14.12.19 08:17

16-17.11.19 - Tyrant Fest

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Quatrième du nom, le Tyrant Fest 2019 a une nouvelle fois offert, dans le cadre idéal du site 9-9 bis d’Oignies, ancien puits minier où trône encore, majestueux, un chevalet, un week-end riche et varié. Outre les concerts, orientés black et death, des expositions, des conférences et même des randonnées étaient programmées par des organisateurs d’une rare efficacité. Le sold-out du dimanche était largement mérité !

Samedi, le festival, pour moi, a débuté par Barque, dans l’auditorium, petite salle d’une centaine de places, dans laquelle se produisent des groupes de moindre notoriété, mais non de moindre talent. Les Lillois, dont l’album Pyre Builders est sorti en début d’année, ont livré un show intense d’une demi-heure. Sur une trame hardcore, avec un chanteur expulsant son chant comme un crachat de haine, avec une batterie au taquet, les titres sont si rageurs qu’ils explosent parfois en un chaos ravageur.

Après un petit tour au bar de l’Annexe et quelques passages, les yeux avides, devant les stands des labels et autres vendeurs de disques, il est temps de se rendre au Métaphone, le cœur vibrant du Tyrant Fest.

Aorlhac – Aurillac, la ville du groupe, en langage occitan – offre un black d’inspiration norvégienne, porté par des riffs intéressants, mélodiques et animés d’un souffle épique, mais pénalisé par des structures de morceaux trop semblables. Si le son est lourd, avec une basse qui prend une place importante, les touches heavy, vaguement médiévales, trop répétitives, finissent par lasser. S’exprimant avec conviction en français, le groupe narre, comme le rappelle le chanteur avant "Sant Flor, la cité des vents », « les histoires les plus sombres du passé ».

Changement d’ambiance ensuite avec Pensées Nocturnes, qui oscille entre grand-guignol et rituel, entre angoisse et absurde – mais n’est-ce pas la même chose ?  – dès l’inaugural Paria. Dans un décor de cirque maléfique, de cabaret des horreurs, des erreurs, quand les musiciens deviennent des clowns menaçants, qui font penser au dessin dégénéré du serial killer JW Gacy, les parties calmes et les notes d’un accordéon sinistre évoquent les films d’épouvante. Les cuivres, trompette et tuba, en fanfare décadente, donnent l’impression d’assister au défilé d’une harmonie monstrueuse qui devient une bande furieuse quand les guitares et la batterie imposent le retour du black metal. Les références sont multiples, les morceaux ne cessent de changer de visage à l’image de « Poil de lune », qui débute avec le thème des Temps Modernes de Chaplin, glisse vers l’Europe de l’est entre quelques salves explosives. « Deux bals dans la tête » alterne blasts et lourdeur. Varehon, chanteur à la voix torturée, des hurlements aux vociférations, et multi-instrumentiste, âme de la horde folle qui l’accompagne, déchaîné, n’hésite pas à traverser la fosse – si calme qu’il finira par lâcher, en fin de concert un « vous êtes bien sages » agacé.

Undead Prophecie installe dès son entrée en scène une ambiance morbide dans un décor où règnent pierres tombales, images de statues et un magnifique backdrop d’un vert sinistre évoquant la forêt de Blairwitch. Le chanteur arrive lentement, une lanterne à la main, s’approche de son micro orné d’une faux avant que ne résonne la lourdeur quasi doom de « The souls I Haunt ». Le groupe masqué offre ensuite une démonstration de death classique, dans la lignée de Death, bien sûr, voire d’Obituary quand les growls se font inhumains.  La brutalité furieuse est au rendez-vous, jouée avec talent et maîtrise : « I summon the demon » est haineux à souhait comme « Unholy entity » qui clôt le concert… avant que les musiciens, pour la première fois, ne révèlent leur visage !

