Sach

Sach

À l’origine œuvrant dans le black metal, la formation magyare s’est depuis élancée sur le chemin de l’expérimentation et ce dixième opus continue dans cette voie que maîtrise avec brio le maître à penser du groupe, Tamás Kátai. « Vadak » est une invitation au voyage et l’on se laisse volontiers emporter par ses multiples sonorités oniriques, alternant passages post-black déterminés, interludes frôlant avec un trip-hop envoûtant et moments ambient rêveurs, le tout dans une cohésion savamment orchestrée. Le nombre d’invités et d’instruments engagés dans l’album illustre bien cette diversité sonore : électronique, cuivres, percussions orientales, cordes, piano ou encore cornemuse. Les morceaux s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Autour du noyau metal de la musique gravitent des nuances de styles variés, à l’instar du chant parfois growlé, parfois féminin et cristallin. Le résultat est au rendez-vous, les sonorités s’entremêlent et la magie opère. La mélodicité de la langue hongroise ajoute à l’exotisme de la musique de Thy Catafalque. Pour les curieux d’expérience hors des sentiers battus, l’écoute de cet album se révèlera sûrement une aventure intéressante, voire captivante.

17.07.21 14:21

Crescent

Rares sont les groupes égyptiens qui arrivent à sortir des albums, encore plus ceux qui réussissent à tourner en Europe. Animés par les feux d’une volonté de fer et d’une passion pure pour leur art musical, Ismaeel Attallah (voix/ guitare) et Youssef Saleh (voix/guitare) réussissent cet exploit dans un contexte national pas du tout propice à sa réalisation comme nous le découvrons dans cet entretien.

Votre album est un concept autour du thème des Feux d’Akhet. Pouvez-vous élaborer ? Quelle est cette grande volonté divine que ces Feux représentent ? C’est en fait un concept à plusieurs sens qui sont dérivés de la perception qu’en avaient les anciens. D’un point de vue semi-littéral, les Feux d’Akhet représentent les « feux » de l’horizon, c’est-à-dire le lever de soleil. Une autre interprétation voit dans ces Feux la volonté de Ra qui emplit l’horizon. Pour nous, ils signifient les deux et nous y voyons la représentation de la volonté absolue de sculpter sa propre gloire pour s’élever vers les cieux. Chaque chanson de l’album traite de l’une de ces significations, en y intégrant aussi l’Histoire et l’aspect politique qui se cachent derrière certains éléments mystiques ou religieux de la mythologie.

L’artwork sur la pochette, faite par Khaos Diktator, est impressionnant. Pouvez-vous nous la détailler ? Nous sommes contents qu’elle te plaise. Khaos Diktator a fait un super travail, c’est sûr. La pochette s’inspire, et est en fait une recréation, de la palette de Narmer (ndlr : découverte archéologique vieille d’approximativement 5000 ans). C’est l’une des plus importantes reliques de l’Egypte antique dont elle illustrerait la première unification de la Basse et Haute-Égypte sous un même roi. Qu’elle soit historiquement exacte n’est pas important pour nous. Elle représente le début de quelque chose de colossal qui a pavé la voie de tout ce qui suivit en Egypte. Cela fait partie de cette grande volonté divine et dont traite l’album.

Est-ce que les récents changements dans le line-up ont eu un impact sur la musique du nouvel album ? Les nouveaux musiciens ont-ils été impliqués dans l’écriture ? Ismaeel a écrit l’album il y a à peu près deux ans et nous répétons depuis pour l’apprendre et le peaufiner, d’abord avec l’ancien line-up puis avec le nouveau. Tout était donc déjà prêt quand Julian et Stefan nous ont rejoints. Julian a certes enregistré les lignes de batterie mais elles ont été composées par notre ancien batteur, Amr.

Crescent est depuis ses débuts à la recherche de son identité sonore, qui évolue de fait à chaque album. Êtes-vous à présent satisfaits et est-ce que cette recherche prend avec « Fires of Akhet » ? En ce qui concerne la recherche que tu mentionnes, nous avons trouvé notre son il y a déjà longtemps mais c’est quelque chose qui se développe sans fin. Nous sommes donc très satisfaits de tous les albums que nous avons sortis jusqu’à présent. Nous sommes mus par l’envie d’évoluer et de ne pas nous répéter bien que nous pensons avoir atteint un niveau élevé qu’il ne sera pas facile de dépasser. Nous ne ferons cependant pas de nouvel album si nous avons le sentiment que nous ne pouvons pas nous développer au-delà du précédent.

