28.06.20 11:05

Les Tambours Du Bronx

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Les Tambours Du Bronx, c’est plus de trente ans de carrière à explorer les styles et à se réinventer sans perdre leur authenticité à cogner sur des bidons. En 2018, la tribu révèle son nouveau concept et album « Weapons of Mass Percussion » mélange des sonorités Metal aux percussions. Durant leur passage Metal au Métaphone d’Oignies en février dernier pour leur show Metal, Dom, Franky, Renato et Thierry ont répondu à nos questions :

Pour commencer, comment s’est déroulée la fusion Tambours du Bronx avec du Metal ? Dom : Pour les trente ans des Tambours Du Bronx, on s’est rendu compte qu’on ne les a pas fêtés et que l’on n’avait rien prévu de spécial. Il y a de nombreux groupes qui font un super événement et nous, nous n’avions rien fait. On s’est dit tout simplement que c’était une forme de lassitude… Peut être le besoin de faire quelque chose de différent, mais quoi ? Les Tambours du Bronx, ce sont des mecs qui tapent sur des bidons et c’est ça que les gens viennent voir. Tu ne peux pas vraiment le changer donc on s’est questionné sur ce qu’on pouvait faire de nouveau. À ce moment-là, on avait rencontré presque par hasard Franky qui venait de quitter Dagoba. Il a acheté un DVD chez nous et on lui a glissé une petite connerie avec la commande : « si tu t’emmerdes avec Dagoba, il y a une place parmi nous ». Mais on ne savait pas qu’il avait quitté le groupe. On s’est croisé quand on a joué un concert à Marseille. On a fait un bœuf pour voir ce que cela donnait et ça a collé humainement et musicalement. Donc ça et en plus ce manque qu’on avait après la collaboration avec Sepultura, on s’est rendu compte que les guitares marchaient vraiment bien avec les tambours. Avec Sepultura, c’était une tournée qu’on aurait aimé faire un peu plus longtemps et qui s’est limitée à quelques très grands festivals. En résumé, c’est un tout, et à ce moment-là, on s’est dit que l’on allait faire ce concept de groupe de Rock/Metal et instrumental avec les tambours.

Peut-on dire que Sepultura fait partie des éléments déclencheurs de ce concept Metal ? Dom : Oui, c’est un des éléments déclencheurs. Outre ce petit manque laissé avec le concept qui était super sympa avec Sepultura, il y a eu la rencontre avec Franky. C’est véritablement un tout, avec l’envie en plus de se renouveler après trente ans de carrière.

En plus, vous avez eu l’occasion de vous reproduire en 2018 avec Sepultura au Motocultor. Est-ce vous pensez que vous avez l’opportunité que ça se reproduise ? Dom : C’est toujours imprévisible, il n’y a rien de programmé et je crois que la collaboration avec Sepultura est derrière nous. Après, ça reste des copains. Et puis, on est toujours susceptible d’avoir une opportunité, on peut se recroiser sur scène et décider spontanément de refaire un morceau ensemble ça c’est tout à fait possible, mais il y n’a rien prévu à long terme.

Est-ce que vous avez des idées ou des envies de collaborer avec d’autres artistes dans le milieu Metal ? Dom : Oui et non … Dans le sens pour nous, une collaboration avec d’autres artistes quels que soit leurs univers tant que ça nous touche et humainement on s’entend bien avec, on est en général ouvert à en faire. A contrario non, car avec Sepultura c’était les Tambours du Bronx qui jouaient avec un groupe de Metal alors que là c’est un album, un concert de notre groupe. Franky a intégré pleinement les Tambours du Bronx, les guitares, les morceaux (…) c’est nous de A à Z. La seule « petite exception », ce sont nos chanteurs qui participent à la facette Metal, mais ce sont bien plus que des guests, ils sont pleinement intégrés dans le groupe.

