19.08.20 19:16

Untitled With Drums

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En mars dernier, le groupe Untitled With Drums nous dévoilait “Hollow”, un album riche en influence et en émotion. En pleine période du confinement, j’ai pu échanger (à distance) avec Martin (basse & chant) et Rémi (batterie) afin d’en apprendre davantage sur le groupe, leur univers musical et les détails de ce nouvel opus.

Pour commencer, vous pouvez vous présenter ? Comment le groupe s’est-il créé ? Rémi: Le groupe s’est créé en 2014. Martin avait des compositions pour un projet solo qu’il avait enregistré. Il cherchait des musiciens pour mettre ces morceaux en live autrement qu’avec des maquettes sur son ordinateur. Il a fait appel à nous, car on se connaissait. On avait tous nos groupes à ce moment-là, on s’était tous croisés sur des concerts dans des lieux à Clermont-Ferrand et à partir de là, on s’est formé. Au début, on a travaillé les compositions de Martin, car ce n’était pas censé être un projet défini pour la suite, l’idée au départ, c’était de jouer ces morceaux-là. Martin: Au début, c’était plus pensé comme un collectif d’enregistrer un disque et de jouer des morceaux en particulier. Ensuite ça a pris la tournure d’un vrai groupe. Rémi: Quand nos groupes respectifs se sont arrêtés à peu près au même moment, on s’est projeté à fond dans Untitled With Drums pour le faire évoluer vers un vrai groupe. On a changé nos méthodes de composition et nos façons de faire sur plein de choses. Le line-up est le même depuis le début du groupe.

Pouvez-vous m’en dire plus sur l’origine du nom du groupe Untitled With Drums ? Martin: C’est un hommage à Shipping News. C'est un groupe de Rock des années 90/2000 et sur la fin de leur album “Flies The Fields”, il y a le morceau “Untitled With Drums” qui est magnifique. C’est une ballade un peu Pop et complètement sombre. J’aime bien l’ambiance qui, je trouve, correspondait avec ce qu’on faisait à l’époque. Le nom du morceau m’évoque et me rappelle les origines du projet solo à la base avec le mec qui rajoute ses touches sur un projet sous forme de démo toute pourrie mal enregistrée sur un ordinateur. On a rajouté justement la batterie et plus largement une espèce d’ampleur Rock a des morceaux qui ne l’étaient pas forcément à la base. Je trouvais que ce nom décrivait assez bien ce processus-là.

Votre album “Hollow” est sorti il y a presque un mois maintenant. Quels retours avez-vous reçus ? Martin: On a beaucoup de bons retours et on est super content. Il y a des chroniques pratiquement tous les jours avec des choses très positives. On avait essayé de passer un cran et de voir plus loin avec cet album dans la façon de l’envisager et de l’enregistrer. On ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi positif. L’investissement humain qu’on a fait a payé, car le fait de travailler avec Serge Moratte et tout simplement entre nous, on se rend compte que ça fait échos chez les gens et c’est très gratifiant.

Comment s’est déroulée la collaboration avec Serge Morattel pour la production de l’album ? Martin: C’était très bien. On le connaissait via les groupes qu’il avait déjà enregistrés et dont on était fan à l’époque comme Ventura et Knut. Et sa méthode d’enregistrement nous correspondait. On est parti sur une musique plutôt live et brute sans trop de traitement avec une production assez subtile comme il a l’habitude de faire. Ça s’est imposé un peu naturellement et la collaboration s’est super bien passé. C’était vraiment parfait. Rémi: Il a réussi à exploiter la formule du groupe et humainement, c’est un type adorable et super. Il en a vu passer quelques-uns des groupes et il y a une façon de faire avec les gens. Il te met dans une ambiance, dans une sorte de bulle et il s’approprie ta musique. Après, il sélectionne ses projets et fait ce qu’il lui plaît, quand tu vas chez lui, tu sais qu’il aime déjà ta musique. Martin: Au-delà d’aimer ta musique, il réfléchit vraiment au moment où tu te poses dans son studio. Et dans la continuité de ce qu’on amène, il a déjà une vision et une idée de ce qu’il va vouloir en faire. C’est très intéressant de travailler avec Serge qui à ce rôle de producteur de groupes. Rémi: On était venu chercher un producteur et on n’a pas été déçu. C’est ce qu’on voulait. On ne voulait pas quelqu’un qui se contente simplement d’enregistrer le disque. On voulait une personne qui le produise vraiment et on n’a pas été déçu.