Comment est la scène metal en Egypte ? Et plus spécifiquement, comment est celle du metal extrême ? Il y a beaucoup de groupes qui essayent de sortir des albums et d’être bookés pour des concerts dont la grande majorité demeure sans succès. Il n’y a pas réellement de scène en Egypte pour supporter les groupes et la plupart des fans n’ont pas cette culture d’appuyer les groupes. Cela est principalement dû à leur jeune âge. Pour couronner le tout, cela fait un moment que plus aucune salle n’organise de concerts de metal, encore moins de metal extrême, par peur des retombées politiques ou d’être pris comme bouc émissaire par des journaux minables dans des histoires vides de sens. La situation est devenue très difficile pour les groupes de metal extrême en Egypte. En ce qui concerne les festivals, c’était possible bien que compliqué par la difficulté de trouver des techniciens et professionnels fiables.

Vous êtes le premier groupe égyptien de metal extrême à s’être produit à l’étranger (par exemple : Wacken Open Air en 2014). Est-ce que cela vous met sous pression ? Nous sommes en effet les premiers à nous être produits dans des festivals réputés et dans autant de pays européens mais nous ne sommes pas les premiers à avoir joué à l’étranger. Cela n’a jamais été un sujet de pression ou de label : nous nous concentrons juste sur la production de l’album et nous faisons notre concert avec toute la passion qui nous anime lorsque nous nous produisons dans des festivals européens. La seule pression que nous pouvons ressentir est celle liée à la logistique et à l’organisation des vols qui peuvent être stressantes.

Vous allez jouer au Dark Easter Metal Meeting en avril 2022 (Munich). Allez-vous en profiter pour faire une tournée en Europe ? Nous en discutons avec le groupe et les agents. Nous verrons bien ce qu’il adviendra car il est bien difficile de prédire ce qui va se passer. Nous ne pouvons qu’espérer au mieux.

Le mot de la fin est pour vous. Nous voulons juste ajouter à ceux qui apprécient écouter notre type de musique de traiter cet art avec le respect et le sacré qui lui est dû. Nous, et beaucoup d’autres musiciens de Black/Death metal, investissons esprit et âme dans la musique. Par conséquent, les auditeurs devraient prendre le temps de digérer l’œuvre avec tous ses ingrédients, et ne pas la traiter comme du fast food. Gardez la flamme haute et à bientôt !

 

Bien que ce groupe soit récent, les membres qui le composent sont loin d’être des débutants et ont déjà démontré leur virtuosité dans des formations bien connues des amateurs de prog, telles que Spiral Architect pour Øyvind Hægeland (chant, guitare) et Asgeir Mickelson (batterie) ou encore Manitou pour Bollie Fredriksen (guitariste). Forts de leur expérience, les musiciens ont su mettre leur technicité au service de la musique sans démonstration stérile et ennuyeuse, ce qui fait de « Ne Plus Ultra » un album mature, efficace et extrêmement réussi aux compositions résolument modernes et originales. On notera deux aspects en particulier qui apportent une originalité à la musique de Terra Odium par rapport à celles d’autres groupes talentueux de prog. Le premier concerne les orchestrations : celles-ci, abouties, variées et bien intégrées confèrent aux morceaux des identités tantôt sombres voire macabres, tantôt grandioses peu courantes dans ce genre musical (ce qui démontre que travailler avec un orchestrateur de métier, Jon Phipps (Amorphis, Moonspell), est une véritable plus-value que certains groupes symphoniques ne devraient pas négliger). Le deuxième aspect qui distingue leur musique est la basse, dont le son est parfait et dont les lignes sont géniales. Ce n’est pas une surprise quand on sait que le maestro en charge des basses fréquences n’est autre que le maître Steve Di Giorgio (Testament), connu pour être l’un des rares musiciens de metal à jouer en fretless. « Ne Plus Ultra » est un opus élégant et distingué qui offre une musique prog complète, intense et soigneusement élaborée. Quel plaisir à écouter et quelle réussite pour un premier album !

