Morbid Domi

Morbid Domi

Derrière Absolutus, nous retrouvons l’ardent travail de notre compatriote, Abstrusus. En 17 ans de sévices, le palmarès musical reste assez respectable si nous évoquons les 2 albums et 4 EP produits. « Numenon » sorti en novembre 2019 était donc le 4e labeur sous le format EP. La presse spécialisée n’a pas manqué d’établir des références avec Deathspell Omega et semble avoir été emballée davantage lors de la découverte du second opus de 2015, « Pugnare in iis Quae Obtinere Non Possis ». La création de ponts typés Dark Ambient dans le style Ulver, renforce l’intérêt que l’on peut porter à ce projet. Ce « Numenon » sort des sentiers battus sur le fond. Si jadis, certains évoquaient une forme d’orthodoxie dans les atmosphères saturées du musicien, j’entrevois désormais un crossover avec le post black plus spirituello-méditatif. Sur  « Prism of Mental Structure», nous sommes très clairement bercés par l’essence métaphysique originelle de toute chose. La perception par les sens est dépassée et nous sommes invités à rétropédaler pour revenir aux sources véritables de la matière. Le spectre du monde des idées de Platon vous effleure l’âme. La composition laisse ressortir une solide énergie vitale qui vient bousculer toute forme d’immobilisme. Sur sa lourde atmosphère teintée d’ambiant, « Continuum » parvient à vous mettre en plein éveil pour poursuivre le travail réflexif auquel nous sommes amenés inéluctablement. « The Authority of Reason » dégage une ambiance qui happe et perfore les neurones. Votre propre mental est interpellé. Nous faisons là l’expérience de la notion d’intelligible via la prise de conscience des limites de la raison, aussi imposante soit-elle. Nos sens sont mis à mal, la conscience vacille. Kant nous disait que nous ne pouvons atteindre la connaissance par l’usage de nos sens. J’ai le sentiment qu’Abstrusus ne prend pas parti dans ce débat et laisse l’auditeur se questionner en expérimentant lui-même, en toute liberté. « Presupposed Core of Cohesion » porte une sorte d’étendard Punkoïde recouvrant les aspects Noisy. L’efficacité visée en filigrane garde bien sa place. Toutefois, nous montons d’un cran et une nouvelle piste nous est donnée pour trancher le débat… La vision spinoziste remet en quelque sorte, l’église au milieu du village. La pensée immatérielle se distingue bien de la réalité matérielle, mais garde un lien avec les objets de cette même réalité. Il y a de la contenance dans la pensée. Qui doute encore du pouvoir de l’esprit sur la matière ? Certainement pas Abstrusus, qui a eu ici l’art d’inscrire cette réflexion métaphysique dans un univers musical en profonde cohérence avec son propre sujet. Il y a bien raffinement dans cette œuvre qui ne se laissera pas approcher sans travail de l’auditeur. Ce sera à lui d’aller chercher les pistes du créateur, selon sa propre vérité, sa propre sensibilité. Le noumène est-il bien définissable ? Il est à l’image de ce black inspiré. À vous de jouer.

Découvrir un nouvel opus de Thy Catafalque, c’est d’emblée s’attendre à être surpris. Notre prodigieux et sympathique génie hongrois, Tamás Kátai, âme pensante et cheville ouvrière de l’entité musicale qui nous occupe, reste toujours imprévisible. Ce serait un peu sortir de mon devoir de neutralité éthique que d’avouer que j’adorais les premiers albums de cet artiste hors-normes, porteurs, à l’époque, d’un black metal avant-gardiste totalement captivant. Puis en 2015, sur son 6e album, « Sgùrr », Tamás allait nous mettre face au mur. La presse spécialisée allait vivre un schisme considérable, les uns criant à l’hérésie face à l’orientation musicale de l’époque et les autres, toujours aptes à évaluer le fond « Catafalquien ». Qu’on le veuille ou non, en 2018, le 8e album «Geometria » allait nous apparaître comme étant un véritable chef-d’œuvre. Pour ma part, soucieux de combattre le repli identitaire musical du large monde du Black metal, j’ai fait mon deuil de ce qu’était Thy Catafalque jadis. Il fut, il est et sera. Le génie, ce n’est pas dans les titres de l’artiste que je le perçois, mais bien dans sa personnalité, aussi fantasque soit-elle. J’établis par ailleurs un corrélat entre l’évolution du travail de Tamás avec celui de Mirai Kawashima (Sigh). Oui, le changement fait peur… à certains plus que d’autres. N’avons-nous pas plus à gagner que de vivre la découverte d’un album à l’instant présent ? Au diable le passé, le futur reste un point fixe comme le disait si bien Rainer Maria Rilke. Et ce présent, que dit-il ? À l’écoute de «Naiv», je retrouve bien la personnalité de Messire Kátai. Il nous immerge toujours bien dans son propre univers avant-gardiste, teinté de progressif ancré dans un syncrétisme musical assez diversifié. On aime le lourd, qu’à cela ne tienne, «Vető » lâche un riffing Heavy Thrash à la Slayer, teinté de folk de type « Artrosis » pour ensuite nous promener dans des sonorités electro World. Dans le même registre, comment ne pas succomber au charme de l’excellent « A valóság kazamatái » ? Ce morceau joue sur la dualité émotionnelle, tantôt mordant sous des auspices industriels, tantôt apaisant via ses ambiances « Transe ».  Si j’évoquais un lien indicible avec Sigh, à l’écoute du très surprenant  « Kék madár (Négy kép) », nous découvrons une atmosphère Folk épique versant ensuite dans un cadre totalement relaxant, évoquant une musique de générique de feuilleton. Il est aussi question de fusion et en ce sens, « Számtalan színek » illustrerait à merveille une chorégraphie de danse contemporaine. Une amorce très swing-Jazzy vous percute sur « Tsitsushka » à la pétulance très mesurée.