Le processus d’enregistrement est un peu particulier. Vous avez enregistré en live et ensuite vous avez réenregistré une partie en studio. Comment expliquez-vous ce choix ? Rémi: En studio, on a joué tous les cinq ensemble, en même temps et dans la même pièce. De cet enregistrement, on a conservé la batterie et la basse. Pour les guitares et les claviers, on les a réenregistrés par la suite. Le but de jouer ensemble, c’était de capter la même façon qu’on joue nos morceaux en répétition. Martin: C’est de garder la même énergie qu’on pouvait avoir en répétition, car c’est là que les morceaux se révèlent ou non. Pour essayer de retrouver ce feeling-là, il n’a pas d’autre solution que d’enregistrer les uns en face des autres, à se regarder et jouer ensemble en étant dans la même pièce.  En terme de son, même techniquement, ça donne une espèce de respiration et de crédibilité et une impression d’être dans la pièce avec nous, c’est aussi le rendu qu’on cherchait pour cet album-là.

Les thématiques de “Hollow” sont assez sombres : abandon, isolement, deuil … Est-ce que l'on peut dire que vous avez joué sur l’aspect émotionnel ? Martin:C’est moi qui m’occupe des textes. L’album est émotionnel, mais je ne dirais pas que j’ai joué dessus. C’est venu naturellement, ce n’est pas la corde sur laquelle j’ai envie de tirer. C’est la seule façon que je connais pour écrire des textes et faire de la musique. Ce n’est pas pour être racoleur, émo ou quelque chose du genre. Mais, je me disais que c’était là  où il avait l’énergie dont on devait se servir, dans ces émotions qu’on exploite, qui ressortent et qui donnent cet aspect-là. Outre les textes, je pense que c’est ce qui donne l’énergie du reste du groupe, c’est une sorte d’exutoire dont on se sert pour agrémenter la musique qu’on produit. On a une sorte d’état d’esprit, on fait de la musique pour essayer de se dépasser. Je pense que c’est assez naturel que ces thèmes-là finissent par rentrer dans le tableau d’une manière ou d’une autre. Rémi: C’est Martin qui écrit ces textes et on n’intervient pas du tout sur l’écriture. Ce sont des textes très personnels, mais on arrive à s’identifier à l’état général et il y a une adhésion là-dessus. Martin:Il y a une volonté de se réapproprier le projet que ce soit les morceaux ou les textes. Rémi:  On a chacun notre grille de lecture des paroles et c’est la façon de chacun à s’approprier le projet.

On peut affirmer que ces paroles sont vraiment un exutoire ? Rémi: Ce projet est clairement un exutoire. On vient tous les cinq d’univers musicaux différents, on n’a pas les mêmes influences et on arrive à faire la synthèse de tout ça dans le projet. Il y a un fil conducteur et je pense qu’on a réussi à trouver avec ce disque quelque chose qui nous plaît à tous. On a changé de méthode de composition. Sur ce disque, on s’est tous mis à fond dessus. C’est toujours Martin qui fait la composition et qui nous envoie la matière de base, mais il y a un travail d’arrangement et d’investissement que l’on n’avait pas avant, cela se ressent. C’est sûrement pour ça qu’on arrive tous à bien s’identifier sur cet album et sur le projet en général.

Comment décririez-vous votre musique afin de donner à nos lecteurs l’envie de l’écouter ? Martin:C’est très subjectif. J’ai l’impression que ça ne ressemble pas vraiment à quelque chose qui existe déjà. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais au moins, c’est ça qui est particulier et le plus unique possible. C’est-à-dire, je ne sais pas dans quelle mesure on digère nos influences, mais on promet de faire quelque chose d’intéressant. On a la volonté de faire quelque chose de singulier et de ne pas se laisser enfermer dans une case. Rémi:Je suis d’accord avec toi, mais pas totalement, car c’est moins conscient que ça. On nous fait souvent la remarque, en nous disant qu’il y a beaucoup d’influences qui sont mélangées, mais en faite, il y a beaucoup de choses qu’on n’a pas du tout calculées. Le fait qu’on vienne d’univers complètement différent, il va avoir des sonorités et des façons de jouer nos instruments qui vont trahir nos influences. Moi, j’adore les éléments très lourds et Metal Progressif. Dès que je vais sentir que le passage me permet d’interpréter mon jeu de batterie de cette façon, je vais le faire. Notre guitariste, il est plus Heavy, il a un côté plus tranchant dans sa façon de jouer son instrument. Tandis que notre claviériste, c’est un gars qui fait de la pop, quand tu entends des tambourins dans le disque, ce n’est pas nous qui avons donné l’idée. On retrouve ce côté mélange. Ce n’est pas du tout compris, c’est vraiment quelque chose qu’on ne conscientise pas. Je pense que cette diversité se ressent dans ce disque là encore plus que celui d’avant, car c’est Martin qui l’avait composé tout seul. Martin:Oui c’est plus des réinterprétations de mes compositions. J’essayais de respecter encore l’aspect initial du projet qui était moins un effort collectif.