Formée dans le milieu des années 90s, la formation italienne aura connu des hauts et des bas dans la recherche de leur identité musicale entre power metal et prog, leur discographie ne contenant pas que des réussites. Il semble cependant que ces efforts aient porté leurs fruits au vu de la qualité des dernières sorties. Ce neuvième opus vient d’ailleurs confirmer ce constat : les Toscans ont trouvé le style musical dans lequel ils excellent et ils continuent de le peaufiner. Pas de révolution donc, mais pas de laisser-aller non plus, loin de là, dans leur power metal virtuose dont les éléments progressifs et néo-classiques satisferont le fan exigeant du genre. La thématique abordée est celle de notre monde moderne et de ses dérives. « Welcome to the Absurd Circus » est un opus solide aux chansons bien travaillées et réussies, à la sonorité moderne, qui s’écoute et se réécoute avec plaisir.

22.02.21 17:59

SURUT - "Surut"

Surut, quintet en provenance de Finlande, matérialise son existence avec ce mini-EP de quatre titres tout en intensité. Dès les premières notes, se fait remarquer le son très travaillé à la texture riche et enveloppante propre au shoegaze. Le groupe sait créer des ambiances qui prennent aux tripes et n’hésite pas à piocher dans plein de styles différents pour créer des atmosphères élaborées et variées qui emportent l’auditeur dans un état contemplatif. De « Vihollinen » aux relents hardcore à « Palo » aux éléments black old school et post-rock, ce mini-EP est un pur joyau de blackgaze qui n’a pour unique critique que d’être trop court. Voilà un groupe à suivre de près et nous attendons la sortie de leur premier album avec impatience.

Déjà 6 albums pour ce groupe américain formé en 2006 qui n’a pas (encore) reçu la reconnaissance que son talent mérite. Inferi nous présente un EP de très haute facture pour patienter alors que le septième album est en cours de conception. Leur musique est certes mélodique, mais également, et surtout, génialement dense. Versatiles et de haut niveau technique, les musiciens nous livrent là des compositions très intenses dans lesquelles arpèges et riffs s’entremêlent et s’enchaînent, ne laissant aucun répit à l’auditeur emporté par cet impétueux déluge de notes. Cependant, ils ne tombent dans le travers des virtuoses et ne s’éparpillent pas dans tous les sens au détriment de la structure des morceaux. « Of Sunless Realms » déploie une atmosphère oppressante, voire effrayante comme sur « The Summoning », à l’instar de l’univers de Loftcraft dont il traite. On notera aussi la pochette d’Helge C. Blazer, très réussie, qui retranscrit bien le thème de l’album. À découvrir d’urgence si vous aimez ce style musical.

Quand j’ai vu qu’il était possible de chroniquer le nouveau projet de Morten Bergeton Iversen, aka Teloch (Mayhem), je me suis jeté dessus bien que cela soit un projet electro. Peu importe : soyons éclectique et puis un mélange sombre de metal et d’électro créé par un musicien de tel renom ne peut que valoir le coup. Je fus donc bien surpris lors la première écoute en réalisant que la musique est purement électronique : Oubliez le metal ici, les guitares ne faisant qu’une brève apparition sur la chanson « Fort Apache Marina ». Bergeton donne en effet dans la synthwave ascendance darkwave (pensez Perturbator, Carpenter Brut). Essentiellement mid-tempo, les mélodies sont privilégiées. Ces dernières étant emmenées par une ligne de basse bien marquée tantôt hypnotique, tantôt dynamique, il en résulte des ambiances envoutantes qui emportent l’auditeur dans un voyage nocturne et futuriste pour peu que ce dernier soit réceptif à ce style musical. Miami Murder est un album travaillé, diversifié et abouti qui démontre une nouvelle fois le talent artistique et l’ouverture d’esprit de Morten.

25.08.20 22:23

Unleash The Archers

Le nouvel opus d’Unleash the Archers, n’est pas qu’un simple album de power metal, c’est un réel concept album méticuleusement pensé tant au niveau de l’histoire que de l’atmosphère musicale. Plongeons avec Brittney Slayes (chant) pour explorer cet « Abyss ».

