donc en quelque sorte un premier album d’une très jeune carrière qui s’axe sur une totale improvisation. À l’écoute des 5 morceaux, une première impression se dégage. Diespnea parvient à croiser un black atmosphérique éthéré avec un black épique tel que pratiqué dans les années 90’s. Nous retrouvons « Immortale », leur tout premier single de 2019. Là où le duo bouscule tous les standards, c’est que tant dans le chant que dans leur musique, nous sommes balancés entre le mélodique structuré et la totale dissonance. Des arrangements difficilement supportables viennent déranger l’esprit tant nous ressentons des parties abrasives. « Nostos Algos » démarre dans une aire bien plus calme, mais les riffs aigus viendront rapidement vous réveiller. Le chant est superbe tant il suinte le nauséeux.

Hélas, nous versons souvent dans une sorte de bouillie sonore, une véritable « materia prima » impurifiable.

Si la dimension spirituelle se trouve dans le chant, nous découvrons un univers torturé campé dans une approche totalement syncrétique entre le bien et le mal. Diespnea nous offre du cash, comme si leur lecture du monde reprenait une forme de complétude, créant une dialectique dure, mais bien réelle.   C’est à un tel point qu’ « Intermezzo » est véritablement salvateur pour notre âme qui ne peut qu’être impactée par les constructions chaotiques nous sortant de notre zone de confort. Au niveau des références, on repense aux premiers albums de Blut Aus Nord. Si je rappelle que la gnose grecque voyait dans cette notion de pneuma une référence au souffle Divin ayant amené l’âme et l’esprit… Force est de constater que l’âme de Diespnea semble avoir été amenée par une entité bien plus obscure que lumineuse.  « Naufragio » m’apparaît comme étant un morceau nettement plus accessible et de toute beauté. Il nous replonge dans de lointaines origines et c’est un peu comme si nos artistes prenaient un cruel plaisir à nous noyer sous leur chape musicale construite sur les flux et reflux de marées poisseuses. « Gorgoneion » se montre bien plus atmosphérique et moins expérimental dans son architecture. Cette ode à la gorgone est menée dignement et l’on peut quasiment découvrir un tout autre prisme quant au regard porté sur cette créature mythique qui semble honorée plus que redoutée. En conclusion, cet album ne sera pas accessible à tous les esprits, à toutes les oreilles. Je vois cependant un énorme potentiel. Imaginons une production encore plus soignée, des atmosphères glissant plus vers des espaces de Beauté et nous grimperions encore d’une division. À suivre, car le duo ne vous laissera pas indemne.

Derrière Absolutus, nous retrouvons l’ardent travail de notre compatriote, Abstrusus. En 17 ans de sévices, le palmarès musical reste assez respectable si nous évoquons les 2 albums et 4 EP produits. « Numenon » sorti en novembre 2019 était donc le 4e labeur sous le format EP. La presse spécialisée n’a pas manqué d’établir des références avec Deathspell Omega et semble avoir été emballée davantage lors de la découverte du second opus de 2015, « Pugnare in iis Quae Obtinere Non Possis ». La création de ponts typés Dark Ambient dans le style Ulver, renforce l’intérêt que l’on peut porter à ce projet. Ce « Numenon » sort des sentiers battus sur le fond. Si jadis, certains évoquaient une forme d’orthodoxie dans les atmosphères saturées du musicien, j’entrevois désormais un crossover avec le post black plus spirituello-méditatif. Sur  « Prism of Mental Structure», nous sommes très clairement bercés par l’essence métaphysique originelle de toute chose. La perception par les sens est dépassée et nous sommes invités à rétropédaler pour revenir aux sources véritables de la matière. Le spectre du monde des idées de Platon vous effleure l’âme. La composition laisse ressortir une solide énergie vitale qui vient bousculer toute forme d’immobilisme. Sur sa lourde atmosphère teintée d’ambiant, « Continuum » parvient à vous mettre en plein éveil pour poursuivre le travail réflexif auquel nous sommes amenés inéluctablement. « The Authority of Reason » dégage une ambiance qui happe et perfore les neurones. Votre propre mental est interpellé. Nous faisons là l’expérience de la notion d’intelligible via la prise de conscience des limites de la raison, aussi imposante soit-elle. Nos sens sont mis à mal, la conscience vacille. Kant nous disait que nous ne pouvons atteindre la connaissance par l’usage de nos sens. J’ai le sentiment qu’Abstrusus ne prend pas parti dans ce débat et laisse l’auditeur se questionner en expérimentant lui-même, en toute liberté. « Presupposed Core of Cohesion » porte une sorte d’étendard Punkoïde recouvrant les aspects Noisy. L’efficacité visée en filigrane garde bien sa place. Toutefois, nous montons d’un cran et une nouvelle piste nous est donnée pour trancher le débat… La vision spinoziste remet en quelque sorte, l’église au milieu du village. La pensée immatérielle se distingue bien de la réalité matérielle, mais garde un lien avec les objets de cette même réalité. Il y a de la contenance dans la pensée. Qui doute encore du pouvoir de l’esprit sur la matière ? Certainement pas Abstrusus, qui a eu ici l’art d’inscrire cette réflexion métaphysique dans un univers musical en profonde cohérence avec son propre sujet. Il y a bien raffinement dans cette œuvre qui ne se laissera pas approcher sans travail de l’auditeur. Ce sera à lui d’aller chercher les pistes du créateur, selon sa propre vérité, sa propre sensibilité. Le noumène est-il bien définissable ? Il est à l’image de ce black inspiré. À vous de jouer.