Comment s’est déroulée l’intégration des chanteurs dans les Tambours du Bronx ? Dom : Avec Franky, on a commencé à écrire l’album en instrumental, on n’avait pas prévu d’intégrer du chant au départ. Puisque depuis le début des Tambours Du Bronx, on a toujours eu quelques interventions vocales, mais c’était très peu chanté. C’est plus une tendance à scander quelques mots sur quelques morceaux. Thierry : Il n’avait pas cette orientation Metal, on a essayé de faire quelque chose avec des guitares, mais c’était plus industriel et moins mélodique. Dom : Donc, ce n’était pas du tout prévu et quand l’album instrumental est arrivé on était très content et fier. Mais on s’est dit que ça manquait vraiment d’un chanteur charismatique avec de beaux textes. Ensuite, on s’est posé la question et creusé la tête de savoir « qui ? ». On a fini par songer à Reuno, on s’était juste croisé, on ne pensait pas qu’il accepterait et il a dit oui tout de suite. Comme il n’était pas sûr de pouvoir faire toutes les dates, il a proposé de faire un duo avec Stéphane Buriez qui a accepté immédiatement aussi. Quand on s’est rendu compte que ça fonctionnait vraiment bien à deux au chant, Stéphane a proposé à Renato d’être pratiquement tout le temps à deux chanteurs. Et puis Renato est intervenu en plein milieu d’un festival, il a fait une chanson avec nous sans avoir répété auparavant. Comme ça, comme un chef et ça collait donc on l’a gardé. Renato : Tout à fait, à la base quand il m’a appelé pour rejoindre le groupe c’était pour les dépanner pour qu’on soit tout le temps deux chanteurs sur chaque spectacle vu qu’ils ont des agendas particuliers : Stéphane avec Loudblast et Sinsaenum et Reuno avec Lofofora et Madame Robert. Donc, ils sont tout le temps en tournée. On m’a appelé, c’est sympa et j’étais vraiment content. Depuis on tourne tous les trois et on fait autant de concert les uns que les autres, on n’appelle même plus ça des guests finalement.

Cette formule Metal est maintenant devenue un vrai projet concret ? Dom : À la base c’était un projet éphémère et maintenant c’est bien plus que ça, c’est une facette des Tambours du Bronx. Il y a toujours les « Tambours » en formule classique comme tout le monde les connait et finalement qu’on assume pleinement parce qu’on prend aussi plaisir à revenir à nos racines. Et ce côté Metal qu’on continue, car ça marche auprès du public et qu’on se fait aussi énormément plaisir à les jouer.

Pour toi Franky est-ce que c’était une sorte de challenge et une façon différente de composer ? Franky : Oui, c’était un challenge dès le départ parce que le jeu que j’avais dans Dagoba ou dans Blazing The Machine est vraiment Metal voir Metal extrême. Avec les Tambours Du Bronx, j’ai plus opté pour l’efficacité avec un jeu plus minimaliste et je suis vraiment content d’être au service des rythmiques des tambours. J’essaye de trouver le juste milieu entre un jeu percussif et inventif, mais qui complète le mieux possible la frappe des bidons. Je ne veux surtout pas prendre le pas sur les rythmiques des bidons, je veux juste rajouter une agressivité sur la grosse caisse et la caisse claire pour que le public puisse bouger la tête plus facilement, c’est ça mon objectif. Et pour revenir sur les premières questions, j’ai découvert la collaboration avec Sepultura en regardant les vidéos du Wacken et du Rock In Rio. Je m’étais toujours dit « waouh ça doit être super excitant de taper avec une caisse de horde de bidons ». Du coup c’est vrai j’ai acheté leur DVD pour m’inspirer de leur amplitude et la force de frappe des tambours étant un gros fan de Sepultura, Max And Igor Cavalera, Soulfly (…) avec ce jeu très tribal, très Metal, mais sud-américain ça me parlait beaucoup. J’ai essayé de sortir de mes habitudes pour aller vers ce créneau très « cavaleresque ».

Et pour toi Renato, est-ce que ça change quelque chose à ton chant d’avoir les tambours qui t’accompagnent ? Renato : C’est un peu compliqué de te répondre parce que malheureusement je n’ai pas écrit les morceaux de cet album c’est Reuno et Stéphane qui s’en sont chargé. Ils ont eu la lourde tâche de devoir coller aux tambours et exactement comme Franky d’être là pour servir les tambours plutôt que tartiner du chant. Ils te répondront mieux que moi ça c’est certain, mais pour le peu que j’ai commencé à composer c’est vrai que c’est un sacré challenge. Ce n’est pas du tout la même façon d’écrire que dans un groupe classique. Tu imagines la horde de Tambours que tu vas avoir derrière toi quand tu essayes d’écrire une petite ligne mignonne tu sais qu’ils vont complément t’allumer. Il faut à un moment donné plus taper dans l’efficacité qu’autre chose.