Comment te sens-tu à cinq jours de la sortie d' « Abyss » ? Je suis très occupée, j'ai beaucoup de choses à faire. Je suis vraiment très impatiente que l’album soit enfin disponible et que tout le monde puisse l'écouter. Tu sais, ça a été un travail très dur qui a pris beaucoup de temps. Je suis donc vraiment très excitée à l'idée que l’album soit enfin terminé.

Votre nouvel album est un concept album comme son prédécesseur, et il est la continuation de l’histoire de l’Immortel qui a commencée avec « Apex ». Pour nos lecteurs qui découvrent votre univers avec cet album, peux-tu nous expliquer un peu l'histoire du protagoniste ? Absolument. Cela a donc commencé avec  « Apex » sorti en 2017. Dans cet album, nous avons été présentés à nos deux personnages principaux : la Matriarche qui est notre méchant et l'Immortel qui est notre héros. L’Immortel a été maudit et doit servir quiconque le réveille de ses mille ans de sommeil. Ainsi, dans « Apex », la Matriarche le réveille et l'utilise pour retrouver ses quatre fils qui sont dispersés à travers le monde, et les lui apporter afin qu'elle puisse les tuer dans un rituel pour atteindre l'immortalité. En retour, la matriarche avait promis à l'Immortel qu'elle le libérerait de cette malédiction. Cependant, à la fin du disque, elle le trahit et le renvoie sur sa montagne, endormi jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau besoin de lui. 50 ans plus tard, « Abyss » commence avec l'Immortel se réveillant de lui-même dans un vaisseau spatial dans l'espace sans aucune trace de présence de la Matriarche. Il découvre qu'il a un nouveau maître qui n’est autre que le petit-fils de la Matriarche, et donc le fils de l'un des hommes que l'Immortel a tué dans le premier album. Ensemble, ils décident d'unir leurs forces et d'essayer de débarrasser l'univers de la Matriarche et de son mal une fois pour toutes.

Il apparaît très clairement que vous avez poussé plus loin, et avec succès je dois, dire la connexion entre la musique et l'arc narratif. Chaque chanson a sa propre atmosphère musicale au service de l'histoire. Avez-vous d'abord écrit le texte puis développé la musique autour de celui-ci? Peux-tu nous en dire plus sur la genèse d’ « Abyss »? Nous avons d'abord écrit l'histoire, pas les paroles, juste l'histoire. Et je l'ai structurée en chapitres correspondants aux pistes. Pour chaque chapitre, j’ai décrit ce qui se passe, ce que je veux que l'auditeur ressente et la façon dont la chanson doit sonner. J'ai procédé ainsi pour chaque chanson puis Andrew a pris cette base pour chaque piste et a écrit tous les riffs. Ainsi, nous étions tous sur la même longueur d'onde pendant le processus d'écriture et nous allions tous exactement dans la même direction émotionnellement et sur le plan sonore pour l'album, pour qu'au final, tout soit bien lié ensemble. Une fois que tout cela a été fait, j'ai composé mes paroles et mes mélodies vocales en m'assurant qu'elles correspondent, elles aussi, au ton du disque. Ce fut donc une façon vraiment cool d'écrire et j'ai vraiment le sentiment que cela a aidé à immerger totalement la musique dans l'histoire et inversement également.

Il y a un lien musical entre l'intro et le dernier morceau, l’épique « Afterlife », tel un cercle se fermant sur lui-même. Est-ce la fin de cet univers, ou avez-vous l'intention de le développer dans les prochains albums ? Je ne dirais pas que c'est la fin de cet univers. C'est définitivement la fin de la saga de la Matriarche et de l'Immortel. Mais il y a beaucoup d'options pour continuer avec l'Immortel. J'ai essayé d’écrire une fin un peu ouverte, sans extravagance. Je ne voulais pas que ce soit un cliffhanger mais cela se termine en quelque sorte pour l'Immortel avec une route ouverte devant lui. Donc nous pourrions continuer avec son avenir. Ou nous pourrions aussi faire une histoire sur ces origines. Il y a beaucoup d'aspects différents de ce monde dont nous pourrions parler donc je ne voulais pas y mettre fin complètement, mais c'est définitivement la fin de cette bataille-là.