Une dimension introspective nous est aussi donnée avec le superbe morceau qu’est « Embersólyom », véritable tremplin vers la vacuité. Au final, ce qu’on peut retenir de Thy Catafalque, c’est sa propension à vous remettre totalement en question, par-delà les clivages qui existent dans le monde musical. Tamás Kátai transcende toute frontière possible en remettant au centre l’essence même que ce que peut porter la musique. Son apport est avant tout une fonction réunificatrice. Ce 9e album possède en lui toute cette force. Le découvrir vous fera évoluer d’une manière ou d’une autre.

Ce qui est magnifique dans le monde du Black, c’est qu’il ne faut pas forcément nous trouver face à un groupe composé d’au moins 5 membres pour découvrir un résultat phénoménal. Tel est le cas avec le duo mystérieux constituant l’entité « Expostulation ». Ils viennent tous deux d’Europe ; l’un est batteur et l’autre chante et gratte. La démo qui me préoccupe ici n’est pas neuve puisqu’une première édition eut lieu en 2016 sous forme de cassettes tirées en 33 exemplaires sous le label « Abstruse Eerie Radiance ». Vous l’aurez compris, nous avons affaire ici à des puristes respectant l’esprit du Black orthodoxe. Mais voilà, lorsqu’un duo de cette qualité offre un univers intéressant, ce serait un crime de lèse-majesté que de nous priver d’une telle découverte. Et c’est donc via Rempart Immortel que la réédition allait être organisée toujours sous le même format, cette fois en 100 exemplaires. Au risque de brusquer cet art subtil voulant conserver l’esprit d’origine du monde de l’art noir, je voulais attirer votre attention sur le travail des musiciens. Cette démo, vous l’aurez compris, nous plonge dans la mythologie grecque avec son focus sur deux créatures marines légendaires du détroit de Messine. Charybde, fille de Gaia et Poséidon, allait voler dans les abysses en raison d’un appétit trop prononcé. C’est qu’il ne fut pas très inspiré de manger le bétail d’un fils de Zeus. Quant à Scylla, superbe nymphe transformée en monstre hideux suite à un sort issu de la jalousie de la magicienne Circé. Derrière ce récit du fond des âges se trouve un sens assez peu reluisant, vous en conviendrez… « Aller de mal en pis ». Ce qui est génial dans l’atmosphère du duo, c’est leur propension à nous plonger dans les abysses, dans la forte déliquescence. Nous tanguons sur l’océan pour ensuite entreprendre une plongée, non sans une certaine angoisse que le riffing de guitare vous restitue à merveille. La batterie donne le rythme des jambes pour vous forcer à palmer avec vigueur. Cette eau ne permet aucune visibilité… elle est presque poisseuse et vous ralentit.  « Movement I - Between Kharybdis and Scylla » comporte un black assez atmosphérique tout à fait captivant et doté d’une faculté à vous faire suffoquer… ça monte crescendo… tout à coup, brutalement, vous aurez la sensation que des tentacules surgis de nulle part, vous enserrent le tronc. Nous sommes happés inexorablement. Sur « Movement II - Strait of Messina », la messe est dite, cette seconde rencontre vous sera fatale. Le son râpeux transcende si bien cette bien lourde atmosphère… vous luttez, mais en vain. Expostulation offre une démo convaincante. Le potentiel est énorme et il y a fort à parier que leur musique plaira tant aux Trves qu’aux amateurs de Blut Aus Nord, de Kosmos, ainsi qu’à ceux de The Great Old Ones. Même si je préfère le son propre, force est de constater que le côté raw se prête bien mieux à l’essence de ce duo mystérieux.

Il est parfois intéressant de quitter sa zone de confort, en l’occurrence pour votre serviteur, celle du monde du Black metal, pour se pencher dans d’autres univers. J’avoue que c’est le nom du groupe qui a éveillé ma curiosité. Au diable mes attentes de riffs acérés, de chant torturé et des autres joyeusetés que nous pouvons trouver dans le monde de l’art noir. Ainsi ce jeune quatuor de 3 ans d’âge a opté pour se faire baptiser « L’élément sombre ». Cela prêterait à sourire surtout que les artistes évoluent dans le genre assez lumineux qu’est le power métal symphonique. Dès l’écoute de leur production, « Not Your Monster » me plonge dans le magistral univers onirique de Nightwish et en particulier dans son fabuleux « Imaginaerum ». Toutefois, il y a bien une sérieuse particularité venant du chant d’Anette Olzon. Le timbre envoûtant de son chant lyrique est bien prégnant et là, rien d’anormal… mais la dame nous offre, à elle seule, un second voyage… car elle nous transporte dans le monde de la Pop et là, c’est une autre image qui s’impose à l’esprit… le spectre d’une Madonna plane… Intégrer de la pop dans une base métallique diluée, serait-ce là l’élément sombre ? Non, du tout, cela a déjà été fait dans la grande histoire du métal et ma foi, sur l’ensemble des titres qui se suivent de manière naturelle, cela passe bien… et pire encore, cela transcende la matière première des musiciens. Le superbe « Songs The Night Sings », le plus sobre « Silence Between The Words », le plus épique « Pills On My Pillow » passeraient à merveille sur des radios FM courantes. Mais ne serait-ce pas là la petite partie d’ombre ? L’art des Finlandais à aller chercher Monsieur et Madame tout le monde pour les inviter à découvrir l’univers métal, quitte à adoucir les angles. Le groupe peut aussi offrir un moment de recueillement et le très agréable morceau qu’est « To Whatever End » parviendra aisément à apaiser les plus grands stressés de cette vie bien loin d’être fleuve tranquille. Je vois déjà les plus exigeants qui se diront, encore un groupe qui se joue le processus de starisation en injectant de la pop… non, c’est bien plus subtil ici…  « The Pallbearer Walks Alone » montre que le métal n’est pas abandonné, loin s’en faut… les artistes portent dans leur propre nature cette propension à fusionner les 2 courants majeurs et de manière tout à fait naturelle. Si doute il y a, il sera vite dissipé sur le très beau morceau « If I Had a Heart ». Enfin, cerise sur le gâteau, le très profond « I Have To Go » à l’âme teintée de Jazzy. Globalement, un bon travail permettant d’assurer le rayonnement d’un genre musical dynamisant vers une plus grande audience. Pourquoi pas ? D’autant plus que ce n’est pas mal du tout.