Découvrir un nouvel opus de Thy Catafalque, c’est d’emblée s’attendre à être surpris. Notre prodigieux et sympathique génie hongrois, Tamás Kátai, âme pensante et cheville ouvrière de l’entité musicale qui nous occupe, reste toujours imprévisible. Ce serait un peu sortir de mon devoir de neutralité éthique que d’avouer que j’adorais les premiers albums de cet artiste hors-normes, porteurs, à l’époque, d’un black metal avant-gardiste totalement captivant. Puis en 2015, sur son 6e album, « Sgùrr », Tamás allait nous mettre face au mur. La presse spécialisée allait vivre un schisme considérable, les uns criant à l’hérésie face à l’orientation musicale de l’époque et les autres, toujours aptes à évaluer le fond « Catafalquien ». Qu’on le veuille ou non, en 2018, le 8e album «Geometria » allait nous apparaître comme étant un véritable chef-d’œuvre. Pour ma part, soucieux de combattre le repli identitaire musical du large monde du Black metal, j’ai fait mon deuil de ce qu’était Thy Catafalque jadis. Il fut, il est et sera. Le génie, ce n’est pas dans les titres de l’artiste que je le perçois, mais bien dans sa personnalité, aussi fantasque soit-elle. J’établis par ailleurs un corrélat entre l’évolution du travail de Tamás avec celui de Mirai Kawashima (Sigh). Oui, le changement fait peur… à certains plus que d’autres. N’avons-nous pas plus à gagner que de vivre la découverte d’un album à l’instant présent ? Au diable le passé, le futur reste un point fixe comme le disait si bien Rainer Maria Rilke. Et ce présent, que dit-il ? À l’écoute de «Naiv», je retrouve bien la personnalité de Messire Kátai. Il nous immerge toujours bien dans son propre univers avant-gardiste, teinté de progressif ancré dans un syncrétisme musical assez diversifié. On aime le lourd, qu’à cela ne tienne, «Vető » lâche un riffing Heavy Thrash à la Slayer, teinté de folk de type « Artrosis » pour ensuite nous promener dans des sonorités electro World. Dans le même registre, comment ne pas succomber au charme de l’excellent « A valóság kazamatái » ? Ce morceau joue sur la dualité émotionnelle, tantôt mordant sous des auspices industriels, tantôt apaisant via ses ambiances « Transe ».  Si j’évoquais un lien indicible avec Sigh, à l’écoute du très surprenant  « Kék madár (Négy kép) », nous découvrons une atmosphère Folk épique versant ensuite dans un cadre totalement relaxant, évoquant une musique de générique de feuilleton. Il est aussi question de fusion et en ce sens, « Számtalan színek » illustrerait à merveille une chorégraphie de danse contemporaine. Une amorce très swing-Jazzy vous percute sur « Tsitsushka » à la pétulance très mesurée.

Une dimension introspective nous est aussi donnée avec le superbe morceau qu’est « Embersólyom », véritable tremplin vers la vacuité. Au final, ce qu’on peut retenir de Thy Catafalque, c’est sa propension à vous remettre totalement en question, par-delà les clivages qui existent dans le monde musical. Tamás Kátai transcende toute frontière possible en remettant au centre l’essence même que ce que peut porter la musique. Son apport est avant tout une fonction réunificatrice. Ce 9e album possède en lui toute cette force. Le découvrir vous fera évoluer d’une manière ou d’une autre.