Musicalement « Abyss » se distingue d’« Apex » avec, de mon point de vue, plus de maturité, plus d'émotions et un peu plus d'expérimentation. Peux-tu décrire ce que vous avez mis en œuvre dans ce nouvel album ? Absolument. Nous voulions vraiment que le son soit différent d’« Apex » car nous n'avions vraiment pas envie d'écrire Apex 2. Nous ne voulions cependant pas aliéner complètement nos fans en écrivant quelque chose de totalement différent. Nous avons donc définitivement gardé le son Unleash the Archers et il y a beaucoup de pistes qui rappellent « Apex », mais nous voulions vraiment amener l'auditeur ailleurs sur « Abyss » : nous voulions qu'il puisse sentir que nous sommes passés du cadre dans lequel se trouvait « Apex » à ce nouveau cadre abyssal, céleste et plus éthéré. Nous avons donc ajouté des synthés pour donner un son un peu plus brillant et plus léger. De plus, nous avons vraiment pris de la distance par rapport à ce que nous avions fait auparavant en faisant une pause complète avec la musique au début de 2019. Puis nous nous sommes rassemblés, après avoir écouté beaucoup de nouvelles musiques et de nouveaux groupes, influencés par de nouveaux genres. Nous avons utilisé tout cela pour essayer d'écrire un disque qui ne soit bridé par aucune limite : nous n'avions pas peur d'essayer de nouvelles choses, qu’elles soient influencées folk, symphonique ou black metal. Quand Andrew venait nous voir avec un riff qui nous plaisait, nous l'avons utilisé, nous n’avons jamais dit « ce n'est pas le son d’Unleash The Archers, nous n'avons jamais rien fait de tel auparavant donc nous ne pouvons pas l’utiliser ». Il y a bien eu des moments où j'ai dit non mais parce que le riff ne correspondait pas vraiment au ton émotionnel du disque et qu’il n'y avait nulle part où l’insérer et nous avons donc du le mettre de côté. Nous nous sommes aussi beaucoup efforcés de nous assurer que chaque chanson ait sa propre identité, contienne quelque chose d'excitant et de mémorable, mais aussi quelque chose qui lui permette de se démarquer d’« Apex » et du reste des chansons de cet album.

L'utilisation de synthés et d'orchestration apporte en effet plus d'émotions aux chansons. Je pense qu'il était vraiment important pour nous d'essayer et d'expérimenter de nouvelles choses parce que nous voulions que ce disque soit complètement nouveau. Tu sais, nous ne voulons pas écrire le même disque encore et encore. Ce n'est pas amusant.

C'est vrai, mais ce qui n'a pas changé cependant, c'est que vous avez à nouveau enregistré cet album avec Jacob Hansen. Comment s'est passée cette deuxième collaboration consécutive ? C'était fantastique. Nous l'aimons, il est tellement génial dans ce qu'il fait et ayant déjà travaillé avec lui une fois auparavant, nous étions complètement confiants dans ses capacités, son style et sa façon de travailler. C'était une période très facile et vraiment agréable en studio et nous nous entendons tous très bien avec lui. Il y a eu beaucoup de rires et de bons moments, et beaucoup de créativité. C'est quelqu’un tellement facile à vivre que vous avez vraiment l'impression que vous pouvez essayer n'importe quoi et il vous donnera son opinion honnête si cela fonctionne ou non : si tu as la bonne prise, il te le dira et si tu dois continuer, il te le dira aussi. Nous voulions que cet aspect des choses soit le même pour que l’on ressente bien qu’« Apex » et « Abyss » font partie du même univers. Nous avons estimé que cela était vraiment important parce que nous savions à quel point « Abyss » était différent sur le plan sonore. Ainsi, même si Jacob lui-même a grandi et progressé en tant qu'ingénieur et mix master, ses principes fondamentaux sont toujours les mêmes. Et donc, l’on retrouve cette touche d’« Apex » en un peu différent, ce qui est exactement ce que nous recherchions.

As-tu quelque chose d’autre en tête pour l'utilisation de l'univers ? J'ai bien une idée de préquelle, mais je ne suis pas sûr. J'espère aussi pouvoir écrire des romans graphiques pour accompagner les disques. Je me disais que la préquelle serait peut-être quelque chose qui ne sera que sous forme de roman graphique. Je ne sais pas si c'est quelque chose que je mettrai en album mais j'ai des idées pour ça. Je pense qu'en ce moment, musicalement, j'ai hâte de passer à l'écriture d'une histoire différente dans un univers différent. J'ai d’autres idées et nous avons déjà commencé à parler de ce que sera le prochain projet. Donc je vais juste faire une petite pause avec l'Immortel et peut-être revenir vers lui dans quelques années.

