25.06.20 18:04

KRV

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Nicolas Zikovitch (chant, guitare, basse) et Louis Lambert (guitare, basse, percussions), tous deux membres de Ddent, ont unis leur talent pour former KRV (qui se prononce kurv et signifie sang en serbe) et accoucher d’un premier album envoûtant. La froideur des machines y rencontre la puissance noire d’un black metal originel pour donner naissance à un univers sinistre. Les deux musiciens racontent la genèse de cette pépite damnée.

Peux-tu revenir sur la naissance de Krv ? Louis : J’ai rencontré Nicolas lorsque je cherchais un nouveau bassiste pour DDENT. Nous avons assez vite sympathisé, et il a assez vite évoqué le désir de faire un album/groupe Black Metal dont il serait à la tête, sans encore trop savoir sous quelle forme. Il m’en a toujours parlé en fait, c’est vraiment un projet qui n’existait pas, mais dont j’entendais parler régulièrement ; c’est un travail de longue haleine pour lui. Puis les années sont passées, et il commençait à y voir plus clair dans ses envies. C’est à ce moment-là qu’il m’a proposé que l’on collabore sur cette idée. Nicolas : J’écoute du Black Metal depuis très longtemps et j’ai toujours voulu monter un groupe dans ce style. Mais voilà, trouver des musiciens voulant jouer ce genre musical tout en partageant ma vision n’est pas facile. J’avais essayé à la fin des années 90, mais le style de l’époque était le tout symphonique ce qui n’est pas ma came, surtout d’un point de vue compositionnel. Quand j’ai intégré DDENT et appris à connaître Louis, je me suis dit avoir rencontré quelqu’un partageant ma vision tout en injectant son style personnel que j’apprécie. Je lui en ai parlé et il m’a dit qu’il était partant sans avoir entendu une note.

Comment as-tu travaillé avec Nicolas sur ce projet ? Louis : Eh bien disons que j’ai eu un rôle de producteur, dans le sens anglais du terme dans un premier temps : accompagner un artiste qui a une assurance du concept qu’il veut exprimer, dont le projet est réellement mûri, personnel et réfléchi, mais qui va avoir besoin d’un binôme pour offrir une forme concrète et musicale à ses idées. Il m’a donc tout d’abord fourni ses premières démos, des riffs de guitare et de basse séparés en 6 morceaux. Puis, il est venu poser des voix dans mon studio. C’était à ce moment-là de l’esquisse niveau vocal, il s’agissait de mieux comprendre comment il percevait ses morceaux, quelle intensité il voulait donner aux différents passages. Il savait déjà de quoi il parlait, mais n’avait pas encore écrit toutes ses paroles. Je démarrerais donc le travail de structure en composant les batteries et en structurant les morceaux pendant qu’il écrirait ses textes. Une fois les morceaux structurés, on s’est mis d’accord sur leur forme, les rythmes/pattern vocaux, les nouveaux riffs et contre-chants… Puis nous avons commencé la phase 2, le vrai enregistrement. Il est venu refaire toutes les voix, cette fois avec ses textes et en les plaçant différemment, selon les nouvelles compos. Derrière, j’ai enregistré les guitares et les basses. J’avais entre temps produit les batteries électroniques. Renaud Lemaitre (batteur de Fiend entre autres) a joué par dessus des batteries acoustiques sur certains passages, souvent les plus lents, pour ajouter un peu de lourdeur et d’organique ; cela réchauffe un peu l’atmosphère assez glaciale que confèrent les drums midi. On s’est donc parfaitement complété. Je tenais impérativement à ce que Krv reste le fruit de son esprit, que j’y mette ma patte en endossant ce rôle certes, mais sans jamais dénaturer son propos. S’il en incarne le fond, l’essence du projet, je m’attelle ici à la forme, de manière assez pragmatique. Il s’agissait vraiment d’aider à donner forme à ce qu’il avait en tête en l’accompagnant, et non y mettre disons de mon ego ou trop de mes idées. Je me suis limité à donner forme à ses envies. Je pense qu’en faisant appel à moi, il voulait aussi cela, mais avec ma touche sonore, et ma compréhension de son projet que je commençais à assez bien me représenter ! Nicolas : J’ai tout composé et enregistré sous forme de démos, les guitares et la basse, puis j’ai rajouté les voix. Louis a ensuite joué son rôle de producteur/arrangeur. On s’est échangé les morceaux et de fil en aiguille nous avons trouvé l’équilibre voulu. Je tiens à préciser que j’ai toujours voulu que Krv reste une collaboration. De plus Louis à un jeu de guitare plus élevé que moi.