Ce qui est magnifique dans le monde du Black, c’est qu’il ne faut pas forcément nous trouver face à un groupe composé d’au moins 5 membres pour découvrir un résultat phénoménal. Tel est le cas avec le duo mystérieux constituant l’entité « Expostulation ». Ils viennent tous deux d’Europe ; l’un est batteur et l’autre chante et gratte. La démo qui me préoccupe ici n’est pas neuve puisqu’une première édition eut lieu en 2016 sous forme de cassettes tirées en 33 exemplaires sous le label « Abstruse Eerie Radiance ». Vous l’aurez compris, nous avons affaire ici à des puristes respectant l’esprit du Black orthodoxe. Mais voilà, lorsqu’un duo de cette qualité offre un univers intéressant, ce serait un crime de lèse-majesté que de nous priver d’une telle découverte. Et c’est donc via Rempart Immortel que la réédition allait être organisée toujours sous le même format, cette fois en 100 exemplaires. Au risque de brusquer cet art subtil voulant conserver l’esprit d’origine du monde de l’art noir, je voulais attirer votre attention sur le travail des musiciens. Cette démo, vous l’aurez compris, nous plonge dans la mythologie grecque avec son focus sur deux créatures marines légendaires du détroit de Messine. Charybde, fille de Gaia et Poséidon, allait voler dans les abysses en raison d’un appétit trop prononcé. C’est qu’il ne fut pas très inspiré de manger le bétail d’un fils de Zeus. Quant à Scylla, superbe nymphe transformée en monstre hideux suite à un sort issu de la jalousie de la magicienne Circé. Derrière ce récit du fond des âges se trouve un sens assez peu reluisant, vous en conviendrez… « Aller de mal en pis ». Ce qui est génial dans l’atmosphère du duo, c’est leur propension à nous plonger dans les abysses, dans la forte déliquescence. Nous tanguons sur l’océan pour ensuite entreprendre une plongée, non sans une certaine angoisse que le riffing de guitare vous restitue à merveille. La batterie donne le rythme des jambes pour vous forcer à palmer avec vigueur. Cette eau ne permet aucune visibilité… elle est presque poisseuse et vous ralentit.  « Movement I - Between Kharybdis and Scylla » comporte un black assez atmosphérique tout à fait captivant et doté d’une faculté à vous faire suffoquer… ça monte crescendo… tout à coup, brutalement, vous aurez la sensation que des tentacules surgis de nulle part, vous enserrent le tronc. Nous sommes happés inexorablement. Sur « Movement II - Strait of Messina », la messe est dite, cette seconde rencontre vous sera fatale. Le son râpeux transcende si bien cette bien lourde atmosphère… vous luttez, mais en vain. Expostulation offre une démo convaincante. Le potentiel est énorme et il y a fort à parier que leur musique plaira tant aux Trves qu’aux amateurs de Blut Aus Nord, de Kosmos, ainsi qu’à ceux de The Great Old Ones. Même si je préfère le son propre, force est de constater que le côté raw se prête bien mieux à l’essence de ce duo mystérieux.

Il est parfois intéressant de quitter sa zone de confort, en l’occurrence pour votre serviteur, celle du monde du Black metal, pour se pencher dans d’autres univers. J’avoue que c’est le nom du groupe qui a éveillé ma curiosité. Au diable mes attentes de riffs acérés, de chant torturé et des autres joyeusetés que nous pouvons trouver dans le monde de l’art noir. Ainsi ce jeune quatuor de 3 ans d’âge a opté pour se faire baptiser « L’élément sombre ». Cela prêterait à sourire surtout que les artistes évoluent dans le genre assez lumineux qu’est le power métal symphonique. Dès l’écoute de leur production, « Not Your Monster » me plonge dans le magistral univers onirique de Nightwish et en particulier dans son fabuleux « Imaginaerum ». Toutefois, il y a bien une sérieuse particularité venant du chant d’Anette Olzon. Le timbre envoûtant de son chant lyrique est bien prégnant et là, rien d’anormal… mais la dame nous offre, à elle seule, un second voyage… car elle nous transporte dans le monde de la Pop et là, c’est une autre image qui s’impose à l’esprit… le spectre d’une Madonna plane… Intégrer de la pop dans une base métallique diluée, serait-ce là l’élément sombre ? Non, du tout, cela a déjà été fait dans la grande histoire du métal et ma foi, sur l’ensemble des titres qui se suivent de manière naturelle, cela passe bien… et pire encore, cela transcende la matière première des musiciens. Le superbe « Songs The Night Sings », le plus sobre « Silence Between The Words », le plus épique « Pills On My Pillow » passeraient à merveille sur des radios FM courantes. Mais ne serait-ce pas là la petite partie d’ombre ? L’art des Finlandais à aller chercher Monsieur et Madame tout le monde pour les inviter à découvrir l’univers métal, quitte à adoucir les angles. Le groupe peut aussi offrir un moment de recueillement et le très agréable morceau qu’est « To Whatever End » parviendra aisément à apaiser les plus grands stressés de cette vie bien loin d’être fleuve tranquille. Je vois déjà les plus exigeants qui se diront, encore un groupe qui se joue le processus de starisation en injectant de la pop… non, c’est bien plus subtil ici…  « The Pallbearer Walks Alone » montre que le métal n’est pas abandonné, loin s’en faut… les artistes portent dans leur propre nature cette propension à fusionner les 2 courants majeurs et de manière tout à fait naturelle. Si doute il y a, il sera vite dissipé sur le très beau morceau « If I Had a Heart ». Enfin, cerise sur le gâteau, le très profond « I Have To Go » à l’âme teintée de Jazzy. Globalement, un bon travail permettant d’assurer le rayonnement d’un genre musical dynamisant vers une plus grande audience. Pourquoi pas ? D’autant plus que ce n’est pas mal du tout.

