11.04.21 10:12

Suicidal Madness

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Parmi les sous-genres du Black metal, il en est un qui fait moins l’objet de critiques tant il se développe au-delà de nos ressentis et qu’il parvient à se régénérer à travers les époques ; c’est le black atmosphérique dit « dépressif ». Pourtant, l’on pourrait se dire qu’il n’y a rien de neuf à ce que des artistes expriment un mal être sur les notes qu’ils sortent de leurs tripes. Là où l’intérêt se pose, c’est la manière avec laquelle ils le font. Le détour par les Français de Suicidal Madness est recommandé à tout lecteur ayant une accroche généraliste du metal car exprimer des souffrances, nous l’avons compris, c’est une chose, mais, en 10 ans d’existence, tels des alchimistes, nos voisins ont démontré de solides capacités à transmuter la sombre matière. Suicidal Madness, c’est désormais un quintet qui fête 10 années d’existence et surtout, qui procède à un relifting de réalisations passées à travers un excellent E.P., « Vestiges d’une ère ». Pour en parler avec Metal’Art, Psycho, une des chevilles ouvrières du groupe, n’hésite aucunement à livrer ses états d’âme.

Bonjour Psycho, tout d’abord, comment vas-tu en cette période assez compliquée pour le commun des mortels ? Assez bien merci, malgré les hauts et les bas que l'on rencontre tous depuis de longs mois maintenant, j'arrive plus ou moins à garder une certaine stabilité émotionnelle, ce qui m'empêche de trop sombrer. Mais le moral prend quand même un coup, il faut bien l'avouer, je survis surtout grâce à la musique, en restant extrêmement productif et aussi grâce à la famille, les amis... Je crois que sans tout ça j'aurais déjà clairement perdu pied.

Mine de rien, en tant que guitariste, les années s’écoulent et ton expérience se capitalise toujours plus. En tant que musicien, que ressens-tu dans ton évolution personnelle ? Savoir que l'on évolue est toujours très gratifiant. C'est ce qui nous pousse à continuer et à toujours vouloir aller de l'avant, afin de s'améliorer encore et encore. Je pense que c'est pareil pour chaque musicien, cette quête de l'amélioration perpétuelle. Mais au-delà de ce côté, il y a surtout le plaisir de créer, c'est même l'aspect le plus important pour moi, qui passe même avant l'évolution personnelle. Car comme je le disais dans la réponse précédente, composer m'aide énormément, la musique nourrit mon âme et m'apaise et avec le temps je me rends compte qu'elle fait de plus en plus partie intégrante de ma vie. Créer est devenu comme une drogue dont je ne peux plus du tout me passer.

Avec ce groupe qui t’est manifestement cher, Suicidal Madness, vous avez fait une sorte d’état des lieux de vos premières productions, avec de nouvelles forces à vos côtés, Nekros à la basse et Frakkr à la batterie. Que peux-tu constater au niveau de leur apport sur les titres que vous avez eu l’occasion de créer jadis ? Nekros étant à la base notre bassiste live, il a apporté ses propres lignes, c'est ce qui a ajouté une autre couleur et une autre profondeur aux morceaux. Habituellement, c'est Alrinack qui s'occupe de ce rôle sur les albums, mais pour le coup nous avons réenregistré les morceaux tels que nous les jouions sur scène. Jusqu'à maintenant, nous avions toujours eu recours à une batterie programmée sur nos albums et Frakkr est maintenant notre batteur depuis 2017. Pour l'anecdote, nous avions l'intention déjà pour notre troisième album, d'enregistrer avec lui malheureusement ça n'a pas pu se faire, et nous avons dû une fois encore recourir à la programmation. Cette fois-ci, les choses furent différentes et nous avons pu enfin enregistrer tous ensemble. Évidemment cela change du tout au tout, il a apporté sa propre patte et cela se ressent fortement comparé aux anciennes versions. La combinaison de leurs deux jeux respectifs accouplés aux nôtres a fait que ces anciens morceaux ont eu droit à un nouveau souffle, une seconde vie.

Qui a eu l’idée de sortir un EP d’anniversaire des 10 ans ? Par-delà les sempiternels clichés, en quoi est-ce important symboliquement de fêter votre entité musicale ? L'idée vient de moi à la base, les autres ont bien sûr tout de suite approuvé. 10 ans ce n'est pas rien dans une vie, et au bout de cette décennie nous avons écrit, si l'on peut dire ainsi, le premier chapitre de notre histoire. Une page se tourne et avec notre prochain album nous allons clairement franchir un nouveau cap en termes d'évolution. C'était donc important pour nous de marquer le coup en faisant une rétrospective de notre première période avant de passer à la suite.