Louis, tu as produit le disque. Pas trop difficile d’endosser ce rôle en plus de ceux d’instrumentiste et de compositeur ? Louis : Non au contraire, c’est même génial et moins compliqué quand on gère toute la ligne de production d’un disque. On en connaît tous les secrets et moindres détails ; on peut aller au plus proche de ses envies sans passer par une tierce personne. C’est une immense forme de liberté, il n’y a aucune contrainte ou impossibilité, on fait ce qu’on veut et peut avec ce que l’on a, tout est plus facile quelque part ! On n’a pas un interlocuteur différent pour chaque point. Rien n’est laissé au hasard, tout est maîtrisé, tout est justifié. Pour la composition initiale, tout est de Nicolas : je n’ai pas été à l’initiative d’un seul morceau et je le ne serai jamais dans ce projet ! C’est plutôt un travail d’arrangeur que j’ai eu sur les structures et placements de riffs, de lignes de voix… J’arrive après lui.

Ddent vient aussi de sortir un album. Comment gères-tu cette période sans doute intense, et compliquée par le confinement ? Louis : Assez bien au final. Malgré le lot de tristes nouvelles qu’a apporté la pandémie, ça m’a été assez bénéfique sur un aspect vraiment personnel. J’ai pu passer beaucoup plus de temps que d’habitude sur les postproductions des disques en cours et les promos. J’ai aussi eu du temps pour moi, en étant moins systématiquement pressé par le temps. Pour une fois, c’était une abondance de temps, et c’est agréable. Nous avons eu beaucoup de concerts annulés, surtout ceux liés à la promotion du nouveau DDENT, ainsi que les premières soirées Chien Noir qui étaient en cours de préparation pour la période mai-juillet. Mais c’est comme ça… J’ai préféré maintenir les sorties de disques, séparer ça du live, et nous jouerons quand nous jouerons, sans nous presser.

Qualifierais-tu votre musique de Black Metal ? Louis : Oui bien sûr, mais entre autres, comme toujours. Ce n’est pas strict, je n’aime pas les appellations rigides ; ça enferme énormément un projet de le faire rentrer dans une case, souvent en forçant pour que les coins passent. En l’écrasant comme cela, on en oublie vite toutes les spécificités, tout ce qui dépasse et qui le rend unique. Les projets récents qui se rapprochent d’une étiquette stricte comme cela sont généralement les plus emmerdants, je ne vois pas l’intérêt de faire du Black Metal pur et dur aujourd’hui.  Nicolas : Oui. Mais le Black Metal reste un genre très varié, qui a pris plein de tournures depuis ses débuts. Krv est notre vision de ce style, mélangeant l’orthodoxie et le fait que nous sommes en 2020. Nos influences varient par rapport à nos goûts et à nos âges différents.

Pourquoi avoir donné un ton très mécanique, indus à votre musique ? Louis : C’est ici un choix de ma part.  Dans ce rôle de producteur ; c’est le son que j’ai à offrir. J’utilise sur tous mes projets des drums machines, plus ou moins froides selon les groupes et les morceaux, toujours industriels, ça fait partie de ma touche. C’est un aspect que j’aime plus que tout, le côté froid , mécanique, immuable même de l’electro. C’est imparable, je trouve. Je n’aurai jamais abordé Krv avec une batterie acoustique en premier champ, et je pense que ça fait partie de ces détails, parmi d’autres,  qui font que le projet se démarque d’un black métal traditionnel. Et bien sûr, Nico savait ça en me proposant de bosser avec lui : c’était aussi une volonté de sa part ! Nicolas : Le ton indus et mécanique rajoute et renforce le côté froid et sans âme de ce projet, le dénuant quasi complètement de matière organique et le renforçant dans sa noirceur. Le vide émotionnel se trouve alors redéfini et renforcé.  La technologie de maintenant nous permet de varier beaucoup plus ce côté « machines ».