Deuxième album pour la jeune entité nous venant du Colorado. Mais quel étrange paradoxe que d’opter pour un titre évoquant le caractère saprophyte reposant sur la capacité d’ingérer de la matière organique dite « morte » surtout lorsque les artistes ont opté pour une plante bien vivace !!! C’est justement là toute la finesse de ces métalleux qui, mine de rien, remettent solidement en question la finitude qui fait si peur à l’être humain. Plus qu’un débat métaphysique, c’est, je pense, dans la mystique magique issue de la nuit des temps, que plonge Helleborus pour baliser son univers. La pochette nous plonge entre l’art de la divination chaldéenne à travers des symboles évoquant la vinification normale et celle de la création du poison ou d’un tout autre filtre... L’idée de transformation de l’âme n’est pas lointaine dans cette gnose déiste. Au niveau de leur univers musical, justement, les Américains parviennent à créer une musique puissante, sérieuse surfant sur le fil de deux frontières jouxtant le monde mélodique et celle du monde plus symphonique. Sur les 9 titres de ce bien bel opus, pas de fioritures pompeuses telles que nous pouvons trouver parmi les plus grands groupes mondiaux du sous-genre. Plongez dans ce superbe morceau qu’est « Juniper Shrine » et vous ressentirez d’emblée que le groupe n’est pas là pour jouer dans le second degré. La mort, ça les connait et cela suinte dans une dimension assez martiale. Les orchestrations plus typées du monde du symphonique se trouvent portées en bon dosage sur les morceaux assez épiques que sont « Decaying Observer » et « Blakulla's meadow ». Le chant assez déclamatoire de Wyatt Houseman l’installe dans un espace d’observation et assure une sorte d’objectivation sur le travail musical. C’est un peu comme s’il était en dehors de l’œuvre, en position méta, mais tout en irradiant les mélodies, amenant son énergie à impacter le rayonnement de l’ensemble musical. Sur le titre éponyme, nous voyons que le groupe parvient à créer une véritable force, mais pas comme l’on trouve dans les entités plus brutales… cette puissance vient de manière totalement fluidique, partant d’une attitude posée et montant dans les degrés de manière parfaitement naturelle. Il fait plaisir de découvrir des artistes qui portent un travail de qualité, tout en gardant la rigueur qui s’impose à l’exploration de cet univers bien sacré de la divination. Dans ce monde-là, pas d’intégration dans la légèreté. L’œuvre d’Helleborus parle d’elle-même et traversera, si vous êtes avertis, les pores de votre peau, les neurones de votre cerveau. Autre tremplin vers l’illumination.

Nous retrouvons les grands fans des Misfits qui sévissaient jadis au sein de Devils Whorehouse. Puis, il y a 8 ans, ils ont pris leur propre envol pour laisser libre cours à leur propre expression créatrice. On peut dire que le quatuor de Norrköping est productif puisqu’il s’agit déjà de leur 4e opus. Les premiers albums du groupe avaient laissé un sentiment très mitigé dans la presse spécialisée francophone. Leur travail était vu comme irrégulier et le chant était pointé comme n’étant pas au top.  Sur le troisième album, une amélioration était perceptible, n’en déplaise aux détracteurs. J’avoue que je n’étais pas très emballé de plonger sur cette œuvre nouvelle, empli d’a priori. Bien mal m’en a pris, car quelques écoutes plus tard, je dois avouer qu’il y a sérieuse évolution. C’est le meilleur album que les Suédois nous ont pondu et qui présente manifestement des signes évidents d’une maturité créatrice. Cette fois, sur les 11 titres, j’ai perçu nettement plus de cohérence entre les morceaux, suivant un certain fil conducteur assez Heavy doomesque et présentant des traces de bon vieux thrash. En dehors du superbe « He Who Hates », le punk semble avoir été écarté et franchement, tant mieux, car nous voyons enfin le trésor qui était caché dans l’âme des artistes. La mélodie est présente, la puissance est dosée avec intelligence. Le chant de Valentin m’a ici davantage convaincu. « Edge of the Wood » suinte l’essence de Slayer tout en préservant la griffe, désormais bien présente de Death Wolf. « Empower The Flame » et « The Sword » campent dans le thrash old school tout en parvenant à caresser l’efficacité des brillants Channel Zero à la période « Black Fuel ». À l’écoute du fabuleux « Funeral Pyre », nous plongeons dans un superbe doom tout en ayant à l’esprit le spectre de Paradise Lost.  « The Executioners Song » va nous amener dans les fondements du bon vieux heavy Doom qui se téléporte dans la modernité par l’énergie du chant. Les Suédois savent aussi composer un hit typé rock survitaminé et le démontrent aisément avec le bien agréable « Speak Through Fire ». « Serpents Hall » me scotche tant il m’emmène dans un univers proche de  Type O Negative, tout comme le très langoureux « Conquerors Dance ». Ma foi, cet album est plus que correct et risque fort de changer le prisme de la considération francophone à l’égard de Death Wolf. À mon sens, cet opus est un sérieux tremplin vers une reconnaissance méritée. Comme quoi, le travail finit toujours par payer. Bravo Death Wolf.