Ces romans graphiques, tu penses qu’ils sortiront cette année ou l'année prochaine ? Je vais avoir beaucoup de temps cet automne parce que nous ne pouvons pas faire de tournée. J'espère donc pouvoir en profiter pour en écrire autant que possible puis me lancer dans la distribution, l'impression, l'illustration et tout le reste l'année prochaine pour, avec un peu de chance, avoir une sortie d'ici l'été.

Avec « Apex », Unleach The Archers a beaucoup gagné de popularité et de public, pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe. Comment gérez-vous, comment vivez-vous ce changement de popularité ? Ça a vraiment été une évolution progressive au fil du temps : de plus en plus de gens nous remarquant, de plus en plus de messages sur Facebook et Instagram de personnes nous disant qu’elles avaient découvert « Apex » et qu’elles aimaient vraiment ce disque, qu’elles étaient tellement contentes de nous avoir découverts… ce genre de choses. Cela se produit de plus en plus et ce n'est vraiment pas juste un moment où quelque chose change, ou un interrupteur est enclenché ou quelque chose comme ça, cela se développe lentement avec le temps et nous le prenons juste au jour le jour. Nous sommes ravis d'être découverts par de plus en plus de gens partout dans le monde. Et je continuerai juste à faire des interviews et j'espère que plus de personnes nous découvriront. Nous sommes vraiment ravis que les fans apprécient ce que nous faisons. Et nous ne savons jamais ce que les gens vont penser quand nous sortons un disque, c'est toujours une période très troublante en quelque sorte quand les gens critiquent cette chose sur laquelle vous avez travaillée si dur pendant si longtemps. Nous sommes donc simplement heureux que jusqu'à présent, « Apex » et « Abyss » aient été très bien accueillis par tout le monde.

Il semblerait que la position de bassiste soit maudite dans le groupe (rires). Est-ce que vous auditionnez de nouveaux musiciens ou allez-vous continuer en tant que quatuor ? (rires) je pense que nous allons rester en quatuor pour le moment : nous travaillons vraiment bien ensemble et nous nous connaissons tous depuis des années. Même avant que Grant et Andrew ne rejoignent le groupe, nous avions l'habitude de tourner avec eux dans l'autre groupe dans lequel ils jouaient ensemble. Nous sommes donc tous très proches, nous sommes tous très motivés par les mêmes choses et nous sommes sur la même page quand il s'agit de la direction du groupe. Nous allons donc simplement le garder tel quel. Nous avons un ami très proche qui tourne très bien avec nous. Il vit juste de l'autre côté du pays. Nous continuerons donc probablement à l'utiliser pour les tournées et à utiliser des musiciens de session pour les enregistrements. Nous sommes satisfaits de notre situation actuelle donc nous ne voulons pas perturber l'équilibre.

Est-ce que tu apprécies de passer l'été à la maison puisque tous les festivals sont annulés ? Cela doit être quelque chose qui n'est pas arrivé depuis un certain temps. Ou bien est-ce que la route te manque ? Oui, tout à fait. Je préférerais vraiment ne pas être ici en ce moment (rires). Je veux dire, c'est sympa, j'ai pu aller au lac pas mal de fois et Scott fait toutes ses randonnées qu'il aime tant. Faire ces choses pour lesquelles nous n'avons pas le temps normalement, c’est vraiment génial. Mais bien sûr le meilleur aspect d'être musicien dans un touring band est de faire des tournées et nous avions beaucoup de festivals vraiment géniaux prévus pour l'été pour lesquels nous étions très excités. Ils ont tous été annulés et la plupart d'entre eux ont été reportés pour 2021, mais certains ne le sont toujours pas. Nous espérons juste que tout va bien se passer pour l'année prochaine et nous allons profiter du temps que nous avons pendant que nous l'avons mais j'aimerais vraiment reprendre la route le plus tôt possible.