Deuxième album pour la jeune entité nous venant du Colorado. Mais quel étrange paradoxe que d’opter pour un titre évoquant le caractère saprophyte reposant sur la capacité d’ingérer de la matière organique dite « morte » surtout lorsque les artistes ont opté pour une plante bien vivace !!! C’est justement là toute la finesse de ces métalleux qui, mine de rien, remettent solidement en question la finitude qui fait si peur à l’être humain. Plus qu’un débat métaphysique, c’est, je pense, dans la mystique magique issue de la nuit des temps, que plonge Helleborus pour baliser son univers. La pochette nous plonge entre l’art de la divination chaldéenne à travers des symboles évoquant la vinification normale et celle de la création du poison ou d’un tout autre filtre... L’idée de transformation de l’âme n’est pas lointaine dans cette gnose déiste. Au niveau de leur univers musical, justement, les Américains parviennent à créer une musique puissante, sérieuse surfant sur le fil de deux frontières jouxtant le monde mélodique et celle du monde plus symphonique. Sur les 9 titres de ce bien bel opus, pas de fioritures pompeuses telles que nous pouvons trouver parmi les plus grands groupes mondiaux du sous-genre. Plongez dans ce superbe morceau qu’est « Juniper Shrine » et vous ressentirez d’emblée que le groupe n’est pas là pour jouer dans le second degré. La mort, ça les connait et cela suinte dans une dimension assez martiale. Les orchestrations plus typées du monde du symphonique se trouvent portées en bon dosage sur les morceaux assez épiques que sont « Decaying Observer » et « Blakulla's meadow ». Le chant assez déclamatoire de Wyatt Houseman l’installe dans un espace d’observation et assure une sorte d’objectivation sur le travail musical. C’est un peu comme s’il était en dehors de l’œuvre, en position méta, mais tout en irradiant les mélodies, amenant son énergie à impacter le rayonnement de l’ensemble musical. Sur le titre éponyme, nous voyons que le groupe parvient à créer une véritable force, mais pas comme l’on trouve dans les entités plus brutales… cette puissance vient de manière totalement fluidique, partant d’une attitude posée et montant dans les degrés de manière parfaitement naturelle. Il fait plaisir de découvrir des artistes qui portent un travail de qualité, tout en gardant la rigueur qui s’impose à l’exploration de cet univers bien sacré de la divination. Dans ce monde-là, pas d’intégration dans la légèreté. L’œuvre d’Helleborus parle d’elle-même et traversera, si vous êtes avertis, les pores de votre peau, les neurones de votre cerveau. Autre tremplin vers l’illumination.

Nous retrouvons les grands fans des Misfits qui sévissaient jadis au sein de Devils Whorehouse. Puis, il y a 8 ans, ils ont pris leur propre envol pour laisser libre cours à leur propre expression créatrice. On peut dire que le quatuor de Norrköping est productif puisqu’il s’agit déjà de leur 4e opus. Les premiers albums du groupe avaient laissé un sentiment très mitigé dans la presse spécialisée francophone. Leur travail était vu comme irrégulier et le chant était pointé comme n’étant pas au top.  Sur le troisième album, une amélioration était perceptible, n’en déplaise aux détracteurs. J’avoue que je n’étais pas très emballé de plonger sur cette œuvre nouvelle, empli d’a priori. Bien mal m’en a pris, car quelques écoutes plus tard, je dois avouer qu’il y a sérieuse évolution. C’est le meilleur album que les Suédois nous ont pondu et qui présente manifestement des signes évidents d’une maturité créatrice. Cette fois, sur les 11 titres, j’ai perçu nettement plus de cohérence entre les morceaux, suivant un certain fil conducteur assez Heavy doomesque et présentant des traces de bon vieux thrash. En dehors du superbe « He Who Hates », le punk semble avoir été écarté et franchement, tant mieux, car nous voyons enfin le trésor qui était caché dans l’âme des artistes. La mélodie est présente, la puissance est dosée avec intelligence. Le chant de Valentin m’a ici davantage convaincu. « Edge of the Wood » suinte l’essence de Slayer tout en préservant la griffe, désormais bien présente de Death Wolf. « Empower The Flame » et « The Sword » campent dans le thrash old school tout en parvenant à caresser l’efficacité des brillants Channel Zero à la période « Black Fuel ». À l’écoute du fabuleux « Funeral Pyre », nous plongeons dans un superbe doom tout en ayant à l’esprit le spectre de Paradise Lost.  « The Executioners Song » va nous amener dans les fondements du bon vieux heavy Doom qui se téléporte dans la modernité par l’énergie du chant. Les Suédois savent aussi composer un hit typé rock survitaminé et le démontrent aisément avec le bien agréable « Speak Through Fire ». « Serpents Hall » me scotche tant il m’emmène dans un univers proche de  Type O Negative, tout comme le très langoureux « Conquerors Dance ». Ma foi, cet album est plus que correct et risque fort de changer le prisme de la considération francophone à l’égard de Death Wolf. À mon sens, cet opus est un sérieux tremplin vers une reconnaissance méritée. Comme quoi, le travail finit toujours par payer. Bravo Death Wolf.