Un 9e album d’une légende vivante Norvégienne des années 90’s, on ne peut que sauter dessus. Ce qui reste assez exceptionnel avec ce groupe qui a connu quelques changements de line-up, c’est que, selon mes goûts, il n’y a dans leur carrière, aucun album à jeter. À chaque fois, les membres concernés furent à même de réaliser un black originel hautement qualitatif. Bien souvent, il n’y a pas de fioritures dans les morceaux qui campent véritablement l’essence du véritable Black de cette chère école nordique. Pour l’album qui nous occupe ici, par rapport au line-up stabilisé de 2016, hé oui, tout est possible, c’était l’occasion de découvrir l’alchimie que prendrait la forme du quatuor enrichi de l’arrivée du bassiste, Rammr. Jontho, ayant officiellement opté pour le chant il y a 3 ans, tient toujours ce poste avec brio aux côtés de son vieux bien sympathique comparse « gratteux », Bolverk. Derrière les fûts, le très efficace Malignant, cheville ouvrière de Dauden. L’opus délectera les fans de ce bon Black n’roll super énergique aux mélodies parcimonieuses et totalement envoûtantes. Deux splendides morceaux sortent allègrement du lot pourtant déjà bien efficace ; le titre éponyme qui lâche l’enfer sans introduction préalable ainsi que le très surprenant « Sanctimoneous » teinté d’une bien jolie mélancolie totalement transcendée. « Nemesis » vous plonge dans un riffing qui suinte bon Dissection mais tout en gardant la marque de fabrique identitaire ragnarokienne. « Gerasene Demoniac » s’inscrit dans cette même atmosphère qui vous accroche aux tripes. Sur « The Gospel of Judas Iscariot », les artistes jouent sur la rythmique, surfant sur les ralentissements de tempo pour mieux remonter dans la puissance. Qu’est-ce que cette galette norvégienne va donc donner en live ? Eh bien, pour avoir eu l’honneur de les voir au Belvédère le dimanche 24 novembre dans le cadre de leur tournée européenne, je peux vous assurer que c’est très efficace et que le public en a eu pour son argent, d’autant plus que 2 autres perles choisies par le groupe, passent très bien sur scène, « Chapel of Shadows » et le très pétulant « The Great Destroyer ». Qui plus est, nous avons affaire ici à des personnes qui gardent toute leur humanité derrière leur art noir et qui restent très proches de leur public. Ne dit-on pas qu’on a la classe ou qu’on n’en a pas ? Voyez-vous, pour Ragnarok, la question ne se pose même pas.

Bingo, voilà mon album favori de Death metal de l’année 2019. À l’écoute du second opus de la carrière de ces artistes de Thionville cumulant déjà 10 ans d’expérience, le constat est sans appel. J’ai bien eu le temps d’enchaîner les écoutes pour prendre le recul et objectiver au mieux les critères qui seraient mes références pour déterminer la cotation finale.  Le quintet a pris soin de créer 11 morceaux qui possèdent tous leur propre singularité. Aucune redondance. La composition musicale est soignée, dans un seul et même morceau, nous alternons les rythmes et les images se démultiplient en notre esprit. L’ensemble est doté d’une solide puissance teintée d’une magistrale pétulance. Deux joyaux démontrent aisément que Nihilism rivalise aisément, oui, j’ose le dire, avec Six Feet Under et parvient même à le surclasser… j’ai ciblé ici les superbes « A Wall » et « Akatheeb ». Lorsque nos musiciens prennent un tempo plus lent, ils n’en demeurent pas moins efficaces. « Slaves Of The Sacred Rites » bien ancré dans une agréable mélodie, nous offre une démonstration d’orfèvrerie en matière d’aptitude à créer un tube technique ayant aussi une facette d’apparente simplicité. Dans ce beau morceau, plane l’âme de Tiamat sur « Whatever That Hurtsplane ». « RIP » prend le même chemin en dévoilant un tout autre visage ô combien sombre, mais totalement prégnant. Le titre éponyme quant à lui, s’inscrit davantage dans une certaine linéarité, mais que ne renierait pas Pestilence. L’esprit Rock n’roll hante le très groovy « The Sin's Cost ». Deux autres perles vous happent littéralement : « A Bunch Of Bones » et « Custom Of Shame » qui trace sans freiner. Nihilism a amplement démontré tout son talent et s’est hissé au mérite au panthéon du Death français. Vivement le 3e album.