Avez-vous déjà planifié des concerts pour 2021 ? Oui, oui, nous planifions toutes les dates en ce moment, juste pour les avoir au cas où tout s'arrangerait et où les choses commenceraient à s'éclaircir afin que nous ne restions pas à la maison plus longtemps que nécessaire. Tout est en place et nous allons continuer à nous accrocher, à espérer que tout ira bien, et que nous pourrons reprendre la route.

Peux-tu déjà nous dire où ? États-Unis ou Canada ou Europe ? L'Europe est déjà assez bien planifiée, tout comme l'Australie. Nous travaillons sur le Japon et l'Amérique du Sud est juste en discussion parce qu'elle souffre fortement de la covid en ce moment-même et on ne sait pas trop ce qui va se passer. Aux États-Unis les dates sont planifiées mais je ne suis pas sûr de ce qui va se passer là-bas. Donc pas d'annonces avant que nous soyons absolument sûrs que cela puisse se faire. Mais l'Europe est plutôt bien partie pour l'instant.

Bonne nouvelle. Question pour finir : y-a-t’il quelque chose que tu veux ajouter ? Abonnez-vous à la chaîne YouTube de Napalm Records parce que nous allons mettre en ligne quelques vidéoclips supplémentaires avant la fin de l'année et venez traîner avec nous sur Twitch.TV/Unleashthearchers. Nous espérons pouvoir être pas mal présents sur cette plateforme cet automne parce que nous ne pouvons pas prendre la route : nous voulons pouvoir rester en contact avec nos fans de toutes les manières possibles et nous pensons que Twitch va être une plate-forme vraiment géniale pour cela. Et aussi suivez-nous sur Bandsintown, qui est une application que vous pouvez télécharger sur votre téléphone et qui vous envoie une notification quand un concert est planifié dans votre région. Nous y mettrons toutes nos dates de tournée et vous saurez tout de suite si nous venons dans votre ville. C'est donc définitivement là que je vous recommande de venir prendre de nos nouvelles.

Merci beaucoup. Puisque tu mentionnes qu'une nouvelle vidéo était en préparation. Peut-on savoir quelle chanson vous a été choisie? Oui, « Faster than light » va sortir dans un peu moins d'une semaine ici, ce va être excitant.

Est-ce que d'autres vidéos sont prévues. Oui, je pense que nous allons en faire une pour « legacy ». Nous aimons vraiment cette chanson dans le groupe donc nous allons faire quelque chose pour celle-là aussi.

C'est une très belle chanson, qui a sa propre atmosphère. Je te remercie. Oui, cette chanson est du point de vue du petit-fils (ndlr : de la Matriache). Sur la plus grande partie du disque, c’est l'immortel que j’exprime et nous voulions que le petit-fils ait une voix différente (ndlr : le guitariste Andrew Kingsley est au chant sur cette chanson). Je pense qu'Andy a vraiment fait une superbe prestation sur cette chanson. C'est sans aucun doute l'une de mes chansons préférées.

The Vice, trio suédois formé en 2012, nous livre avec son deuxième EP enregistré aux studios B.A.M. par Andy Bauman (Candelmass, Dissection, Hellacopters) un rock n’roll sombre et sinistre porté par du chant black. Bon point : le groupe maitrise à l’évidence leur style musical et possède un son et une ambiance qui leur est propre. Une fois passée l’intro peu intéressante, l’album commence en beauté avec « A Barren Land » et son riff lancinant et captivant puis enchaîne avec la chanson éponyme (et sortie en single) tout aussi réussie. Par la suite, l’intensité retombe à cause de la redondance du son et de l’atmosphère, cela malgré la sixième chanson « Cradle And To Ease » bien inspirée. Une certaine monotonie s’installe et il devient alors plus difficile de rester attentif au fil de l’écoute. La qualité est pourtant toujours au rendez-vous et d’aucuns parmi nous y trouveront leur compte. Il sera dans tous les cas intéressant de suivre les prochains opus de ce groupe au potentiel évolutif certain.