Je me demande comment ça se passe au niveau des concerts, est-ce que la formule consiste à mélanger le projet de base des Tambours Du Bronx avec celui du Metal ? Dom : Oui et non car c’est le concept des Tambours Du Bronx de toujours pousser plus loin. Si tu prends le concept depuis le début c’est simplement des mecs qui tapent des bidons et petit à petit on a compliqué les frappes, on s’est professionnalisé et on a rajouté des éléments comme de la mélodie. Pendant très longtemps ce n’étaient que des percussions et puis vers 2000 on a commencé à mettre quelques samplers pour ramener le côté électronique et le clavier est arrivé juste après. On s’est dit qu’on allait mettre quelques lignes mélodiques pour rendre les choses plus aisées et agréables à l’écoute également, on l’a développé et on a poussé le concept pour aller plus loin dans les mélodies, dans l’électronique et dans les samplers.  Au final, le but c’était d’avoir cette mélodie tout en gardant l’élément principal et son efficacité, ça permettait avec l’électronique de jouer ce qu’on voulait. Cependant, le public ne le voyait pas, à part des personnes derrière un clavier et des bidons. C’est presque la même chose ici or tout est joué sauf qu’il n’y a pas des samplers, tu vois les musiciens et tu entends tout avec une connotation plus Metal et ce visuel change beaucoup de choses auprès du public.

Donc, le projet continu sur le long terme. Vous avez prévu un second album ou votre objectif est de continuer à tourner un maximum ? Dom : Avec Les Tambours Du Bronx on a deux tournées : Classique et Metal tout le temps. Là, je pense qu’on est un peu sur la fin de la tournée de « Weapons of Mass Percussion », ce premier album on aimerait le ramener à l’étranger, car il est sorti uniquement en numérique. Il y a notre show classique qui revient et se revend fort, car je pense que ça crée une certaine attente donc on repart sur ces concerts et en même temps on commence à travailler sur un nouvel album.

Pour toi Renato, ça change quelque chose de jouer devant un public assez varié à la fois familial et Metal ? Renato : Il y a les deux publics et c’est ça qui est vraiment incroyable, c’est très éclectique. Tu as les fans qui sont là depuis trente ans qui viennent voir des spectacles de percussions, qui se régalent à chaque fois et quand ils débarquent face à la formation « WOMP » ils sont un peu déstabilisés. Globalement entre ce public et la nouvelle vague de fans qui arrive purement metalleux qui ont déjà vu la formation avant, ça fonctionne dans tous les genres de festival. C’est donc un public mélangé qui va de douze ans à soixante ans. Ce qui nous fait le plus plaisir, c’est de voir des personnes qui ne sont pas du tout le genre des metalleux danser et secouer la tête depuis la scène… et là, on se dit qu’on a gagné.

Pour conclure est-ce que vous pouvez résumer l’esprit des Tambours Du Bronx ? (Tous en même temps) : Pirate Franky : Il y a un côté tribal indéniable également. Dom : Un côté transe qui n’est pas calculé, ça prend les tripes et ça s’installe de lui-même. Franky :  Je pense que les gens viennent depuis des années beaucoup pour ça. Ce côté tribal participe à une transe durant une heure et demie. Dom : Il faudrait qu’on pense faire des sacrifices pour essayer des trucs nouveaux (rires). Renato : J’ai ramené des poussins ça pourrait fonctionner (rires). Thierry : On nous demande toujours de faire des choses nouvelles. Dom : Je ne sais si c’est vraiment si c’est nouveau le sacrifice ?  Il me semble ça déjà été fait par le passé. Mais on peut sacrifier autre chose que des poulets. À chaque concert un membre du public et une entrée gratuite pour celui-là. (rires) Franky : Il y a également un esprit punk. Dom : Exactement, le groupe existe depuis trente ans et on ne vient pas tous du même milieu, au départ c’était plutôt des rockeurs et des punks. Ensuite, il y a la nouvelle vague qui est arrivée qui n’est plus toute fraîche (rires), c’était plus Hip Hop et hardcore. J’espère qu’on le ressent par l’attitude et sur scène que c’est autant Metal que punk. Ce qui fait le style des Tambours Du Bronx c’est ce mélange, c’est le fait qu’il y a tous les âges et tous les styles : Rock, Metal, punk, Pop, Hip Hop (…) c’est ce qui fait la richesse des morceaux. Franky : Sur scène il y a quelque chose de très extrême presque décadent sur les bords. Dom : Il y a toujours eu cette attitude, même sur les guitares, c’est ça qui est intéressant. Franky : C’est pour cette raison, je trouve le terme punk il correspond très bien.

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  • Crédit photo: Snorri
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