Ce quatuor nous vient d’Arnhem et s’en va doucement vers ses 6 ans d’ancienneté. Pour l’heure, ces musiciens versés dans le métal symphonique nous sortent le second EP de leur jeune carrière. De mon humble avis, il faut oser s’aventurer dans ce registre lorsque nous connaissons tout le lustre de l’excellente école Batave en la matière… Est-il bien nécessaire de citer Within Temptation, Epica, Delain et After Forever ? Oui, justement au vu de la réputation de ces Seigneurs de la scène mondiale ; il est bon de le rappeler. Egeria n’a pas encore une telle réputation mais apporte toute sa dévotion avec une grande humilité. A l’écoute des 5 titres, il serait de mauvaise foi de prétendre qu’il n’y a pas là qualités intrinsèques. « What Lies Beneath » offre une mélodie pausée et prégnante. Si la carte de la simplicité est jouée, le morceau n’en reste pas moins bien ficelé et architecturalement intéressant. Ça peut sembler manquer de puissance avec la seule guitare de Maurice. La basse de Joris peut paraître légèrement en retrait et trop sage au niveau du groove. Le jeu de batterie pourrait être plus avenant et engagé. Là où le groupe excelle véritablement, c’est dans le registre plus mélancolique où le timbre de voix de la charmante Nicole vous transporte littéralement. Deux perles transcendent cet EP : « The Rise Of The Fallen Queen » avec son ambiance légèrement épique et le somptueux « Shattered Mirrors » qui porte une noirceur de toute Beauté. Le jeu de clavier de Max, s’il est sobre, se montre surtout judicieux tant il laisse un bon espace d’expression aux autres membres et s’ancre dans une belle osmose avec l’ensemble. Cerise sur le gâteau, « Dawn Breaks » s’inscrit à merveille dans l’essence du genre. Donnez-lui un batteur fou, un second guitariste et ce groupe gravira les échelons. C’est déjà très plaisant.

L’amitié lorsqu’elle est solide, cumulée avec une passion commune pour le Punk, le Grind et le Death,  peut amener une force créatrice que rien ne peut arrêter lorsqu’elle est décidée. Tel est le cas avec ce super groupe Danois fondé il y a 9 ans et regroupant de véritables baroudeurs de la scène de Copenhague. Jugez-en plutôt, les 2 ex-guitaristes Franz Hellboss et Mircea Gabriel Eftemie ayant gratté pour Volbeat et Mnemic. Au chant, le pétulant Thrasheur, Michael Olsson. A la basse, Mikael Ehlert, surtout connu chez nous pour son travail chez HateSphere et justement, son comparse  Morten Toft Hansen            derrière les fûts. En 2013 sortait un EP de 3 titres,  « Kill Your Tyrants » qui allait nous donner une première idée de la puissance de feu déployée par nos joyeux drilles. Quelques tournées plus tard, le résultat de cette heureuse union n’allait pas échapper au fameux label Nuclear Blast qui allait se faire joie de les signer. Blood Eagle a décidé de frapper fort en cet an sans grâce de 2019 et de manière assez originale, en sortant 3 EP portant le même titre mais se distinguant sobrement par les numéros I à III et par la couleur de la pochette. Blood Eagle inverse le processus de l’alchimie puisqu’ils passent de l’œuvre au blanc à la rouge pour terminer par la noire. La première partie était sortie le 20 septembre et la dernière est prévue pour le 22 novembre. A l’écoute des 2 premières parties, nous prenons carrément un camion dans la face. Un riffing lourd vous assomme littéralement comme si vous étiez face à un Machine Head qui lance un crossover avec un death assez nordique dans son timbre musical. Sur « Impact Irreversible », sous certains aspects, le chant s’en va presque flirter avec les plus gros standards du Hardcore. Sur la seconde partie, il est essentiel de découvrir le superbe et décapant « Eyes Sewn Shut », véritable hymne guerrier. « Doctrine Of Death » poursuit dans le style et au pas de course, s’il vous plaît. Retrouver le génial tube de 2013 qu’est « Kill Your Tyrants » est un clin d’œil plus qu’appréciable. « For Those Who Remain » vous apparaîtra comme étant le slow du groupe, se laissant glisser dans un bon heavy bien dynamique…mais c’est évidemment un slow tempo dont on ne se relève pas. Les Danois nous font comprendre que nous ne sommes pas là pour rigoler. Et puis, nous voilà dans cette 3ème partie de l’œuvre éclatée… gardant la bonne recette offerte jusque-là. « A Life That Rots Away » ouvre le bal, des damnés, en augmentant d’un cran encore, cette faculté d’oppression de l’auditeur. Le travail est efficace. « Worship The Wolf » montre un côté assez acéré en optant pour une ambiance à la Morbid Angel mais là les blessés sont achevés. La réalisation est brillante. Nous terminons sur un « Wall Of Hate » nettement plus rapide et totalement captivant malgré que ce tube vous coupera très certainement le souffle. Nous sentons l’amour que les Danois portent à Napalm Death. Evidemment, je garderai toujours une haute estime pour les géniaux Konkhra mais comment ne pas tomber sous le charme de Blood Eagle au vu de la puissance que leur union dégage ? Assurément, c’est là une solide plus-value de cette scène qui risque fort d’être mise plus que jamais à l’honneur. Tous mes respects.