Dopethrone, dans son côté crade et déglingué, à un petit côté Darkthrone – dont Julie, chanteuse dreadlockée porte un t-shirt – revendiqué : son dernier album ne s’appelle-t-il pas « Transcanadian hunger » ? Bien sûr, il s’agit d’une version doom/sludge de la légende norvégienne mais l’atmosphère dégagée est semblable à celle qui émane des disques du duo. Ambiance oppressante, répétitive, accentuée par les incessants mouvements de derviche tourneur de la frontwoman à la voix éraillée (« Planet Meth »). La basse rayonne, hypnotise pour rapprocher ce concert d’une transe traversée de quelques éclats de colère : « Killdozer », conclusion impitoyable, qui voit le guitariste hurler « Détruisez tout ». Le public, malgré les premiers pogos de la journée, ne montre pas un grand enthousiasme… Dommage, car Dopethrone a brillé… d’une lumière noire, bien sûr.

« Les blessures de l’âme sont immortelles ! », tel sera le leitmotiv, scandé par un frontman autant chanteur que maître de liturgie, du concert de Seth. Le groupe culte du black metal français fête les 20 ans de son album légendaire, « Les blessures de l’âme », qui vient de sortir en version live, enregistré aux Feux de Beltrane. Ce disque, pierre angulaire du genre, est joué en intégralité. Le son, quasi parfait, fait honneur aux claviers et à la voix pour un concert qui se fait rituel. Église maudite en backdrop rougeoyant, chandeliers, autel, couteaux, la cérémonie maudite se déroule au rythme des chansons majestueuses, mélodiques, frénétiques – ah la batterie sur « Hymne au Vampyre, acte II », morceau admirable, toujours aussi prenant… Les ambiances, entre effroi et passion, se déploient sur la salle où de nombreux spectateurs – disciples ? - vivent intensément ce moment de grâce, hors du temps. Le point d’orgue de cette orgie païenne est l’arrivée d’une nonne, presque nue, que Saint-Vincent recouvre, lentement, de sang.

Bien difficile pour Septic Flesh de conclure ensuite la première journée du Tyrant. La magie se dilue au rythme des apostrophes du chanteur, engoncé dans son costume de cuir, qui ne cesse d’interpeler la foule avec des « Eh my friends » et autre « One, two, three, four... ». Le black/death des Grecs, efficaces bien sûr, plaisant, est souvent parasité par les bandes symphoniques qui donnent l’impression de se retrouver dans un peplum bas de gamme. « Prometheus » ou « Persepolis » reste des chansons accrocheuses mais ne parviennent pas à faire décoller un concert assez banal. Dommage...

La seconde journée du Tyrant Fest débute par une cruelle déception : interview de Seth oblige, j’arrive bien trop tard pour assister à la prestation de N.K.R.T. dans le petit, tout petit auditorium. Dommage tant j’aurais voulu découvrir le rituel médiéval de Frater Stéphane…

Le hall du Métaphone se remplit et devient vite bondé : ce dimanche est sold out – pour la première fois en quatre éditions du festival – et l’ouverture des portes de la salle prend du retard.

Notre patience est toutefois récompensée avec, dans les odeurs d’encens, la prestation envoûtante de Wolvennest. Un autel garni de chandelles trône au milieu de la scène, derrière laquelle un écran projette des visuels dans un noir et blanc malsain, des paysages lugubres hantés par des oiseaux inquiétants qui hantent des cadavres. Les Belges nous emmènent dans un pays où le noir est couleur, au son d’un doom seventies teinté de sonorités mystiques. La chanteuse et son thérémine tissent des ondes mystiques qui se mêlent à sa voix en d’envoûtantes mélodies. Les deux guitaristes – l’un au look metal, l’autre au style dandy – tissent des lignes majestueuses et sinistres. Un voyage marquant dans des contrées envoûtantes, aussi belles qu’inquiétantes.