Le nom du disque est celui du groupe. Pourquoi ? Nicolas : Krv veut dire sang en serbe, et en slave de manière générale. Le sang humain et le sang de la terre peuvent prendre plein de formes différentes. C’est notre premier et on a voulu garder une certaine tradition, celle de ne pas nommer son premier album. 

Quelques mots sur la pochette et l’artwork en général ? Louis : Le logo et la pochette ont été réalisés par Seb Sm Bousille, un ami et artiste qui est, je dois dire, systématiquement impliqué de près ou de loin dans mon travail. Qu’il fasse les artworks (DDENT, NNRA), les projections sur scène (NNRA), ou m’aide à la conception de clips (DDENT) et même à trouver parfois les titres de mes morceaux (DDENT), c’est quelqu’un avec qui j’ai toujours travaillé. On se comprend très vite et on se complète assez bien : je suis dans le son, il est dans l’image, on sait bosser ensemble. Pour Krv, on lui a demandé de nous faire le logo. Avec l’influence serbe du projet par les origines de Nicolas et le nom même du groupe, Seb à décidé de s’inspirer des formes des premiers alphabets cyrilliques pour écrire le mot Krv, mais gardant une esthétique assez « black », mais sobre. Pour la pochette, après entretien avec Nicolas sur les paroles et concept de l’album, Seb a décidé de produire une image se rapprochant du pétrole, avec le mot Krv. Nous avions la volonté de rester très sobres sur le côté visuel de ce premier album (typo comme artwork), ne pas donner trop d’indices visuels si tu veux, pour ne pas guider l’écoute en quelque sorte. Je pense que l’identité visuelle de ce projet viendra dans un second temps, nous voulions que la musique prime pour cette première sortie. Nicolas : L’artwork du livret représente des moments et des endroits ayant influencé l’écriture et l’atmosphère de l’album.

Quels thèmes aborde Krv ? Nicolas : Malgré toutes nos illusions et notre arrogance, nous ne faisons que partie d’un processus naturel tellement énorme et sans sens que l’humain s’est retrouvé à devoir se créer une raison à sa question existentielle. Nous sommes nés dans des sociétés qui nous imposent leur pacte social, leurs traditions, leur histoire, leur culture et leurs crimes sans notre consentement. La magie et la méditation nous permettent de nous transcender, mais dans la transcendance nous découvrons le vide et devons accepter notre illusion existentielle et le gouffre. Seulement à ce moment, nous ferons partie de la nature, cette nature qui nous a joué un tour en nous donnant la conscience. En la détruisant, nous nous détruisons. Nos dieux, héros et gouvernements s’écrouleront et disparaîtront. La nature continuera sans même avoir eu conscience de nos vaines sociétés, de notre vaine existence. En gros, amusez-vous pendant cette courte erreur qu’est votre vie. Vous n’avez qu’une chance puis c’est la mort.

Pourquoi chanter en trois langues ? Nicolas : Je suis américain, mais mes parents sont français et serbes. J’ai toujours baigné dans ces trois cultures, elles forment mon moi. De plus linguistiquement parlant chacune permet d’exprimer mes sentiments de manière différente. Chaque langue a un impact différent, qui change aussi le  fluide des mots et le sens des paroles. J’ai toujours aimé les groupes qui chantent dans leurs langues natales et j’en ai trois.

Comptez-vous défendre Krv sur scène ? Louis : Oui bien sûr ! Nous serons 4 : Nico au chant, je serai à la guitare, puis basse et batterie acoustique sur scène. On a trouvé les musiciens, ils ont déjà appris l’album par cœur de leur côté grâce au confinement ! Nous avons déjà des dates prévues pour cet hiver a priori. Nous voulons garder un truc assez punk en live, être un peu plus minimalistes sur scène. Nicolas : Oui. Je ne me consacrerai qu’au chant pour une fois. Il est important que ces morceaux prennent une autre vie en live qui leur donnera un autre rendu que sur disque.

À plus longue échéance, Krv est-il destiné à devenir un groupe à part entière ? Louis : C’est un groupe à part entière ! D’ailleurs, l’album qui vient de sortir a mis du temps à voir le jour. Nico m’a fourni les démos en décembre 2018, mais en réalité, nous travaillons déjà sur le deuxième album… Nicolas : Pour moi c’est un groupe qui va suivre son propre chemin. Le deuxième album est composé.

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