Ha l’Australie, superbe pays qui fait tant rêver et qui en matière de Black metal possède quelques solides fleurons (Midnight Odissey, Destroyer 666, Elysian Blaze, Nazxul, Ruins, Drowning the Light,…). En vérité, je vous le dis, voici un jeune groupe avec lequel il faudra compter dans la catégorie du Black Death mélodique. J’ai nommé King, cuvée de Melbourne, d’à peu près 6 ans d’âge, sévissant sous forme de  trio. A son actif, King possède déjà un album sorti en 2016 « Reclaim the Darkness » qui semble avoir récolté un franc succès sur ses terres. Je vous avoue découvrir ce groupe via le nouvel opus.

A l’écoute des 10 morceaux, nous découvrons une véritable puissance dans l’ensemble, vous plongeant dans un climat glacial et austère. Les musiciens sont inspirés, la technique est au rendez-vous et plus encore, la magie d’ensemble qui se dégage de leur Black Death nourri d’heavy Rock boosté. J’attire ici l’attention sur 2 titres qui m’apparaissent être de véritables perles du genre : « One More War » et « Beyond the Exosphere » à la mélodie totalement envoûtante et au refrain rehaussé par des chœurs sobres. Le côté Death sort magistralement sur le très entraînant « My Master, My Sword, My Fire » qui flirte avec la mélodie Nordique avec une quadrature typée western sans que cela soit péjoratif. Avec le titre éponyme, nous sentons toute la profondeur de ce groupe qui semble vouer un culte Déiste au caractère Divin de la Nature. La pochette est somptueuse, elle l’était déjà pour leur premier album. Les autres titres fusent avec grande légèreté et plus encore, fluidité ; le tout portant une bien solide cohérence globale. L’âme de Satyricon, période post mélodique, plane sur nos Australiens. Le growl de Tony Forde est dynamique et engagé. Le jeu de batterie de David Haley se colle à merveille à l’architecture flamboyante des morceaux. Assurément, King monte sur le podium des grands de son Pays et part à la conquête de l’Europe, peut-être ?

Il était une fois un petit groupe de Virginie qui allait se lancer dans une histoire bien compliquée. Pour tenter de faire simple, il faudrait être Docteur es Death metal pour pouvoir citer ce groupe, certainement inconnu dans notre Europe chérie. Bethledeign, c’est comme les Transformers, phase 1 de mutation qui a duré 5 ans pour passer en 2006 à la phase 2 « Xaoc » pour ensuite, en 2016, prendre son envol sous le vocable de « Construct of Lethe ». Plus sérieusement, c’est la faute à Tony Petrocelly, le genre d’homme hyper bosseur que l’on trouve partout en Tout… Je vous passe ses périodes de batterie… (Lord, Affasia, ...) de guitare (Dead Syndicate, …), … Bref, vous aurez compris, une bête de combat. En sus, c’est un individu d’une haute humilité, qui se contente de vivre le sentiment d’étrangeté qu’a causé sa pulsion de sortir un album de son premier groupe officiel, Bethledeign en se permettant le luxe de mettre le même titre de l’unique EP de 2017 qu’il avait sorti avec Xaoc, et, je pense, Dave, son actuel comparse de Construct of Lethe. Vous me suivez toujours là ? Bref, pour en revenir à cet album bouclant son propre triumvirat… Le Tony nous fait découvrir une pure splendeur et là, je pèse encore plus les mots. Les Geeks auront sans doute découvert le superbe titre de 2005 « Domain » sur Youtube. Nous retrouvons ce solide titre ainsi que du matériel de la phase 1 de mutation ; le très mélodique « Besieged by Night » hanté par une inspiration de l’école Suédoise ainsi que le fulgurant « Eight Pointed Star ». De Xaoc, nous retrouvons le plus sobre mais non moins clinquant « Opens/Eviscerates », le très pétulant « Invoking the Apostasy » et le titre éponyme. Ainsi que le très perforant « Prey for Oblivion » que n’aurait pas renié Morbid Angel. Synthétiquement, leur Death transpire le Blackened tout en jouant sur des mélodies efficaces. Ils sont plus rapides que Deicide et tout aussi mordants que Krisiun. Cet album est une pure tuerie qui fera bien des heureux et bien au-delà de la seule Virginie. Top 3 de mes coups de cœur Death 2019.