Un 9e album d’une légende vivante Norvégienne des années 90’s, on ne peut que sauter dessus. Ce qui reste assez exceptionnel avec ce groupe qui a connu quelques changements de line-up, c’est que, selon mes goûts, il n’y a dans leur carrière, aucun album à jeter. À chaque fois, les membres concernés furent à même de réaliser un black originel hautement qualitatif. Bien souvent, il n’y a pas de fioritures dans les morceaux qui campent véritablement l’essence du véritable Black de cette chère école nordique. Pour l’album qui nous occupe ici, par rapport au line-up stabilisé de 2016, hé oui, tout est possible, c’était l’occasion de découvrir l’alchimie que prendrait la forme du quatuor enrichi de l’arrivée du bassiste, Rammr. Jontho, ayant officiellement opté pour le chant il y a 3 ans, tient toujours ce poste avec brio aux côtés de son vieux bien sympathique comparse « gratteux », Bolverk. Derrière les fûts, le très efficace Malignant, cheville ouvrière de Dauden. L’opus délectera les fans de ce bon Black n’roll super énergique aux mélodies parcimonieuses et totalement envoûtantes. Deux splendides morceaux sortent allègrement du lot pourtant déjà bien efficace ; le titre éponyme qui lâche l’enfer sans introduction préalable ainsi que le très surprenant « Sanctimoneous » teinté d’une bien jolie mélancolie totalement transcendée. « Nemesis » vous plonge dans un riffing qui suinte bon Dissection mais tout en gardant la marque de fabrique identitaire ragnarokienne. « Gerasene Demoniac » s’inscrit dans cette même atmosphère qui vous accroche aux tripes. Sur « The Gospel of Judas Iscariot », les artistes jouent sur la rythmique, surfant sur les ralentissements de tempo pour mieux remonter dans la puissance. Qu’est-ce que cette galette norvégienne va donc donner en live ? Eh bien, pour avoir eu l’honneur de les voir au Belvédère le dimanche 24 novembre dans le cadre de leur tournée européenne, je peux vous assurer que c’est très efficace et que le public en a eu pour son argent, d’autant plus que 2 autres perles choisies par le groupe, passent très bien sur scène, « Chapel of Shadows » et le très pétulant « The Great Destroyer ». Qui plus est, nous avons affaire ici à des personnes qui gardent toute leur humanité derrière leur art noir et qui restent très proches de leur public. Ne dit-on pas qu’on a la classe ou qu’on n’en a pas ? Voyez-vous, pour Ragnarok, la question ne se pose même pas.

Bingo, voilà mon album favori de Death metal de l’année 2019. À l’écoute du second opus de la carrière de ces artistes de Thionville cumulant déjà 10 ans d’expérience, le constat est sans appel. J’ai bien eu le temps d’enchaîner les écoutes pour prendre le recul et objectiver au mieux les critères qui seraient mes références pour déterminer la cotation finale.  Le quintet a pris soin de créer 11 morceaux qui possèdent tous leur propre singularité. Aucune redondance. La composition musicale est soignée, dans un seul et même morceau, nous alternons les rythmes et les images se démultiplient en notre esprit. L’ensemble est doté d’une solide puissance teintée d’une magistrale pétulance. Deux joyaux démontrent aisément que Nihilism rivalise aisément, oui, j’ose le dire, avec Six Feet Under et parvient même à le surclasser… j’ai ciblé ici les superbes « A Wall » et « Akatheeb ». Lorsque nos musiciens prennent un tempo plus lent, ils n’en demeurent pas moins efficaces. « Slaves Of The Sacred Rites » bien ancré dans une agréable mélodie, nous offre une démonstration d’orfèvrerie en matière d’aptitude à créer un tube technique ayant aussi une facette d’apparente simplicité. Dans ce beau morceau, plane l’âme de Tiamat sur « Whatever That Hurtsplane ». « RIP » prend le même chemin en dévoilant un tout autre visage ô combien sombre, mais totalement prégnant. Le titre éponyme quant à lui, s’inscrit davantage dans une certaine linéarité, mais que ne renierait pas Pestilence. L’esprit Rock n’roll hante le très groovy « The Sin's Cost ». Deux autres perles vous happent littéralement : « A Bunch Of Bones » et « Custom Of Shame » qui trace sans freiner. Nihilism a amplement démontré tout son talent et s’est hissé au mérite au panthéon du Death français. Vivement le 3e album.

Ce quatuor nous vient d’Arnhem et s’en va doucement vers ses 6 ans d’ancienneté. Pour l’heure, ces musiciens versés dans le métal symphonique nous sortent le second EP de leur jeune carrière. De mon humble avis, il faut oser s’aventurer dans ce registre lorsque nous connaissons tout le lustre de l’excellente école Batave en la matière… Est-il bien nécessaire de citer Within Temptation, Epica, Delain et After Forever ? Oui, justement au vu de la réputation de ces Seigneurs de la scène mondiale ; il est bon de le rappeler. Egeria n’a pas encore une telle réputation mais apporte toute sa dévotion avec une grande humilité. A l’écoute des 5 titres, il serait de mauvaise foi de prétendre qu’il n’y a pas là qualités intrinsèques. « What Lies Beneath » offre une mélodie pausée et prégnante. Si la carte de la simplicité est jouée, le morceau n’en reste pas moins bien ficelé et architecturalement intéressant. Ça peut sembler manquer de puissance avec la seule guitare de Maurice. La basse de Joris peut paraître légèrement en retrait et trop sage au niveau du groove. Le jeu de batterie pourrait être plus avenant et engagé. Là où le groupe excelle véritablement, c’est dans le registre plus mélancolique où le timbre de voix de la charmante Nicole vous transporte littéralement. Deux perles transcendent cet EP : « The Rise Of The Fallen Queen » avec son ambiance légèrement épique et le somptueux « Shattered Mirrors » qui porte une noirceur de toute Beauté. Le jeu de clavier de Max, s’il est sobre, se montre surtout judicieux tant il laisse un bon espace d’expression aux autres membres et s’ancre dans une belle osmose avec l’ensemble. Cerise sur le gâteau, « Dawn Breaks » s’inscrit à merveille dans l’essence du genre. Donnez-lui un batteur fou, un second guitariste et ce groupe gravira les échelons. C’est déjà très plaisant.