Est-ce que vous pouvez m’en dire plus sur la pochette et qui l’a réalisée ? Martin:C’est moi qui l’ai réalisée. On retrouve cette thématique principale du vide qui tourne autour de l’album. Cette pochette est un peu venue toute seule. Je suis illustrateur à côté et je manipule beaucoup les thèmes autour du corps humain. J’ai essayé de retranscrire l’ambiance visuellement, de rendre ça un peu symbolique et de matérialiser ce thème du vide et du creux à travers la pochette.

Quels sont les prochains projets à venir pour Untitled The Drums ? Martin: Sortir du confinement (ndlr : l’interview fut réalisée début avril). Essayer de réparer ce que le hasard et la situation on fait de notre programme de sortie de disque. Et au-delà de ça, continuer de réfléchir sur le projet et de le faire évoluer comme on l’a fait entre le dernier EP et le nouvel album “Hollow”. Je pense qu'il y aura la même démarche de progression avec le prochain. Et essayer de rester dans la sincérité de ce qu’on a envie de faire et faire quelque chose d’intéressant dans cette mesure-là. Rémi: Pour parler du disque plus précisément, l’idée c’est de monter une tournée pour le jouer, car on n’a pas pu vraiment le faire avec la période et on a eu quelques petits changements de plan. Nous allons également sortir un clip. On aimerait bien accéder à quelques lieux de concert un peu plus qualitatif. Comme on est cinq sur scène, on a tendance à jouer fort et à appuyer sur beaucoup d’éléments. C’est vraiment important de jouer dans de bonnes conditions. Martin:C’est l’occasion de déployer à 100% ce qu’on a travaillé. Rémi: C’est vraiment ça l’objectif. Parfois, on nous demande quel genre de concert idéal on voudrait faire. On n’a pas envie de faire de grosses choses, on veut rester comme ça et continuer à se faire plaisir. Mais on voudrait arriver à accéder à des lieux de concerts dans des clubs et de pRémières parties sympathiques. Dans l’immédiat, c’est notre objectif.

Pour finir, je vous laisse le mot de la fin : Rémi: C’est super sympa qu’il y ait des gens qui s’intéressent à notre disque et qui l’écoutent. Ça fait vraiment plaisir de pouvoir parler de notre musique et d’avoir un retour. On espère que ça pourra se transformer sur les concerts, qu’on va pouvoir discuter avec des gens et pouvoir jouer le plus possible. Dans l’immédiat, ce disque on l’a fait à fond, on ne savait pas trop quoi faire et on n’avait pas vraiment d’objectif fixé. Martin: On s’était fixé des objectifs en termes de styles, mais pas au-delà de la sortie du disque. Ce qui en train d’arriver, ce sont les retours et les répercussions intéressantes sous toutes les formes possibles. C’est vraiment de l’énergie pure. C’est génial. Rémi: Surtout pour des groupes comme nous et ce genre de musique là. Depuis le début du groupe, on est confronté à des difficultés dues à notre gabarit et un problème d’identification de style. Aujourd’hui, les gens aiment bien avoir des groupes qui mettent des étiquettes. Nous ne faisons pas du Post Rock ni du Post Hardcore. C’est difficile, car il y a des salles où des associations qui nous refusent, car ils ont dû mal à nous classer dans une programmation. Le fait d’avoir des retours très positifs sur le disque veut dire qu’il y a des gens qui comprennent ce qu’on fait. Et ça, c’est cool. 

 

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  • Crédit photo: Charly Lurat
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