Il n’est jamais trop tard pour se pencher sur un album et ce constat est d’autant plus vrai qu’il s’agit des Bavarois d’Atlantean Kodex ayant sorti leur 3ème album en une carrière bien riche de 14 années dédiées à un sous-genre dont on peut dire sans fanfaronnerie, qu’ils assurent la principale référence si je me garde d’omettre les Danois d’Altar of Oblivion qui semblent mener une carrière assez parallèle. Pour ce 3ème opus, une nouvelle venue à la barre, Coralie Baier chargée de manier la lead guitare. Au vu de la qualité du groupe déjà connue chez les afficionados, il n’y avait à mon sens que deux paramètres nécessitant la vigilance lors de l’écoute ; le premier étant la plus-value ou non apportée par ce renfort de charme et le second, la capacité de nos cousins Germains à maintenir l’apport d’un résultat qualitativement correct. Ces 10 titres ne déçoivent pas. Si ce n’est déjà fait, il vous faudra plusieurs écoutes pour essayer d’apprivoiser ce nouveau Codex. C’est avec brio que nos musiciens traitent tantôt le côté heavy, « People of the Moon» ou encore « Lion of Chaldea (The Heroes' Journey) » ; heavy assez bien ficelé malgré son essence standardisée. Nos artistes sont aussi capables de subjuguer à l’instar de la perle de plus de 3 minutes qu’est « The Innermost Light » qui parvient à transcender la mélancolie pour en faire une œuvre de pure « Beauté ». Le chant de Markus y contribue fortement. Sur « Chariots (Descending from Zagros) », le caractère épique est mis à l’honneur avec un jeu de guitares assez pétulant et accrocheur. Dans le versant Doomesque, je fus touché par le superbe «  A Secret Byzantium  ». L’album est très bon, c’est indéniable. Quant à Coralie, elle semble fondue dans l’ensemble, en parfaite osmose. Que demander de plus ? Encore…

Il est fréquent d’entendre que tout a déjà été fait en matière de Metal symphonique. Pourquoi réserver une telle vision à ce sous-genre ? Objectivement, un tel discours vient surtout de personnes qui n’aiment pas cette scène. Une autre position consiste à découvrir par-delà tout jugement et se laisser entraîner dans l’univers des groupes qui défendent « bec et ongles » leur passion. En 2019, le groupe Inhepsie m’a totalement ravi. Pourtant, voilà que ledit ravissement doit partager une place d’ex aequo avec ce quintet qui nous vient du pays de la petite sirène. D’expérience assez jeune, 2 ans, voilà qu’Ethereal Kingdoms nous sort son tout premier album. Le constat est sans appel… Les 9 titres composant l’œuvre sont totalement captivants. Leur metal est généreux tant dans les orchestrations raffinées que dans les riffings de guitare de Christian Rasmussen. Plus que dans des groupes pourtant mondialement connus, nous trouvons des passages bien agressifs grâce à l’excellent jeu de batterie de Jon Elmquist. Comment ne pas être subjugué par le chant spatial de Sofia Schmidt ? Tout y est est… des plages de Folk sur le magistral « Embrace me », du brutal sur l’excellent « Ashes within » qui fait penser aux débuts de l’école Batave avec, entre autres, Orphanage. « Apparition » se trouve déjà dans un niveau supérieur au « Enter » de Within Temptation. Douceur et mélodie rock hantent le très inspiré « Distance ». Nous retrouvons logiquement le single de 2018 « Beginnings », morceau classique dans ce registre. L’ensemble de l’album s’écoute sans transitions, sans jamais se lasser. Ce premier essai est transformé comme diraient les rugbymans. Dans leur miroir, j’ai vu de la beauté et la capacité à nous pondre un jour un véritable chef d’œuvre dans ce bien noble style. Fermez les yeux et écoutez…