L’amitié lorsqu’elle est solide, cumulée avec une passion commune pour le Punk, le Grind et le Death,  peut amener une force créatrice que rien ne peut arrêter lorsqu’elle est décidée. Tel est le cas avec ce super groupe Danois fondé il y a 9 ans et regroupant de véritables baroudeurs de la scène de Copenhague. Jugez-en plutôt, les 2 ex-guitaristes Franz Hellboss et Mircea Gabriel Eftemie ayant gratté pour Volbeat et Mnemic. Au chant, le pétulant Thrasheur, Michael Olsson. A la basse, Mikael Ehlert, surtout connu chez nous pour son travail chez HateSphere et justement, son comparse  Morten Toft Hansen            derrière les fûts. En 2013 sortait un EP de 3 titres,  « Kill Your Tyrants » qui allait nous donner une première idée de la puissance de feu déployée par nos joyeux drilles. Quelques tournées plus tard, le résultat de cette heureuse union n’allait pas échapper au fameux label Nuclear Blast qui allait se faire joie de les signer. Blood Eagle a décidé de frapper fort en cet an sans grâce de 2019 et de manière assez originale, en sortant 3 EP portant le même titre mais se distinguant sobrement par les numéros I à III et par la couleur de la pochette. Blood Eagle inverse le processus de l’alchimie puisqu’ils passent de l’œuvre au blanc à la rouge pour terminer par la noire. La première partie était sortie le 20 septembre et la dernière est prévue pour le 22 novembre. A l’écoute des 2 premières parties, nous prenons carrément un camion dans la face. Un riffing lourd vous assomme littéralement comme si vous étiez face à un Machine Head qui lance un crossover avec un death assez nordique dans son timbre musical. Sur « Impact Irreversible », sous certains aspects, le chant s’en va presque flirter avec les plus gros standards du Hardcore. Sur la seconde partie, il est essentiel de découvrir le superbe et décapant « Eyes Sewn Shut », véritable hymne guerrier. « Doctrine Of Death » poursuit dans le style et au pas de course, s’il vous plaît. Retrouver le génial tube de 2013 qu’est « Kill Your Tyrants » est un clin d’œil plus qu’appréciable. « For Those Who Remain » vous apparaîtra comme étant le slow du groupe, se laissant glisser dans un bon heavy bien dynamique…mais c’est évidemment un slow tempo dont on ne se relève pas. Les Danois nous font comprendre que nous ne sommes pas là pour rigoler. Et puis, nous voilà dans cette 3ème partie de l’œuvre éclatée… gardant la bonne recette offerte jusque-là. « A Life That Rots Away » ouvre le bal, des damnés, en augmentant d’un cran encore, cette faculté d’oppression de l’auditeur. Le travail est efficace. « Worship The Wolf » montre un côté assez acéré en optant pour une ambiance à la Morbid Angel mais là les blessés sont achevés. La réalisation est brillante. Nous terminons sur un « Wall Of Hate » nettement plus rapide et totalement captivant malgré que ce tube vous coupera très certainement le souffle. Nous sentons l’amour que les Danois portent à Napalm Death. Evidemment, je garderai toujours une haute estime pour les géniaux Konkhra mais comment ne pas tomber sous le charme de Blood Eagle au vu de la puissance que leur union dégage ? Assurément, c’est là une solide plus-value de cette scène qui risque fort d’être mise plus que jamais à l’honneur. Tous mes respects.

Ha l’Australie, superbe pays qui fait tant rêver et qui en matière de Black metal possède quelques solides fleurons (Midnight Odissey, Destroyer 666, Elysian Blaze, Nazxul, Ruins, Drowning the Light,…). En vérité, je vous le dis, voici un jeune groupe avec lequel il faudra compter dans la catégorie du Black Death mélodique. J’ai nommé King, cuvée de Melbourne, d’à peu près 6 ans d’âge, sévissant sous forme de  trio. A son actif, King possède déjà un album sorti en 2016 « Reclaim the Darkness » qui semble avoir récolté un franc succès sur ses terres. Je vous avoue découvrir ce groupe via le nouvel opus.

A l’écoute des 10 morceaux, nous découvrons une véritable puissance dans l’ensemble, vous plongeant dans un climat glacial et austère. Les musiciens sont inspirés, la technique est au rendez-vous et plus encore, la magie d’ensemble qui se dégage de leur Black Death nourri d’heavy Rock boosté. J’attire ici l’attention sur 2 titres qui m’apparaissent être de véritables perles du genre : « One More War » et « Beyond the Exosphere » à la mélodie totalement envoûtante et au refrain rehaussé par des chœurs sobres. Le côté Death sort magistralement sur le très entraînant « My Master, My Sword, My Fire » qui flirte avec la mélodie Nordique avec une quadrature typée western sans que cela soit péjoratif. Avec le titre éponyme, nous sentons toute la profondeur de ce groupe qui semble vouer un culte Déiste au caractère Divin de la Nature. La pochette est somptueuse, elle l’était déjà pour leur premier album. Les autres titres fusent avec grande légèreté et plus encore, fluidité ; le tout portant une bien solide cohérence globale. L’âme de Satyricon, période post mélodique, plane sur nos Australiens. Le growl de Tony Forde est dynamique et engagé. Le jeu de batterie de David Haley se colle à merveille à l’architecture flamboyante des morceaux. Assurément, King monte sur le podium des grands de son Pays et part à la conquête de l’Europe, peut-être ?