Avez-vous eu des retours quant à cette petite galette « Vestiges d'une ère » ? Si oui, de quels types ? Qu’est-ce que les auditeurs trouvent dans votre univers ? Les retours sont pour le moment très positifs, les différentes chroniques que l'on reçoit sont vraiment très bonnes et cela fait extrêmement plaisir. Je pense que ceux qui apprécient notre musique se retrouvent dedans tout simplement. Après, ça reste très difficile de me mettre à leur place, chacun perçoit la musique à sa manière et tout le monde n'a pas la même sensibilité. Mais j'imagine qu'il y a quelque chose de cathartique pour eux tout comme pour nous.

En pensant à tes compères, pourquoi vous être orientés vers le style du black atmosphérique à énergie dépressive ? Aviez-vous chacun des références sacrées selon vos goûts ? En fait, ça s'est fait tout naturellement. Nous ne nous sommes jamais dit qu'il fallait le faire, cela s'est imposé tout seul, au fil des albums. Nous avons beaucoup de goûts assez variés et différents au sein du groupe et je pense qu'à un moment ou un autre nos influences doivent ressurgir et déteindre un peu sur notre musique. Mais on ne cherche jamais à sonner comme tel ou tel groupe, tel ou tel style...

Est-ce que ça te choque si je te dis que je ne trouve pas vraiment votre art pathogène, mais plutôt capable de transcender les brumes des souffrances diverses ? Non, je suis assez d'accord avec toi, dans le sens où ça aurait comme une sorte d'effet thérapeutique. C'est là où j'en reviens au côté cathartique de tout ça. Pour nous, ça nous permet d'évacuer nos souffrances internes, c'est en composant que l'on évacue. Mais on n'est absolument pas dans la complainte et l'apitoiement de soi, on essaie plutôt de, comme tu le dis, transcender cette souffrance, la dépasser et même la sublimer pour qu'au final elle devienne une certaine forme d'art à la manière de nos plus grands poètes maudits qui écrivirent de magnifiques poèmes emplis de spleen, nous c'est au travers de notre musique que l'on s'exprime.

Quel regard portez-vous sur votre carrière ? Y aurait-il des rêves que vous souhaitez accomplir ensemble ? Nous sommes plutôt fiers du chemin parcouru, malgré des débuts assez difficiles, nous avons su au fil des années trouver notre propre voie, évoluer également au gré des albums et avons même eu quelques belles occasions, comme partager la scène avec Nocturnal Depression, Wolves in the Throne Room, Wiegedood ou encore Gorgon. Si on me demande si en créant le groupe en 2010 je pensais que cela pouvait se produire un jour, je n'y aurais jamais cru. Et j'espère que les choses vont continuer en s'améliorant encore. On aimerait beaucoup pouvoir se produire plus sur scène, dès que cela redeviendra bien sûr possible pour tout le monde, jouer à l'étranger par exemple... On verra bien ce que l'avenir nous réservera...

 

Question difficile que je te pose, mais j’y tiens, selon toi, si tu devais dégager un titre de toute votre œuvre, représentant bien votre essence commune, quel est-il ? En effet, le choix est assez difficile à faire, chaque album, ainsi que chaque morceau à une histoire, un vécu propre. Mais je vais jouer le jeu et je vais choisir le morceau "Les larmes du passé", ce morceau qui figure à la base sur l'album du même nom sorti en 2015, et que l'on a réenregistré justement sur notre dernier EP "Vestiges d'une ère" est sûrement le morceau où l'on plane le plus lorsque nous le jouons, que ce soit entre nous en répète ou que ce soit sur scène, il se passe toujours quelque chose de particulier, une sorte de symbiose totale qui nous met limite en transe. Cela est sûrement dû à son côté lancinant et hypnotisant. Même si bien sûr beaucoup de nos morceaux ont ce côté léthargique. Mais celui-ci dégage quelque chose de vraiment unique. Il représente le mieux l'essence même du groupe.

Je te laisse le mot de la fin pour nos lecteurs. Qu’as-tu envie de leur dire ? Tout d'abord merci à toi pour ce moyen d'expression et pour l'intérêt que tu nous portes. Je tiens également à remercier tous ceux qui nous soutiennent, c'est ce qui nous permet de continuer. Un grand merci donc à tous !

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  • Crédit photo: D.R.
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