Le quintet américain a su s’imposer sur la scène metalcore en développant son propre style de qualité. Huitième album du groupe, « Guardians » regorge de ce qui fait la marque de fabrique de leur musique : des lignes de guitare mélodiques originales sur une structure rythmique syncopée, heureusement sans abus de breakdowns convenus du genre. Il démontre à nouveau la maîtrise technique du groupe et sa capacité de composition. Si l’on reconnait immédiatement le son caractéristique d’August Burns Red, on notera que ce nouvel opus est plus dense et possède une teinte sonore plus sombre par rapport à ces prédécesseurs ; certaines chansons tirant même (un peu) sur le deathcore. Annoncé comme l’album dont l’écriture a été la plus collaborative, « Guardians » est de fait plus compact et plus linéaire que les albums précédents. Certains y verront là un point positif, d’autres (dont moi) regretteront les chansons aux structures plus variées et aux passages inattendus. Ce nouvel album s’inscrit donc dans la continuité, comporte de bonnes chansons (« Empty Haven » est un bon résumé de l’album) et s’écoute avec plaisir même si l‘on pourra regretter le manque de variations auxquelles le groupe nous avait plus habitués.

Protest The Hero est un groupe de musiciens virtuoses scandaleusement sous-estimé : leurs chansons les moins bonnes sont au niveau des meilleures œuvres de bien des groupes. Leur premier album « Kezia », sorti en 2006 (et remasterisé en 2015), était déjà un concept album technique et abouti de haute facture. Et les quatre albums suivants ont réussi l’exploit de maintenir ou d’améliorer le niveau ; ce qui est plutôt rare dans la carrière d’un groupe. Qu’en est-il donc de ce nouvel opus ? C’est tout simplement, encore une fois, une superbe réussite. « Palimpsest » est probablement l’album le plus abordable du groupe car bien plus focalisé sur l’aspect mélodique que par le passé. Plus abordable certes mais sans être ni simpliste, ni convenu. Les chansons sont toujours aussi travaillées et subtiles, les mélodies inspirées et les signatures rythmiques variées. On y retrouve en outre la dimension épique et dramatique de « Kezia » qui manquait un peu dans les albums précédents. La performance du chanteur est particulièrement à souligner : Malgré une perte de voix quasi fatale à la fin de la dernière tournée, Rody Walker, encore plus versatile, apporte énormément d’énergie et d’émotion tout au long de l’album. Si vous êtes fan du groupe, vous ne serez probablement pas déçu par cette nouvelle sortie à la hauteur de leur discographie. Si vous ne le connaissez pas, « Palimpsest » est une très bonne entrée en matière dans leur univers musical. L’écoute vous est, par ailleurs, fortement recommandée si vous aimez les styles de Tesseract, The Dillinger Escape Plan, Between the Buried and Me, ou Periphery.

Ovni musical inclassable, My Own Private Alaska se réactive cette année après un split en 2014. Le groupe en profite pour faire une re-release de son premier album, "Amen", dix ans après sa sortie. Produit par Ross Robinson (Korn, Slipknot, Machine Head), cet album aura permis au groupe non seulement de jouer dans le monde mais également d’assurer la première partie de Metallica aux Arènes de Nîmes. Les instruments utilisés sont chant, basse, keyboard, batterie et piano. En l’absence de guitare, il est légitime de s’interroger sur la pertinence de cette chronique dans cette revue. Il s’avère que la musique créée par le quatuor français transcende les genres et partage avec le metal, la fureur extrême et la puissance musicale. On y retrouve aussi l’énergie désespérée du grunge (est-ce pour cela que se trouve sur cet album la chanson traditionnelle "Where Did You Sleep Last Night" qui fut également reprise par Nirvana ?). Ce genre de musique dont l’écoute est une expérience intense et viscérale se décrit difficilement avec des mots. Tout au long de l’album, piano, batterie et voix s’allient et s’affrontent, se réunissent pour mieux se séparer dans des variations d’intensité hypnotiques et fascinantes. Le contraste entre la douceur du piano et la voix « screams » torturée, le tout emporté par le rythme fou de la batterie, offre un résultat envoûtant qui véhicule sensation de plaisir et comme de douleur. La chanson éponyme, particulièrement belle et intense, avec sa batterie syncopée, ses gammes de piano mélodieuses et sa voix déchirée, telle une rencontre entre Chopin et Sid Vicious, est captivante. Le single « after you » sorti en videoclip offrira aux curieux une bonne introduction à la musique de MOPA. "Amen" est une très belle œuvre, unique et hautement créative, que je recommande à tout mélomane aventureux. Le deuxième album, apparemment en préparation, est attendu avec impatience.