Il était une fois un petit groupe de Virginie qui allait se lancer dans une histoire bien compliquée. Pour tenter de faire simple, il faudrait être Docteur es Death metal pour pouvoir citer ce groupe, certainement inconnu dans notre Europe chérie. Bethledeign, c’est comme les Transformers, phase 1 de mutation qui a duré 5 ans pour passer en 2006 à la phase 2 « Xaoc » pour ensuite, en 2016, prendre son envol sous le vocable de « Construct of Lethe ». Plus sérieusement, c’est la faute à Tony Petrocelly, le genre d’homme hyper bosseur que l’on trouve partout en Tout… Je vous passe ses périodes de batterie… (Lord, Affasia, ...) de guitare (Dead Syndicate, …), … Bref, vous aurez compris, une bête de combat. En sus, c’est un individu d’une haute humilité, qui se contente de vivre le sentiment d’étrangeté qu’a causé sa pulsion de sortir un album de son premier groupe officiel, Bethledeign en se permettant le luxe de mettre le même titre de l’unique EP de 2017 qu’il avait sorti avec Xaoc, et, je pense, Dave, son actuel comparse de Construct of Lethe. Vous me suivez toujours là ? Bref, pour en revenir à cet album bouclant son propre triumvirat… Le Tony nous fait découvrir une pure splendeur et là, je pèse encore plus les mots. Les Geeks auront sans doute découvert le superbe titre de 2005 « Domain » sur Youtube. Nous retrouvons ce solide titre ainsi que du matériel de la phase 1 de mutation ; le très mélodique « Besieged by Night » hanté par une inspiration de l’école Suédoise ainsi que le fulgurant « Eight Pointed Star ». De Xaoc, nous retrouvons le plus sobre mais non moins clinquant « Opens/Eviscerates », le très pétulant « Invoking the Apostasy » et le titre éponyme. Ainsi que le très perforant « Prey for Oblivion » que n’aurait pas renié Morbid Angel. Synthétiquement, leur Death transpire le Blackened tout en jouant sur des mélodies efficaces. Ils sont plus rapides que Deicide et tout aussi mordants que Krisiun. Cet album est une pure tuerie qui fera bien des heureux et bien au-delà de la seule Virginie. Top 3 de mes coups de cœur Death 2019.

Il n’est jamais trop tard pour se pencher sur un album et ce constat est d’autant plus vrai qu’il s’agit des Bavarois d’Atlantean Kodex ayant sorti leur 3ème album en une carrière bien riche de 14 années dédiées à un sous-genre dont on peut dire sans fanfaronnerie, qu’ils assurent la principale référence si je me garde d’omettre les Danois d’Altar of Oblivion qui semblent mener une carrière assez parallèle. Pour ce 3ème opus, une nouvelle venue à la barre, Coralie Baier chargée de manier la lead guitare. Au vu de la qualité du groupe déjà connue chez les afficionados, il n’y avait à mon sens que deux paramètres nécessitant la vigilance lors de l’écoute ; le premier étant la plus-value ou non apportée par ce renfort de charme et le second, la capacité de nos cousins Germains à maintenir l’apport d’un résultat qualitativement correct. Ces 10 titres ne déçoivent pas. Si ce n’est déjà fait, il vous faudra plusieurs écoutes pour essayer d’apprivoiser ce nouveau Codex. C’est avec brio que nos musiciens traitent tantôt le côté heavy, « People of the Moon» ou encore « Lion of Chaldea (The Heroes' Journey) » ; heavy assez bien ficelé malgré son essence standardisée. Nos artistes sont aussi capables de subjuguer à l’instar de la perle de plus de 3 minutes qu’est « The Innermost Light » qui parvient à transcender la mélancolie pour en faire une œuvre de pure « Beauté ». Le chant de Markus y contribue fortement. Sur « Chariots (Descending from Zagros) », le caractère épique est mis à l’honneur avec un jeu de guitares assez pétulant et accrocheur. Dans le versant Doomesque, je fus touché par le superbe «  A Secret Byzantium  ». L’album est très bon, c’est indéniable. Quant à Coralie, elle semble fondue dans l’ensemble, en parfaite osmose. Que demander de plus ? Encore…

Il est fréquent d’entendre que tout a déjà été fait en matière de Metal symphonique. Pourquoi réserver une telle vision à ce sous-genre ? Objectivement, un tel discours vient surtout de personnes qui n’aiment pas cette scène. Une autre position consiste à découvrir par-delà tout jugement et se laisser entraîner dans l’univers des groupes qui défendent « bec et ongles » leur passion. En 2019, le groupe Inhepsie m’a totalement ravi. Pourtant, voilà que ledit ravissement doit partager une place d’ex aequo avec ce quintet qui nous vient du pays de la petite sirène. D’expérience assez jeune, 2 ans, voilà qu’Ethereal Kingdoms nous sort son tout premier album. Le constat est sans appel… Les 9 titres composant l’œuvre sont totalement captivants. Leur metal est généreux tant dans les orchestrations raffinées que dans les riffings de guitare de Christian Rasmussen. Plus que dans des groupes pourtant mondialement connus, nous trouvons des passages bien agressifs grâce à l’excellent jeu de batterie de Jon Elmquist. Comment ne pas être subjugué par le chant spatial de Sofia Schmidt ? Tout y est est… des plages de Folk sur le magistral « Embrace me », du brutal sur l’excellent « Ashes within » qui fait penser aux débuts de l’école Batave avec, entre autres, Orphanage. « Apparition » se trouve déjà dans un niveau supérieur au « Enter » de Within Temptation. Douceur et mélodie rock hantent le très inspiré « Distance ». Nous retrouvons logiquement le single de 2018 « Beginnings », morceau classique dans ce registre. L’ensemble de l’album s’écoute sans transitions, sans jamais se lasser. Ce premier essai est transformé comme diraient les rugbymans. Dans leur miroir, j’ai vu de la beauté et la capacité à nous pondre un jour un véritable chef d’œuvre dans ce bien noble style. Fermez les yeux et écoutez…