Avec The Secret, le noir fait place au rouge, de la couleur des lights et du vin que le chanteur partage, au goulot, avec son public. Portés par une batterie énorme, les Italiens balancent leur haine à travers un hardcore teinté d’ambiances obscures. La violence est au rendez-vous, pour le plus grand plaisir d’une fosse déjà électrique.

Avec leur masque d’or dont les piques évoquent la statue de la Liberté, Imperial Triumphant propose un voyage vers New York, cité de la décadence. Le concert, vite lassant, est rythmé par une voix off, pareille à celle d’une hôtesse de l’air, qui nous guide à travers le périple imaginé par les Américains. Leur musique complexe, aux accents jazzy, ne touche l’auditeur que dans ses moments de répit, dans ses plages les plus calmes…

Lourd, pesant, heavy, strié de lights blancs qui tombent sur le frontman comme le Saint-Esprit sur celui qui a la révélation, le black de Mephorash est un office religieux maudit. La voix du chanteur principal, dont les mains, comme incontrôlables, ne cessent de danser en étranges incantations, évoque une liturgie impie, d’obscènes prières. Le décorum occulte crée une ambiance sacrée, renforcée par le côté répétitif des chansons. 

Fi des artifices et place à un black brut et nature, quand la musique se suffit à elle-même. Gaahl et son groupe, Gaahl's Wyrd, offrent une prestation d’une solidité rare, à l’image du monstrueux « Carving a Giant » tiré du répertoire de Gorgoroth. Le chanteur, au charisme diabolique, ne parle pas, laisse le silence s’installer entre les morceaux ou lors de la résolution d’un problème technique. Il arpente la scène, lentement, laissant ses acolytes multiplier les pauses typiquement metal. Lui, impassible, règne sur une salle conquise, tant par les compositions tirées du récent « GastiR - Ghost Invited » que par les reprises de God Seed. Une atmosphère intime se crée entre la scène et la fosse, qui s’incarne dans les poignées de mains distribuées par Gaahl à la fin d’une prestation impressionnante.

« Nous vous prévenons que Mayhem va jouer 30 minutes de plus que ce qui était prévu ! », annonce l’organisateur. Les Norvégiens vont ainsi décliner leur concert en trois temps, trois ambiances, trois styles. Place d’abord à « Daemon », la dernière production, réussie, avec quatre titres, dont le malsain et lancinant « Invoke the Oath », pour conclure cette première partie. Le groupe, en tenue noire, à l’exception d’un Attila, déjà possédé, en lambeaux, maquillé et cornes sur le front, croix en os à la main, fait déjà corps avec sa musique, se drape dans ces accords sinistres, comme durant « My death », extrait de « Chimera ». Derrière la batterie gigantesque et disposée en angle droit d’un Hellhammer fascinant, une musicienne gère les effets qui enrichissent les titres récents du groupe. Deuxième salve avec, comme en atteste le backdrop, un retour à la période « De Mysteriis Dom Sathanas ». Dès l’intro glaçante de « Freezing Moon », la folie gagne la fosse, comme possédée par ces notes démentes, distillées par cinq magiciens en robes noires, menés par un Atila semblant discuter avec un crâne. Sur « Pagan Fears », le pit est le théâtre d’un début de bagarre, vite maîtrisée. L‘enchaînement « Life Eternal / Buried » clôt ce chapitre en un orage sinistre… avant que n’explose, en rage pure, en éclairs froids, l’ultime assaut, centré sur « Deathcrush ». Necrobutcher, torse nu, les traits déformés par la haine, donne le ton de ce crachat direct, de ce morbide dégueulis death. Attila, visage découvert, les avant-bras cloutés, s’époumone sur ces titres intemporels avant d’éructer un ultime « Pure Fucking Armageddon ». Mayhem, implacable, a étalé sa haine bestiale et grandiose.

 

 

Informations supplémentaires

  • Salle: 9-9 bis
  • Ville: Oignies
  • Pays: France
Lu 965 fois Dernière modification le 14.12.19 08:25