 

Cette formation de 13 ans d’ancienneté, si elle avait eu l’outrecuidance de laisser entrevoir un bon potentiel, allait en 4 ans, gagner davantage d’expérience jusqu’à nous pondre un véritable chef d’œuvre. Classifions-les en tant que porteurs d’un Black polymorphique. Il y avait un sens à ce que ces 4 artistes se rencontrent pour produire ensemble un échange d’une grande richesse, permettant l’émergence d’un style sortant de l’ordinaire. Leur but n’est pas de faire accoucher nos esprits, ils auraient alors opté pour le nom de « Maïeutic » mais bien d’accoucher de leur propre potentiel. Cet opus est fabuleux tant il démontre de solides qualités techniques et une capacité de créativité peu commune. 6 titres forment la matière organique de cette œuvre de vérité. Le titre éponyme, décomposé en 2 parties, l’une ouvrant l’album et l’autre, la bouclant  nous plonge dans un rythme assez progressif et bien dense. Le génie du quatuor réside dans le fait qu’il parvient à nous faire imaginer un croisement parfait entre Borknagar et Enslaved dans sa seconde vie. Leur secret, un jeu de batterie typé Rock mais bien vivace flanqué par des guitares nous susurrant de très jolies mélodies. La basse vient consolider le tout à travers un petit grain groovy qui s’accorde à merveille avec l’ensemble. Le chant dur se laisse caresser par les chœurs clairs et ce tout porte une forte cohésion dans l’unité. « Infinitus » insuffle la partie éthérée de l’album  avec la juste dose d’agressivité. « Suspiramus » et non pas « Spiramus », pur morceau de musique baroque introspective est ici reprise de manière magistrale. « Universum » lance une référence assez Thrashisée et bien robuste. « Vocat » dégage un Doom somptueux mais bien ancré dans le monde du vivant. Maïeutiste est sorti de sa caverne pour mieux nous balancer sa propre lumière créatrice et ma foi, c’est prodigieux. Pour moi, la surprise de l’année 2019.

En matière de Death metal, la France n’arrête pas de nous surprendre. Les nostalgiques verront défiler dans leurs louables pensées : Agressor, Mercyless, Loudblast, Massacra, Carcariass… et puis, comment ne pas songer aux géniaux Sires de Mithridatic ? Et j’en oublie pas mal de ces bons ambassadeurs acquis à la cause du Death décliné à toutes les sauces. En cet an de grâce 2019, voilà que m’est donné l’honneur de découvrir Blightmass, nous venant de Lyon et doté d’un frontman Californien. Blightmass n’est pas sans expérience vu que les membres avaient déjà montré pendant 5 ans, via quelques morceaux plantureux, leur puissance de frappe en matière de Death old-school dans l’entité Purgatory Unleashed. 13 titres alimentent cette galette assez diversifiée et loin d’être dénuée d’intérêt. Blightmass démontre de larges compétences à créer des atmosphères diversifiées et à nous faire voyager dans le temps. L’intro et l’Outro nous plongent dans une sombre contemplation très éthérée. On a l’impression d’observer la terre à travers un voile spectral. Le très martial « My Embrace » vous balance de très belles sensations comme si ce morceau fut créé il y a plus de 20 ans. Sepultura aurait pu le glisser sur « Chaos A.D ». Au niveau pétulance, j’attire votre attention sur le superbe « To Have Bled the Price » qui joue sur le dosage énergétique entre accélérations et ambiances apaisantes. « Misery from Martyrdom » démontre la capacité d’un bon jeu guitaristique bien mordant. Le growl de Jechael présente un très bon niveau et s’en va flirter allègrement avec un Incantation au meilleur de sa forme. Les notes de basse d’Ullerkens m’apparaissent judicieusement posées dans l’ensemble et offrent ainsi une belle liberté de frappe à Splathammer. Le titre éponyme de l’album me replonge légèrement dans l’univers de Sarcofago avec quelques petits relents de Vital Remains. Clairement, ce premier opus est captivant.

Ce groupe s’est vu reprocher le choix stratégique de ne pas changer de nom suite au départ, en 2016, de la merveilleuse Liv Kristine, perçue comme l’âme de Leave’s Eyes. Dès lors les puristes, surtout nostalgiques, allaient sans doute projeter leurs propres regrets sur la qualité du dernier album : « Sign of the Dragonhead », sorti l’année passée. Ne serait-il pas grand temps de tourner la page ? Ce nouvel EP montre que la nouvelle entité est toujours bien là, plus motivée que jamais et toujours avec le formidable travailleur qu’est Alexander Krull (Cheville ouvrière d’Atrocity). Les 4 titres de l’EP qui nous préoccupe, dégagent le sentiment que l’harmonie règne. Le groupe a trouvé son propre créneau même si techniquement nous aurions une réductrice envie de les classifier entre Nightwish et Xandria. Le titre éponyme suinte le très bon métal symphonique légèrement Folkisé. Elina Siirala, à l’évidence, chante avec le cœur sur un morceau aux riches mélodies. Alex apporte les petites notes agressives sans vouloir élever cette hargne mordante que les amateurs d’extrême attendent. Les riffs sont prenants et offrent un solide dynamisme. « Serkland », à contrario, apporte cette touche Folk Celtique pourtant jouée par des Germains. Je vous invite à y voir le fait que le Metal en ressort gagnant, riche de cette diversité dotée d’une certaine magie. Les chœurs sont plus en retrait, ce qui nous permet de savourer véritablement l’œuvre. « Night of the Ravens » nous entraîne dans un univers plus épique sans qu’il y ait excès. Tout est dans la mesure. Les orchestrations sont judicieusement posées. Mention spéciale à la magnifique reprise de « Douce Nuit », magistralement interprétée et transcendée par le canon chantant. Cette véritable pépite éblouira votre âme de Metalleux. Leave’s Eyes s’est bien métamorphosé en un « Grand » de la scène Metal symphonique.

02.11.19 05:59

AVSLUT - "Tyranni"

Le quintet de Stockholm, en à peine 3 années d’existence, nous revient déjà avec un nouvel album après avoir laissé entrevoir de très bonnes choses lors de la sortie, l’année passée, de son très bon premier opus « Deceptis ». Les connaisseurs auront encore en mémoire les riffs imparables de la solide pépite « Martyrium ». Alors, au Nord, rien de nouveau ? Sur ses 9 titres, Avslut joue toujours avec célérité et avec un niveau plus que correct, un Black mélodique du cru. Le chant de Christian Jönsson Baad est net et sans bavure. Le frontman crache sa hargne dans sa langue natale. Les riffings des guitares nous plongent dans l’univers captivant de Dark Funeral sans paraître pomper le maître au vu de la classe des musiciens. « Stigens ände » prend littéralement aux tripes, tel « The arrival of Satans Empire ». Le titre éponyme est bien plus sobre tout en étant assez martial ; autant dire, redoutablement efficace. Au vu de la vitesse d’exécution des autres brûlots, autant dire que « Likvidering » vous apparaîtra comme un slow sous amphétamines. En matière de brutalité pure, « Underjordens apostlar » vous cloue au mur dès les premières notes. Une autre pépite que ne renierait pas Marduk réside dans l’essence dégagée par le superbe « Pestens lärjungar » qui ancre l’auditeur en profondeur. L’album se dévore littéralement dès la première écoute et sur les suivantes, ce sont des oreilles acquises à la cause AVSLUT qui poursuivront leur décryptage de ces sonorités envoûtantes et assez captivantes. C’est un album réussi qui, de mon humble avis, hisse AVSLUT sur la scène de la 1ère Division Suédoise de Black metal. Vivement les découvrir en concert.

Mosaic nous vient de Thuringe, région de l’Allemagne centrale située entre deux fleuves ; l’Elbe et le Weser. Le groupe est conduit sous le leadership de Martin van Valkenstijn, multi-instrumentiste et bassiste chez les géniaux néofolkeux d’Empyrium. Passons les nombreux splits de ces Teutons pour attirer l’attention sur la sortie de ce 3ème E.P., annonciateur d’un album à venir le 13 décembre, intitulé « Secret Ambrosian Fire ». Les 2 titres de « Cloven Fires », les « feux fendus », nous indiquent clairement que nous avons là des artistes versés dans l’alchimie. Pour découvrir leur univers, nous disposons de 7’14, ni plus, ni moins. Le titre éponyme dégage une belle vivacité, oserai-je dire, une réelle incandescence car sous les vapeurs éthérées de leur écrasante atmosphère sonore, nous nous trouvons clairement dans une œuvre au rouge car chaque note semble dégager une essence bien particulière. Le tintement final d’une clochette laisse à penser que votre esprit est directement visé. Mosaic assure une véritable transmission via ses ondes sonores. Les amateurs de Blut Aus Nord et de Pénitence Onirique devraient apprécier. « Ambrosia » quant à lui nous plonge dans un univers nettement plus Dark et presque mielleux comme le nectar réservé aux Divinités Grecques. En croisant ces 2 titres, l’on peut légitimement déduire que la voie alchimique empruntée par Mosaic est celle de la quête de l’immortalité. C’est un peu comme si ce monde avait atteint ses limites et voguait vers sa finitude pendant que nos Teutons possèdent un exutoire leur permettant d’assurer leur propre subsistance. Vivement décembre pour découvrir l’album et ainsi trouver d’autres clés à ce Folk suprême.

Derrière ce nom de groupe rendant homme au Grand-Duc et trésorier des enfers,  adoré par les Philistins, se cache un quintet nous venant tout droit de Toronto. En 6 années d’existence, les artistes nous sortent leur 3ème EP. Musicalement, leur style semble nous mener dans divers arcanes du monde du métal. Leurs influences sont multiples et ils peuvent créer des ambiances à géométrie musicale variable. Le mot « liberté » semble fondamental au chanteur, Astaroth et à ses comparses. Aucune condescendance chez eux car ils nouent des liens respectueux forts avec toute personne qui se donnera la peine de découvrir leur univers.  Leur auditorat sera qualifié de « Source ». Je pense par-là que les artistes nous font comprendre que nous aussi, pourrons nourrir leur force créatrice par l’interaction créée.  « Ascendance » il y a bien. Si le précédent EP « Omnipotence - The Infinite Darkness » nous plongeait davantage dans un univers Thrashy, il y a ici une toute autre ambiance qui se dégage sans nullement manquer d’intérêt. Passons la très honorable reprise de Cradle Of Filth, « Her Ghost in the Fog » qui respecte l’essence originelle de cette pépite. Dès l’écoute d’ « I am Fire I am Death (Alpha) » et d’ « I am Fire I am Death (Omega) » nous sommes transportés dans un Black Death symphonico-mélodique soufflant une grande fraîcheur. C’est même paradoxal car le groupe semble animé par l’élémentaire Feu. L’alchimie qu’ils dégagent est nourrissante tant leur musique semble revisiter l’univers gothique en l’inscrivant dans un cadre de modernité sans bouger à son caractère sacré. Entre riffs énergiques de guitares, basse sobre de bon aloi, claviers éthérés, chant mordant, Astaroth Incarnate nous transporte véritablement, décolle notre âme du monde terrestre. Un superbe voyage que nous leur devons.